SOMMAIRE
Lettre d'Europe et sentimens qu'elle inspire. — Questions sur rancîen Mexique. — Difficulté de remonter à la yéritable origine des peuples. — Tous les monumens qui servent à fixer les époques les plus reculées du Vieux-Monde : le recueil des observations astronomiques faites à Babylone , Téclipse centrale du soleil calculée à la Chine, les marbres des Arondels , le zodiaque de Dendera, les pyramides et palais d'Egypte, les hiéroglyphes, etc.,etc — Monumens de l'histoire, la plus ancienne du Nouveau-Monde : les Quipos du Pérou, les hiéroglyphes Mexicains, deux pyramides, etc. — Lord Kingsborough. — L'ancienne ville de Mexico. — Histoires fabuleuses qui la cachent encore. — Butiorim et l'Inquîsitîon Espagnole. — Trouvaille précieuse qui répand sur l'ancienne Mexico de grandes lumières, ou quatorze petits tableaux qui représentent la dynastie de ses Rois. — Histoire de l'ancien Mexico par les Espagnols : observations critiques. — Pourquoi l'on en peut faire de nos jours une histoire beaucoup plus fidèle. — Lesquels des anciens peuples dont parle l'histoire ont vraiment existé au Mexique. — Les ThuUecaSj les premiers colons de VAnahuac. — Le» Amaquemecames» — Les Nahuatlacas, — Les Acolkuas, — Les Aztliecas ou Mexicains, les dernier». émigrés du Nord au Sud. — Aperçu historique de ces émigrations et de la création des différens Royaumes de VAnahuaCy formant maintenant le Mexique proprement dit. — Fondation de l'ancien Mexico ou Tenochtillan. — Son Dieu Huitzilopo-
chtU : son încarnatioD par le moyen aussi d'une Vierge. — Un Mexicain devenn l'Homme -Dieu. — Dissensions des Mexicains. — Origine de Tlatelolco. — Le Gouvernement Mexicain d'abord républicain-aristocratique ^ ensuite monarcbique. — Aperçu historique de leurs Roîs^ de leurs conquêtes, exploits 9 etc. , embrassant l'histoire des autres peuples et Rois de l'Anahuac. — Coïncidences frappantes avec les histoires de peuples et de Rois anciens et; modernes du Vieux-Monde. — Inondations, digues anciennes, etc. — Sacrifices; leur origine; victimes, etc. — Les prêtres et les temples Mexicains. — Le grand Sacrificateur. — Le dernier Moctezuma. — Son élection, ses qualités, etc. — Son palais et sa cour. — Ses courtisans et ses courtisanes. -^ — Ses princes, ses bouffons, ses ménageries, etc. — Tribut singulier. — Son hôpital des invalides. — Tout l'Anahuac ou tributaire ou soumis, excepté Tlascala^ Tepeaca^et le Mechouacan. — Moctezuma, grand-prêtre et Roi. — Une faction sacerdotale; le parti prêtre; causes qui facilitèrent la Conquête. — Esprit de corps qui distingue les prêtres en général. — Leur stratagème le plus bizarre contre Moctezuma. — Ce qu'il faut penser de cette fameuse Conquête tant vantée. — L'expédition de Mina, plus difficile et plus héroïque que la Conquête. — La célèbre Noche triste et ses conséquences. — Nouveau Roi élu par les Mexicains. — Reprise de Mexico. — Causes de la ruine totale de l'ancien Mexico. — Les fils de Moctezuma ; un seul jlui a survécu et une fille ; leur descendance. — Le grand capitaine Gortès; ses cruautés. — Concordances historiques et monumentales. — Le grand temple de Mexico , le TeocalL — Les Athées en général. — Le temple des anciens Athéniens au Dieu inconnu. — Le Dieu du TeocalL — Découverte intéressante. — La forme du Teocali; son Rea sacrificulusy ses Flaminii^ PopŒy etc. — Cérémonies religieuses, lithurgie, sacrifices.
^ctimes, etc. — Offrandes di?erses. — Lieux des offrandes ; Rapprochemens étonnans avec les sacri6ces des anciens peuples du Vieux-Monde. — Étymologie de TenûchtU/an «t de Caœamala, capitales du Mexique et du Pérou. — Sacrifice gladiatoire. — Vaillance et fermeté de caractère du grand Tlalhui" cote. — Chute d'autres Royaumes et d'autres Rois Mexicains sous la domination Espagnole. — Tescuco, l'Athènes de Vjinaàuac, — ^ezakualcoyoU eu fut le Solon. — Son dernier ^oi ^eyenu catholique. — Civilisation, beaux-arts, etc., de ces peuples. — Calendrier de Tula. — Son origine. — Combinaisons surprenantes avec quelques calendriers des peuples anciens et modernes du Vieux-Monde. — Le Serpent de Coatepec. — Trouvaille précieuse d'un manuscrit en langue et sur papyrus Mexicains, du célèbre moine Bemardino de Saluigun ; biographie. — Notions importantes pour la science et l'histoire — Le fils de IVf octézuma, catholique el: auteur. — Grapd principe philosophique, qui sert ù distinguer les différentes nations. — Le» hiéroglyphes Mexicains et les hyéroglyphes Égyptiens; leur différence et leur but respectifs. — Le Cophte et le Syriaque ; le Grec et le Phénicien. — Les sociétés bibKque, évangélique, etc. — Conclusion de'la lettre.
Mexico, 16 février i8a5.
Rousseau , en écrivant à un de ses amis, lui disait : « Mon cher, comment faites-vous pour penser être honnête homme et ne vous pas faire pendre? » J'ajouterai Cfue tes méchans, les hypocrites dont vous me parlez dans votre lettre du 3o juin dernier, œ v^udcaîent voir passer devant eux que des au^ t<M»ates ambulans ai^xquels il fût interdit de voir et de raisonner. Je ne continuerai pas moins de les
T. Il, 6
(Su )
mépriser , et me promener de mon pas ordinaire , en attendant qu'ils me fassent pendre.
Vous me faites l'honneur de me répéter que vous désirez avoir, particulièrement de moi, quelque notion positive sur cette ville célèbre. Il est assez facile de vous montrer le Mexico moderne ; mais connaître ce qu'était vraiment l'ancien Mexico , voilà le difficile. Or, comment parler d'une ville importante sans remonter à son origine : ce serait à peu près la même chose que montrer pour un monument de l'histoire des beaux-arts une statue mutilée : le Torso di Belvédère , par exemple , qui , après mille disputes et mille conjectures , laisse encore et les amateurs et les savans dans une ignorance profonde sur l'époque et le sujet auxquels il appartient.
Pour acquérir, avec un peu de certitude, quelque idée de l'histoire ancienne d'un pays , il n'est qu'un seul moyen, c'est de voir s'il en reste quelque monument incontestable. Nous en avons trois qui semblent fixer des époques certaines sur ce que nous appelons le Vieux-Monde.
Le premier est le Recueil des Observations astronomiqueSj faites pendant dix-neuf cents ans de suite à Babylone , observations qui remontent à deux mille deux cent trente - quatre ans avant notre ère vulgaire : preuve invincible que les Babyloniens existaient en corps de peuple plusieurs siècles auparavant.
Le second monument est l'Eclipsé centrale du so^ le il, calculée à la Chine deux mille cent-cinquante^ cinq ans avant notre ère, et dont la vérité parait avoir été constatée par beaucoup de nos Astronomes : ce qui porterait à former pour les Chinois la même conjecture que pour les Babyloniens.
Le troisième monument, fort inférieur aux deux autres, est dans les marbres qui ont rendu universellement si célèbre le nom des Arondels. Ce monument remonterait à quinze cent quatre-vingt-deux ans au-delà de notre ère. On voudrait faire du Zodiaque de Denderah un quatrième monument de l'histoire ancienne ; mais il parait que les savans eux-mêmes ne le considèrent plus que comme une Pierre conjecturale *.
Il reste des monumens d'une autre espèce sur l'antiquité reculée de certains peuples de notre Vieux-Monde y comme les Pyramides, les Palais d'Egypte ; mais que ce soit Menés , ou Thot , ou Chéops , ou Ramessès , qui ait élevé une , deux , ou plus , de ces prodi^euses masses , on n'est pas plus instruit de l'histoire de l'ancienne Egypte , la langue de ces peuples s'étant perdue; de façon que nous ne savons autre chose, sinon qu'avant les plus anciens historiens, il y avait de quoi faire une histoire ancienne.
* Voyez, si TOUS le désirez, dans mon Pèlerinage en Europe et en Amérique , le jugement prophétique que je me permis d'émettre sur ce ioMaque, en i8ai , lors de mon passage à Paris. Tout le monde, pour suiTre la mode , en parlait à tort $i à travere.
On a des hiéroglyphes, mais f^asqu a cette heure ils n'cMit été non plas que des signes conjecturaux. C'est là un grand champ de gloire pour M. de ChampolUon et le docteur Young , s'ils réussissent à les faire parler dans leur vrai langage.
C'est tout, je crois, ce que nous avons de certain ou de probable sur l'antiquité la plus éloignée de notre Vieux Monde,
Mais l'Amérique n'a pas un seul monument incontestable, qui jette quelque lumière sur l'histoire de ses peuples au delà de cinq ou six siècles avant la Conquête. Les Quipos du Pérou ne disent rien du tout, et les hiéroglyphes Mexicains, maintenant presque tous dispersés çà et là en Europe ( il n'^n existe que très-peu au Mexique), n'ont encore été ni expliqués, ni entendus *. Ils ne percent pas trèsloin, je crois, dans l'antiquité du Nouveau-Monde. Les restes m^nes de deux espèces de pyramides , à Saint-Juan de Théotikuacan^ à l'Est-Noid-Est de Tescuco, ne figurent pas non pl»s une histoire bien reoulée , et offrent encore moins de ces traits qui distinguent les peuples en les caractérisant.
* liOi<l Kiogsboraugb va publier ioceMammept à Lpixclres, ««us .in direction de M. del Aglio, une coUection de tous les biéioglyplies Mexicains dont il a pu faire copier les originaux. S*il y a, dans les explications qu'il se propose d'en donner, autant d'exactitude qtf'oB remarcpie de fidélité et de talent supérieur dans les dessins de M. del Aglio , ce noble Lord sera le CImmpoilion Mexicain^ et Touvrage, uu des plus gig^nlesques , un des plus difficiles et des plus étonnans qui aient paru depuis l'inirention du dessin , du burin et de la presse.
Ce qu'on a conservé sur Thistoire de cinq ou six siècles ayant la Conquête n'est pas non plus fort clair ; on y rencontre souvent de» contradictions , des invraisemblances , des absurdités tes plus choquantes« L'ancienne ville de Mexico elle-même est couverte de ténèbres, épaissies encore par le vandalisme desEspagnols. L'architecture, au moins, aurait pu manifester quelques premiers vestiges historiques, s'ils n'avaient détruit leurs temples et d'autres monumens matériels. J'ai donc cru devoir reiùuer des archives, pour m'orienter de mon mieux sur les vieux temps si nébuleux de ces régions , au moins sur l'histoire particulière de Mexico; mais je ne suis pas non plus bien avancé. Vous daignerez agréer ce que l'ai pu en savoir.
Il importe d'abord que vous sachiez sur quoi je me suis principalement basé ; vous en apprécierez, avec une plus saine critique, le petit aperçu historique que je dois vous tracer sur Mexico, depuis son berceau jusqu'à la Conquête. Je ne vous dirai point ce qui a suivi la Conquête; ce ne serait qu'une répétition des horreurs et du despotisme Espagnols, qui ne vous sont que trop connus. Je n'ai pu d'ailleurs moi-même m 'empêcher de vous en reproduire çà et la quelques déchirans souvenirs , depuis que je vous écris du Mexique.
Cortès , vous le savez , n'avait pas encore assuré sa conquête , que des légions de moines de toutes les couleurs vinrent en partager la gloire et les bien-
faits, même dans Tiatérêt, sinon des corps ^ au moins des âmes des conquis.
Frère Martin de Valencia forma aussi un Apos tolat Séraphique, et vint ici avec douze des siens. Est-ce Cortès lui-même qui demanda ces auxiliaires , ou furent-ils envoyés par la Gour de Madrid, pour circonvenir et épier son ambition? Je suis assez de ce dernier avis : car les Frères Francisco de los Angeles et Juan Clapvm étaient allés à Rome recevoir les instructions et les privilèges nécessaires de Léon X, long-temps avant la date des lettres par lesquelles Cortès eût pu les demander. Ajoutez, et je vous lai déjà dit, que les moines formaient dans la Nouvelle-Espagne leurs provinces spirituelles à mesure que le bras séculier étendait ou multipliait la démarcation des siennes.
Parmi les douze Apôtres Séraphiques , Frère Toribio de Bcnaventej Tun des plus adroits et des plus intelligens , qui , à son arrivée au Mexique , prit le nom de Motonilia l parvint au grade supérieur de Provincial. Pour empêcher que tout le passé de ces pays n'allât se perdre sous la faux d'une destruction fanatique et barbare, il s'occupa le premier de rassembler les notions qui, dans les siècles futurs , pussent au moins ramener les conquérans sur les traces de ce qu'ils avaient conquis. C'est à lui principalement que l'on doit le peu d'histoire ancienne que nous ayons sur ces peuples r Torquemada lui-même en fait l'aveu sincère.
