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PREMIERS SUCCÈS A STOCKHOLM. APPLICATION DE

LA MÉTHODE A PARIS. CLINIQUE DU Dr PAQUELIN.

— SERVICE DU Dr PÉAN, A L'HOPITAL SAINT-LOUIS. — PREMIÈRES PUBLICATIONS. LEUR RÉSULTAT.

Au mois de septembre de l'année 1869, je com- « mençais un voyage d'exploration dans les centres scientifiques les plus importants de l'Europe, avec l'intention bien arrêtée d'étudier la gynécologie que je me proposais de pratiquer à mon retour en Suède. Les événements de 1870 m'obligèrent à interrompre ces études : je les recommençai après la campagne à laquelle j'avais pris part, avec la sixième ambulance française de la Société de secours auxblessés ; je suivis les cliniques et les services hospitaliers les plus importants de Paris, de Vienne, de Londres. Vers la fin de 1871, persuadé que j'avais acquis des

connaissances assez sérieuses pour aborder la pratique je retournai à Stockholm. Je reconnus avec peine au bout de quelques mois que malgré la multiplicité des moyens dont disposait alors la gynécologie opératoire, beaucoup d'affections de l'utérus et de son voisinage résistaient aux traitements les mieux conduits ; que la plupart des méthodes alors employées étaient, non pas impuissantes, mais simplement palliatives. Il fallait s'estimer heureux quand après les avoir appliquées avec persévérance on obtenait une guérison partielle, une amélioration temporaire. 11 ne restait alors qu'à consoler les patientes en les exhortant à la résignation, rôle ingrat pour le médecin. Dans les cas dont je veux parler on n'était pas en présence de ces maladies impitoyables qui ont leur source dans une altération profonde de la nutrition et déjouent les procédés les plus radicaux ; il ne s'agissait ni de cancers, ni de sarcomes. Beaucoup d'affections inflammatoires chroniques rentraient dans la catégorie de celles que nous ne pouvions combattre que par des demi-mesures et que la vis naturœ medicatrix guérissait seule quand elles guérissaient.

Après quelque temps de séjour à Stockholm, je fus surpris d'apprendre que des femmes traitées pendant des années par des spécialistes éminents ; que des malades vues par moi, dont le cas était de ceux dont je viens de parler, avaient été radicalement guéries

par un empirique sans connaissances médicales, par le major Thu£e BrajaiLl. De prime abord je me défiai des merveilles qu'on racontait ; dans le Nord comme partout les imaginations se montent vite à propos de procédés rejetés par les médecins. Mais j'eus l'occasion de voir des personnes que j'avais examinées avant qu'elles eussent été soignées par M. Brandt; j'avais mes notes, mon diagnostic. Ces faits étaient de ceux pour lesquels on met un point d'interrogation dans la colonne du pronostic. Le résultat avait été excellent, mon septicisme dut céder. Le procédé de mon compatriote n'était pas décrit dans les livres mais c'était un procédé à conserver, car il était salutaire et réussissait là où d'autres avaient échoué. Ce n'était du reste ni le premier ni le dernier exemple du rôle incontestable que joue le hasard dans les découvertes thérapeutiques. Les empiriques ont une persévérance et une hardiesse que ne connaissent pas les hommes de science habitués à marcher pas à pas, toujours prêts à nier ce que l'état des connaissances ne permet pas d'expliquer. Priessnitz, professeur ou médecin d'hôpital eût hésité à prescrire l'eau comme il l'administra ; simple paysan sans idées nosologiques, il crut avoir trouvé une panacée, traita tout par les affusions et les douches, fit des prosélytes et fut le véritable créateur de l'hydrothérapie. M. Brandt n'employait même pas l'eau, une mani-

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pulation était la base de sa méthode : c'était une variété de massage des organes pelviens. Telle qu'il l'appliquait en 1870, elle comprenait des pratiques multiples dont plusieurs étaient inutiles. Je n'ai jamais suivi à la lettre son manuel opératoire, mais je dus reconnaître que le principe n'avait rien d'irrationnel. Faire porter le massage sur des tissus mous, sujets à des phlegmasies, à des congestions passives persistantes, c'était une idée juste. D'après ce que j'en savais, ce que j'avais vu déjà, je résolus d'appliquer la méthode réduite à une manœuvre aussi simple que possible. Les résultats justifièrent ma hardiesse ; je guéris ces états inflammatoires qui avaient fait mon désespoir : j'arrivai assez vite à formuler des indications et j'ai peu modifié mes idées de cette époque. En 1875 je revenais à Paris, persuadé que là on ne savait rien encore des guérisons de Brandt à propos desquelles il n'avait écrit que des articles sans importance; j'étais convaincu que son procédé était excellent, je ne doutais pas du succès. Dès mon arrivée j'eus la bonne fortune de rencontrer deux hommes qui voulurent bien s'y intéresser, les docteurs Péan et Paquelin; le premier m'ouvrit son service à l'hôpital Saint-Louis, le second sa clinique de la rue de Provence. C'est là que j'ai traité mes premières malades et recueilli plusieurs observations qui m'ont servi pour la rédaction de la brochure que

