‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 71 sur 115 · II · texte numérisé non relu

II

EXPÉRIENCES DE TABLES TOURNANTES FAITES A VALLEYRES PAR M. DE GASPARIN. — ROTATION DE TABLES. — LEUR SOULÈVEMENT A DISTANCE. — DANSE DE MEUBLES. — POIDS SOULEVÉS. — DIVINATION DE LA PENSÉE.

Si jamais des expériences de cette nature ont été faites avec bonne foi, avec le désir sincère de s'éclairer, avec les précautions les plus minutieuses pour prévenir l'erreur ou la fraude, ce sont, à coup sûr, celles auxquelles M. le comte de Gasparin s'est livré en personne. A ce titre on leur doit une mention spéciale, et nous reproduisons le récit des séances consigné dans son ouvrage' :

Séance du 20 septembre.

« Et d'abord je dirai que la table qui nous a servi le plus souvent se compose d'un plateau en frêne dont le diamètre a quatre-vingts centimètres, d'une lourde colonne et de trois pieds distants entre eux de cinquante-cinq centimètres. Une autre table, dont le plateau est un feu plus grand et dont la colonne est moins lourde, a été employée aussi. Enfin, nous avons rais quelquefois en mouvement des tables à quatre pieds, rondes ou carrées, l'une, entre autres, d'une dimension respectable. Le nombre des expérimentateurs formant à la fois la chaîne est ordinairement de dix ; il a varié entre deux extrêmes, huit et douze. La rotation se manifeste habituellement après cinq ou dix

1 Des tables tournantes, etc., t. I", p. 27 à 38. —On trouvera à l'appendice (pièce D) l'exposé de la méthode employée par M. de Gasparin pour obtenir les phénomènes de rotation et d'interrogation des tables.

minutes. Dans certains cas très-rares, nous avons attendu près d'une demi-heure. Le 20 septembre donc, nous désirions mettre à l'épreuve les prétendues facultés divinatrices des tables; à cet effet, nous avons soumis à la nôtre, qui fonctionnait à merveille, la question la plus élémentaire assurément qu'on puisse poser à un Esprit.,., nous avons placé trois noisettes dans la poche d'un des expérimentateurs; la table, interrogée sur le nombre des noisettes, a bravement frappé neuf coups! La môme personne, après avoir fait exécuter plusieurs nombres pensés parmi lesquels se trouvait un zéro, a été mise aux prises avec son vis-à-vis. Ceci constituait une expérience particulièrement intéressante, que nous appelons la balance des forces. On ne peut pas dire, dans ce cas, que le mouvement soit imprimé par le vis-à-vis, lequel ferait levier; car les intérêts sont opposés, les vis-à-vis sont en lutte; l'un veut faire prévaloir un chiffre pensé plus considérable, l'autre un chiffre pensé moins considérable. Le champion du petit chiffre s'arrangera sans doute pour ne plus fournir de balancement dès que son nombre a été frappé, il appuiera même de manière à obtenir un arrêt! Eh bien, non! l'opérateur le plus puissant l'emporte; et s'il est chargé du nombre élevé, le nombre élevé est atteint. On remarque seulement qu'à partir du moment où la limite de son adversaire est dépassée et où les volontés ont cessé de coïncider, les coups sont frappés moins fortement; le pied, qui obéissait tout à l'heure à deux pensées, n'est plus soutenu maintenant que par une seule. Nous avons changé alors les conditions de la lutte; une coaHtion a été formée au pro6t des petits nombres; ils ont été confiés à deux membres de la chaîne, puis à trois, et c'est alors seulement que le chevalier des grands nombres a été vaincu et

