ACTE IV, SCÈNE VIII
SABINE
Le maître et le valet m’ont dit la même chose.
Le maître est tout à vous, et voici de sa prose.
LUCRÈCE, après avoir lu.
Dorante avec chaleur fait le passionné ;
Mais le fourbe qu’il est nous en a trop donné,
Et je ne suis pas fille à croire ses paroles.
SABINE
Je ne les crois non plus; mais j’en crois ses pistoles. LUCRÈCE.
Il t’a donc fait présent?
SABINE
Voyez.
LUCRÈCE
Et tu Tas pris?
SABINE
Pour vous ôter du trouble où flottent vos esprits,
Et vous mieux témoigner ses flammes véritables, J’en ai pris les témoins les plus indubitables ;
Et je remets, madame, au jugement de tous Si qui donne à vos gens est sans amour pour vous Et si ce traitement marque une âme commune.
LUCRÈCE
Je ne m’oppose pas à ta bonne fortune j Mais, comme en l’acceptant tu sors de ton devoir, Du moins une autre fois ne m’en fais rien savoir. SABINE.
Mais a ce libéral que pourrai-je promettre?
LUCRÈCE
Dis-lui que, sans la voir, j’ai déchiré sa lettre.
SABINE
O ma bonne fortune, où vous enfuyez-vous?
LUCRÈCE
Mêles-y de ta part deux ou trois mots plus doux; Conte-lui dextrement le naturel des femmes;
Dis-lui qu’avec le temps on amollit leurs âmes;
Et l’avertis surtout des heures et des lieux Où par rencontre il peut se montrer à mes yeux.
Parce qu’il est grand fourbe, il faut que je m’assure* SABINE.
Ah! si vous connoissiez les peines qu’il endure,
Vous ne douteriez plus si son cœur est atteint;
Toute nuit il soupire, il gémit, il se plaint.
LUCRÈCE
Pour apaiser les maux que cause cette plainte, Donne-lui de l’espoir avec beaucoup de crainte;
Et sache entre les deux toujours le modérer,
Sans m’engager à lui, ni le désespérer.