‹ Le Menuet de Danaë, comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 3 sur 51 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MANICOU.

Maintenant... il reste une grosse question.

VINCENT

Laquelle?

MANICOU.

Celle du prix.

VINCENT, à part.

11 a une bonne figure... Je vais lui demander une somme... étonnante! (Haut.) Cent écus par an.

MANICOU.

Cent écus?...

VINCENT

Vous avez des meubles ?

MANICOU.

Oui, j’ai des meubles.

VINCENT

Eli bien, payez un trimestre d’avance... et tout est dit.

MANICOU.

Ce n’est pas dit du tout... Je trouve ça beaucoup trop cher.

VINCENT

Comment, trop cher? Mais, si vous logez là, savez- vous de qui vous serez le voisin ?

MANICOU.

De qui?...

VINCENT

De Gervais,

MANICOU.

Qu’est-ce que c’est que Gervais?

VINCENT

Gervais, le menuisier.

MANICOU.

Un menuisier?... merci!... Ça fait du bruit quand ça

rabote... (il passe à gauche.)

VINCENT (1)

11 y a six mois que Gervais ne rabote plus.

MANICOU.

Qu’est-ce qu’il fait, alors?

(I) Main Vin.

li aime !

VINCENT

MANICOU.

Quoi?...

VINCENT

Une femme! (mi donnant une cliaise.) Asseyez-vous, mon lion jeune homme,* écoulez-moi, et vous allez voir le voisinage que vous refusez... Un jour... il y a six mois, nous étions là, Gcrvais et moi; lui, rabotait,., moi, je me livrais à mon occupation favorite...

MANICOU, qui s’est assis.

Qui est?...

Qui est de sentir que le vin me monte peu à peu dans la tête... et peu à peu m’envahit le cerveau... et d’attendre ainsi, dans une douce quiétude, le moment où je serai complètement gris...

MANICOU.

Sage occupation, monsieur.

VINCENT

Tout à coup... grand fracas dans la rue... et voici venir, écornant les bornes... se cognant aux murs... décro* chant les enseignes... et cassant les réverbères... un carrosse... Ah! quel carrosse!... Bon jeune homme, écoutez-moi : il était bleu de ciel, avec de l’or partout... quatre chevaux le traînaient, conduits par deux petits nègres qui avaient des culottes de satin rouge et des anneaux d’or aux jambes... derrière, il y avait deux grands laquais ponceau... Oh! ne cherchez pas, vous ne pourrez jamais

vous imaginer ce que c’était ! Il s’arrêta là... devant la

porte... Une femme... ah! une jolie femme, je dois en convenir... sauta en bas... elle était mise comme une grisette... « Vous êtes les seuls que je n’aie pas payés, ditelle aux nègres et aux laquais... prenez la voiture et les chevaux... vendez-les et payez-vous... Ce que je vousdonne vaut cent fois ce que je vous dois... et je n’ai plus besoin de voilure... maintenant, j’irai à pied...» Le carrosse partit, la femme resta... Gervais cria: « Madeleine! » La femme au carrosse cria i « Gervais! »

Page 1