‹ Le Mexique ancien et moderneChapitre 38 sur 92 · CONGRÈS DES MEXICAINS INDÉPENDANTS · texte numérisé non relu

CONGRÈS DES MEXICAINS INDÉPENDANTS

Une révolution déterminée par les causes que nous avons signalées avait nécessairement pour objet de secouer le joug d'une métropole égoïste et oppressive. L'indépendance était l'idée fixe des insurgés, la haine de la domination des Gachupines était la passion qui enflammait leurs cœurs et soutenait leurs bras. Quant à savoir quelle serait la forme du gouvernement , une fois l'indépendance conquise , c'est une question qui demeurait dans l'ombre ou sur le second plan. Il fallait cependant un gouvernement dans lequel l'élément civil eût au moins sa part, et qui , au lieu de suivre l'armée comme une portion des bagages, fût à résidence fixe dans une ville. Les chefs militaires le sentirent bientôt. Dès 1811 une junte de gouvernement (junta de gobierno) fut installée dans la ville de Zitacuaro, province de Valladolid , par les soins du général Rayon, qui commandait une des principales bandes après le désastre de Hidalgo. Elle fut composée d'à-

bord de trois et puis de cinq membres, qui s'étaient à peu près élus eux-mêmes ; mais il était entendu qu'elle devrait aussitôt que possible céder la place à une assemblée choisie par le pays, autant que ce serait praticable. Le général Rayon s'était placé à la tête de la junte.

L'attitude de ce fantôme de gouvernement fut aussi modérée qu'elle pouvait l'être. La junte déclara brisés les liens du Mexique avec la Péninsule ; mais elle offrit à Ferdinand VII le trône mexicain, sous la condition qu'il viendrait résider dans le pays. Ainsi c'était une royauté que l'on voulait. La junte exprima même le désir de conserver de bons rapports avec la Péninsule, et elle fît des démai:*ches auprès du vice-roi pour entamer une négociation sur la base de l'indépendance. Pour toute réponse, le vice-roi, c'était alors Venegas, le premier qu'eût envoyé la régence de Cadix, fit brûler la dépêche de la junte par la main du bourreau sur la grande place de Mexico.

Cette apparition d'un gouvernement insurrectionnel, qui publiait des décrets et des proclamations, et affectait tous les attributs de l'autorité politique , excita au plus haut point la colère des Espagnols, et pour étouffer le monstre dans son berceau, le fléau des indépendants, le général Calleja, fut envoyé contre Zitacuaro. Il prit la ville de vive force, après une résistance moins acharnée cependant qu'on n'aurait pu le supposer, eu égard aux préparatifs qu'on avait faits et aux ouvrages qu'on avait accumulés autour de la ville. Il fit fu-

siller plusieurs des notables qui n'avaient pas eu la prudence de s'enfuir avec la junte. Il enjoignit à tous les habitants sans exception de vider les lieux immédiatement, avec ce qu'ils pourraient emporter de leurs meubles et effets, déclarant tout le reste confisqué, ainsi que les terres. Les ecclésiastiques furent traînés à Valladolid pour y être mis à la disposition de l'évêque, auquel tous les vases sacrés et les ornements d'église furent pareillement délivrés. Les Indiens du voisinage n'eurent grâce de la vie qu'à la condition de venir détruire les fortifications érigées par les insurgés autour de Zitacuaro. La ville fut condamnée à être brûlée au départ de l'armée, et le fut en effet; il fut défendu de la rebâtir. La même proclamation portait que toute ville ou village qui recevrait les membres de la junte ou quelqu'un de ses agents, ou qui résisterait aux troupes royales, éprouverait le même châtiment. On livra aux flammes ceux des villages indiens des environs qui s'étaient fait remarquer par leur zèle en faveur de l'insurrection. Zitacuaro, qu'on traita comme une autre Carthage, était une des plus florissantes villes de l'intendance de Valladolid; elle s'est relevée de ses ruines.

