‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 52 sur 115 · CLAIRVOYANCE. — IGNORANCE AU RÉVEIL · texte numérisé non relu

CLAIRVOYANCE. — IGNORANCE AU RÉVEIL

« M. Petit fut magnétisé, le iSmars 1826, par M. Dupolet, à huit heures et demie du soir, et endormi à peu près en une minute. Le président de la commission, .^J. Bourdois, s'assura que le nombre des pulsations avait, depuis qu'il était endormi, diminué de vingt-deux par minute, et que le pouls avait même quelque chose d'irrégulier. M. Dupotet, après avoir mis un bandeau sur les yeux du somnambule, dirige sur lui, à plusieurs reprises, ses doigts en pointe à deux pieds environ de distance. Aussitôt il se manifeste dans les mains et dans les bras vers lesquels était dirigée l'action une contraction violente. M. Dupotet ayant également approché ses pieds de ceux de M. Petit, toujours

sans contact, celui-ci les relire avec vivacité. Il se plaint d'éprouver dans les membres sur lesquels l'aclion s'était portée une vive douleur et une chaleur brûlante. M. Bourdois essaye de produire les mêmes elFels. 11 les obtient également, mais avec moins de promptitude et à un degré plus faible. Ce point bien établi, on s'occupe de reconnaître la clairvoyance du somnambule. Celui-ci ayant déclaré qu'il ne pouvait voir avec le bandeau, on le lui retire; mais alors toute l'attention se porte à constater que les paupières sont exactement fermées. A cet effet, on lient presque constamment, pendant les expériences, une lumière au-devant des yeux de M. Petit à la distance d'un ou deux pouces; et plusieurs personnes eurent les yeux presque continuellement fixés sur les siens. Aucune ne put apercevoir le moindre écartement entre les paupières. M. Ribes fit môme remarquer que leurs bords étaient superposés de manière que les cils se croisaient. On examine aussi l'état des yeux ; on les ouvre de force sans que le somnambule s'éveille; et l'on remarque que la prunelle est portée en bas et dirigée vers le grand angle de l'œil. Après ces observations préliminaires, on procède à vérifier les phénomènes de la vision avec les yeux fermés. M. Ribes, membre de l'Académie, présente un catalogue qu'il tire de sa poche. Le somnambule, après quelques efforts qui paraissent le fatiguer, lit très-distinctement ces mots : Lavater, il est bien difficile de connaître les hommes. Ces derniers mots étaient imprimés en caractères très-fins. On lui met sous les yeux un passe-port, il le reconnaît, et le désigne sous le nom de passe homme. Quelques instants après, on substitue au passe -port un port-d'armes que l'on sait être presque en tout semblable au passe-port, et on le lui présente du côté blanc. M. Petit peut seule-

ment reconnaître que c'est une pièce encadrée et assez semblable à la première : on le retourne. Alors, après quelques instants d'attention, il dit ce que c'est, et lit distinctement ces mots : De par le roi, et à gauche portrf armes. On lui montre encore une lettre ouverte : il dit ne pouvoir la lire, n'entendant pas l'anglais; c'était en effet une lettre anglaise. M. Bourdois tire de sa poche une tabatière sur laquelle était un camée encadré en or. Le somnambule ne peut d'abord le voir dislinctemenl; le cadre d'or l'éblouissait, disait-il. Quand on eut couvert le cadre avec les doigts, il dit voir l'emblème de la fidélité. Pressé de dire quel était cet emblème, il ajoute : Je vois un chien, il est comme dressé devant un autel. C'est là en effet ce qui était représenté. On lui présente une lettre fermée : il ne peut rien découvrir du contenu. 11 suit seulement la direction des lignes avec le doigt : mais il lit fort bien l'adresse, quoiaju'elle contînt un nom assez diflicile : à M. de Rockenstroh. Toutes ces expériences fatiguaient extrêmement M. Petit. On le laissa un instant reposer : puis, comme il aime beaucoup le jeu, on lui proposa, pour le délasser, de faire une partie de cartes. Autant les expériences de pure curiosité semblent le contrarier et le fatiguer, autant il fait avec aisance et dextérité ce qui lui fait plaisir, et ce à quoi il se porte de son propre mouvement. Un des assistants, M. llaynal, ancien inspecteur de l'université, fit avec M. Petit un cent de piquet, et perdit; celui-ci maniait les cartes avec la plus grande agilité, et sans jamais se tromper. On essaya plusieurs fois inutilement de le mettre en défaut en soustrayant ou en changeant des cartes; il comptait avec une surprenante facilité le nombre de points marqués sur la carte à marquer de son adversaire. Pendant tout ce temps on n'avait cessé