que le pied placé devant lui (pied sur lequel il était dépourvu de toute action mécanique) a cessé de suivre jusqu'au bout l'impulsion de sa volonté, en dépit des expérimentateurs placés en face, qui seuls auraient pu le mettre et le maintenir en mouvement. Il va sans dire que des combinaisons différentes ont été essayées et qu'elles ont produit des résultats non moins décisifs. Nous avons fait varier le pied qui devait frapper, nous avons changé les rôles : l'expérimentateur le plus puissant a été chargé , à son tour, des petits nombres, et il est parvenu à couper réguHèrement ses adversaires, quel que fût le pied désigné pour l'opération. On a proposé enfin de tenter la contreépreuve d'une de nos expériences les plus concluantes, de celle qui consiste à faire tourner et frapper la table lors^ qu'elle porte un homme pesant quatre-vingt-sept kilogrammes. Cet homme s'est placé sur elle; les douze expérimentateurs,.ayant soin de ne pas former la chaîne, y ont appliqué leurs doigts et se sont efforcés d'obtenir, par la tension de leurs muscles, ce qu'ils avaient obtenu quelques jours auparavant sans tension et sans eiforts. Il fallait voir l'énergie de leur travail ! les jointures de leurs mains blanchissaient, et cependant rien. La rotation seule a eu lieu dans une faible mesure, un demi-tour à peine, et avec un frémissement du pauvre meuble, qui semblait près de se rompre. Quant au soulèvement, tout a été vain; aucun pied n'a voulu donner le moindre signe de docilité. Inutile d'ajouter qu'à plus forte raison il n'a pas été question de ce renversement complet que nos simples ordres avaient opéré naguère. »

Séance du 22 septembre.

M Nous n'avons constaté aucun fait nouveau et qui soit digne d'être mentionné ici; mais parnfii les faits anciens

que nous avons reproduits, je crois utile de signaler les mouvements de la table portant la même personne qui s'y était placée trois jours auparavant. On avait vu alors l'inutilité des efforts musculaires; on va voir la puissance du lluide ou de l'agent physique quelconque dont les opérateurs disposent lorsqu'ils forment la chaîne et lorsqu'ils commandent avec une ferme volonté. Nous étions bien aises nous-mêmes de faire ce rapprochement. Habitués à contrôler nos expériences et à ne pas tenir pour certain ce que nous n'avons observé qu'une ou deux fois, nous avions hâte de recommencer en nous plaçant dans des conditions identiques; or, le succès a été complet. La table a tourné.; elle a frappé plusieurs coups, elle s'est dressée entièrement de façon à renverser la personne qu'elle portait. Qu'il me soit permis de consigner ici en passant une remarque générale. Nous avions eu déjà de nombreuses réunions; nos expérimentateurs, parmi lesquels se trouvent plusieurs jeunes femmes délicates, avaient agi avec une persévérance et une énergie peu communes ; leur fatigue physique h la fin de chaque séance était naturellement très-grande; il semble qu'on aurait dû s'attendre par conséquent à voir se manifester, au milieu de nous, quelques accidents nerveux plus ou moins graves. Si les explications basées sur ies actes involontairement accomplis dans un état d'excitation extraordinaire avaient le moindre fondement, nous aurions eu des extases , presque des possessions , et en tout cas des attaques de nerfs. Or, il n'est pas arrivé en cinq mois de temps , malgré le caractère animé et bruyant de nos expériences, qu'aucun de nous ait éprouvé un seul moment le moindre malaise. Il y a mieux : lorsqu'on est dans un état de tension nerveuse , on devient absolument impropre à agir sur la table ; elle veut être prise gaiement ,

lestement, avec confiance et autorité, mais sans passion. Cela est si vrai, qu'aussitôt que j'y mettais trop d'intérêt, je cessais de me faire obéir. S'il m'arrivait, à cause des discussions publiques où j'étais engagé, de désirer trop fortement le succès et de m'impatienter en cas de retard, je n'avais plus aucune action sur la table. »

Séance du 26 septembre.