Ces actes cruels n'empêchèrent pas la junte de subsister, mais elle ne donna plus de signes de vie que par ses discordes intestines, jusqu'au moment où elle fut remplacée par une réunion du même genre, plus nombreuse, et à la formation de laquelle l'élection était moins étrangère. Celle-ci prit, à l'imitation des P^tats-Unis probablement, le nom de

Congrès, et se tint dans la ville de Chilpancingo. Le Congrès nomma Morelos généralissime, nonobstant les prétentions de Rayon, et lui conféra le titre d'altesse, qu'il déclina et remplaça par celui de Serviteur de la Nation {Siervo de la Nacion). La première manifestation politique du Congrès fut une déclaration de l'indépendance du Mexique, acte qui fut concerté avec Morelos, et dont il avait même fourni les principales données dans une note qu'il avait intitulée : Sentiments de la Nation. La Déclaration d'indépendance fut ce qu'elle devait être après les violences de Galleja à Zitacuaro. Le Mexique rompait absolument avec Ferdinand VIL En cela, Morelos se montrait plus sincère que Hidalgo, qui détestait trop cordialement les Espagnols pour vouloir réellement de l'autorité de ce prince, et qui certainement n'en avait adopté le nom que pour grossir le nombre de ses partisans et les rangs de son armée. La Déclaration ne s'expliquait qu'incomplètement sur la forme qu'aurait le gouvernement, une fois le Mexique affranchi. Les termes de cette pièce, combinés avec la note émanée de Morelos et avec un manifeste qu'il publia un peu plus tard, en janvier 1813, à Oaxaca, sembleraient indiquer que les opinions politiques de ce chef étaient un mélange des idées qui avaient été proclamées par la révolution française, et ensuite par les certes de Cadix, avec celles que les jésuites avaient mises en pratique dans les Missions du Paraguay. On aperçoit en effet dans ces trois documents mexicains les germes d'une théocratie qui

eût passé le niveau sur toutes les têtes. Il y était dit que la nation mexicaine reprenait sa souveraineté et l'exerçait par ses représentants, que l'esclavage des noirs était aboli, que les privilèges de la naissance ou de la couleur disparaissaient, que la justice criminelle n'emploierait plus la torture; mais en même temps la religion catholique était déclarée la seule qui fût reconnue et pût être pratiquée, même en secret. La liberté de la presse était établie, mais seulement pour les sciences et la politique, ce qui voulait dire à l'exclusion des matières religieuses. Le commerce extérieur était permis sous des droits modérés , mais les étrangers n'étaient reçus qu'autant que ce seraient des ouvriers ou artisans pouvant enseigner leur profession, et ils devaient séjourner dans des ports désignés à cet effet, sans qu'il leur fût loisible de pénétrer dans l'intérieur, quand bien même ils auraient appartenu à la nation la plus amie. La propriété devait être respectée : le Congrès devait faire des lois qui obligeassent les hommes à la constance et au patriotisme, limitassent également l'opulence et l'indigence, et eussent pour effet d'élever le salaire du pauvre, d'améliorer ses mœurs, de dissiper son ignorance et de l'éloigner du vice et du crime. Il était défendu de jouer autrement que pour se distraire ou s'amuser ; la fabrication et l'usage des cartes étaient interdits. Les dettes contractées jusqu'alors envers les Européens, c'est-à-dire les Espagnols, étaient annulées par application de la règle que tous les biens des Espagnols étaient confisqués. La protection ou

l'assistance donnée aux Espagnols, par action, par parole ou par écrit, était érigée en crime de haute trahison, de même que le refus de contribuer aux frais de la guerre de l'indépendance. A ces dispositions politiques étaient venues se mêler des prescriptions assez difficiles à faire passer dans la pratique, telles que de fuir les vices qui découlent de l'oisiveté, et en conséquence de se livrer au travail, chacun dans sa profession, les femmes se consacrant aux occupations domestiques, les prêtres au salut des âmes, les laboureurs au soin de leurs champs, les ouvriers au maniement de leurs outils. Un des premiers actes du Congrès fut de réiablir l'ordre des Jésuites, aboli dans les domaines de l'Espagne depuis Charles III. C'était, disait-on, afin d'assurer à la jeunesse le bienfait de l'instruction chrétienne dont elle manquait, et d'avoir des missionnaires zélés pour la Californie et les provinces frontières du nord.