Mais les hiéroglyphes étaient exposés à se perdre avec ia vie de ceux qui savaient les expliquer; il fit donc tracer par les Indiens , sous ses propres yeux et sa direction , en hiéroglyphes et en figures , ce qu'il croyait plus nécessaire de conserver à la Postérité. Toute la Dynastie des Rois de Mexico fut peinte de cette manière. C'est le seul ouvrage de ce genre que je sache avoir triomphé du Temps et du Yandalisme ; et j'ai le bonheur de le posséder. On y voit l'histoire de la Monarchie de Mexico, à commencer du Champ de Mars où fut élu leur premier Roi, jusques, et y compris , a Cuauktemoc, que la peinture indique comme le dernier Roi Gobernador^ après la chute du grand Moctezuma, lequel se sommit et reçut la foi de Jésus-Christ. Ce sont quatorze petits tableaux , peints sur papyrus » •que les uns croient d'agave , d'autres de palmier , assez bien conservés, tous réunis avec des bandes d'un papyrus plus mince et pliable , apparemment d'espèce diflFérente , se fermant l'un sur l'autre en forme de livret. Chaque époque de la Dynastie est peinte séparément et distinctement l'une de l'autre , représentant le héros qui lui appartient , avec d'autres figures accessoires , et le pays conquis sous son règne. Les hiéroglyphes traversent tout le plan de chaque tableau , expliquant probablement les exploits du héros et ses conquêtes.
Je laisse la gloire de l'interprétation à quelque savant qui en ait la patience et le talent; pour moi,
je nai ni rmi ni lautre* ; et cette sorte d^érudition n'est pas laffaire d'une lettre. Je me bornerai à compiler brièvement rarchive où j'ai eu le bonheur de faire cette trouvaille , pour combiner une histoire analogue à celle que cette Dynastie figure. Quand je ne fai'accorderai pas avec elle^ je le dirai sans façon ; du reste , de la part d'un pèlerin , qui passe, n'attendez pas la grande présomption de vouloir être le seul clair- voyant dans une histoire dont nul encore n'a pu percer toutes les ténèbres.
Ce qui parait certain, c'est que cette peinture appartient aux soins du Frère MotoUnia : une inscription sur lin morceau de papyrus collé à un de ces petits tableaux, l'indique clairement; Torquemada }e confirme ea quelque sorte , dans plusieurs pages de son ouvrage; et le manuscrit où j'ai recueilli cet ap^u historique est , je crois , moin?» absurde que tout ce qui a setvi jusqu'à cette heure à enfler l'histoire du Mexique. Je voudrais vous démontrer mieux l'importante de ces précieux dociimens, efa vous citant l'autbrité des archives qui lés contenaient; mais oii ni 'a prescrit une reconnaissance secrète pour prix d'uile complaisance et d'une cession qu'on croit de contrebande.
L'histoire écrite pendant lé Gouvernement Es- |)agno], sur l'Anckn Mexique, est un chaos, un labyrinthe, d'où le fil même d'Ariane nèsaurdit nous
* A Londres , je les ai volontiers laissé voir à Lord Kingsburough, afin q\ill en tirât toatb Inutilité possible {loUr 80h tibvràge.
(89) tirer , si noua on voulions pénétrer tous les détours. Chacun a écrit selon ses vues ou d'après les ordres reçus, tous avec infidélité, superstition et préjugés. Vous n'y voyez presque qu'invraisemblances et contradictions; l'impudence s'y montre à tel point, que l'irritation se joint au dégoût pour détourner le lecteur de la confiance en ce qui pourrait être vrai, et ote a la critique le moyen de distinguer avec calme j et de peser avec impartialité : le Diable y occupe plus de pages que Dieu.
De nos jours, il serait plus facile qu'en tout autre temps , même qu'immédiatement après la Conquête , de faire une histoire passable de l'ancien Mexique, quelque éloigné qu'il soit déjà dç notre plume ; au moitis, on a la liberté de raisonner et de dire ce qu'on pense ^ et naguère il fallait que la raison se prostituât à la politique, à la superstition , au mensonge. Buttorini, qui tentait de pénétrer par des i^ech'erches philosophiques dans le vague de cette histoire , n'échappa qu'avec peine à l'Inquisition.
Ne croyez pas, Comtesse, par ce début, que je veuille tiae vouer à une semblable entreprise : une tâche si difficile ti'est de la cçihpétence ni de mon faible talent ni d'un pèlerin solitaire , sans moyens et sans protection; ma patience native et mon caractère, qu'on a dit mercuriale m'opposeraient d'ailleurs d'insurmontables obstacles. Je ne veux que donner l'éveil à ceux des savans qui en auraient le
( 90 ) désir, que secouderait Fappui de grandes nations, de puissans Rois , et que couvrirait l'égide de grands corps littéraires. Je me bornerai, je le répète, à quelques petits essais pour expliquer, le mieux possible, ma peinture par rhistoire, et l'histoire par ma peinture.
On dit que toute certitude qui n'est pas démonstration mathématique n'est qu'une extrême probabilité ; ne prenez donc pas pour de la certitude historique ce que je vais vous raconter; car je suis loin de pouvoir le démontrer mathématiquement.
Les uns prétendent que diverses familles, ou peuples, désertèrent une contrée, encore inconnue, au Nord, et vinrent peupler^ au Sud, le pays de YAnahuac^ proprement dit le Mexique. 11 paraîtrait donc que ce pays n'était pas encore habité, tandis que selon d'autres il aurait été déjà occupé parles Cohnixfhis 9 les Cuitlathecas y \esJopoSy les Maza-ihecas , les Popolocas , les Chinauthecas , les Totonacos , les Mazahuas , les MathacingaSj les Zapatecas , etc. , etc. , etc. Nous commençons donc par des contradictions; c'est ce qui arrive dans les histoires anciennes de tqus les mondes, et cela doit nous étonner moins encore dans l'histoire de l'Ancien Mexique, rien d'incontestable ne venant l'attester , rien n'autorisant même de plausibles conjectures.
Je me refuserai à l'existence de tous ces peuples,
(9' J et j'inclinerai plutôt à croire que ces régions, aVaut Farrivée de ces familles, n'étaient apparemment habitées que par quelque tribu de peuples nomades , que je présume être les Chiapanecas ( les plus anciens ) , les Olmecas , les Xilancas , les Af «o?thecasj les OthomîeSj ou Othomites, et les Chichimecas^ comme ceux qui semblent les plus authentiqués par les traditions des Aborigènes.
Quant à leur origine, je ne vous promènerai pas, comme tant d'autres, dans les vastes champs de l'imagination; tout au plus vous renverrai-je à ce que je vous ai dit dans mes lettres sur la découverte des sources du Mississipi , concernant l'origine de ces peuples sauvages , et dans ma lettre de Saint-Louis Potosi, sur le berceau de ce Nouveau-- Monde.
Les premiers peuples qui, du Nord, émigrèrent dans le Anahuac , paraissent être les Tulthecas. Ils demeurèrent plus d*un siècle en roule, et ce ne fut apparemment qu'au commencement du septième siècle de l'Ere vulgaire , qu'ils bâtirent Tula , cette Tula que nous avons mentionnée près du Desague , du nom , peut-être , de Tullauj le pays qu'ils avaient abandonné. C'était , dit-on, un peuple agriculteur et civilisé , connaissant les arts et la fonte de l'or et de l'argent. Un calendrier qu'on y a découvert, et dont je possède une copie, annonce qu'ils n'étaient pas non plus étrangers à l'Astronomie , la première science, je crois, de tous les peuples.
Les peuples émigrés après les Tulthecas furent les Amaguemecanes : on n a pu déterminer précisément le Keu de leur départ. On les appela aussi Chichimecas , peut-être fut-ce par allusion à ce qu'ils étaient à moitié barbares (dont le nom Chichimecas est Tétymologie), pour les distinguer par là des Tulthecas à mœurs policées. X(?fo?/ était leur chef. 11 s'établit d'abord à Tenayuca , et fut la tige de cette Taillante famille qui régna plus tard à Tescuco. Leur arrivée remonte vers Tannée 1 1 70. Le pays était presque désert; la famine et la peste avaient détruit une partie des Tulthecas , et dispersé l'autre. Ils s'allièrent avec les restes malheureux de cette nation , et c'est d'eux qu'ils apprirent les arts et la culture de la terre.
hesNahuat laças vinrent ensuite, on croit, dans l'année 1 1 78. Ils sortaient du royaume ou des forêts d'-^^/Z^w, pays également très-septentrional. On prétend qu'ils étaient partagés en six nations qui sont Y^ohaLhlementle&Xochimilicas^Chalquenos, Tepànecasj Colhuasj Tlahuicas et les Tlaxcalthecas^ noms que les personnages qui les commandaient donnèrent à leurs dîfTérens royaumes , ou colonies, quand ils s'établirent dans le Anahuac. C'est donc ime erreur de les distinguer , dès leur origine, sous le nom qu'ils n'oût acquis qu'à leur arrivée ; car Nahuatlacas veut dire voisins du Lac : ils s'étaient arrêtés, en arrivant, sur lés bords du Lac, qui fut plus tard appelé de T4'scueo. Nous appelons aussi
(93) Nahuatlacas^ [Les Lagistes) ceux du lac de Como , du lac Maggiore , etc. , que nous trouvons répandus daxis toute l'Europe.
Xolotl^ le roi Ghichimeca, les reçut avec hospitalité, et leur accorda des terres, conservant sur elles une espèce de suzeraineté. C'est alor^ que, devenu plus puissant, de la rocailleuse Tenayuca il transféra le siège de son empire sur les plages du Te$cuco ; et sa capitale et son empire partagèrent le nom du lac.
Trois autres capitaines, avec d'épaisses phalanges de leur nation, survinrent à ces six personnages, vers la fin du douzième siècle. Xo!otl les reçut avec la même générosité. Il leur donna ses filles en mariage ; et du nom du pays d'où ils émigraient, le Royaume de Tescuco prit le nom de Royaumeà'Acalhuacan;et\di Nation, d'y#c(?/A«a, nom plus fashionqble que celui de Cliichimeca^ qtii, nous l'avons vu, ii*était pas trop flatteur.
Enfin, arrivèrent les Aztecas^ ceux qu'on appela ensuite les Mexicains^ du nom MexitU^ que les uns attriï>ik$ot à un ancien chef de leur Nation, et d'aub^es à leur Dieu, désigné plus tard sous le nom ô! HîutzlhpochtlL Maintenant nous sommes arriii^és aux.hétos de Jiotre peinture ; il faut aller tes chercher uia peiii plus loin, pour en approfondir mieux l'histoire.
Ce j@ie jfut, selofi toute appaiH^nce, que dans Fannée 1 160, que les Aztecas aban^ionnèrent ÏÀzttan,
(94) le pays de leur berceau ; pays qui se trouvait, diton, au Nord du sein des Californies , à plus de trois mille milles de Mexico. Chercher meilleure fortune au Sud, était probablement le motif de leur émigration. On prétend que c'est leur Dieu qui leur commanda de s'en aller : c est tout naturel ; pour inculquer de grandes résolutions à un peuple barbare, il faut toujours faire parler Foracle. Telle est rhistoire de presque tous les peuples de tous les temps; et si on a employé souvent des Pythies, des Sibylles, des Nymphes, etc., c'est que les prêtres philosophes savent fort bien que les Oracles féminins font beaucoup plus d'impression sur le genre masculin. Moi-même, dans la pure innocence de ma jeunesse, j'ai toujours prié plus la Vierge et les Saintes, que Jésus -Christ et les Saints; je sentais plus d'intérêt et de sympathie en lisant la vie des Saintes.
On dit que ces Aztecas s'arrêtèrent d'abord, pour quelques années, au Rio-Gila^ ou apparaissent encore de grandes traces d'une Nation désertée, et qu on leur attribue* Mais ces monumens, qui indiqueraient de la civilisation, ne peuvent , s'ils existent, appartenir à un peuple qui, bien plus tard encore, n'habitait que sous des huttes misérables. Il en est qui leur attribuent aussi Las casas grandes de la Sonora, les seuls monumens d'une civilisation assez ancienne de ces contrées; si l'on en doit juger par ce qu'ils étaient, même à leur arrivée dans FAna-
(95) huac, ce trait d'une érudition ingénieuse manque de vraisemblance. 11 est plus croyable qu'ils se soient arrêtés à Hueycolhuacariy ce sauvage Coutua* can^ que nous avons vu dans la lettre où je vous ai donné une idée de la Sonora. Us passèrent de là dans le Mechouacan , ainsi appelé comme pays de poisson^ et qui, selon qu'on le présume^ s'appelait auparavant Coatlicamac. Là, comme nous l'avons observé déjà à Queretaro, ils se brouillèrent : une faction y resta, et l'autre continua son chemin. Celle-ci arriva à Tula, en 1 196, où ils demeurèrent environ neuf ans. C'est dans cet endroit, peut-être, qu'ils prirent quelques leçons d'astronomie; car leur calendrier ressemble assez à celui que je possède des Tulthecas, peuple certainement capable, alors, d'être leurs précepteurs. Us descendirent à ZumpangOf où régnait un Tockpanecatlj un de ces petits seigneurs, dît-on, qui étaient venus avant eux, et de la même manière. Une circonstance étaie cette présomption, c'est qu'il les reçut bien, et maria son fils avec une de leurs demoiselles distinguées^ comme pour célébrer et rallier leur commune ancienne origine. Sept ans après, ils passèrent à Tizayaucan ^ à Toipetlacj et à Tepayacac , endroit où est maintenant le sanctuaire de Guadalupe.
Le vieux Xolotl, qui régnait encore, les laissa faire ; et son fils Nopaitzin^ qui lui succéda, ne les dérangea pas non plus lorsqu'ils allèrent se planter plus
peser aussi sur leur existence. Les hîstorieiis différent dans la relation de cet élvëneikiêiit.
Si^oales uns^ leReguluà de Caihuacan (un de^ eendêint de ces Tulikecûs dispensés dans YJnahuac après les malheurs qui avaient détruit leur royaume) leur déclara kl guerre, voyant avec dédain que, sans leut payer un tr&ut de yassdage ^ ils se fixassent dans un endroit dont il se prétendait maître. G'é^ tuit le cas du loup et de Tagneau s il ne lui. fut pas difficile de les vaincre, et il en fit ses esclaves* D'outiic» disent que, feignant lâchement de comouH sércr leur malheoreuBe situatioli, il leur ofirit des terres pour y vivre plus coumodément^ A lappât de ces offires généreuses^ ils sortirent de leurs petites tles, on Ss til^ent Ijoinme retranchés au milieH des eaux ; alors les Cvtkuas les firent prisonniers ôt esdave».