d'examiner les yeux et de tenir auprès d'eux une lumière; on les avait toujours trouvés exactement fermés; on remarqua que le globe de l'œil semblait néanmoins se mouvoir sous la paupière et suivre les divers mouvements des mains. Enfin, M. Bourdois déclara que, selon toutes les vraisemblances humaines, et autant qu'on en pouvait juger par les sens, les paupières étaient exactement closes. Pendant que M. Petit faisait une deuxième partie de piquet, M. Dupolet, sur Tinvilalion de M. Ilibes, dirigea par derrière la main Yers son coude ; la contraction précédemment observée eut lieu de nouveau. Puis, sur la proposition de M. Bourdois, il le magnétisa par derrière, et toujours à plus d'un pied de distance, dans l'intention de l'éveiller. L'ardeur que le somnambule portait au jeu combattait celte action, et faisait que, sans le réveiller, elle le gênait et le contrariait. Il porta plusieurs fois la main derrière la tèle, comme s'il y souiïrait. Il .tomba enfin dans un assoupissement qui paraissait être un sommeil naturel assez léger; et quelqu'un lui ayant parlé dans cet état, il s'éveilla comme en sursaut. Peu d'instants après, M. Dupotet, toujours placé près de lui et à quelque distance , le plongea de nouveau dans le sommeil magnétique , et les expériences recommencèrent. M. Dupotet, désirant qu'il ne restât aucune ombre de doute sur la nature d'une action physique exercée à volonté sur le somnambule, proposa de mettre à M. Petit tel nombre de bandeaux que l'on voudrait, et d'agir sur lui dans cet état. On lui couvrit, en effet, la figure jusqu'aux narines avec plusieurs cravates ; on tamponna avec des gants la cavité formée par la proéminence du nez , et on recouvrit le tout d'une cravate noire descendant en forme de voile, jusqu'au cou. Alors on recommença de nouveau et de toutes les ma-

nières, les essais d'action à distance; et constamment les mômes mouvements se manifestèrent dans les parties vers lesquelles la main ou le pied étaient dirigés. Après ces nouvelles épreuves, M. Dupotet, ayant ôté à M. Petit ses bandeaux, fit avec lui une partie à' écarté pour le distraire. 11 joua avec la môme facilité qu'auparavant et gagna encore. 11 mettait tant d'ardeur à son jeu qu'il resta insensible à l'influence de M. Bourdois qui essaya inutilement, pendant qu'il jouait, d'agir sur lui par derrière, et de lui faire exécuter un commandement volontaire.

)) Après sa partie, le somnambule se leva, se promena ù travers le salon, écartant les chaises qui se trouvaient sur son passage, et alla s'asseoir à l'écart pour se reposer quelque temps loin des curieux et des expérimentateurs qui l'avaient fatigué. Là M. Dupotet le réveilla à plusieurs pieds de distance; mais ce réveil ne fut pas complet, à ce qu'il paraît, car quelques instants après il s'assoupit; il fallut faire de nouveaux efforts pour le réveiller complètement. Eveillé, il a dit ne conserver aucun souvenir de ce qui s'était passé pendant son sommeil. »

PREDICTION. — LUCIDITE. — INSENSIBILITE. — FOUCE DU CORPS QUADRUPLÉE PENDANT LE SOMMEIL MAGNÉTIQUE. — CLAIRVOYANCE. — GUÉRISON OBTENUE PAR LES PRESCRIPTIONS d'uN SOMNAMBULE,

« Paul Villagrand, étudiant en droit, né à Magnac- Laval (Haute- Vienne), le 18 mai 1803, fut frappé, le 25 décembre 1825, d'une attaque d'apoplexie qui fui suivie de la paralysie de tout le côté gauche du corps. Après dix-sept, mois de divers traitements par l'acupuncture, un selon à la nuque, douze moxas le long de la

colonne vertébrale, traitements qu'il suivit soi^ chez lui, soit à la maison de sanlé, soit à l'hospice de perfectionnement, et dans le cours desquels il eut deux nouvelles attaques, fut admis le 8 avril 1827 à l'hôpital de la Charité. Bien qu'il eût éprouvé un soulagement notable des movens mis en usage avant son entrée dans cet hôpital, il marchait avec des béquilles sans pouvoir s'appuyer sur le pied gauche. Le bras du même côté exécutait b'tîn divers mouvements, mais Paul ne pouvait le lever vers la télé. Il y voyait à peine de l'œil droit, et il avait l'ouïe très-dure des deux oreilles. C'est dans cet état qu'il fut confié aux soins de notre collègue M. Fouquier, qui, outre la parar lysie bien évidente, lui reconnut des symptômes d'hypertrophie du cœur, t Pendant cinq mois, il lui administra l'extrait alcoolique de noix vomique, le fit saigner de temps en temps , le p.urgea et lui fit appliquer des vésicatoires. Le bras gauche reprit un peu de force, les maux de tète auxquels il était sujet s'éloignèrent, et son état resta slationnaire jusqu'au 29 août 4827, époque à laquelle il fut magnétisé pour la première fois par M. Foissac, d'après l'ordre et sous la direction de iM. Fouquier. Dans cette première séance il éprouva une sensation de chaleur générale, puis des soubresauts dans les tendons. M s'étonna d'èlre envahi, pour ainsi dire, par une envie de dormir, se frotta les yeux pour la dissiper, fit des eflbrts visibles et infructueux pour tenir ses paupières ouvertes, enfin sa tête tomba sur la poitrine, et il s'endormit. A dater de ce moment, la surdité et le mal de tête cessèrent. Ce n'est qu'à la neuvième séance que le sommeil deviht profond; et c'est à la dixième qu'il répondit par des sons inarticulés aux questions qu'on lui adressa- Plus tard, il annonça qu'il ne pourrait guérir qu'à l'aide du magnétisme,