C'est lorsqu'il escortait le Congrès traqué par les commandants espagnols, que Morelos fut fait prisonnier à Temescala. Pour mieux protéger cette assemblée , il s'était placé à l'arrière-garde , où il faisait bravement face aux Espagnols, tout près de l'enlever. L'officier espagnol entre les mains duquel il tomba, don Manuel Concha, lui témoigna de grands égards; quant à lui, il montra une résignation courageuse. « Ma vie n'est rien, dit-il, si le Congrès est sauvé. Ma tâche était finie du moment qu'un gouvernement indépendant était établi. » Le Congrès en effet fut sauvé par Nicolas Bravo, que Morelos avait chargé de sa sûreté, et il arriva à

Tehuacan, où Teran lui fit d'abord bon accueil. Mais au milieu des calamités communes l'harmonie ne fut que de courte durée. La discorde se glissa bientôt entre ce chef mihtaire et ce gouvernement civil qui voulait prendre la direction des affaires, devenues si difficiles. Le 15 décembre, Teran dispersa le Congrès par la force. Morelos, au fond de sa prison de Mexico, eut la douleur d'apprendre que cette création, à laquelle il attachait un si grand prix, ne lui survivrait pas. Le Congrès n'avait jamais possédé une autorité bien effective. Il n'en était pas moins une utile machine de gouvernement; il formait un point de ralliement, il était l'unité de Tinsurrection. Sa destruction fut un malheur et un symptôme aggravant de la mauvaise fortune des indépendants. C'est un fait digne d'être signalé, que le Congrès n'avait pas perdu courage dans l'adversité. Après les malheurs qui accablèrent l'armée principale des insurgés à partir de la fin de 1813, il fut presque toujours fugitif. Deux corps espagnols, commandés l'un par le brigadier Negrete, l'autre par le capitaine don Miguel Béistéguy, étaient à sa poursuite. Il n'en continuait pas moins ses travaux. Il acheva ainsi la discussion d'une constitution politique. Cette œuvre, qui était destinée à rester sur le papier, fut proclamée en octobre 1814. On célébra à cette occasion des fêtes aussi solennelles qu'on le put, dans la petite ville d'Apatzingan, où siégeait alors le Congrès, et une médaille fut frappée en commémoration de l'événement. Morelos y assistait, comme l'un des trois membres du pouvoir exé-

cutif que créait la constitution. C'était une compilation des idées de l'Assemblée constituante française de 1789 et des formules consacrées par les cortès espagnoles en 1812. Le seul incident digne d'être relevé par l'histoire, auquel ait donné lieu cette constitution d'Apatzingan , est l'explosion de colère qu'elle provoqua chez les autorités espagnoles. Le vice-roi Calleja déféra la constitution au Conseil Royal (Real Amer do), qui la condamna avec appareil, le 14 mai 1815. A la suite de cet arrêt, le vice-roi la fit brûler par la main du bourreau sur la grande place de Mexico et ordonna que la cérémonie se répétât dans toutes les capitales de province. En même temps il publia une proclamation portant que tous les détenteurs d'exemplaires de la constitution ou décrits de la même nature étaient tenus de les délivrer dans les trois jours, sous peine de mort, avec la confiscation de leurs biens. Les mêmes peines devaient être appliquées à quiconque défendrait ou appuierait la révolution ou en « parlerait favorablement. » Quiconque, ayant entendu une pareille conversation, se serait abstenu de la dénoncer au gouvernement ou aux tribunaux, devait être déporté, et ses biens seraient confisqués. 11 était défendu de se servir, par parole ou par écrit, des termes &' insurrection et d'insurgés pour désigner la révolution et ses partisans. On devait dire la rébellion ou la trahison, les rebelles ou les traîtres. Toutes les localités étaient tenues de déclarer par acte authentique qu'elles n'avaient pris aucune part à la nomination des membres du Congrès,

vaincue sur les champs de bataille, la révolution domine de plus ex plus les esprits. elle est accomplie définitivement par iturbide. — le plan d'iguala.

