Menschenschôpfung und Seelensubstanz. Gœltingue
(elle hypothèse. Dans un autre écrit publié pour expliquer son discours et intitulé Science et Foi [Wissen und Glauben), il distingue soigneusement ces deux domaines, et il dit : « Dans les choses de la foi, j'aime la foi simple et naïve du charbonnier ; en matière scientifique, je me compte parmi ceux qui aiment à douter le plus possible. »
Cet appel à la foi du charbonnier provoqua une réponse vive et mordante d'un naturaliste distingué, élève d'Agassiz, M. Charles Vogt, l'un des membres du parti radical en Allemagne, siégeant â l'extrême gauche du parlement de Francfort, depuis exilé à Genève, où il est devenu professeur et membre du conseil d'État (1). 11 raillait cette double conscience que le savant de Gceltingue essayait de se procurer, l'une pour la science, l'autre pour la religion, et il qualifiait cet expédient de « tenue des livres en partie double ». Mais ce n'est pas seulement dans cette brochure accidentelle que Charles Vogt donna des gages au matérialisme; ce fut aussi dans des écrits plus scientifiques et plus étendus ; dans ses Tableaux de la vie animale {Bïlder aus dem Thierle- 6en), dans ses Lettres physiologiques (Physiologische Briefe), et enfin dans un récent morceau, plein de science et de verve : Leçons sur Vhommey sa place dans la création et dans Vhistoire de la terre. M. Vogt s'est rendu surtout célèbre dans cette polémique par le commentaire qu'il a donné à la définition de Cabanis :
i. Voyez Laugel, Science et philosophie (Paris, 1862) : du problème de Vâme. On Irouve dans cet article des détails intéressants sur l'historique de la question qui nous occupe.
«La pensée est une sécrétion du cerveau. » Vogt, se défiant de l'intelligence de son lecteur, a cru devoir renchérir sur cette brutale formule, et il nous apprend que « le cerveau sécrète la pensée, comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine », proposition si manifestement fausse, qu'un autre matérialiste, M. Bùchner, a cru devoir la réfuter.
M. Bûchner n'en est pas moins, à son tour, l'un des disciples les plus ardents de Moleschott et l'un des interprètes les plus décidés de sa doctrine. Son livre, Force et Matière (Kraft und Stoff), est de tous les écrits de cette école celui qui a eu le plus de succès ; publié pour la première fois en 1856, il a eu un grand nombre d'éditions; il a été traduit dans plusieurs langues, et particulièrement dans la nôtre par un ami et compatriote de l'auteur, qui, pour le dire en passant, aurait bien dû faire revoir sa traduction par quelqu'un qui sût le français (1). Quoi qu'il en soit, ce livre, court et nerveux, plein de faits, écrit avec rapidité et clarté, qualités toutes nouvelles dans un livre allemand, peut servir à résumer tous les autres, et contient en peu de pages tout le suc de la doctrine. C'est le vrai manuel du nouveau matérialisme.
Pour avoir une idée, sinon complète, au moins suffi-
4. Une nouvelle traduction a paru depuis; je suppose qu'elle est plus correcte que la précédente. Signalons en outre deux autres ouvrages de M. Biïchner, qui complètent et développent la doctrine de son premier écrit : 1° un recueil de travaux critiques, réunis sous ce titre, Science et Nature (traduction française dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine, Paris, 1866); 2° L'homme selon la science (traduction française, Paris, 1872).
santé, de ce singulier mouvement philosophique, il faudrait mentionner encore M. Spietz, qui dans sa Physiologie du système nerveux et dans sa dissertation sur les conditions corporelles de V activité de Vâme, a exposé une doctrine matérialiste qu'il combine d'une manière assez étrange avec la foi à la révélation, ce qui a fait donner à son système le nom de matérialisme croyant. Il faudrait y joindre encore Le système et Vhistoire du naturalisme par Edouard Lowenthal, ouvrage qui a été loué comme original par Feuerbach, quoiqu'il ne me paraisse contenir après tout que le vieux système atomistique. Ce que j'y vois de plus remarquable, c'est que l'auteur va plus loin encore que Moleschott et Bûchner ; il leur reproche d'être des matérialistes éclectiques, et cela à cause de leur principe de l'union de la matière et de la force. Pour lui, la force n'est pas une condition essentielle et primordiale de la matière : elle n'est qu'un résultat de l'agrégation. Citons aussi, mais avec quelque réserve, M. Czolbe, car il mérite plutôt d'être mentionné parmi les sensuaîistes que parmi les matérialistes, comme on peut le voir dans sa Nouvelle exposition du sensualisme (Neue Darstellung des Sensualismus.) Le caractère commun de tous ces écrits que nous avons cités est de s'appuyer sur les sciences positives et d'abandonner presque entièrement la méthode psychologique ou métaphysique , qui avait jusqu'ici, soit en Allemagne, soit en France, soit en Angleterre, caractérisé la philosophie.