« Nous avions assez mal débuté, et nous pensions presque que le produit net de la journée se bornerait aux deux observations suivantes, qui ont bien leur prix, en effet, et que notre pratique n'a fait que confirmer : — D'abord il y a des jours où l'on ne peut rien faire, quoiqu'on soit aussi nombreux, aussi forts et aussi exacts; ce qui prouve que les mouvements de la table ne sont obtenus ni par la fraude , ni par la pression involontaire des muscles. Ensuite il y a des personnes (celles entre autres qui sont maladives ou fatiguées) dont la présence dans la chaîne n'est pas seulement sans utilité, mais nuisible; dépourvues de fluide , elles semblent en outre empêcher la circulation et sa transmission ; leur bonne volonté, leur foi à la table n'y font rien, tant qu'elles sont là les relations sont faibles, les soulèvements sont languissants, les commandements ne s'achèvent pas, le pied placé devant elles est particulièrement atteint de paralysie; priez-les de se retirer, et aussitôt la vie apparaîtra et tout réussira comme par enchantement. Ce n'est, en effet, qu'après avoir pris ce parti que nous avons enfin retrouvé les mouvements francs et énergiques auxquels nous étions accoutumés. Auparavant, nous avions eu plusieurs échecs, et notamment lorsqu'il s'agissait d'ébranler un homme placé sur la table. En vain avions-nous commandé avec beaucoup d'insistance

et d'ardeur, point de rotation, point de soulèvement; nous avions été forcés de substituer un enfant à l'homme, et alors seulement nous étions parvenus à agir. Nous étions donc assez découragés, lorsque enfin l'épuration dont je parlais tout à l'heure a été essayée; et aussitôt, quelle métamorphose! Rien ne nous semble difficile; ceux mêmes qui, comme moi, réussissent médiocrement d'ordinaire, font frapper des nombres pensés avec un entier succès ou avec la légère- imperfection assez fréquente d'un coup de trop tenant au retard dans l'ordre mental qui doit arrêter les coups. Voyant que tout allait à souhait et décidés à tenter l'impossibilité, nous entreprenons alors une expérience qui marque notre entrée dans une phase toute nouvelle et qui met nos démonstrations antérieures sous la garantie d'une démonstration irréfutable. Nous allions quitter ces probabilités pour l'évidence , nous allions faire mouvoir la table sans la loucher. Voici comment nous y sommes parvenus cette première fois : au moment où la table était emportée par une rotation énergique et véritablement entraînante, nous avons tous soulevé nos doigts à un signal donné; puis, maintenant nos mains unies au moyen des petits doigts et continuant à former la chaîne à quelques lignes au-dessus de la table, nous avons poursuivi notre course; et, à notre grande surprise, la table a poursuivi également la sienne., elle a fait ainsi trois ou quatre tours! Nous avions peine à croire à un tel succès: les témoins de l'expérience ne pouvaient s'empêcher de battre ^es mains; et, ce qui n'était pas moins remarquable que la rotation sans contact, c'était la manière dont elle s'était opérée. Une ou deux fois la table avait cessé de nous suivre , parce que les accidents de la marche avaient écarté nos doigts de leur position au-dessus

des bords; une ou deux fois la table avait repris vie, si j'ose m'exprimer ainsi, dès que la chaîne tournante s'était retrouvée dans un rapport convenable avec elle. Nous avions tous le sentiment que chaque main avait emporté par une sorte d'attraction la portion ^e la table placée au-dessous d'elle. »

Séfince 4u 29 septembre.

« Nous étions naturellement impatients de soumettre à une nouvelle épreuve la rotation sans contact. Dans le trouble du premier succès, nous n'avions songé ni à renouveler ni à varier cette expérience décisive. Depuis, nous y avons réfléchi; nous avions senti qu'il importait de refaire la chose avec plus de soins et en présence de témoins nouveaux, qu'il importait surtout de produire le mouvement au lieu de le continuer, et de le produire sous la forme de soulèvement au lieu de se borner aux rotations. Tel était le programme de la réunion du 29 septembre. Jamais programme n'a été plus exactement suivi. Avant tout, nous avons recommencé ce qui avait été obtenu le 26. La table était en grande rotation, les mains s'en sont séparées et ont continué à tourner au-dessus d'elle en formant la chaîne. l»a table a suivi tantôt un ou deux tours, tantôt un demitour ou un quart de tour seulement. La réussite plus ou moins prolongée était certaine; nous l'avons constatée plusieurs fois. Mais on pouvait dire que, la table étant déjà lancée , elle conservait \ine certaine impulsion à laquelle elle obéissait mécaniquement, tandis que nous nous imaginions qu'elle obéissait à notre puissance fluidique. L'objection était absurde , et nous aurions défié qui que ce fût d'obtenir un seul quart de tour sans former la chaîne, quelle que fût la vitesse de la rotation imprimée; nous