Déjà avant la prise de Morelos, dès la bataille de Valladolid et le combat de Puruaran, la cause des indépendants était perdue militairement. Livrer une bataille était au delà de leur puissance. Ce n'étaient guère plus que des guérillas obligées de se tenir reployées dans des retraites impénétrables, où elles rentraient après des excursions faites à l'improviste. Calleja, alors vice-roi, fit, le 22 juin 1814, après tous ses succès et ceux de ses lieutenants, une proclamation où il exaltait son armée et, dans les termes les plus dédaigneux, dépeignait l'insurrection comme extirpée; mais cet habile militaire savait bien, alors même qu'il parlait pompeusement de ses victoires et de l'anéantissement prétendu des insurgés, que la cause de l'indépendance n'en était pas moins assurée de triompher, parce qu'elle était

gagnée dans le cœur des Mexicains. On en trouve la preuve dans une pièce officielle qui était destinée à rester secrète, mais que le cours des événements postérieurs a fait tomber dans le domaine de la publicité. C'est un rapport de Galleja au gouvernement de Ferdinand VII, rapport à peu près contemporain de sa proclamation si orgueilleuse et si confiante, car il est du 14 août 1814. Ce document porte que l'esprit de rébellion s'est emparé du pays, se manifeste partout et toujours, de manière à être insaisissable et à défier tous les moyens de répression. Ce n'était pas seulement le guérillero caché derrière un rocher ou parmi les cactus ; c'était une complicité universelle à laquelle participaient toutes les classes et tous, les âges. « Le juge, disait Galleja, dissimule les crimes des insurgés ou s'abstient de les punir, quand il n'y trempe pas. Le clergé,, dans le confessionnal, insinue la désobéissance et l'indépendance aux fidèles, quand il ne la recommande pas du haut de la chaire. Les écrivains corrompent l'opinion en sa faveur. Les femmes séduisent les militaires. Le fonctionnaire avertit les rebelles des plans de ses supérieurs; la jeunesse se tient prête et s'arme ; le vieillard fournit ses conseils. Les corporations affectent d'être en mésintelligence avec les Européens, refusent de les admettre dans leur sein et esquivent toute assistance au gouvernement. On travestit les actes de l'autorité pour les faire détester ; on les discrédite par des remontrances pour lesquelles on trouve toujours un prétexte. C'est ainsi que tout le monde est d'accord

pour miner l'édifice de l'État en s'abritant sous les institutions libérales. »

Ces dernières paroles de Calleja font allusion à la constitution des Gortès, qui, proclamée en 1812 dans la Péninsule, avait été introduite dans les colonies par la volonté expresse des Gortès elles-mêmes. Le premier effet de la constitution fut de conférer des droits électoraux à la population blanche ou supposée telle. Ce fut pour les partisans de l'indépendance une occasion de se compter. Ils posèrent en principe d'écarter systématiquement les Espagnols (cette qualification signifie toujours ici les natifs d'Espagne). Dès le premier moment, on eut six cent cinquante-deux élections à faire pour les ayantamientos et pour diverses autres fonctions. Sur ce nombre d'élus, il n'y eut pas un seul Espagnol. VAudiencia, à une représentation de laquelle j'emprunte ce fait, ajoute que les choix tombèrent sur des hommes connus pour leur attachement à l'indépendance, qui s'étaient signalés en s'opposant aux emprunts et aux souscriptions volontaires destinés à secourir la métropole, qui avaient même signé la demande d'une junte mexicaine en 1808, ou encore sur des prêtres qui s'étaient fait remarquer par une sympathie affichée pour l'indépendance.

