‹ Le mélange des couleurs enseigné par l'exempleChapitre 18 sur 18 · CYGNES DANS LA NEIGE · texte numérisé non relu

CYGNES DANS LA NEIGE

Manière de procéder pour copier la planche

Le débutant qui consultera ces planches éprouvera sans doute quelque surprise; il se demandera peut-être pourquoi l'auteur, après avoir annoncé « les tons blancs », ne présente qu'une série de tons clairs mais tous colorés et n’en emploie pas un seul qui soit réellement blanc ? Nous le rassurerons immédiatement, en lui disant que le blanc n'existe pas pour le peintre ; tout, dans la nature, est coloré et, quelle que soit l'intensité lumineuse du soleil, des nuages, de l’eau, d’une muraille blanchie à la chaux, du linge blanc exposé au soleil, etc., etc., tout ce qui se présente à nos yeux a une coloration relative aux colorations qui l'entourent. Nous ajouterons encore que le blanc, tel qu’il sort du tube quand on le presse, n'est pas une couleur par lui-même et qu’il se colore tout seul, en prenant le ton complémentaire de la couleur près de laquelle on le place ; exemple : placé entre deux tons blanc-vert, le blanc devient rougeûtre et pice versa ; il en est de même pour les autres colorations. Il s'ensuit donc que l’on peut donner au blanc pur l’apparence d’un ton clair rouge, vert, bleu, jaune, orangé ou violet, en l’entourant du ton complémentaire que l’on veut lui donner. |

Beaucoup de commençants s imaginent également que, pour peindre lumineux, il est nécessaire de peindre clair, c'est-à-dire d'employer beaucoup de blanc dans tous les tons : ils sont dans une profonde erreur! Il y a une grande différence entre un tableau lumineux et un tableau clair. Un tableau tout blanc n'est pas

forcément lumineux et il est quantité de vieux tableaux très foncés qui sont beau-

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coup plus lumineux; pour s’en convaincre il suffit d'aller voir au Louvre certains tableaux de Rembrandt ou de Rubens, noircis par le temps, ces tableaux sont encore des merveilles de lumière et de couleur.

La planche que nous présentons pour l'étude des tons blancs montre des cygnes blancs dans un paysage de neige. Nous avons choisi cette étude, afin de démontrer qu'il n'y a rien de blanc dans la nature, que les tons les plus clairs ont une coloration propre et que l'artiste qui serait tenté d'employer le blanc pur pour éclairer des objets clairs, n'obtiendrait pour résultat qu'une œuvre sans chaleur, sans lumière et sans vie.

Pour copier la planche des tons blanes, il sera nécessaire de composer d'avance tous les tons et de les déposer en second rang sur la palette en observant l’ordre dans lequel ils se présentent de 1 à 16. Ilest superflu d'ajouter que la palette, les couleurs mères, le conteau à palette et jusqu'au chiffon dont on se servira, tout doit être d’une propreté rigoureuse. Après avoir composé un ton, la palette et le couteau doivent être soigneusement essuyés, car, dans une gamme de tons aussi clairs que les blancs, on n'aura pas de peine à croire que la plus petite parcelle du ton précédent, entrant dans le mélange suivant, pourrait empêcher d'obtenir le ton désiré,

Lorsque tous les tons sont composés, que le dessin a été décalqué avec soin sur la toile, on commence par mettre l’ensemble à l'effet en se servant du ton n°1 que l’on emploie en glacis et avec peu de liquide. Tous les tons de 1 à 8 sont ceux qui serviront à peindre le paysage et l’eau, le ciel et la partie claire de l’eau étant représentés par le fond gris de la toile,

Quand l'ensemble est mis à l'effet par un frottis, on procède à l’exécution en commençant par peindre les fonds, arbres et terrains ; les derniers plans se peignent tout d'abord et l’on ajoute successivement les autres plans en terminant par l’eau dont le ton foncé entoure les cygnes. On sait aussi que le ton le plus foncé de chaque partie se peint en premier, que le ton local se place ensuite et que l’on termine par le ton clair qui modèle le tout ; ce qui revient à dire que, pour le paysage, les parties claires de la neige étendue sur le terrain et accrochée aux branches doivent être peintes en dernier lieu. Les terrains du premier plan se peindront ensuite et l'on aura soin de réserver la place des cygnes, afin de n’en

pas perdre le dessin ; les pinceaux de martre ou les brosses très douces sont préfé-

rables à employer pour l'exécution des fonds afin qu'ils soient très aérés, très

Imp.R.Engelmann, Paris.

