SCÈNE VI. — DORANTE, CLITON, SABINE
DORANTE
Chère amie, hier au soir j’étois si transporté, Qu’en ce ravissement je ne pus me permettre De bien penser à toi quand j'eus lu cette lettre ; Mais tu n’y perdras rien, et voici pour le port.
SABINE
Ne croyez pas, monsieur....
DORANTE
Tiens.
SABINE
Vous me faites tort
Je ne suis pas de.,..
Prends.
SABINE
Hé, monsieur!
DORANTE
Prends, te dis-je
Je ne suis point ingrat alors que l'on m’oblige ; Dépêche, tends la main.
CLITON
Qu'elle y fait de façons 1 Je lui veux par pitié donner quelques leçons.
Chère amie, entre nous, toutes tes révérences En ces occasions ne sont qu'impertinences ;
Si ce n’est assez d’une, ouvre toutes les deux :
Le métier que tu fais ne veut point de honteux.
Sans te piquer d’honneur, crois qu’il n’est que de prendre,. Et que tenir vaut mieux mille fois que d’attendre.
Cette pluie est fort douce ; et, quand j’en vois pleuvoir, J'ouvrirois jusqu’au cœur pour la mieux recevoir.
On prend à toutes mains dans le siècle où nous sommes. Et refuser n’est plus le vice des grands hommes.
Retiens bien ma doctrine; et, pour faire amitié,
Si tu veux, avec toi je serai de moitié.
SABINE
Cet article est de trop.
DORANTE
Yois-tu, je me propose
De faire avec le temps pour toi toute autre chose.
Mais comme j’ai reçu cette lettre de toi,
En voudrois-tu donner la réponse pour moi?
SABINE
Je la donnerai bien, mais je n’ose vous dire Que ma maîtresse daigne ou la prendre, ou la lire J’y ferai mon etîort.
CLITON
Voyez, elle se rend
Plus douce qu’une épouse, et plus souple qu’un gant. DORANTE.
(Bas, à Cliton.) (Haut, à Sabine.)
Le secret a joué. Présente-la, n’importe;
Elle n’a pas pour moi d’aversion si forte.
Je reviens dans une heure en apprendre l’effet.
SABINE
Je vous conterai lors tout ce que j’aurai fait.