Une guerre obstinée s'alluma entre les Colhuas et \» Xochimiku$; ces derniers ainedent été presque tonjotirs les vainqueurs. Les MegLicaitis g'ojBrrk(ent de combattre cet ecmemi ^ de plus en plus formidabte, et S011S condition I, a dit un historien, qUe le retour de leur lft>erté setàit le pnx d& la victoire.
La montre pompeuse des prisonniers était, cbee ces peuples ^ cotnikïe partout ailleurs^ le plus beau tl[*ùpliéé d'une tièloire. Les Mexicain» ^ dans une affaire contre kS/^^A{mi7éra«, avaient triomphé sqns fake de prisonniers. Les Colkuaê^ croyant qu'ils étaient vaincus, leur adretisent des rèpMches, les
(99) traitent de lâches. Les Mexicains alors renversait devant euX des tocs pleins d'oreilles coopées à leuM prisonniow » déclarant que c'était tèut oe qu'ils du* vaient foiré tant qû'ib ne se battraient qpu'en esclaves; ({u'ils ne voulaient pas en angnienter le nombre ; mais ^ qtt'uile fois libres , ib apporteraient de» oreilles et dès prisonniers. Ik érigèrent un nouvel autel à leur Dieu , demandèrent aux Colhuaê quelque ch<lse digne de kû Strè consacré ea rHoiir des ^âees pout cette victoire^ Le^Côlkuatm moquèr^at d'eUxet de letlr DieU^ Les Mexicains sortirent quatre^ prisonniers qu'ils s'étaient réservés, et qu'ils avaient teniiil jusqu'alors cachés , les Imiiolèfent à la Divi*nitè ^ leur aurachant le cœur avec un couteau de pierre , Lulù Cet acte affneUx fut plutôt l'eflet , je ci^ôis 9 de la politique que de la dévolieti : ils VML^ laient iilspîrer aux Coi/mês la crainte de ce qu'ils étaient capables de faire corntre eux-^mémes ^ s-ib' tardmebjt a leur r6ÉKli>e leur indépéiLlIande; il» f^ob^ tinrent ; et un acte dicté d'abond par uiM politiqiMr utSe devint, par k suite, nu acte reUgieusi C'est de U, je ctms , que date l'origine dé ces sac^ificeé hMribfes qui ensanglantèrent de victimes butnaines les autek des Mexicaina et d^autres peuples de déis* pap.
Remkis à leui* liberté , les MoxîciAas abandonnèrent immédiatemeiM Tendroit où iês GûlkUas tesaviôelrt confinés: on croit que c*^tait Hvàtzihp&cfèo, aufourd'kui Churabmco, à sept où huit milles è*
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rOuest* Sud -Ouest de Me^co. Ils passèrent â Acatzitzintlan , aujourd'hui Mexicaltzingo j ensuite à Sztacalco ^ et enfin dans le lieu où est maintenant Mexico ^ et d'où j'ai le plaisir de vous écrire. S'ils s'arrêtèrent à cet endroit, c'est que tel était le terme fixé par un oracle à leur longue pérégrination : « Un aigle assis sur un Nopalj sortant des crevasses d'un roc,^ qu'ils y trouvèrent, avait été prédit comme le signal de l'endroit ou ils devaient basar leur Empire. Cette espèce de gnosticisme sert à jeter du merveilleux et de la vénération là où l'on aime à spéculer sur la crédulité de ses voisins. Les Me^cains, .peut-être, auront inventé cette fable pour en imposer aux leurs, par des prestiges, comme^ ils leur en imposaient par leur courage et leur cruauté. : PiHir moi , je n'hésite pas à croire qu'ils s'étaient dirigés vers ce pays, dans le seul but de retourner à des îles où déjà ils avaient goûté la liberté) et dont l'abandon leur avaitcoùté l'esclavage. Celles diAcocolco étaient devenues trop petites pour l$ur famillecroissante. Quoi qu'il en soit, les voilà établis à Tenochtitlan^ nom qu'ils donnèrent à ces îles , pqur consacrer, dans son étymojogie, le miracle de lapparition de leur Dieu sous )es formes d'un aigle , à l'exemple de bien des peuples de notre antiquité. La fondation de leur empire fut consacrée dans la petite cabane de joncs qu'ils y élevèrent comme le temple dédié à Huitzilopochili. Le tout eut lieu, apparemment dans l'année i325, année qu'ils ap^.
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pelèrent Ome-CalU^ sous le règne de Quinatzin, quatrième Roi de Tescuco. Nopaltzin était mort après trente-Kieux ans d'un règne glorieux, ainn que Ttlotzin^ son successeur, qui avait été trente-six ans les délices de ses peuples. Le peu qu'on connaît de- ces deux Rois fait la honte d'un grand nombre des nôtres.
Cependant Huitzilopochtli ne faisait pas encore des miracles utiles : les pauvres Mexicains ne vivaient que de pêche et du peu de légumes qu'ils cultivaient sur leurs C/Unampas , ou ilôts flottans ; il fallait quelque grand coup sacerdotal pour don* ner à leur Dieu plus de considération ; on se le ménagea, en associant à sa Divinité l'une des plus puissantes familles de YAnahuac.
Lafamille de Tescuco leur aurait, sans contredit, le plus convenu ; mais Quinatzin n'était pas homme à tomber dans le piège ; ils s'adressèrent dcmc au bon Roi de Colhaacan^ lui demandèrent sa fille, comme celle que leur Dieu voulait absolument avoir à titre de Mère ; et voilà le Dieu des Mexicains devenu homme , comme le notre. En lisant l'histoire de la Religion de bien des peuples , : on dirait que leurs Qieux ont été tous fondus sur . la même forme.
Ce Régulas y fier de son alliance, ou dans la crampe des conséquences d'un, refus qui eût excité la colère d'un Dieu, représenté à dessein tout menaçant, se laisse aller, et. sa fille charmante, pour
^tM déifiée, est égorgée devmt HuitzihfoctuU. On réoorohe, et de sa peau on revêt un )eune Mexicain 9 qui 9 de cette manière , devient le fils du Dieu et de la Vierge. Afin de dcmner pluis d'éclat à la oilébrAtion de ce grand mystère, on appelle son père , qui asâste à Tapothéose de sa fille, devenue la mère et l'épouse à la fois de Huitzilapochili. Ce pauvre homme, malgré l'ambition et la gloriole d'une parenté divine, fut frappé à la fois d'hoT'* reur et de tendresse a la vue du terrible spectacle des dépouilles de sa f|Ue \ incapable de surmonter cette émotion , il en nmurut peu de jours après. Mais, c était Dieu ^ui l'avait appelé au Ciel, eomme un être sacré, qui ne pouvait plus habiter le séjour des profanes.
La manière dont les Taraseos du Mechouacan ont fait naître leur Diei^Somme est, eertes, assez plaisante ; elle fait rire ; mais <m frémit de celle des Meiioaina ; die annonce d^à rhinrrible politique qui servira de base a l'empire des Prêtres ; qui les aidera à se défaire de gens suspects ou incommodes, et à soumettre à une crédulité stupide et servile VignèvaBiCe et la superstition. Le jeune homme, apvès la cér^nonie , disparut. Il était si naturel que, devenu Fils de Dieu, on l'envoyât en paradis s'as- Éèoîr à côté de son père l
Cependiemt tout n^aUait pas enpore trop bien chei; les Mexicains ; Huitzilopachtli , quoique Dieu et liomme , ne put empêcher , ou il voulut qu'il y
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eût dèft factiens parmi «on peuple élu : ime se sépara de Ténoctitlan ^ et alla se planler à deux milleg au^ Nord ftur un bancde sable qu'on appela d'abord XaltUolca, et eusuite TlateMco, d'un terre-plelQ dont il le oei^ipent pour le défendre des insukes du lac. Ce fui: dans Taïuiée i338. Cet «idroit porte encore 1^ même nom.
Juâqu'alors leur GouTemement avait été Aristo* Viatique s vingt de leurs citoyens les plus respeeta» blea étaient le^ Archontes / mais ^ molestés par les peuples voisiiis, que régba^nt des Gouveriiemens monarchiques, et enviés par leurs déserteurs de TlatetolcÛM ils se déddèrent à se donner un Roi, qui sut faire valoir contre Tennemi l'honneur et les droits de la nation.
AcamupUmh (dans ma peintura Acamapiehtti ) fut le premier Roi. Il parait qu'il fut élu par accla*mation du peuple; mais ma pdinture, dans le premier tableau, iiudique évidemment qu'il fut nommé par des Électeurs. L'éleoticm de deui: Rois y est représentée, le peintre ayant compris dans le Ta-* blmu celle du Bjoî de Tlateloloo , qui ne tarda pas à wivre ceUi^ du Roi de la famille rivale de Me»co« Danâ l'éleetion du Roi de Mexico , le Coryphée des Électeurs présente au candidat un bouquet de flenvrs p^mme symbcie de la Royauté; ^dsoA l'âec*tion du Roi de Tlatelolco , }e nouvd élu reçoit en hoouQ^lget un b4ton,^ Ces deux Monarchies smnblent
avoir commencé , celle des Mexicains en 1 355i , et celle des Tlatelolcoà en 1 353.
Acamapichtli était fils de Apochtll, noble Meu^ coin, et djétûzoztli, issue de la Royale famille de Golhuacan , parente de cette jeune et malheureuse Princesse dont la peau servit pour opérer l'incar^ nation de Huitzilopochtli. Les Tlateiolcos, faibles dans leur moyens , sacrifièrent Toi^ueil national au b^oin de s'appuyer de quelqfue puissant soutien. Ils nommèrent pour leur Roi Quaquauhpitzahuac, fils du Roi de Atzcapuzalco , et descendant di'AcoUpoatr zin; lequel AcoUpoatzin est luide ces trois princes Acolhuas, que Xobtl avait si bien reçus, et aux^ quels il avait donné des terres en souveraineté et ses filles en mariage. La Dynastie des Rois de Tlatelolco fait également suite dans ïa partie supérieure des Tableaux relatifs à chaque règne.
Les Tlatelolcas réussirent, par leur politique, à laire épouser au roi de jétzcapuzatco leurs jalou* sies et leur inimitié contre les Mexicains. Ce Roi , déjà suzerain des Mexicains , augmenta les tributs qu'ils lui devaient tous les ans , poussant son ava* rice jusqu'à l'oppression. Les Tlatelolcas jouissaient, sans réfléchir que de. cette manière ils mûrissaient, et ne rendaient que plus fatale la vengeance exercée plus tard par leurs rivaux; Acamaptchtli sut tenir compte de sa situation; il évita sagement toute rupture, nécessairement funeste à un nabsant empire ,
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à un empire surtout qui ne consistait que dans une ville de chaumières. Il s'occupa de la faire prospérer de son mieux , de Fentourer de canaux , qui fussent, à la fois , de communication utile en temps de paix et de résistance en cas de guerre. Il commença à y bâtir quelque édifice en pierre, mit, par de bonnes lois, plus d'ordre dans le gouverneur ment, et mourut respecté au dehors, aimé, et d'exemple salutaire au dedans. Sa mort arriva en 1389, après trente-sept ans de règne. Par l-iliustration, en espagnol, au pied du tableau, il en aurait régné quarïsinte.
3on fils Huitzilifiuiti ( dans le tableau Huitzilyn« huîtl), lui succéda par élection; ce qui prouverait que leur monarchie était décidément élective. Cette seconde inauguration semble avoir été plus solen<* nelle que la première ; la pompe , comme l'ambi^ tion, fait toujours des progrès. On le conduisit pro^ cessionnellfement sur }e siège royal, TlacoraicpaUi; il y fut oint par le grand^prétre avec une certaine tein-^ tare, dont on ne spécifie ni la qualité, ni la couleur; deux magnâtes lui mirent sur la tète la Copilli ou Couronne. Ce point historique répond assez au tableau . représentant ce Roi : on l'y voit assis sur le TlacacaiçpalUj ayant sur la tête comme une mitre d'Kvéque; et debout, sous une autre figure, au milieu du tableau, avec un diadème comme celui de nos anciens Empereurs , surmonté par deux plumes.
Les Mexicains, pour contrecarrer la politique
( io6) des TlatelotcoSj demandèrent et obtinreitt une fille d« successeur du Roi ai Atzeafuaalco pour leur jeune Roi, et, soit que la bigamie fût permise, ou que leurs prétros sussent, comme les nôtres, donner à l'opportunité des dispcmses, il épousa auœi une fille di| Seigneur de Tlahuicafij aujourd'hui Cuernabaca. Nous avons tu que sa mère était de la (a^ mille royale de Golhuacan; il s*était donc «dlié de parenté avec trois puissantes familles de TAnabuac. Les Tlatebleos suscitèrent contre le Roi Mexicain aon propre beau-frère , le frère de sa femme : Mextlaton. Celui-ci prétendait que sa sœur avait déjà été fiancée à lui**méme , et que , conséquemment , ce mariage était nul; car, daqs TAnabuac, comme chez les Guèbres , les frère» se mariaient avec leurs ^œurs. Par cette ehicme , et d'autres encore , Mea^ tlaton voulait que ^n père rompit avec les Mexicains, et les opprimât de nouveaux tiHflrats ; mais il ne put rien cd>ten}r. Alors, pour trancher, en -quelque aorte , lespeir de haute puissance que le Eot Mexicain , ou sa deseendancq, pût tirer à Faveiiir de cemaHage, il conspira, avec les Tlaielolcos, la mort du seul fils qui en était issu, et le fit empoisonner. HuitzHihuitl sut d'où venait le crime; mais, trop faible contre de si puîssans ennemis , il dissimula et souffrit en silence le coup mortdl qu'on portait â son ambition et à son oœur; mais , sage et préi^yant, il fit accepter de la noblesse, à qui appappteAait le pouvoir législatif, une loi qui permettait
( *»«7 ) de confier la couronne aux frères ^ cousins ef ne* \eux du Roi défunt ^ même de préférence à ses enfmBi préTenant ainsi des assassinats en les rendant inutiles. Ce fut «i 1 599 ; et dans la même aimée mourut Quaquaukpitxsahuac, le premier Koi de Tla* tdcJco , après un règne de quarante - neuf ans $ règne heureux et distingué , pour les améliorations de la villtt qui formait toqt son empire. Theatoctl, d'origine incertaine , lui succéda. Il ne qe montm pas moins jaloux des Mexicains que son prédéces» seur et ses peuples. Cette jaloune réciproque n'é» tait pas sans intérêt pour les deux nations ; elle les formait a rémulatioo ^ partant à la civiUsation et à l'industrie.