aurions défié surtout qu'on parvînt à renouveler la course un moment suspendue. Cependant il est bon en pareille matière de prévenir les objections même absurdes, pour peu qu'elles soient plausibles; et celle-ci devait paraître telle aux yeux de tout homme inattentif. Il fallait donc arriver à produire la rotation en parlant du complet repos. C'est ce que nous avons fait. La table étant immobile ainsi que nous, la chaîne des mains s'en est séparée et a commencé à tourner lentement à quelques lignes au-dessus de ses bords. Au bout d'un moment la table a fait un léger mouvement; et chacun s'attachant à attirer par sa volonté la portion placée sous ses doigts, nous avons entraîné le plateau à notre suite. Les choses se passaient ensuite comme dans le cas précédent; il y a une telle difficulté à maintenir la chaîne en l'air sans la rompre, sans l'écarter des bords de la table, sans aller trop vite et supprimer ainsi le rapport établi, qu'il arrive souvent que la rotation s'arrête après un tour ou un demi-tour. Néanmoins elle s'est prolongée parfois pendant trois tours ou même quatre. Nous nous attendions à rencontrer plus d'obstacles encore lorsqu'il s'agirait du soulèvement sans contact. Or, il en a été tout autrement, et cela s'explique, parce qu'il n'y a pas ici de marche circulaire, et il est beaucoup plus aisé de maintenir la position normale des mains au-dessus de la table, La chaîne étant donc formée à quelques lignes du plateau, nous avons ordonné à l'un des pieds de se soulever, et il Ta fait. Nous étions dans le ravissement. Cette belle expérience a été maintes fois renouvelée; nous avons ordonné à la table, également sans la toucher, de se dresser et de résister aux témoins , qui avaient besoin de faire un effort pour la ramener à terre. Nous lui avons ordonné de se renverser entièrement, et elle est tombée les pieds

en Vnir, bien que nos doigts s'en fussent toujours tenus séparés et l'eussent précédée à la distance convenue. Tels ont été les résultats essentiels de cette réunion. Ils sont tels que j'hésite à mentionner à côté d'eux des incidents d'une importance secondaire. Je dirai seulement en passant que la séance avait été très-décourageante au début ; que non-seulement il avait été nécessaire d'écarter quelques opérateurs nouveaux, mais que plusieurs des anciens étaient dépourvus de leur entrain habituel. La table obéissait mal; les coups étaient frappés mollement et comme à regret; les nombres pensés ne s'achevaient pas. Alors nous avons pris un parti dont nous nous sommes bien trouvés : nous avons persévéré, et persévéré gaiement; nous avons chanté, nous avons fait danser la table, nous avons écarté la pensée des tentatives nouvelles, et insisté sur les opérations aisées et amusantes. Après un certain temps les dispositions étaient changées, la table bondissait et attendait à peine nos commandements ; nous étions en mesure d'aborder les choses sérieuses. »

Séance du 6 octobre.

« Nombres perisés, balance des forces, soulèvement et résistance de la table, tout a été renouvelé. Quant à la résistance en particulier, elle a été mesurée. Un poids de quarante kilogrammes n'a pas suffi pour déterminer l'abaissement de la table sur laquelle on faisait la chaîne, lorsqu'elle formait avec le parquet un angle de trente-cinq degrés. La même table, formant le môme angle, est tombée lourdement sous l'effort d'un poids de trente kilogrammes. . . Nous avons encore essayé de mettre en mouvement la table. portant un homme fort lourd. La rotation a été impossible cette fois; mais les pieds ont frappé plusieurs

coups. Passant ensuite à la contre-épreuve, nous avons observé que lorsqu'on agit mécaniquement, c'est précisément le contraire qui se passe. Par d'énergiques efforts musculaires on obtient un peu de rotation, le soulèvement des pieds est impossible. Enfin, nous avons repris la

grande expérience, celle des mouvements sans contact

Ils ont été opérés mainte fois avec énergie. La table, que dominaient nos mains étendues à quelques lignes au-dessus d'elle, s'est d?essée, a résisté et s'est renversée à plusieurs reprises. »

Séance du 9 novembre.