Le régime constitutionnel n'avait pas eu seulement pour effet de concentrer entre les mains des Mexicains tout ce qu'il avait de fonctions électives en vertu de la constitution même ; il avait aussi donné beaucoup de facilités aux amis de l'indépendance par les obstacles qu'il opposait aux exécutions

sommaires et aux arrestations abusives. Il les avait particulièrement aidés par la liberté de la presse, qui s'était révélée par un déluge d'écrits. On avait dévoilé tous les abus du système imposé par les Espagnols, en les grossissant de griefs imaginaires. Quand le vice-roi, d'accord avec YAudiencia, prit sur lui de suspendre la liberté de la presse, il était trop tard; l'éruption du volcan n'avait duré que soixante-six jours, mais elle laissait des traces ineffaçables : la domination de l'Espagne était jugée. Ce n'était pas un des moindres résultats du régime constitutionnel d'avoir détruit l'inquisition , l'efTroi des personnes qui se permettaient de penser avec quelque indépendance sur les matières religieuses ou politiques.

Peu après la rentrée de Ferdinand VI [ en Espagne, la constitution fut abolie au Mexique comme dans tout le reste de la monarchie. Le vice-roi fut armé de nouveau de tous les engins du gouvernement absolu, y compris l'inquisition, qu'on s'empressa de rétablir. L'Espagne, débarrassée de la guerre, envoya des troupes avec lesquelles on put occuper solidement les villes principales, poursuivre et disperser les bandes des insurgés, et enfin une amnistie générale fut proclamée. Presque tous les indépendants en profilèrent, sans que leur cœur renonçât à ce qui était devenu la passion de leur vie. Un observateur superficiel pouvait penser que le pays était pacifié, que la restauration de l'autorité métropolitaine était définitivement accomplie. Le vice-roi par lequel Ferdinand A^'II avait remplacé

Calleja, en septembre 1816, don Juan Ruiz de Apodaca, se montrait bien différent de ce terrible personnage; il était modéré et bienveillant. Ce fut lui qui reçut la soumission d'un grand nombre de chefs. Dans la joie que lui causaient ces succès, il écrivit à Madrid, c'est du moins M. Ward qui le rapporte, que la révolution était irrévocablement vaincue*. Il était certain, au contraire, qu'il ne manquait qu'une occasion pour que l'esprit d'indépendance fît une nouvelle explosion, cette fois irrésistible par l'accord des volontés. Or, quand les peuples ont une résolution bien arrêtée, la Providence se charge de leur fournir l'occasion attendue, et c'est à eux de la saisir.

En 1820, le gouvernement absolutiste du roi Ferdinand VII, se croyant bien le maître dans la Péninsule, porta ses regards à l'extérieur, et résolut de faire un grand effort pour rétablir son autorité dans la partie du nouveau monde qui lui échappait le plus visiblement. En conséquence, il organisa une expédition formidable qui avait pour destination les contrées qu'arrose la Plata. L'armée expéditionnaire était réunie dans l'île de Léon, et elle allait partir, sous les ordres de Calleja, appelé alors le comte de Calderon, en mémoire d'une de ses plus

1. Il avait cependant quelques raisons personnelles de savoir qu'il existait encore des guérillas mexicaines remplies d'audace. Après son débarquement, quand il se rendait de la Vera-Cruz à Mexico , escorté par des troupes assez nombreuses qu'il avait amenées avec lui de la Havane, il avait été attaqué à Ojo de Agua, entre Perole et Puebla, et si le commandant des insurgés, Teran, eût mieux pris ses dispositions, il aurait pu être enlevé.