D'après quelque historien, Hmtzitihuitl serait mort en 14101 au en 1389, il aurait donc régné vingt ^ un ans. L'illustration du tableau ne lui donne que (reifle années de règne. Le manuscrit d'où )*ai tiré principalement mes notions laisse cett^ époque iaoertaine. Ce roi gouverna avec sagesse , fit de honnei lois , et celle notamment qui ^dn^ettait à la suûcession du trône les frères , 1^ cousins ^ les neveux du Roi. Il eut, en effet, pour successeur 3on tthcé , Chimalpopaea, quoiqu'il lui fût né d'une seconde femme un fils que nous verrons ensuite monter sur le trône sous le nom de Moetezuma 1^,
Sous le règne de Chimalpopoea , l'Anahuac vit. de grands changemens. Je ne vous en indiquerai que ce qui)ette quelque jour sur l'aperçu historique
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que je me suis proposé de vous donner de Mexico.
Le bon Ghichimeca Xoloti, le premier Roi de Tescuco, et, en quelque sorte, de TAnabuac, avait donc , comme nous l'avons répété plusieurs fois , donné ses filles et des souverainetés à ces trois princes Acolhuas, arrivés vers la fin du douzième siècle ; sa générosité fut fatale à sa descendance.
Tezozomoc^ Roi à'Atzcapuzalco^ issu d'un de ces princes, quoiqu'il fût lui-même le suzerain des Rois de Mexico et de Tlateblco , était encore tributaire du Roi de Tescuco, un'descendant de Xolotl : c'était IxtUlxochitl qui régnait alors à Tèscuco. Tezozomoc se révolta contre lui, et, attirant dans ses intérêts les Rois de Mexico et de Tlatelolco, ceux de Oiwnba et de Chalco^ il surprit son armée, la battit, et le tua ; il entra ensuite dans Tescuco et autres villes, dont lès hàbitans s'étaient bien battus pour leur Roi, et lés livra au pillage et au massacre. Il y plaça de ses rois auxiliaires, mais comme tributaires de sa couronne ; ce qui fit de lui le suzerain presque général de XAnahuac. Il mourut en i44^9 après un règne de plusieurs années sûr Atzcapu-' zalco^ et une tyrannie de neuf ans' presque sur tout XAnahfiac. Son fils Tayatzin lui avait succédé, lorsque son frère, le méchant Maxtlaton, dont nous avons parlé, l'assassina et s'empara de l'Empire.
Gomme Chimalpopoca avait défendu la cause du malheureux Tayatzin^ il devint une des victimes désignées par la haine et la cruauté de Max-
( »<>9 ) tlaton. Il eût pu opposer une longue résistance $ il aima mieux périr seul qu'exposer son peuple à une lutte qu'il n'était pas en mesure de soutenir ^ et qui pouyait être fatale à TEmpire. Mais pour laisser derrière lui des impressions et des sentimens qui animassent la vengeance, et rendre ainsi|> comme un Codrus^ un Gurtius, sa mort utile à sa patrie, il se voua à leur Dieu, et voulut être ^orgé sur son autel, comme un holocauste qu'il lui oiSr^ait pour le salut de son peuple et la punition du tyran ; des grands lui firent leur cour , et furent immolés avec lui. Nos courtisans sont d'un autre genre, quoique le Dieu que l'Inquisition et les Jésuites nous donnent ne semblepasmoins aimer le sang humain* Sur la fin tragique deChimalpopocaj les historiens diffèrent de mon guide. Ils prétendent qu'il fut pris par Maxtlaton^ et fait mourir dans une cage, comme Tamerlan .avec Bajazet; mais je crois que mon guide est plus du côté de la vraisemblance que les historiens. Avant de pouvoir s'emparer d'un Roi, il faut ordinairement combattre et vaincre ses peuples; de plus, Maxtlaton, nourrissant depuis long-temps, et nous l'avons vu, une jalousie et une haine mortelle contre Mexico^ il n'aurait pas plus épargné la ville et ses habitans que leur Roi. Or, comme nous Talions voir, ce furent, au contraire^ les Mexicains qui détruisirent l'Empire et la Dynastie des Tepanecas , nom qu'on donnait à la famille royale et aux peuples de Atzcapuzalco..Ckimalpopoca
régoa treize ans » ëla on i4io, et mort tn i4ift3.
Les Mexicâiiw^ après la mort deChbnûipofâCA^ se réunirent en grand ccmseil et pensèrent sérfêuse^ ment aux mesures à prendre pour résister au tyr^u» Izcûoil (qu'on lit Itzcokttatl dans le tableau) s'était distingué dans les guerres contre Tescuco, oomme un Taillant général ; on vit en lui Thomme capable de combatto*e le Tepaneea^ et il fut élu Roi«
Il était fils^ de même que les deux précédeus, àe AcamapiûhtU^ is premier roi de Mexico; mais né d'une esclave , la loi l'excluait de la succession : les circonstances Fempoi^tèrent sur la loi. La légitimité ne sauve pa^ toujours les Empires ; YiHégitimité sauva Mexico d'une crise qui la menaçait d'une destruction presque inévitable.
La piiemière opération de ce Roi fut de s'allier avec Ntzakvjalcoyotl^ fils du malheureux Tayatiiin^ le dernier Roi de Tescuco. Ce jeune prluce^ pour «e sous* traire aux persécutiotis du tyran Tepaneca, fut ofaiigé de fuir de montagne en montagne, de forêt en forêt, suivi seulement de qui^ues fidMes servi*^ teurs qui bravaient les menaces et méprisaient les offres captieuses de rUstu*pateur» Les Tlasccaltkecaê, mal récompensés dès services qu'ils lui avaient ren-^ dus dans le» dernières guerres contre l'empire de Tescuco , se plaignirent aussi de la tyrannie du Te^ paneca» Itzcohuatt les tira tous dans ses intérêts.
Quand il eut ménagé des ^^xtliatres au dehors et ranimé les esprits abattus où dedans, il députa un
anibassadeur au tyraq, pour lui parler de paix; et c'est à Moctezutna , rènooiiné déjà par Inen des exploits, qu'oa confia cette mission difficile. Il fut reçu avec dédaiu, traité iguomiuieuseinent ; on at-' tenta même à sa vie ^ mais une poignée choisie des. siens Taida à se faire |our à travers les sentinelles qui voulaient lui couper le chemin^ et, de ce pas, il retourna à Mexico avec la nouvelle d'une guerre inévitable. Les Mexicains tremblèrent; se croyant perdus, ils demandaient en grande partie à abandonncir la ville. Izcohuatl leur parle un langage héroïque^ à la fois de reproche et d'Intrépidité : Mocteasumâ tomie plus hautement encore contre leur lâcheté^ et tous les nobles le secondent. Mais ^ue fefans-^fiQUik s'écria quelque misérable plébéien^ si nous sommes vmn€us?Dès ce moment, répondirent les ndbles^ nous nous àbligsom de mus fnetire entre voê màiiss^ à ivoire disposilion, si jamais Cela arrivé» Que ee sok ainsi^ et néms vous sacrifierons , ajouta le peuple; mms si vous retournez vi€t0riet/x, vous se^ rez nos seigneurs^ de nous et de nosdeseendansi nous travailktofis la terre pour wms; nous porterons vos armes et bagages toutes les fois que vous irez à At guerre^ etCv C'était oontraeter l'esclavage* Tels à peu prèsCortès les tx^oi^a lors de la Conquête. Leur esclavage date de té pacte solennel. Si les nobles Français avaient imité les nobles Mexicains , le bon Louis XYI ne fût pas tombé sous le fer du bour* reau» Mail» ces messieurs^ après avoir creusé l'abîme
pour servir leur ambition , 4'y abandonnèrent ati ^ moment du péril , cherchant leur salut personnel dans les armées de l'ennemi de leur pays. Les plébéiens ont fait en France ce que firent les nobles au Mexique : ils se sont battus contre Fennemi commun , ont sauvé la patrie et conservé la cou-^ ronne à leurs Rois.
L'héritier de Tescuco s'était déjà, dans Mexico, uni à Tarmée Mexicaine avec le peu de braves qui lui restaient; le^ T laxcalthecas entrèrent aussi dans la ligué, et les attendirent à un endroit eonvenu^
La bataille se donna sur le terrain de l'Empiré Tepaneca^ à trois ou quatre milles de l'Empire des Mexicains. Le choc fut terrible, et j de part et d'autfe^ soutenu vaillamment toute la journée ; vers le soir, les Mexicains, saisis de terreur painique à l'aspect de l'ennemi qui semblait multiplier ses forces et devenir plus formidable , laissaient pencher la victoire du côté du Tepaneca; on entendit même de lâches Mexicains s'écrier : O pùissans Tepaneca$j Set'^ gneur» du continent, calmez votre fureur i nous sont*' mes déjà vaincus et nous nous rendons. Si tous' U désirez^ nous vous offrons de vous sacrifier ici nos chefs , sous vos yeuxj pour les punir de la témérité à lat/uelle nous a voués leur ambition. Le Roi Mexicain etMoctezuma, imités par la noblesse, s'élancent au itiilieu de ces lâches, interrompent leurs voix re-^ belles, lés foudroient de la fureur de leurs yeux et dé l'éloquence de leur héroïsme , s'écrient : Que les
( i»3 ) vrais Mexicains nous suivent! AUons vaincre ou mou^ rir avec gbire. » Ils se jettent sur les phalanges ou hordes ennemies ; Moctezuma cherche de ses yeux et de sa colère le Roi Tepaneca; ne le trouvant pas, il tombe sur son général , et, d*un coup de sa claye, rétend mort à ses pieds. Cet accident désespère les Tépanecas, relève le courage des Mexicains : la victoire déserte les uns, et la nuit vient couvrir de son voile le triomphe des autres.
Le soleil rouvre , avec le jour suivant, le combat de ces deux ennemis obstinés , et se couche sur les cadavres et la défaite totale des Tepanecas. Moxtlaton, lui-même, se cache en Tain dans un bois, on le trouve, et il «st massacré à coups de pierres et de bâton. Ainsi finit ce monstre , après une vie toujours infâme, et trois ans de fratricides, d'usurpations et de cruautés.
Si je me suis arrêté un instant sur cette bataille. Comtesse, c'est qu'il me plaît assez d'être spectateur de la chute d'un tyran; et de plus, c'est qu'outre les allégories qu'il renferme , cet événement est le plus mémorable de toute la Monarchie Mexicaine , si l'on excepte sa fin : il changea entièrement la situation politique de ces nombreux Royaumes de XJnahuac. La capitale du Tepaneca , presque détruite , fit partie de l'Empire Mexicain. Le Roi Mexi-cain remit sur le trône de ses pères Nezakualcoyotl^ mais sous la suzeraineté de Mexico. Il rendit tributaires de sa couronne les petits Rois de Coyoacauj de
€hurubu$co et de Tacubaya^ et créa un nouveau Royaume (de marionnettes) , le royaume de Tacuba, pour le donner à un rejeton ( qu'il ne craignait pas et dont il fit son vassal ) de la famille Tepaneca , voulant calmer ainsi les ressentimenss les ambitions et les animosiiés.
Avec tous ces Rois Théodores , il stipula des traités qui les obligeaient à se ranger sous ses bannières , toutes les fois qu'il les y appellerait. De tous ceux enfin qui l'avaient aidé , ou qui ne s'étaient point opposés à ses conquêtes, les seuhTlaxealthecas s'en allèrent libres de vasselage et fiers de leur portion de gloire et de butin. Les Rois Mexicains devinrent donc ce qu'avaient été d'abord les Chichimecas ou Jivlhuas^ ensuite les Àtzcaputakos ou Tepauecas : les despotes de l'Anahuae.
Vous voyez que mon héros Mexicain n'était pas moins profond politique que vaillant soldat. Mais , dans Mexico , tous les esprits s'étaient éveillés à ce changement soudain : les prêtres ne voulurent pas pasîser pour des endormis, ou des sots; attribuant à leur Dieu tous ces événemens heureux, ils lui firent assigner aussi sa portion du butin et des terres conduises, et s'en rendirent les dépositaires légitimes ^ et les fidèles administrateurs. Merveilleuse coïncidence ! les richesses des prêtres ont eu partout et dans tous les temps la même originel Je trouve que les prêtres Mexicains soéritaient assex d'avoir leur part de récompense ; au moins ils ont
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fait battre leur Di«u pour leur pays , et ne Falliaienl pas avec les Turcs.
Cette grande réYolut ion semble aToir eu lieu dans Tannée i [\2 5* Cent ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis que Mexico avait vu la cabane de son Huit-zilopochtli comme pr^nière base de sa fondation; et Mexico ét«U déjà le siège de l'Empire de presque tout l'Anahuac.
Quelques années après, notre Roi chercha chi* cane aux Koitelets de Xoehimilco j de Tlakuac » ou Cuemavaca j qui lui déplaisaient au Sud ; à ceux de Cuantitlau et ée TuUUlan qui lui déplaisaient au Nord , et les soumit à sa dépendance. C'est ainsi que le grand Itzcohuatl ferma sa carrière royale et mortelle > l'année 1 436 , laissant la vîUe de Mexico CMrnée de nouveaux édifices^ d'un temple consacré à leur Dieu, et d'un autre consacré a la jeune fille (l'écorchée) , la mère et l'épouse, a la fois, du Dieu.
