‹ Le mécanisme des allures du chevalChapitre 12 sur 15 · LE SAUT · texte numérisé non relu

LE SAUT

Je ne pourrais mieux terminer cette étude sur le saut et sur le galop que par un axiome de M. Marev, axiome qu’il serait désirable d’avoir toujours présent à l’esprit lorsqu’on a recours aux allures vives. Un cheval, dit M. Marey, peut soutenir impunément une course de longue durée, au bout de laquelle il aura dépensé un grand travail, si cette course est sagement menée ; tandis qu’une course trop rapide épuiserait en très peu de temps la force musculaire avec une dépense totale d’énergie beaucoup moindre et un rendement de travail inférieur.

Apprenons donc à ménager nos chevaux, mais ne tombons pas cependant dans l’exagération opposée d’une sollicitude excessive. Sous peine de devenir un être inutile, ce qui est la pire déchéance pour une bête comme pour un homme, le cheval peut et doit nous fournir une somme de travail en rapport avec les soins qu’il réclame et les sacrifices qu’il nous impose. Sachons donc ce que nous pouvons lui demander, et demandons-le lui, sans scrupule comme sans abus, pour son plus grand bien comme pour le nôtre.

Avant de clore cette causerie déjà trop longue, permettez-moi, Messieurs, une courte digression. J’ai souvent entendu parler de deux écoles rivales en équitation : l’école du plein air, qui n’admet pas, paraît-il, qu’on monte au manège, et l’école dite du manège, qui ne pratique, disent les mauvais plaisants, que l’équitation en chambre. En ce qui me concerne, je n’ai jamais compris ce que signifiait ce prétendu antagonisme. Il y a, selon moi, deux façons de monter à cheval : on monte bien ou on monte mal. Quand on monte bien au manège, on monte bien dehors et inversement. L’équitation au dehors est le but et le travail au manège est le moyen. Il faut apprendre au manège, et appliquer dehors. Que penserions-nous d’un amateur qui, désireux d’apprendre la peinture, commencerait par proclamer qu’il ne veut pas faire de dessin ? Que penserions-nous d’un futur pianiste qui déclarerait qu’il ne veut apprendre que des morceaux et qui refuserait de faire toute espèce d’exercices, de gammes et d’arpèges? Nous les renverrions sévèrement à l’école de M. Ingres et à la méthode Le Couppey.

Consentons donc à faire nos gammes au manège et nous pour-

rons ensuite jouer nos grands morceaux au dehors, sans danger pour nous ni pour les autres.

Messieurs et chers camarades, c’est à cette étude'de la locomotion du cheval et des problèmes d’équitation qui s’y rattachent que je prends la liberté de vous convier en terminant. Vous avez pu voir par cette causerie beaucoup trop longue et cependant bien incomplète que la connaissance du cheval est chose plus complexe qu’elle ne paraît tout d’abord. J ignore si vous prendrez tous à cette étude le plaisir que je prends moi-même et que je n’ose espérervoiis avoir fait partager 5 mais je suis assuré que tous en vous y livrant, vous goûterez, comme moi, la satisfaction douce et profonde de travailler de votre mieux, suivant la belle expression militaire, pour le bien du service et dans l’intérêt du Pays.

Nancy, imprimerie Berger-Levrault et C".

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