brillantes victoires sur les Mexicains. Cette agglomération des troupes dans l'île de Léon devait amener de grands événements, bien différents de la conquête pour laquelle on l'avait formée. Les officiers principaux, nourris des idées de la révolution française, d'où était déjà née la constitution des Gorlès, supportaient avec indignation le despotisme dégradant sous lequel Ferdinand VII avait courbé leur patrie. Quelques hommes courageux se résolurent à renouveler une fois de plus la tentative qui avait coûté la vie à de braves gens tels que Porlier, Lacy, Richard, Vidal et Bertrand de Lis. Une conspiration se forma pour le rétablissement de la constitution de 1812, et le P"" janvier 1820 le colonel Riego, qui commandait le bataillon des Asturies, cantonné près de Séville, proclama la constitution et marcha sur le quartier général. Il fut secondé par le colonel Quiroga, qui, poursuivi pour sa participation à un complot antérieur et mis en prison, s'en était échappé et avait décidé plusieurs bataillons à le suivre. Peu de temps après, la constitution était rétablie en Espagne , et par cela même, virtuellement au moins, dans les colonies, car elle était impérativement applicable aux possessions d'outremer. Cette nouvelle excita une grande émotion dans tout le Mexique. Le vice-roi Apodaca se prêta de mauvaise grâce à remettre en activité la constitution. Il lui fallut cependant se soumettre en apparence; mais on assure qu'il conçut le dessein de relever l'autorité absolue de Ferdinand VII dans le Mexique, en opposant une insurrection militaire à

celle qui avait réussi dans l'île de Léon. Sous le prétexte de détruire les restes des corps indépendants qui tenaient encore dans les montagnes du sud, da côté de l'océan PaciBquo, sous les ordres de l'indomptable Guerrero et d'Asentio, il rassembla des troupes et mit à leur tête un officier sur lequel il croyait pouvoir compter.

Il était encouragé dans ces projets par Ferdinand VII , qui lui avait secrètement écrit qu'il se disposait à fuir l'Espagne pour venir s'établir à Mexico, où il se flattait de trouver, au milieu de sujets plus dévoués que ceux de la Péninsule, un asile contre le génie des révolutions*. Le colonel don Augustin Iturbide, choisi par le vice-roi pour l'œuvre réactionnaire, était le créole dont nous avons déjà parlé, qui avait donné des gages multipliés à la cause de la mère patrie, pendant le cours de la guerre contre Hidalgo et Morelos. On citait de lui non-seulement de grands faits d'armes, tels que ceux de Valladolid et de Puruaran, mais aussi des actes d'une révoltante cruauté. En 181 4, pour célébrer dignement le vendredi saint, après un combat où il avait eu l'avantage, à Salvatierra, il avait imaginé de faire fusiller ce jour-là trois cents prisonniers, sous prétexte qu'ils étaient excommuniés, car les autorités espagnoles du Mexique employaient les armes spiri-

1. M. Lucas Alaman donne cette lettre dans son Histoire. La famille d'Apodaca a nié qu'elle fût parvenue au vice-roi, et même que celui-ci eût voulu organiser la contre-révolution. M. Alaman publie cette réclamation dans un chapitre additionnel. Je considère comme un devoir de la mentionner ici.

tuelles en même temps que le sabre, la mousqueterie et le canon pour soumettre les indépendants. M. Ward, qui, en sa qualité de chargé d'affaires de l'Angleterre, était en position d'être bien informé, dit que la dépêche adressée au vice-roi par Iturbide, pour lui annoncer cet acte d'une bigoterie féroce, existait de son temps dans les archives de Mexico. En 1820, Iturbide, de même que les autres créoles qui s'étaient rangés d'abord sous le drapeau de l'Espagne, était plus qu'ébranlé. Dans les premières années de la lutte de l'indépendance, le sentiment de la conservation avait rattaché un grand nombre de propriétaires créoles à la cause de la mère patrie , malgré les griefs légitimes qu'ils avaient contre elle. M, de Humboldt, qui a observé l'Amérique espagnole en philosophe non moins qu'en naturaliste, écrivait en 1803 : « Depuis 1789, la crainte qu'inspire aux blancs et à tous les hommes libres le grand nombre de noirs^ et d'Indiens arrête les effets de leur mécontentement. » Les massacres tolérés par Hidalgo ou ordonnés par lui, à Guanaxuato et ailleurs, avaient augmenté ces appréhensions des blancs et refroidi leur zèle pour l'émancipation; mais en 1820, l'amour de l'indépendance nationale avait enfin surmonté tout autre sentiment. Iturbide suivit le torrent de l'opinion, avec la pensée de le diriger. Il n'est pas interdit de supposer qu'il entrevit dès lors la chance de faire

Page 1