Chaque tableau tie ma peinture représràte, dans deux attitudes, chaque roi de la DynastieMexicame: on le voit assis sur son mauvais T latâcaiepsUi ^ ou siège royal, et, debout^ peint soiis.les traits de son ca-* ractère distiactif. La figure de Itzcohuatl manifeste vraiment ce vça». l'histoire et mon guide racontent de sa valeur. Les hiéroglyphes qui traversent lé tar» bleau retracent peut-^ëfare ses exploits el ses conquêtes.
Je suis fôché de devoir dire que les épocpies
( "6) notées dans le tableau ne correspondent pas non plus à celles de mon guide. J'aimerais assez à les voir en parfait accord : tous les deux me semblent offrir des pièces rares et authentiques.
Le vaillant Moctezuma succéda , par acclamation générale , à ItzcohuatL Son exaltation au trône fut célébrée, fêtée paar tous les Rois de TAnabuac : tant la vaillance et Théroîsme d'un Roi plaisent à tout le monde. On l'appelait I Ikuicaminac ^ j'ignore le motif de ce nom. Il me semble avoir dit déjà qu'il était fils de Huitzilinhuitl et de sa seconde femme.
Moctezuma commença son règne avant d'être couronné; ce fut pour faire des prisonniers. Il voulait, spéculant sur leur boucherie, rehausser, en les immolant à son Dieu , la pompe de la cérémonie ; le prétexte cTune guerre lui en fournit beaucoup dans les malheureux habitans de Chako. C'est lui qui, le premier, institua cette sanguinaire inauguration.
TlatelolcOy je ne sache par quel prodige ou céleste ou humain, avait jusqu'alors échappé à la domination des Mexicains. Moctezuma l'attaque; son troisième Roi, Cuauhtlatoa ^ y est tué, mais la ville ne tombe pas encore au pouvoir* des Mexicains. Moquihmx^ courageux guerrier, succède à Cuauhtlatoa.
La vallée d'Anahuac et tous ces petits Royaumes étaient des bagatelles pour l'ambition de Moctezuma ; et ces hautes barrières alpines qui les envi-
(>»7) rôonaient lui semblaient insulter à sa puissance. Il les franchit , porte la guerre et trouve la victoire et la conquête , d'abord au Sud , à plus de deux cents milles de Mexico , où il conquiert les Cohuicas^ les Etats de Huaxtepecj Yantepecj Tepoztlan^ Yacapixtlaj etc. , etc. ; et de là, retournant par l'Ouest , il fait ses tributaires Tzompahicacan et tous les pays qu'il traverse ; ce fut dans les neuf premières années de son règne. Au commencement de la dixième , il était sur le point d'envahir d'autres contrées, lorsqu'il fut arrêté par les eaux du lac de Tescuco , qui inondèrent toute la ville , en y apportant toutes les calamités de la famine et de la peste.
Ce fut apparemment pour la première fois que les Indiens commencèrent alors à bâtir ceS' digues dont les restes sont encore aujourd'hui la merveille et du savant et du simple spectateur. On fait mention dans ma chronique d'une de ces digues de dix milles de long , mais on ne dit pas où elle était; il parait seulement qu'elle fut construite sous la direction dvL^oi de Tescuco, Nezakualcoyoti^ savant non moins habile , quoique sans instruction , que sage législateur , quoique élevé dans une terre encore barbare.
L'abondance et la prospérité succédèrent à tous ces fléaux mortds;; Moctezuma en profita pour étendre encore sa domination, et il conquit au Sud- £st la Mizieca^ aujourd'hui une partie d'Oaxaca;
( ï'8 ) et enfin presque tout le pays qui borde le golfe du Mexique.
Quoiqu'occupé le plus souTent des affaires de la guerre , il ne négligea pas le gouTernement tempo-* rel et spirituel. II fonda de nouvelles lois, releva la splendeur de sa cour, édifia un grand temple au Dieu de la guerre, institua de nouveaux rites et augmenta le nombre des ministres de FauteL Dans ses actes de |ustice il se distingua principalement par des peines sévères contre Y ivrognerie y la honte et Topprdbre des peuples Européens. Les I^acédémoniens disaient enivrer exprès leurs esclaves, pour que Faspect monstrueux de Thomme réduit à cet état de dégradation en inspirât à leurs enfans une invincible horreur. Quelle combinaison et quel contraste singuliers 1 pendant qu'un barbare par^ tage la sagesse du plus grand peuple de notre Antiquité qu'il ne connaît pas , des peuples qui se di-* sent les plus instruits^ les plus civilisés de l'Europe, trouvent dans Y ivrognerie une excuse pour les plus énormes crimes» Ce grand Roi , le seul des deux Moctezùma qu'on peut appeler Grande mourut ap«^ paremment en i464) après vingt-huit ans d'un rè* gne de bonheur et de gloire.
Titoc^ le THzoctiz de ma peinture, succéda à Motte tumû , son père. Il n'était point digne d'être son fils ; mais il pouvait être roi , car il était aussi cruel quimbécile.
Pour pourvoir, comme sou père , à la pompe san*guinaire de son couronnement, il sortit aussi â la chu$Be W ennemis; mais il perdit plus des siens qu'il ne fit de prisonniers. De cette manière, son Dieu reçut un double sacrifice , un sacrifice nouveau et singulier: les bourreaux et les victimes. Il n'eut qu'un règne obscur de quatre ans : les seigneurs de de Tazco et A'Iztapalapa lempoisonnèrent. Us en furent punis , mais les Mexicains et les alliés béni<^ rent leur mémoire.
Ce Roi, aussi bigot que méchant, avait préparé de grands matériaux pour bâtir un grand temple. Tels nos Rois Goths^ f^isigoths, Ostrogot hê , etc., croyaient (et on le croit encore) expier tous les crimes et les atrocités commis pendant leur vie, en léguant sur le lit de mort des richesses immenses aux moines , qui , à ce prix , versaient sur eux toutes les absolutions , toutes les bénédictions du Ciel et de la Terre , et faisaient même des Saints de Démons les plus monstrueux.
Axayacatl [Axayacatzin dans ma peinture), son cousin, fut appelé au trône. Pour fournir à la solennité du couronnement, il poussa ses découvertes et ses conquêtes jusqu'à Tehuantepec sur la Pacifique, presque à quatre cents mUles de Mexico ; il s'empara d'autres provinces à l'Ouest : de la vallée de Toltica , d'Ixilahuaca , etc.
Il édifia un temple qu'il appela Coatlan. Les TlateloêCûê , toujours jaloux , en édifièrent un de leur
côté y qu'ils consacrèrent sous le nom de Coaxotbt ; mais les Mexicains, quelque temps après, les accusant de conspiration avec les Chalcosy tombèrent sur eux, les défirent, tuèrent leur r(» Moquihuixj détruisirent leur empire, et firent de leur viHe un faubourg de Mexico. Ainsi finit la Monarchie de Tlatelolco, après cent quarante ans d'existence environ. Ma peinture ne lui donne, comme ma chronique, que quatre rois.
C'est pendant le règne diAxayacatzin, en i473, que mourut le célèbre roi de Tescuco , Nazakual-coyatl. Malgré tous les nïalheurs que sa dynastie et son royaume avaient soufferts sous la tyrannie des rois Tepanecas , Tezozamoc et Maxtlaton , aucune ville de l'Anahuac ne florissait dans les arts et dans les sciences, comme Tescuco. Elle en était l'Athènes , comme Nezalhualcoyotl le Solon , l'Aristide et le Périclès. Sage à sa mort, comme il l'avait été pendant toute sa vie, il donna à ses peuples pour successeur celui de ses fils qui était le plus fait pour les cendre heureux; et ce fut Nezahua/pilli qui eut l'honneur du choix.
Axayacatzin , après un règne de conquête et de cruautés sur les pays conquis, mourut en 1481.
Ahuitzol [ A huitzontzin dans la peinture) lui succéda. Sa vaillance le fit élire, quoique frère du Roi Tizoc. Il employa les matériaux réunis par son prédécesseur, en fit exploiter beaucoup d'autres daAs une carrière de tetzontli , ou pierre poreuse et
( lal ) -
cellulaire (notre travertino)^ récemment découverte , pour bâtir le grand TeocaUi , le grand temple dont les Espagnols et non Espagnols ont tant parlé. Voulant en solenniser la consécration ayec le plus d'éclat possible, il alla aussi ramasser des yIctimes sous prétexte de punir les uns de rébellions qu'ils n'avaient pas même méditées , et d'en soumettre d'autres qui pouvaient devenir dangereux à son empire.
Des historiens prétendent qu'à la fête de l'inauguration du temple, il fit , ddns quatre jours , égorger devant leur Dieu plus de soixante mille prisonniers. Mon guide ne parle que de sacrifices humains sans en désigner le nombre. Je pense que ce nombre est une exagération Espagnole. Le Grand-Sacri'ficateur était le seul autorisé à férir les victimes ; il devait arracher à chacune le cœur (la seule offrande qu'on faisait à Dieudetout le corps humain] ; à peine quatre mois auraient-ils suffi pour cette opération. Je dis quatre mois, car le mois mexicain n'avait que vingt jours. Et comment des pays qu'on avait trouvés presque déserts deux ou trois siècles auparavant, les nouveaux arrivés s'y étant établis à volonté et sans obstacles; des pays où les peuples, encore à leur berceau, avaient souffert déjà des pestes et des famines, où tant de guerres auraient du détruire plus d'hommes qu'il n'en naissait, comment pouvaient-ils fournir tant de victimes pour fêter toutes les cérémonies si souvent consacrées tantôt
( *^2 ) aux Dieux, tantôt aux hommes? Le croira qui tou^ dra : que les historiens continuent de le répéter; mais moi, je ne le rappellerai jamais que pour en dire l'absurdité et Tinvraisemblance. C'est par de telles calomnies, qu'on a voulu autoriser 9 ou pallier, toutes les horreurs, toutes les boucheries réelles que la Conquête a consommées sur les mat heureux Mexicains
Je veux bien croire que les prêtres Mexicains voulaient aussi leurs victimes : ne faut-il pas qu'il y en ait partout où la Religion est prostituée à la politique! Mais où les sacrifices sont des fonctions nationales et publiques, et l'instrument opérateur un mauvais couteau d'obsidienne (le Itzli)^ on n'a pas autant à craindre le grand nombre de victimes que sous le fer aiguisé , le poison mortel , le feu dévorant et les tortures secrètes de millions de bourreaux sanguinaires, satellites féroces de démons habillés en Tartufes, qui ne respirent que les Auto-da-Fé^ que des Saint-- Barthélémy.
Pendant le règne de ce roi , peu s'en feUut que Mexico ne fût subm^^, et ce, par son impru<dence. L'eau de la lagune du lac Tescuco avait baissé à tel point, que la navigation, seul moy^ide transport et de communication pour la ville , demeura presque à sec. Le Roi fit tourner dans la vallée des eaux qui se jetaient avant dans celle de Tuluca, au revers Occidental de la CiwdilUèrc qui
( ««3 ) s'élève sur le derrière de Mexico. Une alluvion sui^ vint, et ce nouvel ennemi contribua â rendre pluf formidable Hrruption des eaux de cinq lacs que nous avons vues couler toutes dans un centre corn*mun : Tendroit où la ville est bâtie.
Il remédia par de nouvelles digues à ce malheur^ embellit la ville , dit-on , d'édifices • magnifiques , tous construits avec de grandes masses de tetzont(L On prétend aussi que ce Roi poussa ses conquêtes jusque dans le Huatematlan , aujourd'hui Guatemala , à plus de huit ou neuf cents mille de Mexico, Ce fut lui qui donna à l'Empire les limites où les Espagnols le trouvèrent. Il tenta, mais en vain, de soumettre lêMechouacan. Il mourut, en 1 5o2 , avec la réputation de grand guerrier, d'homme obstiné et cruel. Sans cette cruauté on aurait pu le comparer à Napoléon; d'autant plus qu'il avait été, comme lui, magnifique dans sa cour, généreux envers ceux qui l'avaient bien servi, ambitieux et insatia* ble de conquêtes , et élevé au trône par ses propres mérites.
Mociezwna II lui succéda. Des historiens Espa* gnols rappellent ^/^r^enc/ Monarca Moctezuma , afin^ je crois , de magnifier les difficultés et les exploits de leur Conquête. Les Mexicains, au contraire, Tappdaient Moctezuma Xocoyotzin , qui veut dire Moctezuma k mineur^ pour le distinguer du grand Moctezuma /•'. Et vraiment, sa vie est plutôt celle d'un hypocrite, d'un tyran , que d'un grand homme
OU d'un grand Roi; la fin de 9on règne est plus vile encore que le commencement.
Il était fils du roi Axayacatzin. Ma peinture le représente de deux manières : en grand-prêtre et en roi; il a été Tun et l'autre. Quoique Moctezuma ne soit pas le dernier roi de la dynastie Mexicaine , c'est avec lui, néanmoins, que finit la splendeur du trône de Mexico; je m'étendrai donc un peu plus sur les circonstances particulières de son règne et de sa Cour, pour que vous puissiez arrêter, en pleine connaissance de cause, votre jugement sur l'ancien MexicOy sur les anciens Mexicains et leurs anciens Rois. Je choisirai ce qu'ofirent de plus probable les extravagances et les exagérations qu'on a rapportées , mais il faudra que votre isage discernement sache encore vanner et choisir.