« Avant d'entrer dans le récit de cette séance remarquable entre toutes, je dirai que ni le thermomètre ni la boussole n'ont fourni la moindre indication intéressante. J'ai cru devoir le noter en passant, pour montrer ail lecteur que nous n'avons pas négligé l'emploi des instruments qui sembleraient pouvoir mettre sur la voie aune explication scientifique. En général, je passe cela sous silence, ainsi que les divers essais qui sont demeurés à l'état d'essai et n'ont conduit à rien de positif. Notre premier soin a été de renouveler l'expérience du soulèvement d'un poids inerte. Cette fois, il était convenu qu'on partirait toujours de l'immobilité absolue ; il s'agissait de pro-? duire le mouvement et non de le continuer. Le centre de la table ayant donc été fixé avec précision, un premier baquet plein de sable, et pesant vingt et un kilogrammes, y a été placé. Les pieds se sont soulevés aisément dès que l'ordre leur en a été donné. On a posé ensuite un second baquet pesant dix-neuf kilogrammes au centre du premier. Ils ont été soulevés, moins aisément, mais très-nettement l'un et l'autre. Alors un troisième baquet plus petit, et

pesant treize kilogrammes, a été ajouté au-dessus des deux premiers. Les soulèvements ont eu lieu. Nous avions encore préparé d'énormes pierres pesant ensemble vingtdeux kilogrammes. Elles ont été mises sur le troisième baquet. Après d'assez longues hésitations, laî table a levé successivement à plusieurs reprises chacun de ses trois pieds; elle les a levés avec une force, une décîHon et Un entrain qui nous ont surpris. Mais sa solidité, déjà mise à tant d'épreuves, n'a pu résister à celle-ci. Fléchissant sous le balancement énergique imprimé à cette masse totale de soixante-quinze kilogrammes, elle s'est brisée tout à coup, et sa massive côîôrine s'est fendue du haut en bas, au grand péril des opérateurs, du côté desquels la charge entière a croulé. Je ne m'arrête pas à commenter une telle expérience; elle répond à tout. Notre force muscalâire n'aurait pas suffi pour déterminer les mouvements qui ont eU Heu. Un poids inerte et sans complaisance aucune avait remplacé la personne dont on avait craint la complicité. Enfin, les trois pieds s'étant dressés chacun à son tour, on n'a pas la ressource d'insinuer que nous avions fait porter le poids d'un côté plus que de l'autre. Notre pauvre table ayant été blessée au champ d'honneur et ne pouvant être guérie à l'instant même, nous en avons pris une nouvelle qui lui ressemblait beaucoup. Elle était cependant un peu plus grande et hn peu plus légère. Restait à savoir si nous allions être obligés d'attendre qu'elle fût chargée de fluide; l'occasion était belle pour résoudre un problème important : où réside le fluide? dans les opérateurs ou dans le meuble? La solution a été aussi prompte que décisive. A peine nos mains formant la chaîne étaientelles posées sur la seconde table, qu'elle tournait avec la rapidité la plus imprévue et la plus comique. Évidemment