et il se prescrivit la continuation des pilules d'extrait de noix vojnique, des sinapismes et des bains de Baréges. Le 25 septembre, la commission se rendit à l'hôpital de la Charité, fit déshabiller le malade, et constata que le membre inférieur gauche était manifestement plus maigre que le droit, que la main droite serrait beaucoup plus fort que la gauche, que la langue, tirée hors delà bouche, était portée vers la commissure droite , et que dans la buccinalion, la joue droite était plus bombée que la gauche. On magnétisa alors Paul, qui ne tarda pas à entrer en somnambulisme. 11 récapitula ce qui était relatif à son traitement, et prescrivit que dans le jour môme on lui appliquât un sinapisme à chaque jambe pendant une heure et demie, que le lendemain on lui fît prendre un bain de Baréges , et qu'en sortant du bain, on lui mît des sinapismes pendant douze heures sans interruption , tarvlôt à une place, tantôt à une autre; que le surlendemain, après avoir pris un second bain de Baréges, on lui tirât une palette et demie de sang par le bras droit. Enfin il ajouta qu'en suivant ce traitement, le 28, c'est-à-dire trois jours après, il marcherait sans béquilles en sortant de la séance où il dit qu'il faudrait encore le magnétiser. On suivit le traitement qu'il avait indiqué, et au jour dit, le 28 septembre , la commission vint à l'hôpital de la Charité. Paul se rendit, appuyé sur ses béquilles, à la salle des conférences, où il fut magnétisé comme de coutume et rais en somnambulisme. Dans cet état, il assura qu'il retournerait à son lit sans béquilles, sans soutien. A son réveil il demanda ses béquilles ; on lui répondit qu'il n'en avait plus besoin. En effet il se leva, se soutint sur la jambe paralysée , traversa la foule qui le suivait, descendit la marche de la chambre d'expériences, traversa la deuxième cour de la Charité, monta

deux marches, et, arrivé au bas de l'escalier, il s'assit. Après s'être reposé deux minutes, il monta, à l'aide d'un bras et de la rampe, les vingt-quatre marches de l'escalier qui conduit à la salle où il couche ; il alla à son lit sans appui, s'assit encore un moment, et fit ensuite une nouvelle promenade dans la salle, au grand étonnement de tous les malades, qui jusqu'alors l'avaient toujours vu cloué dans son lit. A dater de ce jour, Paul ne reprit [)lus ses béquilles. La commission se réunit encore le 11 octobre suivant à l'hôpital de la Charité. On le magnétisa, et i| annonça qu'il serait complètement guéri à la fin de l'an-: née, si on lui établissait un séton, deux pouces ou-dessoqs de la région du cœur. Dans cette séance on le pinça à plusieurs reprises , on lui enfonça une épingle à une ligne de profondeur dans le sourcil el dans le poignet, sans qu'il donnât aucun signe de sensibilité. Le 16 octobre, M. Foiiquier reçut du conseil général des hospices une lettre qui l'invitait à suspendre les expériences magnétiques qu'il avait commencées à l'hôpital de la Charité. On fut donc obligé d interrompre ce traitement magnétique, dont ce paralysé ne pouvait, disait-ij, assez louer refjicacilé. M. Foissac le fit sortir de l'hôpital, et le plaça rue des Pelits-Augustins, fi^piéro 18, dans une chamj)re particulière où il continua son traitement. Le 29 du même mois, la commission se rendit cliez le malade pour examiner les progrès de sa guérison ; mais avant la magnétisation, elle constata que la marche avait lieu sans béquilles, et qu'elle paraissait plus assurée que dans la précédente séance. Ensuite on lui fit essayer ses forces au dynamomètre. Pressée par la main droite , l'aiguijle marquait trente kilogrammes, et de la main gauche douze. Les deux mains réunies la firent monter à trente et un. On le magnétisa;

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en quatre minutes le somnambulisme se déclara, et Paul assura qu'il serait totalement guéri le 1" janvier'. On essaya ses forces : la main droite fait monter l'aiguille du dynamomètre à vingt-neuf kilogrammes (un de moins qu'avant le sommeil); la main gauche (la paralysée ), à vingt-six (quatorze de plus qu'avant le sommeil), et les deux mains réunies à quarante-cinq, quatorze de plus qu'auparavant. Pendant le somnambulisme, ilse lève pour marcher et franchit vivement l'espace; il saute à cloche-pied sur le pied gauche. Il se met à genou sur le genou droit ; il se relève en se soutenant par la main gauche sur un assistant, et en faisant porter sur le genou gauche tout le poids de son corps. Il prend et soulè^e M. Thillaye, le fait tourner sur lui-même, et se rassoit l'ayant sur ses genoux. Il lire de toute' sa force le dynamomètre et fait monter l'échelle de traction à seize myriagrammes. Sur l'invitation qu'on lui fait de descendre l'escalier, il quitte brusquement son fauteuil, prend le bras de M. Foissac, qu'il quille à la porte, descend et remonte les marches deux à deux , trois àtrois, avec une rapidité convulsive , qu'il modère cependant quand on lui dit de les franchir une à une. Aussitôt qu'il est réveillé, il perd cette augmentation étonnante de ses forces; alors, en effet, le dynamomètre ne marque plus que trois myriagrammes trois quarts, c'est-à-dire douze et quart de moins qu'avant le réveil. Sa démarche est lente, mais assurée; il ne peut soutenir le poids de son corps sur la jambe gauche (la paralysée), et il essaye inutilement de soulever M. Foissac. Nous devons noter. Messieurs, que peu de jours avant cette dernière expérience, ce malade avait perdu deux livres et demie de sang, qu'il avait encore

