‹ Le MenteurChapitre 51 sur 103 · SCÈNE EU. — GÉRONTE, DORANTE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE EU. — GÉRONTE, DORANTE, CLITON

Êtes-vous gentilhomme?

DORANTE, à part.

Ah! rencontre fâcheusçév

(Haut.) x . CC

Etant sorti de vous, la chose est peu douteuse.

GÉRONTE. £ C

Croyez-vous qu’il suffit d’être sorti de moi?

t\AT) A MTr

DORANTE

dorante.

Avec toute la France aisément je le croi. \:Æ rjv PONTE. V

GÉRONTE

Vf ne savez-vous point avec toute la France D’où ce titre d’honneur a tiré sa naissance,

Ft Que la vertu seule a mis en ce haut rang Ceux qui l’ont jusqu’à moi fait passer dans leur sang

J’imorerois un point que n’ignore personne,

Oue la vertu l’acquiert, comme le sang le donne?

GERONTE.

Oit le sang a manqué, si la vertu l’acquiert,

Où le sang l’a donné, le vice aussi le perd.

Ce qui naît d’un moyen périt par son contraire; Tout ce que l’un a fait, l’autre le peut défaire; Et, dans la lâcheté du vice où je te voi,

Tii n’es plus gentilhomme, étant sorti de moi.

DORANTE

Moi?

GÉRONTE

Laisse-moi parler, toi de qui l’imposture Souille honteusement ce don de la nature :

Oui se dit gentilhomme, et ment comme tu fais fl ment quand il le dit, et ne le fut jamais. Est-il vice plus bas? est -il tache plus noire, Plus indigne d’un homme élevé pour la gloire? Est-il quelque foiblesse, est-il quelque action

Dont un cœur vraiment noble ait plus d’aversion Puisqu un seul de'menti lui porte une infamie Qu il ne peut effacer s’il n’expose sa vie,

Et si dedans le sang il ne lave l’affront ’

Qu un si honteux outrage imprime sur son front? DORANTE.

Qui vous dis que je mens?

GÉRONTE

. . Qui me le dit, infâme?

Dis-moi, si tu le peux, dis le nom de ta femme.

Le conte qu’hier au soir tu m’en fis publier....

CLITON, bas, à Dorante.

Dites que le sommeil vous l’a fait oublier.

GÉRONTE

Ajoute, ajoute encore avec effronterie Le nom de ton beau-père et de sa seigneurie ; Invente à m’éblouir quelques nouveaux détours. CLITON, bas, à Dorante.

Appelez la mémoire ou l’esprit au secours.

GÉRONTE

De quel front cependant faut-il que je confesse Que ton effronterie a surpris ma vieillesse Qu un homme de mon âge a cru légèrement Ce qu un homme du tien débite impudemment?

Tu me fais donc servir de fable et de risée,

Passer pour esprit foible et pour cervelle usée !

Mais, dis-moi, te portois-je à la gorge un poignard? \ oyoïs-tu violence ou courroux de ma part?

Si quelque aversion t’éloignoit de Ciarice,

Quel besoin avois-tu d’un si lâche artifice?

Et pouvois-tu douter que mon consentement Ne dût tout accorder à ton contentement,

Puisque mon indulgence, au dernier point venue, Consentait à tes yeux l’hymen d’une inconnue? ’

Ce grand excès d’amour que je t’ai témoigné N’a point touché ton cœur, ou ne l’a point gagné : Ingrat, tu m’as payé d’une impudente feinte,

Page 1