le fluide était en nous, et nous étions libres de l'appliquer successivement à diverses tables. Nous n'avons pas perdu de temps. Dans les dispositions où nous nous trouvions^ les mouvements sans contact devaient réussir mieux que jamais. Nous ne nous trompions pas en le supposant. Les rotations sans contact ont d'abord été opérées au nombre de cinq ou six. L'entraînement sous les doigts ou sous la volonté qui s'attachait à tel où tel point particulier des bords du plateau était lent au début, et s'accélérait ensuite jusqu'à la course; plusieurs rotations avaient duré pendant l'espace de trois ou quatre tours. Quant aiiiv soulèvements sans contact, nous avons trouvé un procédé qui en rend le succès plus facile. La chaîne formée à quelques lignes au-dessus du plateau s'arrange pour marcher dans le sens où le mouvement doit avoir lieu, les mains les plus rapprochées du pied appelé à se dresser sont en dehors du plateau, s'en rapprochent et le dépassent graduellement, tandis que les mains placées vis-à-vis, et qui s'étaient avancées d'abord vers le même pied, s'en écartent en l'attirant. C'est pendant cette progression de la chaîne, petidant que toutes les volontés sont fixées sur une tache particulière du bois et que les ordres de soulèvement sont proférés avec force, que le pied quitte le sol et que le plateau suit les mains au point de se renverser si on ne le retient. Ceci n'a pas été* un résultat isolé; nous l'aVon^ reproduit treiite fois environ. Nous l'avons exécuté successivement par cfiacun des trois pieds, afin d'ôtèr tout prétexte à la critique. Nous avons de plus surveillé les mainà avec une attention scrupuleuse; et quand on voudra bien observer que celte surveillance s'est exercée sur trente opérations sans surprendre le moindre contact, on eh conclura, je pense, que la réalité du phénomène est désormais

placée au-dessus de toute contestation raisonnable; surtout si l'on ajoute que, pendant les derniers soulèvements, un surveillant agenouillé avait appliqué son œil au plateau de manière à s'assurer qu'il ne cessait jamais d'être libre. »

DANSE d'une table.

M. Thury ^ rapporte le fait suivant : « Dans une autre occasion, la table tournait au contact des mains sur trois pieds, sur deux, sur un seul, et, dans cette dernière position, changeait de pied en se jetant de l'un sur l'autre sans embarras, sans rien de brusque ni de saccadé. Jamais les expérimentateurs ni leurs plus grands contradicteurs ne purent imiter mécaniquement cette danse de la table, et surtout les pirouettes et les changements de pied. »

§ IV

COUP FRAPPÉ DANS LE TISSU d'uNE TABLE. — RACLEMENT IMITANT LE BRUIT DE LA SCIE- — TABLE BATTANT LA RETRAITE. — LUEUR PHOSPHORESCENTE. — CANNE JOUANT A l'ÉCARTÉ ET AU DOMINO, FAISANT LE MOULINET.

Expériences faites le i9 mai 1854 chez un médecin de Paris''' : « Douze personnes étaient réunies chez ce docteur; parmi elles se trouvaient deux membres de l'Académie des sciences morales de l'Institut de France, un professeur agrégé de la faculté de médecine de Paris, un médecin en chef d'un des hôpitaux, un substitut du procureur général, le fameux baron Dupotet, deux autres messieurs et quatre dames. La fille du maître de la maison

1 Page 39, note.

2 La Table parlante, torriel, p. 74.

servait de médium. 11 lui suffit de poser une main sur une grande table de salle à manger soutenue par six pieds pour qu'à l'instant môme l'esprit qui animait cette table lui répondît. Cet esprit s'appelle Dormont. 11 prétend être l'àme d'une personne vivante encore aujourd'hui, mais qu'il ne nomme pas. A la question : Dormont, es-tu là ? on entend de suite des coups frappés dans la table sans qu'on puisse apercevoir le moindre mouvement de ce meuble. Ces coups sont forls ou faibles et accompagnés d'un léger frémissement des fibres ligneuses; ils paraissent avoir leur siège dans la texture même du bois. Cette demoiselle tient un crayon dans la main droite, qui paraît écrire, sous l'impulsion de l'esprit, les réponses et les idées spontanées de cet être. On lui demande s'il peut indiquer la pagination d'un livre ouvert au hasard, il répond qu'il essayera; mais il se trompe deux fois : il ne peut pas lire non plus un numéro de voilure que tenait un des assistants.

