‹ Le Mexique au début du 20e siècleChapitre 18 sur 39 · LINGOTS EXPORTÉS · texte numérisé non relu

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100 LE MEXIQUE AU DÉBUT DU XXe SIÈCLE

Malgré la dépréciation de la piastre, ce tableau montre que la production de l'or a considérablement progressé au Mexique depuis une dizaine d'années. Elle a d'ailleurs progressé dans le monde entier, et maintenant que la pacification de l'Afrique centrale va permettre aux mines du Transvaal de se relever du coup terrible que la guerre leur avait porté, pourquoi le Mexique ne ferait-il pas, seul ou d'accord avec d'autres puissances, ce qu'ont fait, en Asie, le Japon ou l'Inde anglaise?

Au surplus, cette épineuse question est tout à fait à Tordre du jour à Mexico, et les pouvoirs publics n'ont pas de plus grand désir que de la bien résoudre. Elle a même fait beaucoup de chemin depuis un an.

Dans le discours lu le 16 septembre 1902, à l'ouverture du vingt et unième congrès de l'Union, le président Porfirio Diaz préconisait encore une attitude expectante : « Il ne faut pas l'oublier, disait-il, c'est en argent que nous soldons près de la moitié des sommes que le pays, à divers titres, doit remettre à l'étranger, et, malgré la richesse de nos mines, il y aurait pour la République mexicaine témérité à prétendre assurer à elle seule la stabilité du prix des lingots. »

Mais depuis lors les événements ont marché. Le Gouvernement mexicain a mis le problème à l'étude, tout à la fois, par voie de négociations internationales et sous forme d'enquête locale. Dès le mois de décembre 1902, le Gouvernement mexicain et, à sa suite, le Gouvernement chinois, demandaient par voie diplomatique au Gouvernement des Etats-Unis de vouloir bien prendre en main la cause des pays à étalon d'argent et de convier le monde civilisé à l'étude des mesures pro^jres, non plus à relever la valeur du métal blanc, mais à assurer au change international une suffisante stabilité.

Un long mémorandum avait été rédigé à cet effet, et les dernières lignes, au moins, en sont utiles à reproduire : K

« Le Gouvernement mexicain, y était-il dit, estime que la coopération de celui des Etats-Unis contribuerait grandement à assurer la prompte et satisfaisante solution d'un problème économique qui menace de ruine les nations à étalon d'argent... 11 est probable qu'un grand pas serait fait vers la solution désirée, si la Grande-Bretagne

et la France, qui ont d'importantes possessions coloniales en Asie, et si l'Allemagne, la Russie et les autres nations, qui ont de grands intérêts commerciaux et territoriaux, voulaient bien s'entendre avec les Etats-Unis et le Mexique pour établir un nouveau rapport entre l'or et l'argent monnayés... »

Au mémoire présenté par l'ambassadeur du Mexique était jointe une note du Chargé d'affaires de la Chine. Elle faisait valoir l'avantage qu'il y aurait pour l'Amérique à s'ouvrir, par une sorte d'union monétaire, le plus vaste marché du monde entier : 400 millions de consommateurs !

Ces ouvertures avaient été favorablement accueillies à Washington. Par un message du 29 janvier 1903, le président Roosevelt avait demandé au Sénat et à la Chambre des représentants de lui conférer « des pouvoirs suffisants pour qu'il puisse accorder l'appui des Etats-Unis aux propositions des Gouvernements de la Chine et du Mexique ».

Et, ces pouvoirs lui ayant été accordés, des échanges de vues ont eu lieu à Paris et ailleurs. 11 en est résulté d'utiles éclaircissements. Mais it pouvait paraître malaisé de faire accepter un régime commun à des intérêts aussi dissemblables que ceux de l'Amérique et de l'Asie. La guerre entre la Russie et le .lapon est d'ailleurs venue ajouter une difficulté de plus à celles qu'impliquerait l'introduction en Chine d'un système monétaire uniforme et régulier.