1 Cette guérison arriva en effet. (Expressions du rapport de M. Husson.)

deux vésicatoires aux jambes, un séton à la nuque, un autre à la poitrine ; vous reconnaîtrez par conséquent avec nous quelle prodigieuse au^omentation de forces le magnétisme avait développée dans les organes malades, celle des organes sains restant la môme, puisque pendant tout le temps qu'a duré le somnambulisme , la force totale du corps avait été plus que quadruplée. Paul renonça par la suite à tout traitement médical. 11 voulut seulement qu'on se bornât à le magnétiser; et vers la fin de l'année, comme il témoignait le désir d'être mis et maintenu pendant huit jours en somnambulisme , pour que sa guérison fût complétée le 1" janvier, il fut magnétisé le 25 décembre; à dater de ce jour, il resta en somnambulisme jusqu'au d'''" janvier. Pendant ce temps, il fut, à des intervalles inégaux, éveillé environ douze heures; et, dans ces courts moments de réveil, on lui laissait croire qu'il n'était endormi que depuis quelques heures. Pendant tout son sommeil ses fonctions digestives se firent avec un surcroît d'activité. Il était endormi depuis trois jours, lorsque, accompagné de M. Foissac, il partit à pied le 28 décembre de la rue Mondovi, et alla trouver M. Fouquier à l'hôpital de la Charité, où il arriva à neuf heures. 11 y reconnut les malades auprès desquels il était couché avant sa sortie, les élèves qui faisaient le service dans la salle, et il lut, les yeux fermés, un doigt étant appliqué sur chaque paupière; quelques mots qui lui furent présentés par M. Fouquier. Tout ce dont nous étions les témoins nous parut si étony nant que la commission voulant suivre jusqu'à la fin l'histoire de ce somnambule, se réunit de nouveau le i" janvier chez M. Foissac, oii elle trouva Paul endormi depuis le 25 décembre. 11 avait supprimé quinze jours auparavant les sélons de la nuque et de la poitrine, et s'était fait éta-

blir au bras gauche un cautère qu'il devait conserver toute la vie. Il déclarait, du reste, qu'il était guéri, qu'en ne commettant aucune imprudence , il arriverait à un âge avancé, et qu'il succomberait à une attaque d'apoplexie. (Toujours endormi), il sort de chez M. Foissac, il marche et court dans la rue d'un pas ferme et assuré; à son retour \\ porte avec la plus grande facilité une personne présente qu'il n'avait pu qu'avec peine soulever avant d'être endormi. Le 42 janvier la commission se rassembla de nouveau chez M. Foissac, où se trouvaient M. E. Lascase, député, M. de ***, aide de camp du roi, et M. Ségalas, membre de l'académie. M. Foissac nous annonça qu'il allait endormir Paul, que dans cet état de somnambulisme on lui appliquerait un doigt sur chaque œil fermé, et que, malgré cette occlusion complète des paupières , il distinguerait la couleur des cartes, qu'il lirait le titre d'un ouvrage et quelques mots ou lignes indiqués au hasard dans le corps môme de l'ouvrage. Au bout de deux minutes de manœuvres magnétiques, Paul est endormi. Les paupières étant tenues fermées constamment et alternativement par MM. Fouquier, Itard, Marc et le rapporteur, on lui présente un jeu de cartes neuves, dont on brise la bande de papier portant le timbre de la régie ; on les mêle, et Paul reconnaît facilement et successivement les rois de pique, as de trèfle, dame de pique, neuf de trèfle, sept de carreau, dame de carreau et huit de carreau. On lui présente, ayant les paupières tenues fermées par M. Ségalas, un volume que le rapporteur avait apporté. Il lit sur le titre Histoire de France \ Il ne peut lire les deux lignes

' Histoire deFrance depuis les Gaulois jusqu'à la mort de Louis XVI, par Anquetil, 43 vol. in-S", Paris, i817. Le passage lu par Paul est à la page 89 du septième volume.

intermédiaires et lit sur la cinquième le nom seulAnquetil, qui y est précédé de la préposition par. On ouvre le livre à la page89, et il lit à la première (*tc) ligne onze le nombre doses... il passe le mot troupes, et continue. Au moment où on le croyait le plus occupé des plaisirs du carnaval... il lit également le titre courant Louis; mais ne peut lire le chiffre romain qui le suit. On lui présente un papier sur lequel on a écrit les mots agglutination et niaijnétisme animal. 11 épèle le premier et prononce les deux autres. Enfin on lui a présenté le procès-verbal de cette séance, il en a lu assez distinctement la date et quelques mots plus lisiblement écrits que d'autres. Dans toutes ces expériences , les doigts ont été appliqués sur la totalité de la commissure de chaque œil, en pressant de. haut en bas la paupière supérieure ' sur l'inférieure, et nous avons remarqué que le globe de l'œil avait été dans un mouvement constant de rotation et paraissait se diriger vers l'objet soumis à la vision. Le 2 février, Paul fut mis en somnambulisme chez MM. Scribe et Brémard, négociants, rue Saint-Honoré". Le rapporteur de la commission était le seul membre présent à l'expérience. On ferma les paupières comme dans la précédente, et Paul lut dans l'ouvrage intitulé les Mille et une nuits le titre, le mot préface et la première ligne de cette préface , moins le mot peu. On lui présenta aussi un volume intitulé Lettres de deuœ amies^' par Madame Campan. 11 distingua sur une estampe la figure de Napoléon , il en montra les bottes, et dit qu'il y voyait deux, femmes. Ensuite il lut couramment les quatre premières li(;nes de la page 3, à l'exception du tnol raviver. Enfin il reconnut sans les loucher quatre cartes qu'on lui présenta successivement deux à deux , ce sont le roi de j)ique et le huit de cœur, la dame et le roi

de trèfle. Dans une autre séance qui eut lieu le 13 mars suivant, Paul essaya inutilement de distinguer différentes cartes qu'on lui appliqua sur l'épigastre ; mais il lut encore les yeux fermés dans un livre ouvert au hasard, et cette fois ce fut M. Jules Clocquet qui lui boucha les paupières. Le rapporteur écrivit aussi sur un morceau de papier les mots Maœirnilien Robespierre, qu'il lut également bien. ))

ETAT CATALEPTIQUE ET SOMMEIL MAGNETIQUE PRODUITS A DISTANCE PAU LA SEULE VOLONTÉ DU MAGNÉTISEUR. — PRÉDICTION. — FUREUa.