Pendant qu'on se préparait à élire un successeur à l'Empire, Moctezuma faisait le modeste et le rétif: au moment où on allait décider l'élection , il se retira dans un temple, comme fuyant les hommes et le fardeau de la couronne , et là il se fit trouver comme en extase, et conversant avec le grand Dieu, Huitzibpochtli. Les prêtres, étant du métier, se doutèrent immédiatement des vues temporelles et spirituelles de notre ambitieux, de notre homme: le$ hypocrites se connaissent entre eux ; et , commie Gaton disait des Augures , ils ne sauraient se regarda sans rire. Ils virent donc où il tendait ; et, craignant pour leur pouvoir, ils tâchèrent, mais en
( '»5 ) vain 5 de détourner l'élection : le peuple le vit autre* ment, et racclama, unâ voce dicentes^ Montezuma^ sage 5 prêtre et RoL Les prêtres frémirent en silence, et jurèrent de venger toute usurpation qui attenterait sur leur autorité. Moctezuma tomba par les prêtres plutôt que par les Espagnols. Mais, pour le moment , venons à son règne.
Aussitôt nommé Roi , il fit comme Sixte Y, jeta de côté ses croches et sa modestie, et manifesta Tambition, Torgueil et le despotisme qui l'avaient toujours animé. D'abord, il alla aussi chercher querelle à quelque peuple malheureux, pour faire provision de victimes, qu'il sacrifia plus en grandprêtre qu'en Roi. Il se déclara le seul arbitre de tout ce qui concernait l'État et la Religion. Pour se rapprocher plus de la Divinité, et mettre une distance invisible entre lui et ses peuples, il ordonna que, partout où il se présenterait , tout le monde fermât ou baissât les yeux, décrétant la peine de mort contre quiconque oserait les. lever sur lui. Il pros^ crîvit tous les plébéiens de sa Cour. Mesure impoli» tique ! Les plébéiens sont , par leiu* industrie , la richesse , et , par le nombre , la force des Nation». Napoléon périt par les nobles qu'il, avait faits ou caressés. Ses domestiques eux-mêmes , datas Tinté»* rieur du palais , devaient être des nobles : ils mwr chaient nus pieds devant lui, et habillés de la ma^ nière la plus humble : le gala , à la Cour de Moc*tëzuma, consistait en une garderobe de chiffMauk'
Dans tout cela yous voyez , Comtesse , à la fois bien de l'ancien et du moderne de notre Vieux-Monde ; vous verrez de l'Oriental et de TOccidental dans la distribution qu'il faisait à ses courtisans de courtisanes qu'il refusait ou qu'il écartait; et vous retrouverez tout au naturel le tableau . des Tuileries de Napoléon dans le palais du Roi Mexicain , où tous les Roitelets de l'Empire étaient obligés d'aller lui offrir leurs hommages et y résider quelques mois de l'année, pour entourer de couronnes la grande couronne du Suzerain suprême. On y l'emarquait aussi une petite pièce du palais de Saint- James , où un Grand de cette Cour libérale présente^ à genoux, le bassin lav«-main au Roi constitutionnel. Le Lecca Zampa des animali parlanti de VAbbaîe'CaUi^ de l'Espagne et du Portugal , n'y figurait pas ; car Moctezuma était un Saneta Sanctorum^ que les prêtres eux-mêmes étiâent jugés indignes de toucher.
Admis en sa présence, on ne pouvait, comme ses «ourtisans , le voir qu'avec les yeux de l'imagination, ^i grandit toujours les objets. Malheur à celui qui «ùt osé lever sur lui, les yeux du<H>rps toujours ou tprop scrutateurs ou trop indiscrets, et qui diminuent les grandeurs et la croyance ! On ne s'approlehait qu'à genoux , comme on marche sur la scaia ^anta à Rome« On faisait trois pauses^ comme de^ vaut l'Empereur de la Chine ; à la premiène on éxcla-mait^ Sbigneur ! à la seconde, Mon Seionbiir! à la troisième. Grand âEiGREtRj On lui parlait c«Mnme
( ^»7) a Dieu , la voix basse et la figure contre terre. La réponse à ce qu'on demandait, c'était l'oracle qui la faisait, un ministre de cette Divinité : sa voix,* on ne l'entendait jamais. On sortait comme les écrevisses , feisant autant de salamalecs en reculant , qu'on en avait fait. en avançant. Après cette céré^ mionie, on pouvait compter une humiliation, une corvée de plus; mais, pour la connaissance du Souverain , on n'était pas mieux initié qu'aupara** vant. A quelque différence près , c'est ce qui arrive souvent dans les autres mondes.
U ne sortait du palais que porté par quatre grands de l'Empire, dans un palanquin;, tout le monde, sur son passage, se prosternait contre terre. Vous , voilà donc transportée en Asie. Ses pieds ne devaient jamais toucher la terre nue. Ceci , de nos jours , paraîtra moins extraordinaire : j'ai connu.de vieilles dames â Londres, qui^ esclaves d'unkles trois grands t}Tans de F Angleterre, de Yhaàit, ( de l'habitude ) n'avaient jamais passé que de leur voiture à lenrsappartemens, etviee versâ^ afin de ne pas perdre unkistant le plmsirde fouler aux pieds un tapis. Une de ces daines me disait qu'dle aurait pris la fièvre û elle eût dû marcher une seule minute sur la terre» Vraiment, quand on arrive à un certain âge , il esi plus facile de se soustraire à la tyrannie des Faschion and poUticè^ les deux autres tyrans de l'Angleterre y qu'à celle de Vhabit.
Mon Giddt assure que sous le règne de Moder-
zuma tout répondait à lostentatiou de 8a suprême majesté : la grandeur et la magnificence des palais^ des maisons de campagne, des jardins de délices 5 etc.
Selon cette chronique , le Palais principal , résidence ordinaire de Moctezuma , avait cinq grandes portes cochères^ à chacune des quatre façades qui le décoraient ; trois vastes cours le séparaient intérieurement ( s'il en avait eu quatre il eût ressemblé au Palais de Caserta) ; celle du milieu était embel-r lie d'une superbe fontaine dont les eaux dardaient les €ieux; on y trouvait de grands salons et plus de mille chambres ; quelques chambres étaient incrustées de marbres les^ plus fins, d'autres de pierres précieuses ( il voulait dire fines probablement ) ; les parquets étaient de cèdre, de cyprès et d'autres bois les plus rares , travaiUés en ciselure et en mosaïque. Un de ces salons était si grand (let l'auteur assure Ta voir entendu dire à l'un de ces Historiens qui l'avaieni vu) , qu'il pouvait commodément cont^iin trois mille personnes. Outre ce grand palais, il en avait d'autres dans d'autres quartiers de la ville. C'est près de ce palais, situé sur la grande place, qu'il avait son sérail principal, et toutes les habitations nécessaires pour ses Conseillers , ses Ministres , les grands et petits Officiers de la Couronne ; même pour tous les grands Seigneurs , les. Rois étrangers qui venaient lui faire la cour. U avait des ménageries pour toutes sortes d'animaux
( 1219 ) quadrupèdes^ d oiseaux innocens et de proie, de reptiieSj etc.
Un vaste jardin, entouré intérieurement d'un grand portique soutenu par des colonnes magnifi-* ques de marbre, contenait dix grandes pièces d'eau, les unes d'eau douce pour les oiseaux aquatiques de rivière, d'autres d'eau salée poiu* les oiseaux qui y sont accoutumés , y réunissant ainsi tous les oi^ seaux du Monde.
 cette majesté extraordinaire s'unissait le grotesque : une foule de Médecins et d'Apothicaires veillaient à la santé de ces animaux. C'était probablement une pensée habile des Fournisseurs, pour que la mort eût à leur ménager plus d'affaires. Il y avait aussi une espèce d'Accoucheurs , qui veillaient à leur génération : il faut croire qu'ils étaient également à la solde des Fournisseurs ; car toutes les années il fallait remplir de grands vides , et l'on courait pour cela tous les climats de l'Empire. Les poissons y étaient en grande quantité ; mais mon guide ne dit point qu'ils eussent aussi leurs Médedns , leurs Apothicaires et leurs Accoucheurs.
A cette collection d'animaux , Moctezuma en ajouta une autre plus singulière. Il avait fait ramasser dans son empire tout ce qu'il y avait d'hommes monstrueux ou difformes, pour en faire une ménagerie. Cette vanité au moins a un côté philanthropique : de cette manière, il sauvait bien des
malheureux de la misère et de la risée de la canaille.
Autour de sou palais étaient réunis, dans des quartiers priTilégiés, des artistes de toutes sortes. Un de ces quartiers était spécialement réservé aux danseurs et saltimbanques pour les amusemens .du Prince. Je vous envoie, ci-joint, un petit dessin, qui vous donnera une idée de leur tal^it mimique et gymnastique *.
Toutes ces ménageries, volières, riviers, jardins, quartiers, habitations^ d'État, Palais, etc., devaient embrasser une bien longue étendue. On dit que tout le terrain qui comprend maintenant le couvent immense de Saint -François en faisait aussi partie. Les bétes seules devaient occuper au moins la moitié de la périphérie qui renferme la nouvelle ville de Mexico. Jusqu'où allait donc l'ancienne, pour contenir tant d'immenses bâtimens et clairières de luxe , tant de Princes ordinaires et extraordinaires , tant de bétes et de monstres , avec tant d'Indiens que les Espagnols nous disent y avoir trouvés? Je croîs que les uns ont vu tout cela dans un Cosm<>rama, et que d^autrescmt voulu fe faire voir ausi^, pour ajouter au merveilleux de la Conquête.
Moctezuma était décidément un Prince absolu , devant qui tout devait plier, jusqu'aux prêtres. Sa
* Si le public demande uoe aotre édltioa, od* publiera alors le9 gravure» de tout ce qui peut Tiotéresser dans Touvrage : peintures , hiérogljFphèi, objtts de heaiix-arts , temples , etc., des Indiens Mexicains.
( «3' ) tyrannie était auvent formidable; mais il avait de bonnes qualités; celle entre autres de détester l'oisiveté : il voulait que tout le monde s'occupât. Mon guide en rapporte une preuve, que je n'oserais pas répéter, si la fidélité de Thistoire et votre amitié ne venaient ro'émanciper d'une retenue sévère- H dit que , pour occuper aussi en quelque sorte les mendians , il exigeait qu'ils lui tributassent tous les deux jours une certaine quantité de poux. C'est une érudition un peu sale ; mais elle nous porte au moins à la réflexion philosophique , que cet animal inconcevable tient vraiment à l'essence de l'homme: il est où il se trouve , et avec lui sous tous les climats et dans tous les mondes. Vous vous rappelez que Voltaire, dans ses recherches scientifijçues sur son M kr oméga, trouva que cet habitant de Saturne en écrasait aussi sous ses ongles. Il n'aurait jamais cru alors qu'ils pussent se reproduire en si grand nombre. Mais ne serait-ce pas une leçon que ce tribut singulier ^ pour démontrer combien il serait bon de tenter à détruire, ou au moins à dimir nuer le grand nombre de ces animaux parasites, <|uî infestent tant la Société?
Les grands lui tributaient ce qu'ils avaient dé mieux ; de son côté , en récompense des sacrifîceii et humiliations qu'il leur imposait , il augmentait leurs privilèges sur les Plébéiens , et trouvait ainsi le moyen de venir en horreur à toutes les castes de ses sujets. Il avait même prescrit un costume dis-
( >3* ) tinctif pour chaque caste ; je vous en offre un échantillon dans le dessin que )'ai fait tirer d une vieille planche que je possède *•
Cependant, un tyran ne pouvant se soutenir seul , il se montrait généreux envers ses généraux et ses ministres : il partageait même en quelque sorte avec eux sa divinité , car il leur permettait de porter ses déshabillés d'écart ; et il en écartait beaucoup , s'il est vrai qu'il ne les mît jamais deux fois, et qu'il se changeât quatre fois par jour. Pour se ménager des prétoriens fidèles et aveuglément serviles , il leur témoignait également une sollicitude particulière : il fit de toute la ville de Colhuacan , dont il avait debanquè le Seigneur , un grand hôpital d'Invalides.
Mais, au sein de cette grandeur,, qui n'est qu'éphémère quand elle a pour unique base une politique captieuse et tyrannique, il était humilié de voir les États de Tlascala^ de Tepeaca^ et de Mechouacan se régir , indépendans de son empire. 11 leur fit la guerre, ou, pour mieux dire, il la leur fit faire par ses princes vassaux et par ses généraux **.
Il commença par Tlascala. Y perdre son fils aîné et presque toute son armée fut son premier début; et une seconde tentative ne fut pas plus heureuse. Tepeaca et Mechouacan repoussèrent également ses attaques et sa tyrannie. Selon le récit de mon guide,
* Je me reporte à la note précédente.
- ** Il y a bien là du règne de Louis XIV.
( >33 ) Moctezuma ménageait à dessein ces trois puissances ennemies pour conserver toujours un moyen d'exercer ses soldats; il aurait pu même ajouter, pour occuper à l'opportunité ses Grands et ses peuples au dehors , comme autrefois les Grecs et les Romains ^ et Napoléon récemment. Pour moi, je n'y Yois que de l'impuissance , plutôt que de la politique. C'est à ces trois États , c'est aux prêtres qui , par de faux présages , avaient ébranlé l'énergie des peuples et sa puissance , que les Espagnols doivent la Conquête; Conquête revêtue de tant de prodiges, et qui est la chose la plus simple du monde. C'est à cette période de notre aperçu historique qu'il faut commencer a développer un peu les menées de la Faction Sacerdotale contre Moctezuma.