H.Laurens,Edit. Paris

a ne g us | D

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légers ; pour obtenir cet effet, il sera indispensable d'employer peu de couleur et, pour les derniers plans, on s’efforcera de laisser apparent le glacis par lequel on a commencé l’ébauche. Pour les terrains du premier plan, il sera nécessaire de procéder inversement en se servant de brosses un peu rudes et en employant la couleur en pleine pâte, afin d'aider à la perspective aérienne et de faire fuir les plans par l'exécution, autant que par les contrastes de valeurs et de lumière.

L'exécution des oiseaux demande beaucoup de précision et de soin ; il ne faut rien attendre du hasard sans s'exposer à des mécomptes. Aussi est-il indispensable de procéder méthodiquement. Le cygne du premier plan étant le plus important, c’est par celui-là qu'il convient de commencer.

On placera d’abord les tons noirs de la tête et les tons jaunes du bec, puis on continuera par les tons gris chaud des ombres du cou, le ton local du cou jusqu à l'aile et on modèlera ces parties en posant le ton clair des reflets du ciel, (ton n° 13); en plaçant ensuite la grande lumière (n° 14) qui éclaire le dessus du cou, on obtiendra l'effet désiré,

Les tons foncés du ventre et des ailes se placeront ensuite, puis on modèlera successivement, avec la demi-teinte, le reflet et la lumière, en ayant bien soin

d'observer le sens de la plume et du modelé de lamasse ou de la partie à exécuter. - Le sens du coup de pinceau à une importance capitale dans le modelé”,

L'ombre portée du cygne sur le terrain sera peinte ensuite et l'oiseau sera terminé, quand on aura exécuté les deux pattes ; à cet effet, il sera indispensable de se munir d'excellents pinceaux de martre, sans lesquels il deviendrait impossible d'obtenir un dessin parfait.

Comme il est peu probable que le copiste de cette planche soit assez habile pour peindre tout ce qu'elle montre et terminer dans la même journée, nous lui conseillons de peindre les fonds dans la première séance; dans la seconde séance, il exécutera le cygne du premier plan et le terrain; enfin, dans une dernière séance, il peindra l’eau et les autres oiseaux.

Cette méthode est importante à observer, afin que tout se tienne sans montrer les repentirs qui s'accuseraient par des contours secs; si, par exemple, on peignait l’eau un jour pour revenir ensuite peindre les cygnes, quand elle serait sèche ; la

couleur des plumes ne se fondant pas dans la couleur fraiche qui l'entoure, on

1 Voir Cours complet de Peinture à l'huile (Dictionnaire des termes employés en peinture, page 10).

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obtiendrait un contour dur et sans modelé, semblable à un papier découpé et collé sur la toile.

Le seul moyen d'éviter cet inconvénient consiste à peindre dans le frais l'oiseau et l’eau. Il peut arriver cependant que, pour une raison quelconque, on ait laissé l'étude en suspens après avoir peint l’eau, elle ne serait pas compromise pour cela, seulement il serait nécessaire de repeindre l’eau au moment où

l'on se disposerait à peindre les cygnes.

Composition des Tons et mélange des Couleurs

Blanc d'argent, noir d'ivoire, terre de Sienne naturelle, bleu d’outremer. Blanc de zinc, mine orange.

Blanc de zinc, bleu de cobalt, vert émeraude. Blanc d'argent, bleu d’outremer, laque de garance foncée. , ù 8 Blanc d'argent, bleu d’outremer, noir d'ivoire.

Blanc d’argent, vert émeraude, ocre jaune; ajouter une partie du ton n° 4.

Blanc d'argent, vert émeraude, laque de garance foncée.

Blanc de zinc, vert Véronèse, jaune de cadmium n° ». Blanc de zinc, cadmium n° 2.

Blanc d'argent, terre d'ombre brûlée, noir d'ivoire, bleu d’outremer. Blanc d'argent, bleu d’outremer, laque de garance foncée, noir d'ivoire. Blanc d’argent, terre de Sienne naturelle, terre d'ombre brülée. Blanc d'argent, vert émeraude, ocre jaune, noir d'ivoire.

. Blanc de zinc, cadmium n° 2.

5. Blanc d'argent, noir d'ivoire, terre d’ombre brülée: ajouter une partie du ton n°5.

Blanc d'argent, terre d'ombre brülée, noir d'ivoire.

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