« Pierre Cazot, âgé de vingt ans, ouvrier chapelier, né d'une mère épileptique, était sujet depuis dix ans à des attaques d'épilepsie (jui se renouvelaient cinq ou six fois par semaine, lorsqu'il entra à l'hôpital de la Charité dans les premiers jours du mois d'août 1827. 11 fut soumis de suite au traitement du magnétisme, s'endormit à la troisième séance, et devint somnambule à la dixième, qui eut lieu le 19 août. Ce fut alors à neuf heures du malin qu'il annonça que le jour môme, à quatre heures après midi, il aurait une attaque d'épilepsie; mais qu'on pouvait la prévenir si on le magnétisait un peu auparavant. On préféra vérifier l'exactitude de sa prévision , et aucune précaution ne fut prise pour s'y opposer. On se contenta de l'observer sans qu'il s'en doutât. A une heure il fut saisi d'une violente céphalalgie ; à trois heures il fut forcé de se mettre au lit ; à quatre heures précises l'accès éclata. Sa durée fut de cinq minutes. Le surlendemain, Cazot étant en somnambulisme, M. Fouquier lui enfonça à l'improvisle une épingle d'un pouce de long entre l'index et

le pouce de la main droite;, il lui perça avec la même épingle le lobe de l'oreille; on lui écarta les paupières et on frappa plusieurs fois la conjonctive avec la tête d'une épingle sans qu'il donnât le moindre signe de sensibilité. La commission se rendit à l'hôpital de la Charité le 24 août, à neuf heures du matin, pour suivre les expériences que M. Fouquier, l'un de ses membres, avait le projet de continuer sur lui. M. Foissac, qui l'avait déjà magnétisé, se plaça en face, et à six pieds de distance de Cazot; il le fixa , ne fit aucun geste avec les mains, garda le silence le plus absolu, et Cazot s'endormit en huit minutes. Trois fois on lui plaça sous le nez un flacon plein d'animoniaque : sa figure se colora, la respiration s'accéléra, mais il ne se réveilla pas. M. Fouquier lui enfonça dans l'avanl-bras une épingle d'un pouce. On lui en introduisit une autre à une profondeur de deux lignes, obliquement, sous le sternum, une troisième, obliquement aussi, à l'épigastre; une quatrième perpendiculairement dans la plante du pied. M. Guersent le pinça à l' avant-bras de manière à y laisser une ecchymose; M. Itard s'appuya sur sa cuisse de tout le poids de son corps. On chercha à provoquer le chatouillement en promenant sous le nez, sur les lèvres, sur les sourcils, les cils, le cou et la plante dû pied, un petit morceau de papier : rien ne put le réveiller. Nous le pressâmes de questions Combien aurez-vous encore d'accès? — Pendant un an. — Savez-vous s'ils seront rapprochés les uns des autres. — Non. — En aurez-vous un ce mois-ci? — J'en aurai un lundi 27, à trois heures moins vingt minutes. — Sera-t-il fort? — Il ne le sera pas la moitié de celui qui m'a pris dernièrement. — Quel autre jour aurez-vous un autre accès? — Après un mouvement d'impatience il répond : D'aujourd'hui en quinze, c'est-

à-dire le 7 septembre. — A quelle heure? — A six heures moins dix minutes du matin. — La maladie d'un des enfàHts dé CàÉot le força de sortir ce jour-là même, 24 août, de la Charité. Mais oh convint de l'y faire revenir le lundi 27 au niatin, pour observer l'accès qu'il avait annoncé devoir arriver le même jour, à trois heures moins vingt Hîinules. Le concierge ayant refusé de le recevoir lorsqu'il s'y présenta, Cazot se rendit chez M. Foissac pour se plaindre de ce refus. Ce dernier préféra, nous a-t-il dit, dissiper cet accès par le magnétisme, que d'en être seul témoin : nous n'avons pu, par conséquent, constdtë^ l'exactitude de cette prévision. Mais il nous restait encore à observer l'accès annoncé pour le 7 septembre, et M. Fouquier, qui fit entrer Cazot le 6 à l'hôpital, sous prétexte de lui donner des soins qu'il ne pouvait recevoir hors de l'établissement, le fit magnétiser dans le courant de celte journée du 6 par M. Foissac, qui l'endormit par la force seule de sa volonté et la fixité de son regard. Dans ce sommeil, Cazot répéta que le lendemain il aurait une attaque à six heures moins dix minutes, et qu'on pourrait la prévenir s'il était magnétisé un peu auparavant. A un signal convenu et donné par M. Fouquier, M. Foissac, dont Cazot ignorait la présence, le réveilla comme il l'avait endormi, par la force seule de sa volonté, malgré les questions qu'on adressait à ce somnambule, et qui n'avaient pas d'autre but que de lui cacher le moment où il devait être réveillé. Pour être témoin du second accès, la commission se réunit le 7 septembre, à six heures moins un quart du matin, dans la salle Saint-Michel de l'hôpital de là Charité. Là elle apprit que la veille, à huit heures du soir, Cazot avait été saisi d'une douleur de tête qui l'avait tourmenté toute la nuit, que cette douleur lui avait

