ET DORÉ, ÉPOQ.UE DE LOUIS X V
(Palais de Fontainebleau.)
Forestier et terminées par les ciseleurs et doreurs ordinaires Thomire, Jacques et Chaudron.
§ 5. — LES ÉBÉNISTES ALLEMANDS : DAVID ROENTGEN, WEISWEILER, SCHWERDFEGER
Vers le milieu du xvme siècle, le faubourg Saint- Antoine reçut une colonie nombreuse d’ouvriers allemands auxquels convenaient les travaux lents et minu-
tieux de la marqueterie en bois précieux. Cette invasion n’a jamais ralenti son cours régulier, et la fabrication parisienne compte encore dans ses rangs nombre d’ébénistes nés en Germanie et attirés en France par l’amour du bien-être et par des salaires plus rémunérateurs. Nous avons déjà rencontré les noms étrangers d’Oëben, de Riesener et Beneman devenus Français par adoption. Il faut y joindre ceux d’autres Allemands qui se sont distingués dans cette branche artistique. Le plus célèbre est David Roentgen, plus connu sous le nom de David et que l’on appelle en Angleterre David de Lunéville. Roentgen est né à Neuwied, près Coblentz, on ne sait encore en quelle année. Grâces aux recherches de M. le baron Davillier et de M. Paul Mantz, on possède des renseignements plus précis sur une partie de son existence. David ne cessa jamais d’habiter sa ville natale, où il avait un atelier important de meubles et de pendules qu’il cherchait à écouler dans ses nombreux voyages. Le graveur Wille raconte, dans son journal, que RoëntT gen s’était présenté chez lui à Paris en 1774, avec des lettres de recommandation et qu’il l’avait mis en rapport avec des dessinateurs et des sculpteurs. David fit encore d’autres voyages à Paris. Lorsque Marie- Antoinette fut devenue reine de France, il sut utiliser l’intérêt que cette princesse portait à ses compatriotes et il obtint d’elle le titre d’ébéniste-mécanicien de la Reine. Il s’avança dans les bonnes grâces de la reine assez loin, pour être chargé à plusieurs reprises de lui servir d’intermédiaire et de porter à sa mère et à ses sœurs des présents et des poupées habillées suivant la mode de Paris. En même temps, il établissait à Paris un dépôt
Martin, vis-à-vis celle du Vertbois. Plus tard, ce dépôt fut transporté rue Croix-des- Petits-Champs. La faveur dont jouissait David à la cour excita la jalousie des maîtres-ébénistes de la capitale; ils lui contestèrent le droit de vendre des meubles de fabrication, étrangère, et pour couper court à ces difficultés, il se fit admettre dans la corporation le 24 mai 1780. On trouve dans les nouvelles de la République des lettres et des arts, par Pahin de la Blancherie, des renseignements sur les travaux de Roentgen. Il avait exposé en 1779, dans les salons de la société, une table dont le dessus représentait un groupe de bergers, en marqueterie d’une façon tout à fait nouvelle, dont les nuances et les ombres étaient formées de petites pièces d’un bois dur et compact. Cette façon de marqueterie ressemble, dit le journaliste, à la mosaïque en pierres et est exécutée de la même manière, de sorte que les ombres ne sont ni brûlées, ni gravées, ni broyées avec de la fumée, comme on s’est vu obligé de les exprimer jusqu’à présent.
Le même recueil donne la description d’un grand secrétaire de son invention, dont le roi a bien voulu faire l’acquisition au prix de 80,000 livres, pour le placer dans son cabinet. Ce meuble, de onze pieds de haut sur cinq de large, représentait une grande commode surmontée d’un arrière-corps. Sur le devant étaient sept panneaux de marqueterie symbolisant les arts libéraux. Sur la porte du milieu était la personnification de la sculpture occupée à graver le nom de la reine sur une colonne à laquelle Minerve attachait le portrait de Sa Majesté. Les ornements de la partie inférieure de ce
secrétaire étaient d’ordre dorique, ceux du milieu d’ordre ionique et au-dessus d’ordre corinthien avec des moulures et des chapiteaux de bronze doré. Il était surmonté d’une pendule à coupole représentant le Parnasse et à musique, exécutée par Kintzing.
La marqueterie était de Chrétien Krause. Ce secrétaire qui existait encore aux Tuileries à l’époque du premier Empire, après avoir été longtemps déposé chez un horloger pour la réparation de son mouvement musical, semble être irrémédiablement disparu de nos collections nationales.
Il nous reste d’autres spécimens de l’aptitude de David pour la mécanique. On rencontre assez souvent des régulateurs à caisse carrée et à lanternon de bois de frêne ou en racine d’orme, d’un profil disgracieux, qui portent le nom de Kintzing. Le Conservatoire des arts et métiers en possède un qui s’appuie sur deux colonnes tronquées. Nous en avons vu un autre chez M. Oppenheim, sur le cadran duquel on lit : David