‹ Le MenteurChapitre 26 sur 103 · SCÈNE L — DORANTE, ALCIPPE, PHILISTE · texte numérisé non relu

SCÈNE L — DORANTE, ALCIPPE, PHILISTE

PHILISTE

Oui, vous faisiez tous deux en hommes de courage,

Et n’aviez l’un ni l’autre aucun désavantage.

Je rends grâces au ciel de ce qu’il a permis Que je sois survenu pour vous refaire amis,

Et que, la chose égale, ainsi je vous sépare :

Mon heur en est extrême, et l’aventure rare.

DORANTE

L’aventure est encor bien plus rare pour moi,

Qui lui faisois raison sans avoir su de quoi.

Mais, Alcippe, à présent tirez-moi hors de peine.

Quel sujet aviez-vous de colère ou de haine?

Quelque mauvais rapport m’auroit-il pu noircir?

Dites, que devant lui je vous puisse éclaircir.

ALCIPPE

Vous le savez assez.

DORANTE

Plus je me considère,

Moins je découvre en moi ce qui vous peut déplaire. ALCIPPE.

Eh bien ! puisqu’il vous faut parler plus clairement, Depuis plus de deux ans j’aime secrètement;

Mon affaire est d’accord, et la chose vaut faite ;

Mais pour quelque raison nous la tenons secrète. Cependant à l’objet qui me tient sous sa loi,

Et qui sans me trahir ne peut être qu’à moi,

Vous avez donné bal, collation, musique ;

Et vous n’ignorez pas combien cela me pique,

Puisque, pour me jouer i|n si sensible tour,

Vous m’avez à'defeseih caché votre retour,

Et n’avez aujourd’hui quitté votre embuscade Qu’afin de m’en conter l’histoire par bravade.

Ce procédé m’étonne, et j’ai lieu de penser

Page 1