procuré la sensation d'un carillon, et qu'il avait eu des élancements dans les oreilles. A six heures moins dix minutes, nous fûmes témoins de l'accès épileptique caractérisé par la roideur et la contraction des membres, la projection répétée et saccadée de la tête en arrière, la courbure arquée du corps en arrière, la clôture convulsive des paupières, la rétraction du globe de l'œil vers le haut de l'orbite, les soupirs, les cris, l'insensibilité au pincement, le serrement de la langue entre les dents. Tout cet appareil de symptômes a duré cinq minutes, pendant lesquelles il y a eu deux rémissions de quelques secondes chacune; et ensuite il y a eu un brisement des membres et une lassitude générale. Le iO septembre, à sept heures du soir, la commission se réunit chez M. Itard, pour continuer ses expériences sur Cazot. Ce dernier était dans le cabinet où la conversation s'est engagée et à été entretenue avec lui jusqu'à sept heures et demie, moment auquel M. Foissac, arrivé depuis lui et resté dans l'antichambre, séparé do lui par deux portes fermées, et à une distance de douze pieds, commença à le magnétiser. Trois minutes après, Cazot dit : Je crois que M. Foissac est là, car je me sens abasourdi. Au bout de huit minutes il était complètement endormi. On le questionne, et il assure de nouveau que de ce jour en trois semaines, le l" octobre, il aura un accès épileptique à midi moins deux minutes. Il s'agissait d'observer avec autant de soin que nous l'avions fait le 7 septembre, l'accès épileptique qui avait été prédit pour le 1" octobre. A cet effet la commission se rendit ce môme jour, à onze heures et demie , chez M. Georges, fabricant de chapeaux, rue des Ménétriers-, numéro 47, oiî Cazot demeurait et travaillait. Nous apprîmes de ce M. Georges : que Cazot est un ouvrier très-rangé, d'une excellente

conduite , et incapable, soit par la simplicité de son esprit, soit par sa moralité, de se prêter à une supercherie quelconque; que Gazot ne se sentant pas bien portant, était resté dans sa chambre et qu'il ne travaillait pas; qu'il n'avait pas eu d'accès d'épilepsie depuis celui dont la commission avait été témoin à l'hôpital de la Charité; qu'il y avait en ce moment auprès de Cazot un homme, intelligent, sur la véracité et la discrétion duquel on pouvait compter; que cet homme n'a point annoncé à Cazot qu'il avait prédit une attaque pour aujourd'hui; qu'il paraît prouvé que M. Foissac a eu, depuis le 10 septembre, des relations avec ledit Cazot, sans qu'on puisse en inférer qu'il lui ait rappelé sa prédiction; et qu'au contraire ledit M. Foissac a paru attacher une très-grande importance à ce que personne né rappelât audit Cazot sa prédiction. M. Georges monte à midi moins cinq minutes dans une pièce située au-dessous de celle où habite Cazot; une .minute après, il est venu nous prévenir que l'accès avait lieu. Nous sortîmes tous montés à la hâte, MM. Guersent, Thillaye, Marc, Gueneau de Mussy, Ilard et le rapporteur, au sixième étage, où étant arrivés, la montre d'un des commissaires marquait midi moins une minute au temps vrai. Réunis autour du lit de Cazot, nous avons trouvé l'accès épileptique caractérisé par les symptômes suivants : roideur tétanique du tronc et des membres, renversement de la tète et parfois du tronc en arrière, rétraction convulsive par en haut du globe des yeux, dont on ne voit que le blanc; injection très- prononcée de la face et du cou, contraction des mâchoires, convulsions fibrillaires partielles des muscles de l'avant-bras et du bras droit ; bientôt après, opisthotonos tellement prononcé que le tronc était soulevé en arc de cercle, et que le corps

n'avait d'autre appui que la tôle et les pieds, lesquels mouvements se sont terminés par une brusque détente. Peu de moments après cette aUaque, c'est-à-dire après une minute de relûche, un nouvel accès semblable au précédent s'est déclaré. Il y a eu des sons inarticulés, la respiration était haletante, par secousses, le larynx s'abaissant et s'élevant rapidement, et le pouls battant de cent trentedeux à cent soixante fois. 11 n'y a pas eu d'écume à la bouche, ni de contraction du pouce vers la face palmaire. Au bout de six minutes, l'accès s'est terminé par des soupirs, l'alTaissement des membres, l'ouverture des paupières qui lui a permis de fixer les assistants d'un air étonné, et il nous a dit être courbaturé, surtout dans le bras droit. Quoique la commission ne pût douter de l'action bien réelle que le magnétisme produisait sur Cazot, môme à son insu et à une certaine distance , elle voulut encore en acquérir une preuve nouvelle. Et comme il avait été prouvé dans la dernière séance que M. Foissac avait eu avec lui des relations, dans lesquelles il aurait pu lui dire qu'il avait annoncé une attaque qui devait arriver le 1" octobre, la commission voulut aussi, en provoquant de nouvelles expériences sur Cazot, induire MT Foissac en erreur sur le jour où son épileptique aurait l'attaque qu'il aurait annoncée d'avance. Par ce moyen nous nous mettions à l'abri de toute espèce de connivence , à moins qu'on ne suppose qu'un homme que nous avons toujours vu probe et loyal, voulût s'entendre avec un homme sans éducation, sans intelligence, pour nous tromper. Nous avouons que nous n'avons fait ni à l'un ni à l'autre celte injure, et nous rendons la môme justice à M\I. Dupotet et Chapelain , dont nous avons eu plusieurs fois occasion de vous parler. La commission se réunit donc dans le cabinet de M. Bour-

