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CHAPITRE XXXVIII

Prière après la Communion.

Je vous rends grâces, et je vous loue, mon Sauveur et mon Seigneur Jésus-Christ , en reconnaissance de tous vos bienfaits , mais particulièrement à cause du Mystère de votre sainte incarnation, de votre naissance, de votre circoncision, de votre présentation au Temple, de votre fuite en Egypte, de votre jeûne et de votre tentation au désert, des fatigues de vos voyages, de vos prédications , des persécutions que vous avez essuyées de la part du monde , des douleurs et des tourments de votre cruelle Passion, de tout ce que vous avez fait et souffert pour moi sur la terre, et enfin de l'amour incomparable qui vous a porté à le souffrir. Mais je vous rends grâces, par-dessus tout, de ce que vous daignez admettre et faire asseoir à votre Table un vil et misérable pécheur, en le rendant participant de vous-même et des trésors inestimables de votre Passion. 0 mon Sauveur et mon Dieu, de quel retour paierai-je cette miséricorde inouïe avec laquelle vous avez abaissé les cieux de votre grandeur, jusqu'au bourbier de notre bassesse? Qui êtes-vous, et que sommes-

nous, ô Dieu de majesté, pour que vous descendiez ainsi dans nos demeures d'argile ? Le ciel est votre trône , la terre sert d'escabeau à vos pieds. Votre Majesté remplit l'univers, et vous viendriez habiter sous un toit aussi humble que le nôtre ! a Est-il donc croyable », s'écriait Salomon , « que ce Dieu habite avec les hommes sur la terre ? Car « si le ciel et les cieux des cieux ne peuvent vous « contenir, combien moins cette maison que j'ai ce bâtie? » (II Paralip., vi, 18.) Oh ! quelle merveille que celui qui est assis sur les cieux', et qui de là regarde l'abîme, descende dans l'abîme de mon néant pour y asseoir sa Majesté !

C'était peu, pour votre infinie bonté, d'avoir député les anges à notre service, il vous fallait encore venir à nous, vous qui êtesje Maître des anges, entrer dans nos âmes et dans nos corps, et y conduire là vous-même les affaires de notre salut. C'est de cette manière que vous visitez les malades, que vous encouragez les faibles, que vous relevez ceux qui sont tombés, que vous consolez ceux qui sont tristes, que vous ranimez ceux qui ont perdu confiance, que vous instruisez les ignorants, que vous ramenez dans le bon chemin ceux qui se sont égarés, que vous donnez à manger à ceux qui ont faim , et que vous embrasez d'amour ceux qui sont tièdes ; c'est de cette manière que vous guérissez vous-même nos maux, et cela de vos propres mains, et à l'aide du remède que vous nous avez

préparé avec votre propre chair et avec votre propre sang. 0 bon Pasteur, comme vous vous montrez fidèle à la promesse que vous nous aviez faite autrefois : « Moi, je ferai paître mes brebis ; « moi, je les ferai reposer, je chercherai celles qui « étaient perdues, je relèverai celles qui étaient «. tombées, je banderai les plaies de celles qui « étaient blessées, je fortifierai celles qui étaient « faibles, je conserverai celles qui étaient grasses « et fortes. » (Ézéchiel, xxxiv, 15,16). Mais quel est celui qui sera digne d'une semblable faveur, d'une union aussi admirable? Il n'y a rien au ciel ou sur la terre, ni rangs, ni mérites, sur lesquels on puisse compter. C'est votre miséricorde seule qui nous rend capables d'un si grand bien, c'est votre grâce seule qui peut nous en faire jouir. Eh bien ! puisqu'il en est ainsi, que votre grâce m'assiste , et qu'elle m'unisse et m'attache à vous ; qu'elle me fasse avoir part à ce Mystère, et qu'elle m'inspire les sentiments de la plus vive reconnaissance pour cet inestimable bienfait. Que votre grâce supplée à ma faiblesse, que votre miséricorde me pardonne mes péchés, que votre esprit dispose mon âme, que vos mérites enrichissent ma pauvreté, et que votre sang précieux efface les taches de ma vie , afin que je puisse recevoir dignement le Sacrement de votre corps adorable.

Je me réjouis, u mon Dieu, quand je pense au miracle éclatant qui eut lieu lorsque des hommes,

ayant jeté un mort dans le sépulcre d'Elisée , ce mort revint à la vie. Certes, si les os d'un Prophète furent si puissants, combien ne le sera pas davantage le corps vivant duMaître des prophètes. Assurément, Seigneur, vous n'êtes pas inférieur en puissance à votre Prophète ; mon âme n'est pas moins morte que le malheureux qu'on allait enterrer, et si vous me touchez , votre main n'opérera pas un moindre prodige. Pourquoi donc n'espérerais -je pas de vous la même faveur? Pourquoi le corps d'un homme conçu dans le péché , aurait-il plus de vertu que le corps de Celui qui a été conçu du Saint-Esprit? Pourquoi le corps du serviteur serait-il plus honoré que celui du maître? Pourquoi, lorsque le corps d'Elisée ressuscite un mort, par cela seul qu'il se trouve en contact avec lui, votre corps sacré ne ressusciterait-il pas les âmes qui , volontairement , s'approchent de vous ? Enfin, puisque par la vertu des ossements du Prophète, le mort dont il s'agit reçut la vie qu'il ne demandait pas, pourquoi, moi qui la demande, ne la trouverai-je pas dans le divin Sacrement où je la cherche? Pourquoi, en un mot, ne ressusciterais-je pas de telle façon que , mourant à moimême, je ne vive plus que pour vous?

0 bon Jésus, au nom de cet amour et de cette charité ineffable qui vous a fait descendre du ciel pour vous incarner, souffrir et mourir pour moi, je vous supplie humblement de me purifier de

mes fautes, de m'orner de vos mérites et de vos vertus, et de m'accorder la grâce de vous recevoir dans ce Sacrement adorable, avec l'humilité, le respect, la crainte, le tremblement, la douleur et le repentir de mes fautes, le ferme propos de ne plus les commettre, l'amour et la charité qui sont dus à un si grand Mystère.

Purifiez aussi mon intention , afin qu'en ni'approchant de votre Table, je n'aie d'autre but que de glorifier votre saint Nom, de remédier à ma faiblesse, de parer à mes besoins, de me procurer des armes contre mes ennemis, d'entretenir la vie de mon âme, de devenir une même chose avec vous, de vous offrir enfin ce Mystère pour le salut des vivants et des morts, afin que les uns et les autres soient aidés et secourus par la vertu de ce Sacrement, que vous avez institué pour le salut de tous les hommes, vous, qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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