je publiai alors; c'était le développement d'une communication faite à l'Académie de médecine dans la séance du 18 janvier 1876. J'obtenais à Paris les mêmes résultats qu'à Stockholm, ma statistique était assez satisfaisante pour démontrer que si les faits que je rapportais étaient réels, le massage utérin était utile ; qu'il n'avait pas donné encore tout ce qu'il pouvait donner ; qu'il était digne d'attirer l'attention de ceux qui s'intéressent à la gynécologie. Je fus un peu décontenancé de l'accueil fait à mes essais : je m'étais attendu à des critiques, à des contradictions (c'est le lot de tout novateur) et je m'en félicitais, car je me promettais d'en avoir raison en montrant des faits. Vous prétendez que le massage utérin est inefficace : prenons une femme atteinte d'endométrite fongueuse invétérée avec métrorrhagies incessantes, flexions, accidents réflexes, examinons-là de telle sorte qu'aucun doute ne reste sur le diagnostic, je la traiterai pendant six semaines et vous pourrez constater ce que sera devenu son état. C'est un procédé de démonstration qui ne prête pas aux développements diserts, mais il est irréfutable. J'ai fait celte proposition bien des fois, j'ai raconté souvent les péripéties par lesquelles j'avais passé avant d'accepter la méthode ; on ne me répondait pas, on ne m'écoutait pas, je me heurtais à un septicisme railleur contre lequel tout échoue.

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C'était un mauvais moment pour parler de massage; j'ai dit dans l'ouvrage que j'ai publié sur ce sujet comment cette méthode, française par ses origines, était tombée dans l'oubli ; on y revient aujourd'hui en France, mais en 1875 beaucoup de praticiens qui en avaient à peine entendu parler la considéraient comme un procédé de rebouteur infidèle et douloureux, qu'on pouvait prescrire, mais qu'il valait mieux laisser de côté. Parler de faire porter le massage sur les organes pelviens, quand on s'en servait à peine dans les maladies des jointures, cela avait l'air d'un paradoxe. Un épisode de l'époque peut donner l'idée des défiances et des difficultés que je rencontrai.

Un des élèves qui suivaient le service de M. Péan, paraissant s'intéresser aux malades traitées par moi, m'avait demandé l'autorisation de recueillir leurs observations; je fis démon mieux pour l'aider dans ce travail. J'étais enchanté qu'il eût l'intention de prendre la méthode pour sujet de sa thèse inaugurale. Qu'elle fût battue en brèche, je l'ai dit, je m'y attendais; mais le seul fait qu'elle eût été exposée dans une dissertation publiquement défendue constituait une demi-consécration officielle. J'espérais que cette tentative serait le point de départ de plusieurs autres, que je trouverais des imitateurs et qu'en fin de compte j'aurais contribué à acclimater

en France un bon moyen thérapeutique ; ces espérances furent vite déçues. L'acte était à peine commencé que l'examinateur le plus compétent sur les questions de gynécologie, — un savant décédé depuis plusieurs années, — se chargea d'épargner au récipiendaire lès difficultés d'une longue soutenance. Voici à peu près le langage qu'il lui tint : « Monsieur, vous avez dérangé un jury pour apprécier un travail dont je ne veux même pas lire le titre à haute voix, vous avez pris un sujet qu'un élève sérieux n'avait pas le droit de prendre. On détruira les exemplaires existants et vous reviendrez dans trois mois avec une thèse nouvelle. Estimez-vous heureux d'en être quitte à si bon marché ».

En présence de l'assentiment tacite des autres juges, le candidat n'osa même pas demander les motifs d'un pareil arrêt, il se rendit au vestiaire, remit sa robe à l'appariteur et partit.

Ma tentative de démonstration expérimentale avait eu une fâcheuse issue. Je n'avais réussi qu'à rendre un mauvais service au pauvre garçon qui m'avait suivi régulièrement pendant des mois, qui avait cru mes résultats intéressants. On n'avait discuté son travail ni pour le fond, ni pour la forme. L'exposition étaitelle bonne ou mauvaise? Ses observations étaient-elles probantes ? le jury ne s'en était pas préoccupé. Ce ne fut pas la thèse qu'il apprécia, ce fut la méthode;

" LE MASSAGE DE l'uTÉHUS

l'avertissement adressé au candidat montrait assez que MM. les Professeurs tenaient le massage utérin pour un procédé inconvenant, puisqu'ils condamnaient sans hésitation une thèse destinée à le faire connaître. Au XVIIIe siècle, après avoir déclaré « que ladite thèse serait saisie et brûlée » , on aurait ajouté... par la main du bourreau.

Je regrettai que l'affaire eût pris cette tournure. Ce n'est pas que ma conviction fût modifiée : j'avais une expérience suffisante pour savoir ce que valait la méthode ; ce que j'avais vu, toutes les Facultés du monde ne pouvaient faire que je ne l'eusse pas vu. En revanche, la sentence d'inconvenance semblait un coup mortel. Comment parler du massage utérin, après elle? Ceux qui l'auraient le mieux connu, qui auraient été les plus persuadés de son utilité, l'auraient pratiqué en silence, sans prononcer ni écrire son nom; c'est ce qui arriva. Depuis 1876, j'ai continué de l'appliquer, j'ai guéri pas mal de métriles chroniques, avec ou sans changements -de forme et de situation de l'organe ; j'ai rendu le travail possible et la vie tolérable à des femmes qui depuis plusieurs années avaient employé toutes les injections dites infaillibles, tous les pessaires pourvus de la même qualité, chez lesquelles on avait fait des cautérisations du col, des curages de la cavité, etc.

J'ai pris des notes sur ces faits, mais je me suis bien gardé de les publier, tant j'avais été frappé par l'anathème d'autrefois. Je vais exposer les raisons qui me conduisent aujourd'hui à me départir de ma réserve.

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