ACTE I, SCÈNE III
CLITON
Vous venez de Poitiers, ou je me donne au diable ; Vous en revîntes hier.
DORANTE, à Cliton.
Te tairas-tu, maraud?
(A Clarice.)
Mon nom dans nos succès s’étoit mis assez haut Pour faire quelque bruit sans beaucoup d'injustice; Et je suivrois encore un si noble exercice,
N'étoit que l'autre hiver, faisant ici ma cour,
Je vous vis, et je fus retenu par l’amour.
Attaqué par vos yeux, je leur rendis les armes;
Je me fis prisonnier de tant d’aimables charmes ;
Je leur livrai mon âme ; et ce cœur généreux Dès ce premier moment oublia tout pour eux.
Vaincre dans les combats, commander dans l'armée* De mille exploits fameux enfler ma renommée,
Et tous ces nobles soins qui m’avoient su ravir, Cédèrent aussitôt à ceux de vous servir.
ISABELLE, à Clarice, tout bas.
Madame, Âlcippe vient; il aura de l’ombrage.
CLARICE
Nous en saurons, monsieur, quelque jour davantage..
Adieu.
DORANTE
Quoi! me priver sitôt de tout mon bien? CLARICE.
Nous n'avons pas loisir d'un plus long entretien;
Et, malgré la douceur de me voir cajolée,
Il faut que nous fassions seules deux tours d’allée. DORANTE.
Cependant accordez à mes vœux innocens La licence d’aimer des charmes si puissans.
CLARICE
Un cœur qui veut aimer, et qui sait comme on aime* N’en demande jamais licence qu’à soi-même.