» Un des spectateurs dit à Dormont d'imiter ce qu'il fait. Il se met alors à gratter lu table avec ses ongles en décrivant des zigzags ; un bruit tout à fait semblable se fait entendre au milieu de la table, dans la texture même du meuble. La même personne modifie ce grattement de diverses manières, et toujours celui-ci est imité de la manière la plus parfaite. Sur le désir exprimé par d'autres spectateurs, l'esprit fait entendre un bruit de scie; il bat la retraite en frappant en mesure des coups de plus en plus faibres, qui ensuite deviennent de plus en plus forts. On lui demande de frapper hors de la table; alors le médium se rapproche du mur, et on entend des coups frappés à ce mur, à une porte d'armoire et au bois d'un canapé sur lequel plusieurs personnes étaient assises. A la de-

mande s'il ne pourrait pas faire mouvoir la table, on voit celle ci s'agiter vivement et s'avancer d'un pied environ vers la croisée comme si elle avait été poussée par une main étrangère, et cependant personne n'y avait touché, excepté deux doigts du médium qui étaient légèrement imposés à sa surface. Ce mouvement se reproduit à plusieurs reprises et souvent d'une manière spontanée et sans provocation de la part des assistants. Aussi une grande lampe, qui était posée dessus, aurait-elle été plusieurs fois renversée, si l'on ne s'était hâté de la retenir.

)) Lorsqu'on appuie l'oreille sur la tahle on entend, . lors même qu'il n'y a pas de coups frappés, un bruit sourd et un murmure particulier, comme si quelque animal se remuait et s'agitait dans un tiroir qui aurait été placé sous la planche de la table; et cependant cette table, examinée avec soin, n'était munie d'aucune espèce de tiroir.

» Dans les séances précédentes, on avait demandé à Dm^mont s'il pourrait se montrer sous une forme quelconque; il avait répondu affirmativement si les assistants se plaçaient dans l'obscurité. Plusieurs minutes après avoir enlevé les lumières, on avait aperçu de petites flammes jaunâtres qui voltigeaient sur le parquet et sur les murs du salon, et dont l'apparition était précédée par un sifflement particulier. Lorsqu'on touchait ces flammes avec le doigt et qu'on flairait celui-ci, on sentait une odeur de phosphore très-prononcée.

» Nous passons sous silence les autres circonstances de cette séance pour dire un mot d'un autre fait extraordinaire qui s'est passé chez l'un des honorables académiciens' qui étaient présents et qu'il a raconté au milieu de ce

1 M. de Saulcy, membre de l'Académie de» inscriptions et belleslettres, sénateur.

cercle. Ce savant se livrait depuis plus de six mois, dans sa famille, à des expériences de table parlante et avait obtenu les phénomènes les plus merveilleux; il résolut enfin de renoncer à des expériences personnelles, à cause de leur danger et parce qu'il avait acquis la preuve que le plus souvent le démon était l'agent des phénomènes. Un des faits les plus remarquables qu'il ait vus est celui-ci : L'esprit avec lequel il était en rapport demanda un jour au fils et au neveu de ce monsieur de tenir par le même bout une canne et d'attacher un crayon à l'autre bout. La canne ainsi tenue écrivait les demandes de l'esprit. Celui-ci proposa à un colonel qui assistait à la séance de faire avec lui une partie d'écarté. On répandit des cartes sur une table; la canne, toujours soutenue par les deux jeunes gens, choisit dans le jeu les cartes qui étaient pour elle; c'étaient des atouts, et elle fit la vole. Trois fois de suite le résultat fut le môme; alors le colonel lui dit : « Jouons » au domino, je serai plus heureux. » La canne se choisit toujours le double blanc et les bons numéros, et donna le double six et les mauvais numéros à son partenaire, qui perdait toujours. Celui-ci lui dit alors : « Tu as toujours » le double blanc. — Le veux-tu ? dit l'esprit. — Oui. » Alors la canne poussa de suite un domino qui, ayant été retourné, se trouva être le double blanc. Un autre jour, la môme canne, soutenue également par un seul bout, se mit à faire le moulinet au-dessus de la tôte de M. de S., et avec une telle rapidité qu'il craignait à tout instant d'en être grièvement blessé; mais elle s'arrêta après avoir fait sauter un cigare que ce monsieur avait à la bouche et sans l'avoir touché d'aucune manière. »

3Ji LE MERVEILLEUX

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