Dans ces conditions, le Mexique ne devrait-il pas s'approprier la devise italienne, /"ara da se? L'enquête intérieure organisée par le ministre des Finances lui en fournirait le moyen. C'est le 4 février 1903 que M. José Yves Limantour avait constitué à Mexico une grande Commission d'études monétaires et lui avait soumis un programme et un questionnaire portant :

1° Sur la statistique économique et commerciale du Mexique;

2" Sur la production des métaux précieux dans le territoire mexicain ;

3° Sur le stock monétaire du Mexique;

4* Sur les effets, bons ou mauvais, de la baisse de l'argent;

5° Sur les mesures prises dans certains pays étrangers en vue d'immobiliser le change international.

En inaugurant lui-même, le 18 février, les travaux de cette grande Commission, M. José Yves Limantour exposait en termes éloquents la gravité du problème, la diversité des opinions, l'urgence d'une solution. Il rappelait naturellement les ouvertures faites à Washington en vue d'une entente internationale et concluait comme suit : « Une action de ce genre peut être très utile, et il y aurait un extrême avantage à voir tous les pays intéressés appliquer au même problème les mêmes solutions. Mais, comme nous ne connaissons pas encore bien les vues spéciales de chaque Etat et qu'on ne peut être certain d'aboutir à un résultat qui satisfasse tout le monde, le mieux est que nous continuions à poursuivre, entre nous, la solution des difficultés qui nous sont propres. »

Cette enquête touche à sa fin, et, bien que l'unanimité ne se soit pas faite sur tous les points, les solutions élaborées par le Comité que présidait M. Pablo Macedo permettraient, dès à présent, au Gouvernement mexicain d'agir et de mettre fin à une situation qui n'a que trop duré.

Il ne nous appartient pas d'en dire ici davantage.

II faut à un peuple, pour prospérer, un bon système monétaire, Sound money. Il lui faut aussi un bon système de crédit, crédit public et crédit commercial; car, dans les sociétés contemporaines, le crédit seul peut donner aux forces vives d'un pays toute l'élasticité qu'exigent les conditions actuelles de la vie économique.

Le Gouvernement mexicain a conscience de cette nécessité, et il n'a rien négligé pour y pourvoir.

Quand on se reporte à douze ans en arrière, on ne peut que rendre hommage à l'esprit méthodique dont se sont inspirées ses résolutions.

Les finances mexicaines étaient, à cette époque, aux prises avec les difficultés les plus graves, la crise budgétaire n'étant qu'une des formes de la crise économique qui sévissait dans le pays. Il fallait, sans retard, augmenter les revenus publics et réduire les dépenses. Cette double tâche fut abordée avec courage et, dès 1895, l'équilibre était rétabli.

On put alors réaliser la grande réforme, depuis longtemps promise et toujours attendue, de la suppression des douanes et péages intérieurs.

En même temps s'opérait la réorganisation de la dette publique : entreprise nécessaire, mais entreprise ardue, car les vicissitudes de la politique et des affaires, depuis l'émancipation, avaient compliqué à l'extrême les éléments du passif national.

Enfin le régime des banques réclamait aussi l'intervention des pouvoirs publics.

On était comme dans une impasse. Les prescriptions du Code de commerce du 20 avril 1884 et les stipulations insérées, à la même époque, dans l'acte de concession de Ja Banque nationale du Mexique constituaient un régime négatif qui contrariait tout à la fois la création des banques nouvelles et la marche des banques existantes.

La Banque nationale et la Banque de Londres et Mexico étaient seules à émettre des billets, et ce privilège paralysait bien des initiatives. Cependant, là comme ailleurs, on voyait en présence les partisans du monopole et ceux de la liberté ou, tout au moins, de la pluralité des banques d'émission. Etant données l'étendue du territoire, la difficulté des communications, la diversité des produits du sol, étant donné aussi le système établi dans la grande république voisine, nous croyons que le Mexique a bien fait de s'approprier le principe en vigueur aux Etats-Unis, sans en pousser pourtant l'application aussi loin qu'elle peut l'être dans un pays où les populations sont mieux préparées à se défendre ellesmêmes contre certains abus.

