‹ Le menteur: comédieChapitre 10 sur 92 · ACTE I, SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE H

Ne me rend pas le sort plus doux que de coutume, Puisque enfîn ce bonheur, que j'ai si fort prisé, Â mon peu de mérite eût été refusé.

CLARICE

S'il a perdu sitôt ce qui pouvoit vous plaire, Je veux être à mon tour d'un sentiment contraire, Et crois qu'on doit trouver plus de félicité A posséder un bien sans l'avoir mérité.

J'estime plus un don qu'une reconnoissance :

|ui nous donnerait plus^que^ui nous récompense;

ît le plus grand bonheur au mérite rendu Ne fait que nous payer de ce qui nous est dû. La faveur qu'on mérite est toujour^achetée ; L'heur en croît d'autant plus, moins elle est méril^e ; Et le bien où sans peine elle fait parvenir Par le mérite à peine auroit pu s'obtenir.

DORANTE

Aussi ne croyez pas que jamais je prétende

Obtenir par mérite une faveur si grande :

J'en sais mieux le haut prix; et mon cœur amoureux.

Moins il s'en connoît digne, et plus s'en tient heureux.

On me l'a pu toujours dénier sans injure ;

Et si la recevant ce cœur même en murmure,

n se plaint du malheur de ses félicités,

Que le hasard lui donne, et non vos volontés.

Un amant a fort peu de quoi se satisfaire

Des faveurs qu'on lui fait sans dessein de les faire :

Comme l'intention seule en forme le prix,

Assez souvent sans elle on les joint au mépris.

Jugez par là quel bien peut recevoir ma flamme

D'une main qu'on me donne en me refusant l'âme.

Je la tiens, je la touche et je la touche en vain.

Si je ne puis toucher le cœur avec la main.

CLARICE

Cette flamme, monsieur, est pour moi fort nouvelle, ^ Puisque j'en viens de voir la première étincelle. Si votre cœur ainsi s'embrase en un moment, Le mien da sut jamais brûler si promptement;

C LE BIENTEUR.

Mais peut-être, à présent qne j'en sois avertie, lie temps donnera place à pins de sympathie.

Confessez cependant qu'à tort vous murmurez Du mépris de vos feux, que j'avois ignorés.

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