ACTE III, SCÈNE
CLARICE, à Lucrèce
^^ORANTE
Pour v rnte, agréez que demain
En qualité d’époux je vous donne la main.
CLARICE
Hé! vous la donneriez en un jour à deux mille r DORANTE.
Certes, vous m allez mettre en crédit par la ville, Mais en crédit si grand que j'en crains les jaloux.
CLARICE
C'est tout ce que mérite un homme tel que vous,
Un homme qui se dit un grand foudre de gupT*™
Et n’en a vu qu’à coups d'écritoire ou de ver Qui vint hier de Poitiers, et conte, à son ret(
Que depuis une année il fait ici sa cour ;
Qui donne toute nuit festin, musique, et dans Bien qu’il l’ait dans son lit passée en tout si Qui se dit marié, puis^ouàam s’en déditv—
Sa méthode est jolie à se mettre en crédit !~W - Vous-même, apprenez-moi comme il faut qVon le nomm CLITON, à Dorante.
Si vous vous en tirez, je vous tiens habile homme. DORANTE, à Cliton.
Ne t'épouvante point, tout vient en sa saison.
(A Clarice.)
De ces inventions chacune a sa raison ;
Sur toutes quelque jour je vous rendrai contente; Mais à présent je passe à la plus importante :
J’ai donc feint cet hymen ; (pourquoi désavouer Ce qui vous forcera vous-même à me louer?)
Je l’ai feint, et ma feinte à vos mépris m’expose.
Mais si de ces détours vous seule étiez la cause?
CLARICE
Moi?
DORANTE
Vous. Écoutez-moi. Ne pouvant consentir....
CLITON, à Dorante.
De grâce, di tes-moi si vous allez mentir.
DORANTE, bas, à Cliton.
Ah 1 je t’arracherai cette langue importune.
(A Clarice.)
Donc comme à vous servir j’attache ma fortune,
L’amour que j’ai pour vous ne pouvant consentir Qu’un père à d’autres lois voulût m’assujettir....
CLARICE, bas, à Lucrèce.
Il fait pièce nouvelle, écoutons.
DORANTE. i.M
Cette adresse
A conservé mon âme à la belle Lucrèce ;
Et, par ce mariage au besoin inventé,
J’ai su rompre celui qu’on m avoit apprêté.
Blâmez-moi de tomber en des fautes si lourdes, Appelez-moi grand fourbe et grand donneur de bourdes: Mais louez-moi du moins d’aimer si puissamment,
Et joignez à ces noms celui de votre amant.
Je fais par cet hymen banîjuËrbute à tous autres;
J’évite tous leurs fers pour mourir dans les vôtres.
Et, libre pour entrer en des liens si doux,
Je’me fais marié pour toute autre que vous.
CLARICE
Votre flamme en naissant a trop de violence,
Et me laisse toujours en juste défiance,
Le moyen que mes yeux eussent de tels appas Pour qui m’a si peu vue et ne me connoît pas ?
Je ne vous connois pas! Vous n’avez plus de mère; Périandre est le nom de monsieur votre père;
Il est homme de robe, adroit et retenu;
Dix mille écus de rente en font le revenu ;
Vous perdîtes un frère aux guerres d’Italie ;
Vous aviez une sœur qui s appeloit Julie.
Vous connois-je à présent? dites encor que non.
CLARICE, bas, à Lucrèce.
Cousine, il te connoît, et t’en veut tout de bon.