SCÈNE XVI
M“* DE LIMEUIL, ROSELYN.
ROSELYN.
Pour vous, madame, je vois que vous êtes déjà habillée....
Mme DE LIMEUIL.
Oui, j’avais déjà la permission du docteur....
J’espère que cela vous distraira ; voilà pourquoi je vous l’ai accordée sans peine.
Mmc DE LIMEUIL.
Au contraire, vous ne vouliez pas.
ROSELYN.
D’abord.... mais depuis j’ai réfléchi, car je ne passe pas un instant sans étudier votre situation, sans m’occuper de vous.... de votre état.
Mrac DE LIMEUIL.
O ciel! vous êtes inquiet! vous craignez pour moi !
ROSELYN.
Non, madame, nullement.
Mme DE ETMEU1E.
Vous voulez me le cacher; mais vous avez des doutes.
KOSELYN.
Franchement, si j’en ai ce n’est que
sur moi-même.... car, dans ce moment-ci , plus je compare , plus je calcule, et moins je puis me rendre compte Je croyais d’abord que la langueur la tristesse où vous
étiez provenaient d’un peu de faiblesse
de poitrine, et je vous traitais en conséquence.... Mais cependant la fièvre a disparu; la toux s’est dissipée — vous ne souffrez nulle part.
Mme DE LIMEUIL.
Non , docteur.
ROSELYJf.
C’est fort étonnant.... c’est même fort inquiétant... et il faut qu’il y ait quelque cause....
COMEDIE- VAUDEVILLE
HImc DE EIMEUIL.
Ah mon Dieu !
ROSERYN.
Est-ce que par hasard?... mais ce n’est pas possible, car vous me l’auriez dit.... est-ce que nous aurions quelque chagrin , quelque peine secrète ?
nimc DE ETMEUIL.
Quoi! docteur.... vous croyez que cela pourrait influer?...
KOSERYN.
Mais sans doute , madame ; toutes les maladies physiques ont leur source dans quelque affection morale — Nous avons dans ce moment-ci des fièvres d’agiotage des fiè-
vres d’ambition rentrée.... des fièvres d’amour.... celles-là sont plus rares, surtout dans les hautes classes; mais enfin elles existent
Mme DE riMKUIJ..
Ah mon Dieu ! si j’avais su.... si j’avais osé plus tôt.
78 LE MÉDECIN DE DAMES, BOSEI.YIT.
Est-ce que j’aurais deviné ?
Mmc DE DIMEUIL.
Oui , docteur.... je dois rendre justice à
vos talons , à votre pénétration J’éprouve
depuis quelque temps un très grand chagrin. KOSELYN.
Vraiment !...
Mm' de limeuil, baissant les yeux.
J’aimequelqu’un.
nos ei. y n , a part , avec joie.
Il est donc vrai !...(//au<.) Voyez-vous, madame, ce que c’est que de ne pas tout dire à son médecin... Comment voulez-vous , après cela, que l’on puisse deviner, que l’on puisse se conduire.... Cela ne prouve rien contre la science.... mais dans l’ignorance où j’étais, je pouvais vous ordonner des choses contraires.... et c’est précisément ce qui est arrivé.
Mm" DE 1IMEUII..
Quoi !... ce que vous m’aviez prescrit?...
COMEDIE- VAUDEVIT,I,E.
HOSELYN.
Mais , oui , madame.... et maintenant cela devient bien différent ; si la souffrance que vous éprouvez depuis quelque temps n’a d’autre cause qu’une affection de l’âme , qu’un chagrin du cœur.... si toutefois vous 11e me trompez pas encore.
Mme DE EIMEUIL.
Oh!, non, docteur, cela ne m’arrivera plus.
ROSELYIT.
Hé bien! madame, il y aurait beaucoup plus de danger à rester dans la situation où vous êtes.... Vous ne savez donc pas quelles sont les conséquences d’une inclination contrariée.
Mme DE EIIHEUII,.
O ciel !
KOSELYN
Air : Restez , restez , troupe, jolie.
Pardon, mais mon état l’ordonne.
Je dois vous parler sans détour;
J’ai vu mainte et mainte personne,
En pareil cas, mourir d’amour.
Mme DE LIMEUIL.
Que dites-vous ! mourir d’amour?
ROSELYN.
Or, vous, si jeune et si jolie,
Jugez quels funestes destins!
De mourir d’une maladie.
Dont il est tant de médecins.
de limeuil , avec joie.
Ainsi donc, vous me conseillez, là....
bien franchement.... de me remarier.
ROSELYN.
Oui , sans doute.
mmc de limeuil, à part.
Pauvre colonel !... (Après un geste de bonheur. ) Quant à la personne, que jusqu’ici je n’ai pas osé vous nommer....
ROSELYN".
Je ne pouvais ni ne devais la connaître — son nom, quel qu'il soit , ne doit influer en
COMÉDIE* VAUDEVILLE. 8l
rien sur mes décisions; car votre état avant tout... hé bien, madame !
Mrae DE LIMEUIL.
Ah mon Dieu ! quand j’y pense.. .
ROSELYN.
Qu’avez-vous donc ?
Mme DE LIMEUIL.
Que devenir ! et comment faire à présent? tout à l’heure encore, j’ai déclaré à ma tante et à toutes ces dames que je chérissais ma
liberté ; et que de moi-même et par goût
je resterais toujours veuve....
ROSELYN.
Ne peut-on pas changer d’idée ?
Mme DE XIMEUIL.
Oui , monsieur.... mais pas d’une heure à l’autre.
HOSELYN.
N’est-ce que cela ? ce ne sera pas vous, ce sera moi qui l’aurai ordonné,... et alors il n’y aura plus rien à dire.
Mmo DE LXMEUIL.
Quoi! vraiment, vous seriez assez bon.... assez aimable pour me donner une consultation ?
nosEi.vjv , montrant la porte à droite.
Je vais l’écrire là dans le cabinet de
votre oncle, et je vous l’apporte à l’instant.
aime de limeuil.
Croyez, docteur, que ma reconnaissance...
ROSELYN.
Je suis assez payé si je peux vous rendre la santé et le bonheur.... Adieu, adieu.
( Il entre dans le cabinet a droite. )