‹ Le menteur: comédieChapitre 56 sur 92 · ACTE V, SCENE IH · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IH

Et ta n'as eu pour moi respect, amour, ni crainte. Va, je te désavoue.

DORANTE

Eh! mon père, écoutez.

GÉRONTE

Quoi? des contes en Tair et sur Theure inventés?

DORANTE

Non, la vérité pure.

GÉRONTE

En est-il dans ta bouche?

CUTON, bas, à Dorante.

Yoici pour votre adresse une assez rude touche.

DORANTE

Épris d'une beauté qu'à peine j'ai pu voir

Qu'elle a pris sur mon âme un absolu pouvoir,

De Lucrèce, en un mot, vous la pouvez connoître...«

Dis vrai : je la connois, et ceux qui l'ont fait naître; Son père est mon ami.

DORANTE

Mon cœur en un moment Étant de ses regards charmé si puissamment, Le choix que vos bontés avoient fait de Clarice, Sitôt que le sus, me parut un supplice; Mais comme j'ignorois si Lucrèce et son sort Pouvoient avec le vôtre avoir quelque rapport. Je n'osai pas encor vous découvrir la flamme Que venoient ses beautés d'allumer dans mon ftme; Et j'avois ignoré, monsieur, jusqu'à ce jour Que l'adresse d*esprit fût un crime en amour. Mais, si je vous osois demander quelque grâce, A présent que je sais et son bien et sa race, Je vous conjurerois, par les nœuds les plus doux Dont l'amour et le sang puissent m'unir à vous^ De seconder mes vœux auprès de cette belle.

Obtenez-là d'un père, et je l'obtiendrai d'elle.

GÉRONTE

Ta me fourbes encor.

DORANTE

Si VOUS ne m'en croyei^ Groyez-en pour le moiss Gliton que vous voyez; Il sait tout mon secret.

GÉRONTE

Tu ne meurs pas de honto Qu'il faille que de lui je fasse plus de compte, Et que ton père même, en doute de ta foi.

Donne plus de croyance à ton valet qu'à toi! Écoute : je suis bon, et, malgré ma colère.

Je veux encore un coup montrer un cœur de pèrej Je veux encore un coup pour toi me hasarder.

Je connois ta Lucrèce, et la vais demander; Mais si de ton côté le moindre obstacle arrive...»

DORANTE

Poor vous mieux assurer, souffrez que je vous suive.

GÉRONTE

Demeure ici, demeure, et ne suis point mes pas:

Je doute, je hasarde, et je ne te crois pas.

Mais sache que tantôt si pour cette Lucrèce

Tu fais la moindre fourbe, ou la moindre finesse.

Tu peux bien fuir mes yeux, et ne me voir jamais;

Autrement souviens-toi du serment que je fais :

Je jure les rayons du jour qui nous éclaire

Que tu ne mourras point que de la main d'un père.

Et que ton sang indigne à mes pieds répandu

Rendra prompte justice à mon honneur pçrdu.

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