‹ Le menteur: comédieChapitre 15 sur 92 · SCÈNE V. — DORAN-rà, ALGIPPE, PHIMSTEj · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — DORAN-rà, ALGIPPE, PHIMSTEj

CLITON

PHIUSTE, à Alcippe.

Quoi! sur l'eau la musique et la collation?

ALCIPPE , à Philiste.

Oui, la collation avecque la musique.

PHILISTE, à Alcippe.

Hier an soir?

ALCIPPE, à Philiste.

Hier au soir.

PHILISTE, à Alcippe.

Et belle?

ALCIPPE, à Philiste.

Magnifique.

PHIUSTE, à Alcippe.

Et par qui?

ALCIPPE, à Philiste.

CTest de quoi je suis mal édairci.

DORANTE, les saluant Que mon bonheur est grand de vous revoir ici!

ALCIPPE

Le mien est sans pareil, misque je vous embrasse*

CORANTE.

J'ai rompu vos discours d'assez mauvaise grâce : Yoos le pardonnerez à l'aise de vous voir.

PHIUSTE.

Avec nous, de tout temps, vous avez tout pouvoir.

12 LB MEKTEUn.

DORANTE

Mais de quoi parliez-vousT

ALCIPPK.

D'une galante rio.

DORANTE

D'amour?

ALCIPPE

Je le prés ume.

DORANTE

Achevez, je vous prie.

Et souffrez qu'à ce mot ma curiosité Vous demande sa part de cette nouveauté

ALCIPPE

On dit qu'on a donné musique à quelque dame.

DORANTE

8ur Teau?

ALCIPPE

Sur l'eau.

^ DORANTE

Souvent Tonde irrite la flamme.

PHILISTE

Quelquefois.

DORANTE

Et ce fut hier an soir?

ALCIPPE

Hier au soir.

DORANTE

Dans Tombre de la nuit le feu se fait mieux voir. Le temps étoit bien pris. Cette dame» elle est belle?

ALCIPPE

Aux yeux de bien du monde elle passe pour telle.

DORANTE

Et la musique?

Assez pour n'en rienjié4|Û|Ucr«

DORANTE. *"

Quelque collation a pu l'accompagner?

ALCIPPE

On le dityr

ACTF 2, SCÈNE Y. ]3

DORANTE

Fort superbe !

ALCIPPE

Et fort bi en ordonn eo.

DORANTE

Et vous ne savez point celui qui Ta donnée?

ALCIPPE

Vous en riez!

DORANTE

Je ris de vous voir étonn j D*un divertissement que je me suis donné.

ALCIPPE

Voust^

DORANTE

Moi<-méme.

S» Et déjà vous avez fait maîtresse?

DORANTE

Si je n'en avois fait, j'aurois bien peu d'adresse. Moi qui depuis im mois suis ici de retour, n est vrai que je sors fort peu souvent de jour; De nuit, incognito, je rends quelques visites; Ainsi....

CLITON, à Dorante, à Toreille.

Vous ne savez, monsieur, ce que vous ditcsj

DORANTE

Tais-toi; si jamais plus tu me viens avertir. ..•

CUTON.

J'enrage de me taire et d'entendre mentir!

PHILISTE, à Alcippe.

Voyez qu'heureusement dedans cette rencontre Votre rival lui-même à vous-même se montre.

DORANTE, revenant à eux.

Gomme à mes chers amis je vous veux tout conter»

J'avois pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster; Les quatre contenoient quatre chœurs de musique, Capables de charmer le plus mélancolique.

An premier, violons; en l'autre, luths et voix; Des flûtes, au troisième; au dernier, des hautbois^

Qni tour à tour dans Tair ponssoient des harmonies

Dont on ponvoit nommer les doucenrs infinies.

Le cinquième étoit grand, tapissé tout exprès

De rameau enlacés pour conserver le frais^

Dont chaqne extrémité portoit un doux mélange

De bouquets de jasmin, de grenade, et d'orange,

Je fis de ce batean la salle du festin :

Là je menai l'objet qui fait seul mon destin;

De cinq autres beautés la sienne fut suivie.

Et la collation fut aussitôt servie.

Je ne vous dirai point les différens apprêts,

Le nom de chaque plat, le rang de chaque mets :

Vous saurez seulement qu'en ce lieu de délices

On servit douze plats, et qu'on fit six services.

Cependant que les eaux, les rochers et les airs,

Répondoient aux accens de nos quatre concerts.

Après qu'on eut mangé, mille et mille fusées,

S'élançant vers les cieux, ou droites ou croisées.

Firent un nouveau jour, d'où tant de serpenteaux

D'un déluge de flamme attaquèrent les eaux.

Qu'on crut que, pour leur faire une plus rude guerre.

Tout l'élément du feu tomboit du ciel en terre.

Après ce passe-temps on dansa jusqu'au jour,

Dont le soleil jaloux avança le retour :

S'il eût pris notre avis, sa lumière importune

N'eût pas troublé sitôt ma petite fortune;

Mais, n'étant pas d'humeur à suivre nos désirs.

Il sépara la troupe, et finit nos plaisirs.

ALCIPPB.

Certes, tous avez grftce à conter ces merveilles; Paris, tout grand qu'il est, en voit peu de pareilles.

DORANTE

J'avois été surpris; et l'objet de mes vœox

Ne m'avdt tout au plus donné qu'une heure ou deux»

PHILISTE

Cependant Tordre est rare, et la dépense belle.

DORANTE

B s'est fallu passer à cette bagatelle :

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