Si le matérialisme a suscité en Allemagne une école féconde et puissante, il faut reconnaître que le spiritua-
1b LE MATERIALISME CONTEMPORAIN
lismeaélevé de son côté de nombreuses et d'importantes protestations. C'est surtout dans la philosophie proprement dite que le spiritualisme s'est recruté; mais il a cependant rencontré aussi d'habiles défenseurs parmi les savants. Nous avons déjà dit que des débris de la droite hégélienne s'est formée une école spirilualiste d'un caractère très-prononcé. L'un des principaux représentants de cette école est M. Fichte fils, qui porte avec honneur un nom célèbre dans la science. Dans son Anthropologie (1), ce philosophe soutient la doctrine d'une âme non corporelle, quoiqu'il semble admettre avec Leibniz que l'âme n'est jamais sans un corps; mais ce livre tout spéculatif est antérieur (au moins par la première édition) à la querelle. M. Fichte s'y est mêlé d'une manière plus particulière dans son écrit sur la question de lame (Zur Seelenfrage), qui est une des pièces importantes du débat actuel. La doctrine spiritualiste est d'ailleurs défendue dans un
1. Anthropologie, die Lehre der menschischen Seele. Leipzig", 2e édition, 1861. M. de Reichlin-Meldgg fait remarquer que la doclrine de Herm. Fichte n'est pas à proprement parler le spiritualisme , mais le réalisme-idéal (ideal-rcalismus). Fichle combat le spiritualisme exclusif, qui oppose sans cesse l'esprit à la matière; il est moniste, c'est-à-dire que « suivant lui le corps et l'âme ne font qu'un. » Seulement, il ajoute, et c'est ce qui suffit pour justifier notre affirmation a que l'unité réelle de l'homme ne réside que dans l'esprit, dans l'essence supra-sensible. » Il est évident que ce n'est ici qu'une question de mots. Le spiritualisme peut s'entendre de bien des manières, et être plus ou moins exclusif : mais placer la réalité de l'homme dans l'esprit, c'est être ce que nous appelons spiritualiste. — Depuis notre première édition, M. H. Fichte a publié un ouvrage important sur la vie future : Die Lebens Fortdauer, (Leipzig, 1867), dans lequel il défend la doctrine de l'immortalité personnelle.
LA PHILOSOPHIE AliLSHANDE DEPUIS HEGEL 17
recueil philosophique que M. Fichte a fondé avec deux de ses amis, MM. Ulrici et Wirth, et qui est le plus considérable organe périodique que la philosophie ait en Allemagne. C'est la Revue de philosophie et de critique philosophique (Zeitschrift fur Philosophie und philo sophische Crittk), publiée à Halle (1). Dans ce recueil, la nouvelle doctrine matérialiste a été exposée et combattue avec beaucoup de force dans plusieurs articles par M. Zeising. L'un des directeurs du recueil, M. Ulrici, professeur à Halle, a exposé également les idées spiritualistes au point de vue religieux dans son beau livre intitulé Dieu et Nature (Goit und Natur, Leipzig, 1862). Le spiritualisme a trouvé encore des recrues dans Pécole de Herbart, dont M. Drobisçh est aujourd'hui le principal représentant. On peut rattacher à la même doctrine, quoique non mêlés à la querelle actuelle, M. Ritter, le grand historien de la philosophie, et M. Trendelenbourg (2), l'un des adversaires les plus pénétrants de la philosophie hégélienne , et dont les Recherches logiques sont un des livres les plus remarquables qu'ait produits récemment la philosophie en Allemagne. Enfin parmi les philosophes qui
1. Même observation que pour la note précédente. Le traducteur allemand veut seulement que l'on dise « que la direction de cette revue est anti-matérialiste. » Mais elle essaie de s'élever au-dessus « de l'opposition vulgaire entre le spiritualisme et le matérialisme. » Soit, mais c'est toujours une question de mots. Nous n'entendons pas ici le terme de spiritualisme dans le sens étroit, mais dans le sens large : ce n'est pour nous que l'anti-matérialisme. — Signalons encore une autre revue philosophique de l'Allemagne, sous la direction de l'école de Herbart, Zeitschrift fur die exacte philosophie, non moins anti-matérialiste que la précédente.