LA GUIRLANDE
Traduit de VAnghm de Prier,
Des bosquets le matin choisissant les prémices, La rose, l'hyacinthe ei l'œillet somptueux,* Je me disais : Chloé, mon amour, mes délices, Chloé de ma guirlande ornera ses cheveux.
J'ai placé sur son front la guirlande nouvelle, Charmée, elle en vantait, les nuances, l'odeur ; Moi, je disais tout bas : Mon amante est plus belle. Son haleine est plus douce, elle a plus de fraîcheur.
Tout le jour, à l'envi, les bergers, les bergères Répétaient, de ces fleurs admirant l'incarnat : Belles on les voyait sur leurs tiges légères, Mais le lys de son teint leur donne plus d'éclat.
Le soir en détachant la guirlande chérie, Chloé, ciel ! d'un soupir j'ai vu frémir son sein ; Chloé regarde* • • .hélas ! lliyacinte flétrie £t la rose et l'œillet échappent de sa main.
* Od pourrtdt mettre : et l'œillet orgueilleux ^ mais cette épUhète ne rendrait pas aussi bien Texpression anglaise que le mot somptuewp.
190 i.S MfiRCtRfr Dfi I^ONDitBS.
Une larme a coalé; larme silencieuse Qui d'un triste penser exprime la langueur, Tu dis plus que la voix éloquente et trompeuse, Qui voudrait emprunter le langage du cœur.
Je savais tout : Pourtant, recourant à la feinte, O mon dmOur, lui dts-je, une larme!... pourquoi? D'où provient le chagrin dont ton âme est atteinte! En suis-je cause? Dis*. «ma Chloé, réppnds-moi.
Chloé baissant les yeux, s'attendrit et soupire Puis explique en ces mots, son secret sentiment : Ami, vois à mes pieds, tout ce que je puis dire Est là.. .cette guirlande.. .hélas! quel changement !
De nos jours fortunés la fugitive aurore Des filles du printems a la fragilité.
Le soufHe du matin les avait fait eclore ; Un rayon de soleil a détruit leur beauté.
Jffier, un essaim d'amours voUigeait près d'Estelle» Ame de nos concerts, elle en était l'orgueil ; Lente, la cloche sonne. • . «hélas ! c'était pour elle Et je n'eus que le tems d*embra9ser un cercueil.
A se bercer d'espoir, le jeune âge s'amuse.
Quand l'étoile en fuyant lui prédit son destin ; Damon, ne tarde plus, fait redire à ta muse De la triste Chloé, le trop juste chagrin.
F. Châtelain.