‹ Le Méchant malgré luiChapitre 22 sur 37 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DOLIGNY, MERINVAL.

DOLIGNY

Sur monsieur Saint- Albin j'ai pris une revanche; Mais vous m'avez battu î

D'une manière franche; f'en parlais à Tinstant avec mon jeune ami.

DOLIGNY

]e monsieur qui vous quitte ?

MERINVAL.

Oui. Je ris à demi )e ce qu'il me disait.

DOLIGNY

Qu'est-ce donc ?

MERINVAL.

Oh ! je n'ose...

Iprès tout , s'il médit : je n'en suis pas la cause. 1 est spirituel , il fait fort bien des vers , î^t je conçois qu'il aime à fronder les travers, mrtout quand il peut croire en être la victime.

DOLÏGNY.

ih bien ! que disait-il ?

MERINVAL.

Il cherchait une rime 'our certaine cpi^amme ; il l'a trouvée enfin ; Lt le trait, j'en réponds , est piquant et malin.

DOLIGNY

Contre qui donc ce trait?

MERINVAL.

m Je n'ose vous le dire.

■ DOLIGNY

)ites : s'il est malin , cela nous fera rire.

MERINVAL,

Lh\ je ne sais pas trop.

4^ IJE MfXIîANT

DOLIGNY

Pourquoi donc ?

MÉRINVAL.

Entre nous , C'est que son épi gramme est faite contre vous.

DOLIGNY, surpris.

Contre moi !

MERINVAL.

C'est fort mal.

DOLIGNY

Sans doute ! Et , je vous prie, Que disait-il de moi ?

MERINVAL.

Ma foi , cela s'oublie.

DOLIGNY

Pensez-vous que du trait je doive être blessé ?

MERINVAL , à part.

De faire un impromptu je suis embarrassé. Haut.

Ce dont je me souviens , c'est qu'elle m'a fait rire ; C'est toujours un ressort puissant, que la satyre. L'arme du ridicule, en France , a tout pouvoir, Et l'bomme dont on rit est perdu sans espoir.

DOLIGNY

Croirait-il donc qu'on peut me rendre ridicule ? Pourquoi de m'attaquer n'a-t-il pas de scrupule ? Qu'ai-je fait contre lui ? Je ne le connais point.

MERINVAL.

Ah ! veuillez réfléchir tant soit peu sur ce point. Vous connaissez Limeuil , ses talens, sa famille. De quelques qualités vous savez bien qu'il brille. Dans vos bureaux , long-temps Limeuil fut employé;

A vos réunions il n'est point oublié.

Lorsqu'il vient à vaquer une place importante , Comment n'avez-vous plus la mémoire présente?

DOLIGNY

Oui , Toncle de Limeuil est un de mes amis ; A nos cerles souvent le jeune homme est admis. Cependant , il n'a pas demandé cette place.

MÉRINVAL.

C'était une justice , et non pas une grâce , Et cela ne devrait jamais se demander.

DOLIGNY

Je sais que j'aurais pu la lui faire accorder ; Mais malheureusement, j'ai donné la promesse Que la place serait la dot de notre nièce.

MÉRINVAL , comme s'il se rappelait quelque chose.

Ah ! voilà l'épigramme. Il dit que bien des gens , Font des deniers d'autrui la dot de leurs parens ; Mais il a su tourner cela d'une? manière , Qui peut faire sur vous rire la ville entière.

DOLIGNY

Ne peut-on l'empêcher? et lui faire sentir, Qu'en s'attaquant à moi , l'on peut s'en repentir.

MÉRINVAL.

Écoutez donc : Tâchez de lui parler vous-même ; Car , vousl'excuserez quand vous saurez qu'il aime , Qu'il adore Henriette , et qu'en la lui donnant, La place servirait de dot également.

DOLIGNY

Vous raisonnez fort bien. Eh ! pourquoi donc Durville Tient-il à Saint-Albin , qui n'est qu'un imbécille ?

MÉRINVAL.

Le Leau-frcre , entre nous , n'est pas un grand esprit ; Il croit qu'en se monti'ant avec son érudit , Il se donne un relief, un vernis de science.

DOLIGNY

Le sot ! Je vais parer à son extravagance.

S'il n'a pas de raison plus forte que cela?...

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