‹ Le MenteurChapitre 22 sur 103 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Alors me voyant pris, il fallut composer.

(Ici Clarice les voit de sa fenêtre; et Lucrèce, avec Isabelle, les voit aussi de la sienne.)

GÉRONTE

C'est-à-dire en françois qu'il fallut l'épouser?

DORANTE

Les siens m’avoient trouvé de nuit seul avec elle,

Ils étoient les plus forts, elle me sembîoit belle,

Le scandale étoit grand, son honneur se perdoit;

A ne le faire pas ma tête en répondoit;

Ses grands efforts pour moi, son péril, et ses larmes, A mon cœur amoureux étoient de nouveaux charmes : Donc, pour sauver ma vie ainsi que son honneur,

Et me mettre avec elle au comble du bonheur,

Je changeai d’un seul mot la tempête en bonace,

Et fit ce que tout autre auroit fait en ma place. Choisissez maintenant de me voir ou mourir,

Ou posséder un bien qu'on ne peut trop chérir.

GÉRONTE

Non, non, je ne suis pas si mauvais que tu penses,

Et trouve en ton malheur de telles circonstances,

Que mon amour t'excuse; et mon esprit touché Te blâme seulement de l’avoir trop caché.

DORANTE

Le peu de bien quelle a me faisoit vous le taire.

• GÉRONTE

Je prends peu garde au bien, afin d'être bon pèro* Elle est belle, elle est sage, elle sort de bon lieu,

Tu l’aimes, elle t'aime; il me suffit. Adieu :

Je vais me dégager du père de Clarice.

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