Le régime actuel a eu pour point de départ l'acte du Congrès qui, en juin 1896, autorisait le Pouvoir exécutif à légiférer souverainement sur la matière.

Une Commission d'études se mit aussitôt à l'œuvre, sous la présidence autorisée de M. Joaquin Casasus; et, quelques mois plus tard, était promulguée la Ley gênerai de instituciones de crédita (19 mars 1897), mise au point par les soins de M. le ministre Limantour.

Ce décret-loi, qui ne compte pas moins de 129 articles, plus 2 dispositions transitoires, définit et réglemente trois catégories, de banques :

1° Les banques d'émission, c'est-à-dire celles qui émettent des billets de valeurs déterminées, remboursables au pair, à vue ou au porteur.

2° Les banques hypothécaires, c'est-à-dire celles qui font des prêts ayant pour garantie des biens ruraux ou urbains, et qui émettent des bons jouissant de cette garantie, bons portant intérêt et amortissables.

3° Les banques réfectionnaires {bancos refaccionarios), établissements spécialement destinés à faciliter les opérations minières, agricoles ou industrielles. Elles font des prêts privilégiés, en ce sens qu'ils ont pour garantie telle ou telle opération spéciale, et elles émettent des titres à court terme, productifs d'intérêt et remboursables à date fixe.

A ces trois types d'établissements s'applique indistinctement la règle fondamentale de l'autorisation préalable. Ils ne peuvent se fonder que moyennant une concession spéciale du Pouvoir exécutif et sous les conditions qu'énonce minutieusement la loi de 1897. Avant toute autre démarche, les capitalistes qui sollicitent une concession doivent avoir déposé, au Trésor public ou à la Banque nationale, des titres de rente mexicaine représentant, comme valeur nominale, au moins 20 pour 100 de la somme que la banque à créer devra avoir en caisse. Le dépôt sera restituable dès que l'établissement aura commencé à fonctionner.

La concession peut être faite par le Gouvernement à de simples particuliers, mais la banque nouvelle ne doit fonctionner que sous forme de société anonyme, conformément aux dispositions du Code de commerce.

Aux banques d'émission étrangères il est interdit d'ouvrir sur le territoire mexicain aucune agence ou succursale pour l'émission et le remboursement de leurs billets (1).

La durée maximum des concessions est fixée à trente années, du jour de la promulgation de la loi, pour les banques d'émission, et à cinquante années pour les deux autres types de banques.

Pour faire prévaloir cette nouvelle législation, il avait fallu entrer en négociations avec la Banque nationale, dont elle supprime, au moins en partie, le privilège. Aux termes des conventions intervenues, voici les sacrifices auxquels la Banque nationale se résignait :

1° Elle reconnaissait au Pouvoir exécutif le droit d'autoriser la création d'autres banques d'émission dans les divers Etats et territoires de la République;

2° La limite du crédit à ouvrir au Gouvernement dans le compte courant du Trésor général de la Fédération était portée de 2 à 4 millions de piastres;

(1) Une proposition de loi dont le Sénat mexicain a été saisi par deux de ses membres, MM. Sarlat et Arguinzonis, avait pour but d'interdire à tout établissement autre que ceux régulièrement autorisés, conformément à la loi du 19 mars 1897, de se qualifier banque, en quelque langue que le mot soit formulé.

3" Chargée par son acte de concession du service des mouvements de fonds, la Banque nationale s'engageait à assurer ce service jjendant une période de dix ans moyennant une commission de 1 3/4 pour 100 (au lieu de 2 pour 100), frais compris et risques aussi;

4° Pour le service de la dette publique, la commission était réduite de 2 à 1 pour 100;

5° Enfin, la Banque nationale ouvrait au Mont-de-Piété national, sous forme de compte courant, un crédit de 500000 piastres, sans garantie spéciale et moyennant un intérêt de 3 pour 100 seulement.

