Lé mot mérite d'êlre remarqué
6 mars 1863 dont nous venons de parler, ne sont pas les seuls actes émanés du saint-siége pendant le pontificat actuel, desquels ressorte la difficulté sur laquelle nous insistons dans ce moment. Nous pourrions en citer deux autres non moins significatifs. L'un est l'encyclique remontant à peine à quelques mois (elle est du 17 septembre 1863), adressée à l'archevêque et aux évêques de la république de la Nouvelle-Grenade ; elle énonce toujours les mêmes doctrines au sujet de la liberté de conscience et du droit revendiqué aujourd'hui par la plupart des États, de soumettre à un examen de l'autorité politique les documents venus de Rome, avant que la pubhcation n'en soit permise sur leur territoire. Un autre plus remarquable est le concordat conclu entre le souverain pontife et le président de la république de l'Equateur. Ce concordat a été signé à Rome le 26 septembre 1862, et promulgué solennellement à Quito, capitale de la république, le dimanche 18 avril 1863. C'est un des actes du saint-siége qui méritent le plus d'être remarqués. Il eût été tracé de la main d'Hildebrand qu'il n'articulerait pas plus distinctement la suprématie de l'Église dans l'État. 11 interdit l'exercice de tout autre culte, et Vexistence de toute société qui aurait été condamnée par V Église. Il investit les évêques de la direction suprême de l'enseignement dans toutes les écoles soit publiques soit privées, et leur délègue la sanction de la nomination des professeurs et du choix des livres. Il rétablit la juridiction ecclésiastique, non pas seulement pour
le jugement des faits imputés à des personnes qui seraient dans les ordres, mais aussi pour tout ce qui regarde les mariages et tout ce qui concerne la Foi, les sacrements, les mœurs, les fonctions saintes, les lois et les devoirs sacrés. Il porte l'exemption de l'impôt pour les séminaires, les biens et les choses dont la destination immédiate est cT entretenir le culte divin, ainsi que les institutions de bienfaisance. Il stipule la conservation des dîmes qu'il appelle une institution catholique; mais le saint-siège consent à ce que le gouvernement continue à percevoir le tiers des dîmes. Lc' droit d'asile dans les édifices consacrés est remis sur pied, à plus forte raison l'Église jouit du droit illimité d'acquérir des biens à quelque titre légitime que ce soit. Les ordres religieux et les congrégations sont garantis. Les évêques pourront en introduire de nouveaux et le gouvernement prêtera son appui à l'établissement de pareilles œuvres. On voit quelle distance il y a entre ce Concordat et celui qui fut signé avec le premier consul. A mesure que l'opinion publique secoue le joug des doctrines ultramontaines, il semble que la cour de Rome se soit proposé au contraire de rendre à celles-ci la rigueur qu'elles eurent dans le moyen âge.
Ces manifestes tout récents de la cour de Rome, ne sont pas d'un bon augure pour les personnes ou les gouvernements qui viendraient réclamer l'assistance du saint-siége en faveur de l'établissement au Mexique d'un régime où les principes modernes auraient leur place largement faite. Ils ne promettent pas un concours bien chaleureux de la part de
l'autorité ecclésiastique aux efforts de la France et à ceux de l'archiduc Maximilien, qui va nous succéder à Mexico.
Tant que la politique de la cour de Rome n'aura pas complètement changé en Europe, il est grandement à craindre qu'elle ne continue de favoriser dans l'Amérique espagnole et nommément au Mexique, le parti de l'immobilité. Tant que ce parti aura un tel auxiliaire, on pourra bien le mettre en déroute sur les champs de bataille, on pourra bien le renverser du pouvoir lorsqu'il sera parvenu à l'escalader, mais on ne l'aura jamais définitivement vaincu. Irrité des obstacles toujours renaissants qu'il rencontrera, le parti libéral continuera de se montrer emporté et extrême. Le bon ordre sera impossible dans le pays, et l'anarchie y relèvera perpétuellement la tète. La tentative de le régénérer sera vouée à un irrémédiable avortement.
Ainsi nous retrouvons et l'archiduc Maximilien retrouvera au Mexique ce que, dans la langue de la politique française, on appelle la question de Rome, aussi difficile là-bas qu'en Italie.
Je dis difficile et non pas insoluble. Quelle que soit mon incompétence dans les questions qui concernent la foi, mon sentiment se révolte contre la pensée que le dogme interdise à la cour de Rome de changer son système et son attitude, même en Italie, Les enseignements de l'expérience sont pour tout le monde. Ce n'est pas trop présumer du saintsiége que d'espérer qu'il en profitera pour son compte. Lorsque les aveugles provocations de la cour
de Rome obligeaient le général en chef de l'armée d'Italie à faire la petite campagne de 1797, que termina le traité de Tolentino, les actes qui marquèrent les premières années du pontificat de Pie VII ne semblaient-ils pas aussi impossibles que peut le paraître aujourd'hui l'adhésion du saintsiége à une politique libérale? Et ne serait-ce pas calomnier le saint siège que de soutenir que jamais il ne se ralliera à des idées dont la substance est dans l'évangile même, et en dehors desquelles il est devenu clair, pour tout hojnme de sens, qu'il n'y a pour l'autorité pontificale que des déceptions, pour l'Église que des périls ?