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ACTE V, SCÈNE IV

DORANTE

Gliton, ne raille point, que tu ne me déplaises :

D’un trouble tout nouveau j’ai l’esprit agité.

CLITON

N’est-ce point du remords d’avoir dit vérité?

Si pourtant ce n’est point quelque nouvelle adresse; Car je doute à présent si vous aimez Lucrèce ,

Et vous vois si fertile en semblables détours,

Que, quoi que vous disiez, je l’entends au rebours.

Je l’aime; et ce sur ce point ta défiance est vaine; Mais je hasarde trop, et c’est ce qui me gêne.

Si son père et le mien ne tombent point d’accord,

Tout commerce est rompu, je fais naufrage au port. Et d’ailleurs, quand l’affaire entre eux seroit conclue, Suis-je sûr que la fille y soit bien résolue?

J’ai tantôt vu passer cet objet si charmant:

Sa compagne, ou je meure, a beaucoup d’agrément Aujourd’hui que mes yeux l’ont mieux examinée,

De mon premier amour j’ai 1 âme un peu gênee : Mon cœur entre les deux est presque partagé;

Et celle-ci l’auroit s’il n’étoit engagé.

CLITON

Mais pourquoi donc montrer une flamme si grande, Et porter votre père à faire une demande?

DORANTE

Il ne m’auroit pas cru, si je ne l’avois fait.

CLITON

Quoi! même en disant vrai, vous mentiez en effet.

DORANTE

C’étoitle seul moyen d’apaiser sa colère.

Que maudit soit quiconque a détrompé mon père ! Avec ce faux hymen j ’aurois eu le loisir De consulter mon cœur, et je pourrois choisir.

CLITON

Mais sa compagne enfin n’est autre que Clarice.

Je me suis donc rendu moi-même un bon office.

Oh! qu’Alcippe est heureux, et que je suis confus'. Mais Àlcippe, après tout, n'aura que mon refus. N’y pensons plus, Gliton, puisque la place est prise.' CLITON.

Vous en voilà défait aussi bien que d’Orphise.

DORANTE

Reportons à Lucrèce un esprit ébranlé ,

Que l’autre à ses yeux même avoit presque volé. Mais Sabine survient.

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