PEUX
O ciel ! et c'est à moi que ce discours s'adresse ! Et qui vous fait douter de ma vive tendresse ?
J'ai long-lemps , dans mon sein , renfermé mon secret : J'ai , par timidilé long-temps été discret : Mais, à la fin, j'ai dû surmonter ma faiblesse. Pourricz-vous me blâmer de cette hardiesse ? N'est-il pas un moment où la timidité Siérait plus mal encor que la témérité ?
HENRIETTE
Ahî vous Tavouez donc ! vous êtes téméraire. Voilà bien, m'a-t-on dit, comme ils savent tous faire. Ils sont, pour nous séduire , esclav^es compîaisans, Aussitôt qu'on les aime , ils deviennent tyrans.
FÉLIX
Moi tyran ! c'est sans doute une plaisanterie ?
Non , sur ces choses-là je n'aime pas qu'on rie. Pour vous mieux déj^^uiser vous faites un effort; Mais vous ne ferez rien qu'aggraver votre tort.
FELIX
Plus clairement, madame, expliquez-vous, de grâce. Pour vous désabuser, que faut-il que je fasse?
• HENRIETTE
Sans que j'en dise plus , vous le devinez bien.
FELIX, impatienté.
A l'art de deviner, certes je n'entends rien. Je n'imagine pas ce qu'un tel discours cache , Mais il est bien cruel...
HENRIETTE
Voyez-vous, il se fâche!
JOSEPHINE
C'est vrai : même à son air, n'est-ce pas qu'on croirait Qu'il se courroucerait bien plus fort... s'il l'osait.
HENRIETTE
Oui, sans doute. A présent , il garde le silence.
JOSÉPHI>E.
Mais à quelque noirceur on est bien sûr qu'il pense.
FÉLIX , les bras croises.
J'ou\Te , autant que je puis ," les oreilles , les yeux... Si je ne vous voyais un air si sérieux, Je croirais qu'on plaisante, et qu'on me mystifie. Dites-nici ce mystère, et ce qu'il signifie. Lorsque pour mon amour tout succédait si bien, De troubler mon bonheur cherchez-vous le moyen ? \oulez-vcus m'éprouver?... oui! c'est cela, peut-être. Mais, depuis trop long-temps vous devez me connaître.
HENRIETTE
Non ; vous cachiez trop bien vos dangereux penchans. Henriette , INIonsieur, n'aime pas les méchans , Les chercheurs de procès , les faiseurs d'épigramtne. Ces gens-là ne font pas le bonheur de leur femme. Jaime mieux la bonté que l'on pousse à l'excès , Que la méchanceté qui donne des succès.
FÉLIX
jNioi , chercher des procès ? c'est une calomnie.
HENRIETTE'
On fait le mal tout bas , et tout haut on le nie. INlais mon oncle m'a dit quels étaient vos projets.
FELIX
Ahl je sais... oui, vraiment! Vous parlez du procès
HENRIETTE
\ eus en convenez !
FÉLIX
Écoutez , je vous prie.
HENRIETTE
Non, je n'en veux pas plus !
Mais !
HENRIETTE
C'est une infamie Ainsi que la satyre et que votre combat. Monsieur veut m'obtenir en faisant de Tcclat , Et chercher à se venger même de ceux qu'il blesse ! Allez, allez. Monsieur; c'en est fait, je vous laisse. J'abandonne , à regret, ma douce illusion ; J'en aurai , je le sens, bien de l'affliction; Hélas ! de vous aimer j'avais pris l'habitude , Mais de vous oublier je vais faire une étude.
Elle sort.