Comme compensations, la Banque nationale obtenait deux avantages notables :

1° La durée de sa concession était augmentée d'une période de quinze années;

2° Il lui était promis que, pendant dix ans, le Mont-de-Piété n'exercerait pas la faculté qui lui avait été accordée par le Gouvernement de mettre en circulation des certificats de dépôt ou des billets à vue et au porteur.

L'analyse détaillée de la loi de 1897 nous entraînerait trop loin. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur au commentaire qu'en a donné M. Limantour lui-même, dans un remarquable rapport adressé à la Chambre des députés (1).

Qu'il nous suffise de constater ici que le régime nouveau paraît avoir tenu tout ce qu'il promettait : augmentation du nombre des banques et, pour les banques anciennes, accroissement des capitaux mis en œuvre.

Au commencement du siècle (31 août 1901), il existait déjà, tant dans la ville de Mexico que dans les États, 24 banques, non compris les succursales.

Les plus importantes sont : la Banque nationale du Mexique, la Banque de Londres et Mexico, la Banque centrale mexicaine, la

(1) Informe sobre el usa de la autorizacion concedida al Ejecutivo para expedir la ley gênerai de Instituciones de crédita. Ce document se trouve intégralement reproduit dans une belle publication du Secrétariat des finances et du crédit public : Memoria de las Instituciones de crédita, 2 volumes, 1900.

Banque internationale et hypothécaire. Ces quatre établissements ont leur siège dans la capitale, et ils disposent, ensemble, d'un capital de plus de 50 millions de piastres. Viennent ensuite : la Banque Yucatèque, la Banque minière de Chihuahua, la Banque commerciale de Yucatan, la Banque orientale du Mexique, la Banque de Jalisco, la Banque commerciale de Monterrey, la Banque commerciale de Veracruz, la Banque agricole et hypothécaire, etc. Pour l'ensemble des banques existantes, voici quelle était la situation à la fin des années 1895 et 1900 :

Capital social ....

Capital versé ....

Capital oOD versé, .

Billets ea circulation

31 décembre 1895

31 décembre 1900

Uillioiu da piaMm

UiUioQi de piastrei

On voit qu'en cinq années la circulation fiduciaire de la République avait presque doublé et que le capital effectif des banques avait plus que triplé.

A défaut des lourds tableaux de chiffres qui ne seraient point ici à leur place, nous pouvons emprunter à une récente publication de M. Pablo Maccdo : Mexico. — Su evolucion soci.\l, une série de diagrammes qui rendent sensible le progrès général et les mouvements respectifs des banques mexicaines pendant les dernières années du siècle qui vient de finir. L'importance prépondérante de la Banque nationale et de la Banque de Londres et Mexico s'y accuse d'une manière saisissante.

Le lecteur voudra bien, d'abord, comparer les cinq cercles suivants qui, par leurs surfaces respectives et par leurs divisions angulaires, donnent l'exacte mesure des mouvements réalisés d'une année à l'autre. L'influence de la loi de 1897 s'y manifeste hautement.

I. — Bilans des Banques mexicaines, au 31 DÉCEMBnE 1896 135 284120 piastres.

II. — Bilans des Banques mexicaines, au 31 Décembre 1897 152 971 101 piastres.

III. — Bilans des Banques mexicaines, au 31 Décemore 1898 182 6'i0129 piastres.

IV. — Bilans des Banques mexicaines, au 31 Décembre 1899 233 633 848 piastres.

V. — Bilans des Banques mexicaines, au 31 Décembre 1900 252 894 999 piastres.

On voit que le montant total des bilans a presque doublé en quatre ans.

Mais, pour bien faire appi'écier les premiers effets de la loi de 1897, il faut au moins donner la marche de ces quatre éléments essentiels : circulation, caisse, portefeuille et prêts sur gages.

Tel est le but du diagramme ci-après, également emprunté à M. Pablo Macedo :

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