Moctezuma avait aussi fait bâtir beaucoup de temples , dit mon guide. Ce beaucoup porte à croire qu'ils n'étaient ni vastes , ni magnifiques. Il ajoute que dans tous il avait associé son nom à celui de la Divinité par des inscriptions qui les consacraient. Les prêtres protestèrent contre ce mélange de profane et de sacré , mais leurs remontrances inutiles ne leur valurent que de nouvelles marques de mépris et de despotisme. Notez , Comtesse , le rapport frappant entre ce point historique Mexicain et l'épisode d'Éphèse , où il est relaté qu'Alexandre ayant offert de rebâtir le temple (qu'un Erostrate de ces temps avait brûlé pour s'en faire une gloire) , sous la condition que son nom brillerait sur le fronton ,
ces prêtres lui répondirent qu'A n'était pa$ convenable qu'une Divinité érigeât un temple à une autre, et $y refusèrent. On ne saurait remarquer assez quel esprit de corps, quelle identité de principes parmi ces Messieurs ! On les dirait innés , cee^ principes, ou inhérens à l'essence des prêtres, tant ils se reproduisent partout également , quels que soient la religion, le Dieu, et le culte qu'ils professent. Et pourquoi s'étudient-ils sans relâche à réprimer les dominateurs? C'est qu'ils veulent dominer euxmêmes, comme les représeutans du Dominus Do^ minantium» S'ils caressent tantôt les Peuples, tantôt les Jlois, ce n'est que pour en faire des instrumens de leur triomphe.
Afin de mieux ei^pliquer ce qui suit , il faut remonter un ijastant au temps où les Me^i^icains étaient IfiS Jstèque$ j et où les Aztèques n'avaient pas encore déserté le pays é'Aztlan pour émigrer dans VJnahuaô.
Leurs prêtres , qui alors n'étaient peut-^tre que des jongleurs, cotnme les prêtres des sauvages que je vous ai montrés sur le haut Mississipi, ces pré-très , pour les résoudre à une émigration lointaine* lir^ït valoir la voix , qu'une tradition sacrée avait apportée jusqu'à eux, d'un certain Topildn ( un ancien chef de leur nation , mort en odeur de fain-teié ) ; cette voix , qui leur commandait de partir , fut obéie , et ils partirent. Topilcin devînt leur Dieu conducteur. On lui donna d'abord Id nom de Mixtli,
qui veut dire puiêsant, et ensuite celui de UtUtzi- Ulhuitl, qui signifie Diev formidable ^ ou de la guerre. Les prêtres Mexicains , irrités contre Moctezuina , commencèrent à débiter que Topilcin était disparu, mais n'était pas mort; qu'il avait promis qu'à une certaine époque il reviendrait lui*méme les gouverner encore, et que cette époque n'était pas éloignée. Cela suffisait pour affaiblir la dévotion aveugle que Moctézuma avait réussi à se ménager parmi ses peuples , à la faveur des prestiges de sa grandeur et de sa semi-divinité ; c'était un grand coup porté à sa puissance. Je me bornerai A signaler une seule des inventions qu'ils employèrent pour mieux jeter de l'imposant sur cette prédiction; sa singularité vous donnera la mesure des autres. Je vous raconte une fable , sans doute , et de l'impostut^ , puisque c'est un miracle inspiré et dirigé par des prêtres de l'impiété , mais l'imposture et les fables sont soii^ vent les meilleurs guides qui conduisent à l'histoire, les miroirs les plus parlans du cœur humain.
Mocte^uma avait une sœur qu'il n'aimait pas : elle était bigote, l'amie des prêtres et, conséquem* ment , hétérodoxe contre sa Théocratie. Il l'avait mariée au Gouverneur de Tlatelolco , qu'il n^avait élevé à cette alliance que pour humilier sa sœur. Ce gouverneur avait probablement épousé les sen-* timens de sa femme, qu'il aimait; il mourut peu de temps après. Vous savez les conjectures qui, en pareil cas, découlent d'une mort presque soudaine.
Cette, princesse s'appelait Papantzin. Quelque temps après , le bruit de sa mort courut sans que rien eût annoncé sa maladie, pas même les formalités d'étiquette usitées en pareille circonstance, comme consultations, bulletins^ etc.
On célébra avec pompe ses funérailles ; on déposa le corps dans le caveau des anciens Rois de Tlatelolco; qui était dans le même palais où elle était morte. Le jour après son prétendu enterrement, une jeune fille la voit assise près du bassin où elle avait habitude de se baigner; cette fille, épouvantée à l'aspect de ce revenant , se sauve , et va raconter à sa mère, la femme du maitre-d'hôtel, ce qu'elle venait de voir. D'abord, on se moque d*elle , mais on résout à la fin d'aller vérifier l'affaire; nul doute : la princesse était là, très-bien portante, éloquemment parlante. Elle avait voyagé, et revenait de l'autre monde.
Elle fait appeler le grand-maître-d'hotel , et le charge d aller annoncer sa résurrection à son frère; mais le grand-maitre s'y refuse, dans la crainte, disait-il, de sa cruauté, comme s'il n'ignorait pa» que le prince fut aise de sa mort, et que son retour devait l'irriter. Elle lui enjoint alors d'allé en donner avis au Roi de Tescuco, et de lui mander de venir la voir. Ce Roi accourt sur-le-champ ; la princesse le sollicite de faire connaître à son frère qu'elle avait une affaire de l'autre monde à lui communiquer. Il est inutile que je vous dise tous les propos de la cir»
( «37 ) constance ; vous savez les concevoir vous-même , et il me tarde d'avoir fini le récit de cette jonglerie. MoctezUma , accompagné du Roi de Tescuco et de quelques grands de la Cour , va la voir ; il la trouve environnée de prêtres, comme les juridictionnaires de tout ce qui appartient au monde invi^ gibte^ V Achille de leiu^s menaces et de leur domination sur le visible. Ici , \e laisse également de coté un tas de fredaines dont on enfla la farce, et qui fa^ tigueraient ma plume, votre patience et le sens commun. Je me bornerai à vous dire qu'elle apprit à l'assemblée qu'elle avait vraiment décédé; qu'au moment où elle allait passer l'Achéron, un jeune homme (notez la sympathie pour les jeunes gens, même dans l'autre monde) l'arrêta, la prit (poliment) par la main, et, bref, lui fit comprendre que le règne des méchans était fini; que Topilcin était en route pour revenir et répandre une nouvelle lumière sur l'A-^ nahuac; il lui dit de retourner sur ses pas, e'est*^-^ dire à la vie, pour annoncer cette nouvelle {iisposition de Dieu ; que tout le monde devait se préparer à la recevoir respectueusement et avec reconnais-sance , comme une céleste rédemption ; que , quant à elle, elle devait revivre pour recevoir Ijsi première, avec dévotion, ce libérateur. Il en est qui assurent qu'à cette prédiction, on vit se répandre sur le front de Moctezuma une vive expression da pensées funestes ; d'autres disent qu'il s'aperçut incontinent de la fourberie , mais il dissimula. Se$
( '58 ) courtisans, non moins habiles qu'ailleurs à flatta les Rois, sans indisposer contre eux d'autres puissans personnages , prirent le mezza termine de déclarer la princesse encore malade, et d'ajouter que le délire l'avait tenue deux jours assoupie, et réveillée â un langage extravagant; qu'elle était impoê sut^ et qu'on dût déléguer une commission de médecins pour la rendre compa$ : c'est ce que fit Moctemma par politique.
Tout le ridicule qu'on s'étudiait à jeter sur cette affaire ne pouvait prévenir les impressions fAcheuses dans l'esprit de la multitude^ ou crédule, ou influencée. L'imposture et les prestiges, comme la calomnie, laissent toujours quelque trace sur leur passage. Moctezuma, menacé par le Ciel, perdait aux yeux des peuples toute sa divinité terrestre. Dans ce cas , on devient moins qu'homme ; notre décadence, dans l'opinion béante, laisse voir à découvert tous nos vices et nos défauts. Moctezuma apparaissait déjà sous l'aspect le plus hideux ; il devenait de plus en plus odieux , et la voix des prêtres reprenait de l'autorité et de l'empire. C'est au moment de ce choc d'ambition, c'est dans ces convulsions Mexicaines, qui paralysaient l'union, la force, l'unité et la Nation, que Côrtès parut sur ces rivages.
Mais cette apparition soudaine , extraordinaire , cette imposture combinée, tourna contre ses auteurs , contre les prêtres eux - mêmes. Leurs jongleries se prêtaient â merveille à servir l'Aven-
tuiier, en qui les Mexicains croyafent Toir s^accom^ plir la voix de Toracle. Moctezuma lui-même com-<> mençait à se persuader que c'était vraiment Tôpilcin^ de retour; d'autant mieux qu'il venait précisément du côté d'où Ton a toujours fait sortir les Divinités, les Religions , et toutes les choses extraordinaires z du côté de TOrient.
On assure que les premiers Ambassadeurs, dé-» pûtes par Moctezuma au-devant de Cortès , étaient chargés de lui présenter son hommage, comme à Topilcin^ son Seigneur; qu'il s'offrait à lui comme son Lieutenant. Tout le cortège des Espagnols , si nouveau et si imposant aux yeux des Mexicains^ ajoutait aux impressions qui les dominaient, etapla^ nissait les obstacles de l'entreprise. Facile, elle aurait, disons-le, marché par elle-même, si les Eik pagnols n'avaient d'abord déployé tant de méchan<» ceté, que les Mexicains doutèrent aussitôt qu'il pût y avoir là un Topilcinj libérateur^ rédewpiettr\ et s'en retoumèinent à Mexico, avec des impressions^ et des conjectures bien différentes.
On ne résiste point contre la croyance d'un peuple, et de là les efforts combinés des Jésuites pour y fonder leur empire ; mais on peut lutter contre la terreur. Moctezuma, avec sa seconde am* bassade, enjoignit à Cortès de s'arrêter, et, tout en lui envoyant des présens, il lui notifia le refuk. de le recevoir. Il était trop tard; tout militait déjà en faveur de Cortès : Moctezuma avait perdu la
dorure qui le rendait naguère si éblouissant. Les prêtres assujettis, les nobles avilis, les peuples opprimés, les princes vassaux eux-mêmes tyrannisés, ses soldats sans gloire, mille dissensions dans sa famille, tout conspirait dans Tintérieur; à Texterieur , voyez les Tlascaliens et d'autres peuples, ses mortels ennemis, ceux du Mechouacan« toujours jaloux de la domination de Mexico ; tous prêts à se confédérer avec quiconque eût su abattre le grand tyran; voyez des étrangers, qui, si le prestige divin s'était évanoui, conservaient assez de rinfemal pour répandre l'épouvante et le découragement, et ranimer, quoique sous un différent aspect , l'influence mystique d'une fausse prédiction, qui coïncidait de si près avec l'événement ; ajoutez le manque d'énergie et de courage de Moctezuma, et de tous ses serviles et lâches courtisans, et vous verrez que la Conquête , même à armes égales, n'était pas une affaire de grande difficulté. Que l'on considère, en outre, l'impression que devaient faire sur l'âme des Indiens des fusils et des canons, qui vomissaient les foudres du Ciel; ces longues épées, qui enfilaient les hommes comme des grenouilles; c^s chevaux et cavaliers qu'ils croyaient un monstre d'une seule pièce, ces armures éblouissantes et impénétrables, ces grands poissons (les navires)^ du ventre desquels étaient sortis ces démons^ ces monstres, ces foudres^ etc. Que l'on compare la nudité des Mexicains^, leurs
misérables lances, flèches, couteaux de Iztli, armes impuissantes contre des masses d'airain; que Ton se rappelle l'éloquence de la nouvelle convertie, Donna Marina^ la belle esclave de Tabasco, l'amante, la conseillère, l'interprète de Cortès; qu'on se la représente prônant devant les Mexicains les prodiges , la divinité, la toute-puissance de ses héros : toutes ces circonstances physiques et morales, bien calculées, le sens commun seul démontre que cette Conquête tant vantée n'a été célèbre que par la surprise de la nouveauté, par les prestiges de fanfaronnades qu'a si bien décrites Cervantes ; par de faux prodiges et le béan^ tisme de la crédulité.
Quand les Espagnols, de l'endroit où ils débarqué* rent, marchaient vers Mexico, ils étaientdéjà sûrs des suffrages de tous les pays soumis à Moctezuma, qu'ils devaient traverser; de l'alliance des Tlascaliens, ennemis irréconciliables et souvent vainqueurs des Mexicains ; et ce fut avec plus de soixante et dix mille Tlascaliens , que Gortès se présenta devant cette capitale , où tout était hypocrisie, débauche, superstition, mécontentement parmi les habitans, anarchie et désordre entre le trône et l'autel. Il n'était donc pas bien difficile d'être reçu, de se. loger dans les palais du Roi, et de finir par s'emparer de lui et des prêtres.
Certes brûla sa flotte pour décider les mécontens : sans doute ce fut un trait d'une âme peu
coinmiine ; mah n'est^^e pas udc preuve^ ou, si Ton veut, une conjecture de plus qu'il était sûr de son affaire? Que Ton calcule la différence des temps, des circonstances, des moyens et des peu* pies, et Ton penchera, je crois, facilement, à voir plus de vaillance et de prodige dans Texpédition et les exploits de la petite troupe de Mina, per*çant, à travers mille obstacles et mille dangers, jusque dans le cœur du Mexique. L'histoire de cette expéilition, dont j'ai suivi pas à pas les mémorables traces, en m 'éclairant des documens et de la tradition des plus Notables du pays, me fait espérer que cette opinion ne vous semblera pas trop hardie, et qu'elle aura, sans hésitation, l'honneur de votre suffrage.
Il est inutile, je crois, de remarquer que le miracle, ou la farce, de la princesse Papantzin fut, comme tant d'autres historiettes, revêtu par les moines espagnols , à leur manière , et tournée en prophétie de leur arrivée, du triomphe de la Croix, si profanée plus tard, teinte du sang des malheureux Mexicains. C'est d'après ces traductions hal>iles, je crois, qu'Alexandre Borgia se crut en ^oit de disposer à son gré de ce Nouveau-Monde, 'de la liberté et de la vie de ses habitans.
Quant à la princesse Papantzin , étourdie , surprise à un événement qui répondait génériquement à YOracle^ quoiqu'elle sût n'avoir été qu'un instrument d'imposture , des prêtres Mexicains elk
passa facilem^at aux prêtres Espagnob, et fut, je crois, le premier Chrétien de VAnahuae.