dois , le 5 octobre à midi , heure à laquelle Cazot y arriva avec son enfant. M. Foissac avait été invité à s'y rendre à midi et demi; il arriva «.l'heure dite, à l'insu de Cazot, se retira dans le salon, sans aucune communication avec nous. On alla cependant lui dire par une porte dérobée que Cazot étart assis sur un canapé éloigné de dix pieds d'une porte fermée , et que la commission désirait qu'il l'endormît et l'éveillât à cette distance, lui restant dans le salon, et Cazot dans le cabinet. A midi trente-sept minutes, pendant que Cazot est occupé à la conversation à laquelle nous nous livrions, et qu'il examine les tableaux qui ornent le cabinet, M. Foissac, placé dans la pièce voisine, commence ses manœuvres magnétiques, et nous remarquons qu'au bout de quatre minutes Cazot clignote légèrement les yeux, qu'il a un air inquiet, et qu'enfin il s'endort en neuf minutes. M. Guersent, qui lui avait donné des soins à l'hôpital des Enfants pour ses attaques d'épilepsie, lui demande s'il le reconnaît. Réponse affirmative. M. Itard lui demande quand il aura un autre accès? Il répond que ce sera d'aujourd'hui en quatre semaines (le 3 novembre), à quatre heures cinq minutes du soir. On lui demande ensuite quand il en aura un autre ; il répond, après s'être recueilli et avoir hésité, que ce sera cinq semaines après le précédent qu'il vient d'indiquer, le 9 décembre, à neuf heures et demie du matin. Le procès-verbal de cette séance ayant été lu en présence de M. Foissac pour qu'il le signât avec nous, nous avions voulu, comme il a été dit ci-dessus, l'induire en erreur; et en le lui lisant avant de le faire signer aux membres de la commission, le rapporteur lut que le premier accès de Cazot aurait lieu le dimanche 4 novembre, tandis que le malade avait annoncé qu'il aurait lieu le samedi 3. 11 le trompa également sur le

second, et M. Foissac prit note de ces fausses indications , comme si elles étaient exactes; mais ayant, quelques jours après, mis Cazot en somnambulisme, ainsi qu'il avait coutume de le faire pour dissiper ses maux de tète , il apprit de lui que c'était le 3, et non le 4, qu'il devait avoir son accès, et il en avertit M. Itard le 4" novembre, croyant qu'il y avait eu erreur dans la rédaction de notre procès-verbal. La commission prit, pour observer l'accès du 3 novembre , les précautions qu'elle avait prises pour examiner celui du i" octobre 5 elle se rendit à quatre heures du soir chez M. Georges; elle apprit de lui, de sa femme, et d'un de ses ouvriers, que Cazot avait travaillé pomme de coutume toute la matinée jusqu'à ^ei\^ heures, et qu'en dînant il avait ressenti du mal de tête; que cependant il était descendu pour reprendre son travail; mais que le mal de tête augmentant, et qu'ayant eu un étourdissement, il était remonté chez lui et s'était étendq sur son lit où il s'est endorrrii. Alors MM, Pourdois, Fouquier et le rapporteur montèrent, précédés de M. Georges, vers la charnbre de Cazot. M. Georges y entra seul et le trouva profondément endormi , ce qu'il nous fit remarquer par la porte qui était entr'ouverte sur l'escalier. M. Georges loi parla haut, le remua, le secoua par le bras sans pouvoir le réveiller, et à quatre heures six minutes, au milieu des tentatives faites par M. Georges pour le réveiller, Cazot a été saisi des principaux symptômes qui caractérisent un accès d'épilepsie, et semblables en tout à ce que nous avions observé sur lui précédemment. Le second accès annoncé dans la séance du 6 octobre pour le 9 décembre, c'est-à-dire deux mois auparavant, a eu lieu à neuf heures trois quarts au lieu de neuf heures et demie , un quart d'heure plus tard qu'il n'avait été prédit, et fut carac-

