Le meurtrier d'Albertine Renouf [microforme]
Il y a quelques années, un jeune homme, Isidore Renouf, qui avait fait son droit à Paris, acheta une charge de notaire dans une petite ville de province. Il se maria presque aussitôt, son prédécesseur, en lui cédant son étude, ayant eu soin de lui trouver une femme. Le vieux notaire s'était fort applaudi de ce mariage. Il avait donné en effet à son jeune ami Ja fille d’une vieille dame qu'il connaissait depuis longtemps, et qui s'était fixée tout récemment en province après la mort de son mari. Albertine Segonat avait dixhuit ans, une jolie dot et de grands yeux noirs : elle était d’un caractère énergique et tendre, et se fit promptement aimer d’Isidore, À peine mariés, les jeunes gens
s'accordèrent huit jours de vacances, et virent commencer leur lune de miel à Paris. Isidore crut remarquer cependant qu'Albertine aurait désiré reculer ce voyage. Paris lui éausait comme un vague effroi qu’elle mit sur le compte de souvenirs pénibles : c'était à Paris qu’elle avait perdu s0n père. Celle mauvaise dis position s’effaça bientôt dans les plaisirs.
eux ou trois fois seulement, dans la rue ou au théâtre, Albertine, d’un mouvement involontaire, serra le bras de son rnari, comme si quelque chose l’eût tout à coup effrayée. Isidore l’interrogea, mais elle se contenta de sourire avec mélancolie. C'était un Sentiment douloureux qui se réveiilait sans doute, rien di LS.
gu. Cette pièce, qui s'ouvre par une exposition très habile, dans laquelle tes Dé Ci.
paux pérsonnagés serrés autour de l'être, au fond d'un vieux Château, 88 ratontent
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des histoires effrayantes, avait vivement frappé, malgré ses invraisemblances, Isidere et Albertine. Ils en causèrent lon- Acnen avant de s'endormir. Peut-être, ans certaines circonstances toutes physiques, l'esprit est-il plus accessible aux idées étranges. On était en plein mois de novembre, et le vent, après avoir tourbillonné en gémissant dans les arbres du jardin, venait se heurter aux fenêtres.
Quand le vent se taisait, c'était une pluie drue et fine qui crépitait aux vitres. La chambre elle-même, dans tout le désordre d’un campement de quelques jours, n’était éclairée que par une veilleuse. Les vêtements jetés au hasard, les malles béantes y affectaient des formes fantestiae sous les lueurs intermittentes du oyer qui se mourait—Croirais-tu donc aux vampires ? dit en riant Isidore à sa femme. |
Oh! non; mais je croirais plutôt, répondit-elle en frissonnant, aux assassins qui vous égorgent la nuit pendant votre sommeil.
—Bah ! reprit Isidore avec toute l’insouciance de l'étudiant qui a dormi dix ans la clé sur sa porte, à Paris et dans les hôtels du quartier latin il n’y a pas de vors | .
Aussi n’ai-je pas parlé de voleurs, fitelle à demi-voix.
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—£t de qui donc alors ?
—M'aimes-tu ? mr Albertine après qe moments de silence, sans répon:
re à la question du jeune homme.
—-Tu le demandes !
—Eh bien! si j'avais refusé de t’épouser, si j'avais eu de la répugnance pour toi, est-ce que tu m'en aurais voulu ?
—AÀ mort! s’écria-t-il.
Elle se mit à trembler si fort, qu’Isidore, un peu interdit, s'empressa de la rassurer.
—Mais je ris, dit-il. Par exemple, à propos de vampires, continua-t-il toujours en
laisantant, il faut se défier des somnam-
ules. Ils peuvent très-bien vous assasrciner sans le savoir. Tu connais l’histoire de ce supérieur de couvent qui lisait un soir dans son lit, et qui vit entrer dans sa chambre un de ses religieux armé d’un grand couteau ?... )
—Oui. Le supérieur eut le temps de se jeter à bas de son lit, et Le religieux, après avoir soigneusement tâté la place, perça le matelas de trois coups à intervalles égaux, puis se retira, le visage épanoui:.
—C'est bien celà, reprit Isidore, et le lendemain le religieux vint se confesser de lhorrible crime d'intention qu'il aurait.
commis dans un rêve suggéré sans doute par Satan. « Mon fils, lui dit le snpérieur, vous ne vous en êtes pas tenu à l’intention. » Et le digne homme, quelque re: