‹ Le Mercure de LondresChapitre 82 sur 125 · BERNARD-LÉON · texte numérisé non relu

BERNARD-LÉON

Comment se peut-il que cet acteur, si spirituel, si a^réciateur du vrai beau, ait pu se décider à remplir le rôle le plus difficile peut-être qui existe au théâtre, celui de Tartuffe 1 comment se peut-il que Bernard-Léon ait pu risquer une réputation aussi justement acquise que la sienne en se chargeant d'un pareil rôle ! comment se peut -il enfin qu'un ami sensé, qu'un ami véritable ne lui ait point fait appercevoir le danger qu^il courait en quittant la marotte de la folie pour prendre le masque hideux dont Molière a recouvert son Tartuffe !

C'est à regret que nous traçons ces lignes, mais notre devoir nous en impose la loi. Organes de la vérité, nous devons à nos lecteurs l'émission franche de notre opinion, et, pour remplir ce devoir quelquefois pénible, nous sacrifions, nous sacrifirons tout. • • •#••• queâeque peine que nous puissions ressentir de cette abnégation de nos affections particulières.

I49 première entrée de Bernard Léon a été celle du bruyant de itik fiwrtf»dièr^ et ^on <:eUe d'un homme qui mesure tou1;es ses AC<âoa et qui «uionce .si bien son hypocrisie par ces vers :

Laurent, serrez ma haire avec ma discipline, £t priez q\]e toi]jours le ciel vous illumine. Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers Des aumônes que j'ai partager les deniers.

138 LE MERCURE 0S X.ONDRES.

Bernard-Léon a dit ces vers beaucoup trop vite ; il a mis trop d'affectation dans ceux-ci :

Que le ciel à jamais, par sa toute bonté, Et de rânie et du corps vous donne la santé.

Et bénisse vos jours autant que le désire Le plus humble de ceux que son amour inspire !

mais il a bien dit la tirade qui commence ainsi :

L'amour qui nous attache aux beautés éternelles, N'étouffe pas en nous Famour des temporelles :

Et mieux encore celle qui se termine par cette réflexion que tant de jésuites de nos jours font feire à leurs pénitentes :

Le soin que nous prenons de notre renommée Répond de toute chose à la personne aimée ; Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre cœur De l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur.*

Bernard Léon a été médiocre dans la VII scèpe du IV acte ; les transitions nombreuses que renferme cette scène, ont été mal saisies par lui et le jeu de sa physionomie a plus d'une fois démenti ses paroles.

Au résumé le rôle de Tartuffe n'a pas été bien rendu par Bernard Léon ; nous engageons cet estimable acteur à ne pas sortir du genre dans lequel il est souvent inimitable ; et si par hazard, l'idée lui venait encore de jouer la haute comédie ou plutôt de vouloir la jouer, qu'il rappelle au savetier Loquet ce peu de mots d'Apelle :

Ne SUTOR UlTRA CEBPIDAM.

ce qui veut dire en bon français, (traduction libre) :

* Ne forcez pas votre talent , Vous ne feriez rien -avec grâce.

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