C.LÉON
Non, il vous faut refter.
VALERE
Mais comment? Voulez-vous ici me préfenter?
CLÉON
Non pas dans le moment, dans une heure.
VALERE
A votre aife.
CLÉON
\ 11 faut que vous alliez retrouver votre chaife : Dans l'inftant que Géronte ici fera rentré, Car c'eft lui qu'il nous faut, je vous le manderai : Et vous arriverez par la route ordinaire, Commeayant prétendu nous furprendre& nous plaire.
VALERE
Comment concilier cet air impatient,
Cette galanterie avec mon compliment.'
C'eft fe moquer de l'Oncle, et c'eft me contredire :
Toute mon ambalTade eft réduite à lui dire
Que je ferai, foit dit dans le plus fimple aveu,
Toujours fon ferviteur, & jamais son Neveu.
CLÉON
Et voilà juftement ce qu'il ne faut pas faire : Ce ton d'autorité choqueroit votre mère: Il faut dans vos propos paroître confentir, Et tâcher, d'autre part, de ne. point réufîir; Écoutez : confervons toutes les vraifemblances; On ne doit fe fâcher fur les impertinences
Que félon le befoin, félon l'efprit des gens, Il faut/ pour les mener, les prendre dans leur fens L'important eft d'abord que l'Oncle vous détefte, Si vous y parvenez, je vous réponds du refte; Or notre Oncle eft un fot, qui croit avoir reçu Toute fa part d'efprit en bon fens prétendu De tout ufage antique amateur idolâtre, De toutes nouveautés frondeur opiniâtre : Homme d'un autre fiecle, & ne fuivant en tout Pour ton qu'un vieux honneur, pour loi que le vieux
goût :
Cerveau des plus bornés, qui tenant pour maxime Qu'un Seigneur de Paroiffe eft un Etre fublime, Vous entretient fans ceffe avec ftupidité De fon banc, de fes foins & de fa dignité : On n'imagine pas combien il fe refpecle : Yvre de fon Château, dont il eft l'architecte, De tout ce qu'il a fait fottement entêté, Poffédé du Démon de la Propriété, Il réglera pour vous fon penchant ou fa haine Sur l'air dont vous prendrez tout fon petit domaine; D'abord, en arrivant, il faut vous préparer A le fuivre par-tout, tout voir, tout admirer, Son parc, fon potager, fes bois, fon avenue, Il ne vous fera pas grâce d'une laitue : Vous, au lieu d'approuver, trouvant tout fort commun, Vous ne lui paroîtrez qu'un fat très-importun, Un petit raifonneur, ignorant, indocile, Peut-être ira-t'il même à vous croire imbécille.
COMÉDIE. 8g
Oh, vous êtes charmant!... Mais n'aurois-je point
tort?
J'ai de la répugnance à le choquer fi fort.
Eh bien... Mariez-vous... Ce que je viens de dire N'étoit que pour forcer Géronte à fe dédire Comme vous défiriez : moi, je n'exige rien; Tout ce que vous ferez fera toujours très-bien, Ne confultez que vous.
VALERE
Ecoutez-moi de grâce; Je cherche à m'éclairer.
CLÉON
Mais tout vous embarrafie, Et vous ne fçavez point prendre votre parti : Je n'approuverois pas ce début étourdi, Si vous aviez affaire à quelqu'un d'eftimable. Dont la vue exigeât un maintien raifonnable; Mais avec un vieux fou dont on peut fe moquer, J'avois imaginé qu'on pouvoit tout rifquer, •Et que, pour vos projets, il falloit fans fcrupule Traiter légèrement un vieillard ridicule.
v AI. ERE
Soit... Il a la fureur de me croire à fon gré, Mais, fiez-vous à moi, je l'en détacherai.
go LE MÉCHANT.