térisé par les mêmes phénomènes précurseurs et par les mêmes symptômes que ceux des 7 septembre, 1^'' octobre et 3 novembre. Enfin, le li février, Cazol fixa l'époque d'un nouvel accès au dimanche 2'2 avril , midi cinq minutes, et cette annonce se vérifia comme les précédentes, à cinq minutes près, c'est-à-dire l'accès arriva à midi dix minutes. Cet accès, remarqutible par sa violence, par l'espèce de fureur avec laquelle Cazot se mordit la main et l'avant-bras, par les secousses brusques et répétées qui le soulevaie4it , durait depuis trente-cinq minutes, lorsque M. FoiSsac, qui était présent, le magnétisa. Bientôt l'état convulsif cessa pour faire place à un état de somnambulisme magnétique pendant lequel Cazot se leva, se mit sur une chaise et dit qu'il était très-fatigué; qu'il aurait encore deux accès : l'un de demain en neuf semaines, à six heures trois minutes (25 juin). 11 ne veut pas penser au deuxième accès, parce qu'il faut songer à ce qui arrivera auparavant (à ce moment il renvoie sa femme qui était présente), et il ajoute que, environ trois semaines après l'accès du 25 juin, il deviendra fou; que sq folie durera trois jours, pendant lesquels il sera si méchant, qu'il se battra avec tout le monde, qu'il maltraitera môme sa femme, son enfant, qu'on qe devra pas le laisser avec eux, et qu'il ne sait pas s'il ne tuerait pas une personne qu'il ne désigne pas. Il faudra alors le saigner de suite des deux pieds. Enfin, ajoute-t-il, je serai guéri pour le mois d'août; et une fois guéri , la maladie ne me reprendra plus, quelles que soient les circonstances qui arrivent. C'est le 22 avril que toutes ces prévisions nous sont annoncées ; et deux jours après, le 2-4, Cazot voulant arrêter un cheval fougueux qui avait pris le mors aux dents, fut précipité contre la roue d'un cabriolet qui lui fracassa l'arcade orbi-

tîiire gauche, et le meurtrit horriblement. Transporté à

1 hôpital Beaujon, il y mourut le 15 mai Nous voyons

dans celte observation un jeune homme sujet depuis dix ans à des attaques d'épilepsie pour lesquelles il a été successivement traité à l'hôpital des Enfants, à Saint-Louis, et exempté du service militaire. Le magnétisme agit sur lui, quoiqu'il ignore complètement ce qu'on lui fait. Il devient somnambule. Les symptômes de sa maladie s'améliorent; les accès diminuent de fréquence; les maux de tête, son oppression disparaissent sous l'influence du magnétisme ; il se prescrit un traitement approprié à la nature de son mal , et dont il se promet la guérison. Magnétisé à son insu et de loin, il tombe en somnambulisme, en est retiré avec la môme promptitude que lorsqu'il était magnétisé de près. Enfin il indique avec une rare précision, un et deux mois d'avance, le jour et l'heure où il doit avoir un accès d'épilepsie. Cependant, doué de la prévision pour des accès aussi éloignés, bien plus, pour des accès qui ne doivent jamais avoir lieu, il ne peut pas prévoir que dans deux jours il sera frappé d'un accident mortel. »

ALTÉRATION DES FONCTIONS ET REFROIDISSEMENT DU CORPS HUMAIN PENDANT LE SOMMEIL MAGNÉTIQUE. — DON DE LA SCIENCE MÉDI- CALE DANS l'État de somnambulisme.

« Mademoiselle Céline Sauvage a été mise en somnambulisme en présence de la commission les 18 et 21 avril, il juin , 9 août, 23 décembre 182G, 13 et 17 janvier et 21 février 1827. En passant de l'état de veille à celui de somnambulisme, elle éprouve un- refroidissement de plusieurs degrés, appréciable au thermomètre; sa langue devient sèche et rugueuse, de souple et humide qu'elle était auparavant; son haleine, jusqu'alors douce, est fétide et

repoussante. La sensibilité est presque abolie pendant la durée de son sommeil, car elle fait six inspirations ayant sous les narines un flacon rempli d'acide hydrochlorique, et elle n'en témoigne aucune émotion. M. Marc la pince au poignet; une aiguille à acupuncture est enfoncée de trois lignes dans la cuisse gauche; une autre de deux lignes dans le poignet gauche. On réunit ces dqux aiguilles par un conducteur galvanique ; des mouvements convulsifs très-marqués se développent dans la main, et mademoiselle Céline paraît étrangère à tout ce qu'on lui fait. Elle entend les personnes qui lui parlent de près et en la touchant, et elle n'entend pas le bruit de deux assiettes que l'on brise à côté d'elle. C'est lorsqu'elle est plongée dans cet état de somnambulisme que la commission a reconnu trois fois chez elle la faculté de discourir sur les maladies des personnes qu'elle touche, et d'indiquer les remèdes qu'il convient de leur opposer. La commission trouva parmi ses membres quelqu'un qui voulut bien se soumettre aux indications de celte somnambule. Ce fut M. Marc. Mademoiselle Céline fut priée d'examiner avec attention l'état de la santé de notre collègue. Elle appliqua la main sur le front et la région du cœur, et au bout de trois minutes elle dit que le sang se portait à la tête; que, actuellement , M. Marc avait mal dans le côté gauche de cette cavité; qu'il avait souvent de l'oppression, surtout après avoir mangé; qu'il devait avoir souvent une petite toux; que la partie inférieure de la poitrine était gorgée de sang; que quelque chose gênait le passage des aliments; que celte partie (et elle désignait la région de l'appendice xiphoïde) était rétrécie; que, pour guérir M. Marc, il fallait qu'on le saignât largement; que l'on appliquât des cataplasmes de ciguë, et que l'on fît des frictions avec du lau-

danum sur la partie inférieure de la poitrine; qu'il bût de la limonade gommée, qu'il mangeât peu et souvent, et qu'il ne se promenât pas immédiatement après le repas. 11 nous tardait d'apprendre de M. Marc s'il éprouvait tout ce que cette somnambule avait aimoncé. Il nous dit qu'en eflet il avait de l'oppression lorsqu'il marchait en sortant de table; que souvent, comme elle l'annonçait, il avait de la loux, et qu'avant l'etpérience il avait mal dans le côté gauche de la t^'te , mais qu'il ne ressentait aucune gêne dans le passage des aliments. »

§ VlII.

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