Voilà» Comtesse, ce qui m'aparnessentieLà rappeler de l'ancienne ville de Mexico ; et c'est oe que j'ai pu tirer de mon mieux du sein des ténèbres qui le couvrent encore. Mais , demanderez-vous , que sont devenus tous ces temples, ces palais, etc.? sur ce , je vous répéterai d'abord ce que Cortès en dit luimême dans une de ses lettres à Charle&-Qumt , lettre qui a tous les caractères de la probabilité.
Quoique raconté de mille manières, voici ce qui arriva quelque temps après la première entrée des Espagnols dans Mexico. Véla$ques^ Gouverneur de Cuba, jalouxdes progrès de Cortès dans le Mexique, envoie contre lui Fanphile de Narraez pour le sou«^ mettre. Cortès abandonne la capitale , marche contre Panphile, en triomphe et le tue. Pendant son absence, les vexations et les cruautés à'Ahi^ rado , son lieutenant , avaient irrité la rage et ranimé te courage des Mexicains. De retour dans la capitale, Cortès ne put réussir à les apaiser; la ùhmevkâ^Noehe triste (Nuit terrible) et leur retraite de Mexico en furent les funestes conséquences* Bref, Cortès» aidé par les TIascaliens, les Mechou»cans , les Acoihuas » etc. , et par une petite flotte <|ull avait appareillée sur le Lac , rentre dans la ca* pitale. Telle est , présume-t-on , l'époque ou la cause de la' destruction de l'ancien Mexico.
A mesure que les Espagnols avançaient dans la
capitale , que les Mexicains leur disputaient avec vaillance et férocité , ils en abattaient les maisons , pour ôter à l'ennemi des boulevards de défense ou de résistance. De plus, les matériaux devenaient nécessaires pour combler les canaux, qui étaient alors les rues principales de cette capitale , et se ménager ainsi du terrain où la cavalerie , le plus épou^ vantable ennemi des Mexicains, pût se déployer et agir. Enfin , au bruit de la rentrée des Espagnols dans la capitale de l'Anahuac , un grand nombre d'Indiens accoururent et aidèrent ceux déjà entrés avec les Espagnols , à détruire de fond en comble un endroit dont ils avaient trop senti l'empire et la tyrannie. Les Espagnols trouvaient tout leur intérêt dans cette rage fanatique et vandale; ils les laissaient faire et les encourageaient ; d'ailleurs , ils comptaient sur ces instrumens pour rebâtir une autre capitale ; ce qui arriva.
Mais, reprendrez-vous, oùsontau moins ces belles colonnes tant vantées, ces masses cyclopéennes, quelques restes éloquens de cette Palmyre transatlantique? Je pourrais vous répondre que les canauxauront dévoré, et qu'ils cachent peut-être encore, les monumens de son ancienne splendeur; mais cette splendeur , cette grandeur de l'ancien Mexico ne seraientelles pas problématiques ? Qu'il y ait eu un Mexico, nul doute: mais, sur cette capitale comme surtout le Mexique , . que d'exagérations dans les relations des Espagnols, et que de motifs de les foirer! Entre
mille et Une preuves que )e pourrais tous eu offrir si je n'écrivais pas des lettres , et en pèlerin , qu'il TOUS âiifBse de savoir les contradictîom de. toutes sortes qui existent sar sa population , évaluée par les uns à cinquante ou soixante mille habitans , par d'antres jusque dfùa million à un million- ett -demi. ' \ '' ' \
Mais, continuons ffaistbive de notre peintuneu La mort de M octezumâ a été ' aussi un objet de spéculation historique. Selon les uns, il fut fuèpar un Mexieain aumom^t qu'il prêchait aiux sieiia le respect et la 'fidélité envers les Espagnols:; diatsrîl parait plus probable, et j'incline a le croire, qu'il fut tué par les Espagnols mêmes ^ dans laNoche triste , av^ec trois de' ses enfans ;. le cinquième (nous ^Yons TU que râtné -était mort dans une batàîljbe contre les Tlasealteques ) s^ sauva aireo lei Ëspaffnols, et embrassa là foi de Jésus-Christ, sousie nom de Don Pedm de Maetezama* De faii^ descend la fiaimille encore exiséante detebtnfes de M octezumâ et de Tula. Sa sœur Tecmôhpoti3ifi, échappée^ aux horreurs de cette nuil , se fit catholique c omnne soii frère, et c'est d'ette qtte descendent les deux autires familles de Moctessuiba v C^ana et Akdrâde. 'Ona>fait mentioki d'un sixièuié fils mâle, mais on en ignore le noiti. Gé ^i pàrall( Certain, c'est qu'ancun de^-s^s fils file^le re|li{^ça sûr le trône. GeiuldtattAtranoriÎM, Jeùrcou^in^ qtiéleb Mexi^aineracclamèrent'Bxii,
api^ès:la Mothè irisîe. C'est oe qui réfiiulte. aiisfii de ma peinture et de mon guide*
Ce jeune Aoi défeodit vaHlammeut Mexico contre tous les àssiégeans, et quand il tomba poisounier, à la rentrée de Cortès (le i3 août i5tiio, selaa ma peinture et mon guide) , il lui dit : * J'ai fait iCegue je devais faire pour mon Peuple et mon pays ; maintefmnt il ne me resig qu'A mourir (• tuez ^.moL • Le GrandCapitaine leldssaTÎvre.pcrur le faire rôtir. Il Toulait lui fiire arooer où il ^aTait cache ses trésors; mais ici lui Barbare fut aussi §rand dans son refus, que les .Conquistadores yû% dans feiir iavamee,^ et cvuels dans les moyens djd Tassouvir.
Monguide^ i^ iol pas pli^s lûin s^iir la dynastie
des &oiB.Me^»ns ; m» ma peinture indiquerait
q\k'vKï ceiÈainQûatiiaenioclM Boi, on- Gomverneur,
après la! reprise, par Cortès , de AI«dpD..Il ^t re-
préseiité à la tête dautri^ iRiibCf^ ^^M^gMt^^
-tBoësmA;,: devant k. Countmne .d'Ëspagfté , la reli-
^osi set ta l(û des Câimfui^a'éormi :b%i ^ni^ h iquatw^
aôèÉie'et éerpier! (àbleàu .de cfta p^iilit^l^e.
il. rEia «ce qui)Coiiûiiiiie larf^aiïtie 1^ plus ûtâresa^t^
rdëirhisftoiiradhi-zMbKiqiiie; tes ifigltT^s mi^ d'qiccord
tk46€d^istoîrè.die mo]^<iAûi!idQ,:Dâns, h^ hiéroglyphe
rbani)i(>iile ^ pentrîêJMg, lo^.la eaéf^Q.pcHW tw^.b
rpesië. Je iréfi^riiejk jo» /§im 'jf^^^iràfm fiMltojfj|4.#i
-l5e«K\qui.MWQnt Jtes «i^pttqwir/î W^l^ itt^istm-
.itiJAm-m MepfigwAi >^'<m y ia.iwlléf«îi ^wjt pool-
( >47 ) êtrp le prod^f î( ^roAé de queiq;i^ f^Pte^ plH3 présomptueux qu'instruit. Je n'ai pas yoiilu y tou^^h^ri pour qwi U^ .^u^?tQ^r^ et le^ (B^vgn? le voieut 4«ns
Tétçit ojk jp l'ai trouvé. Oa ^^^x mètm pvfoM tirf^
Ai^ifiqu^ iAimière ^ J'ei^efur^ J^li^ii^teis^ntp parlpA« du grw4 temple des Mexic^û^.
Le3 Àth/ée^y tout en ni^nit un Die\iy. soi^t 1^ W^eilr- )^i^ P^9tes du Monxle ; 11$ diseot haser lef^r çoj> duite^t leurs espér^oe» wr la morale; nfi^i^i da^s ]a a)waJl€ ils yéaèrejgit le plus beau portrait , h pw^ e»se»M de ^ DiTÎiiité ; )e mot ^/A^'^ fberoit doao pw>i^pt; yide fie $em^ çt U ,n'y ^^rait poj^q^ d'Athées,
Jj^ AXhàmp^ ( iM^te^ ql|^^Ç philo!3opbie , qv^elh sagesse , quelle profonde politique ) imaginjèremt ^i) 9Pf^ df culti9 po^ cmx. jpaéio^es qui ét^ent lucré- 4f4^ fvr les mç^ts , et jUi^ ,ér%èreut w aute^, jsajQi^ {10^ iet ^9i;ii3 ÎJWag^ • Ignqjo D^o (au J)ie|i incçmxii). Jaiu^,,aut^ ^e f^p plus fréquenté et plus véuéré; i) n'y m^ p^Sid'Athénieus^ pfis d',é1)ra];^ers d^u? Iç jp^ys qji^i ijr^aH^aseï^ Jlui faipe f évérence ; qb^ tlpibaçuu f^y^Jf 4rQJ*veîr rwt?wr de pe lon^j^e divi^i , j^rréi;isU}4e 9 q^ partie ^ fqn^ # ^'âxue J'existçupe d'un Piçji^ Iji jçi'y p^ ,u4i >aeul ^tre peus^t qWJQ^ ▼<¥e 4ii|Qj3 tiput (^ i|uU'effAw^^ pyqi ^ ^aw
qja'Q^.app^fï iA4^, 4,l'/i>ji yept^ çew qiW^^'e^tr
PFim?i!tf pfW pw^ pjçu d iiM#« flWPJèrç^ ^W» flW
çri^^t è 1» inapr^p Qçfi ^r|;esd'A^ée$^çpn9iéqueus seraii^uMft^» flVïgBrÇW^V^^es.?^'^? FÇllJ^giQjçi^aiKpff qw Q(aMP^ Qif^lit ,d?l^ »W^W <iW^ ef ^îipgii^aînes.
Tel' est le Dieu dont je vais vous montrer le temple, le Dieu des Mexicains.
On a certainement exagéré le nombre des victimes qu'on lui immolait; mais il n'y a pas de doute que c'était une boucherie de chair humaine. Si on doit croire mon guide , nulle part dans le Vieux et Nouvean-Mohde, il n'y eut autant de temples qu'au Mexique. Même sur les routes, les Mexicains avaient un grand nombre de petits temples, pour rappeler leur Dieu aux passans, comme les Sacetla rappelaient les leurs aux Idolâtres de l'Antiquité, comme les offertoriàj les chapelles et les croix ^ rappellent les différens cultes àùx diff'érentes sectes du Monde Chrétien.
Au commencement de cette lettre je vous ai parlé de deux anciens monumens que l'architecture Mexicaine a ménagés, et que le temps conserve à la postérité : les deux pyramides de San-Juan de Theotihuacan. L'étymologie de ce nom signifie le pays des Dieux ^ tant étaient nombreux les temples qu'on y voyait , et dont s'aperçoivent encore les traces dans les diverses buttes qui entrecoupent çà et là tous les environs. Cette circonstance indnit à traire qvie\eëT(itt hecasj les plus anciens et les plus civilisés colons de l'Anahuac, avaient fèiit de cet endroit ce que les Jùîfs 'firent de Jérusalem, les Chrétiens de Rome , et les Musulmans de la Mecque : une Cité sainte^ Isl Métropdfis de Ifeur Religion. '" De h>ns ces temples 'MëticaitiSj le pluseirtraordî-
( '49 ) uaîre était le graud Teocalli de Mexico. Il importe' d autaut plus de vou» en donner quelque idée, que la structure sous laquelle je le connais diffère essentiellement de celle démontrée par tous les auteurs anciens et modernes que j'ai lus à cet égard.
Ce grand temple occupait précisément le même terrain où domine maintenant avec tant de majesté le grand temple Catholique , la Cathédrale de Mexico. C était le centre de Tancienne Capitale.
Une grande masse , de forme parallélogramme , ayant à sa base , dit-on , plus d un quart de mille de tour, s*élevait au milieu d'une grande place. Une haute et épaisse muraille , d environ un mille et demi de circonférence, la renfermait. De grands bâtimens, pour Thabitation du Rex sacrificulus j des Sacerdotes, des viri sacris faciundis^ des Salii, des FlaminiijdesCamilU, Popœ^ TibicineSj etc.,etc, D'autres maisons pour le dépôt de tout ce qui était nécessaire pour les sacrifices, et l'administration du culte, etc. , s'élevaient, adosséesaux parois intérieures de la muraille. Entre ces bâtimens et le temple , était, tout autour, un grand Atrium^ qui en relevait la niajesté.
' Quatre grandes portes , pratiqiiées dans la mu-railla, aux quatre vents cardinaux, ouvraient l'ac-* ces aYi grand Atrium^ chacune aboutissant à une dés quatre principales rues de la ville : les rues de Tescuco à l'Est et de Tacuba à l'Ouest^ celles de Tezia^ paIffipàsLU Sud et de Tcpayaca au Nord,
Au « dèdsiis dé chaque porte 9'életâit un grand carré t ûû petit arsenal, qui f éàféMnâit fautes ÉK>rte& d'airâie^dit pajré , gcfrrâut, â l^dci^âfliou, pourârti^erà lét faà«é lési noUYeHès teetuëÈ dùtit ùii nuràit en pressant besioin.
Cet Atrium étstitfôùt pâté éU ^Udés dâllës, diton / de marbre si poH , qùef tes Espagnols , ateû leurs lourdes chanssiires, glissaient à ëhaqtie pa»^ Gortës , drâigfnant qtté Cela Hé ptitikt atteinte àul pMMiges qu'ils ayalênt Inspirés è ees pëilplèis sur létif Dîtinité ( Vraiineiit, les Dietix né ddvènt pàè glitêér ) , défendit qu'on y enirât à èh^al , èfl prit des précautions pour é[OLOtï pÛt y âial^her â piôd âVéC assurance.
Ce temple était fcfrtnéde cinq étageèr, fc'est«^-dîre ^ de 6ihq attiquéS rehtraâs , éti rëniodtànt run suf Fautrc, bt se terminait ainsi Côttîtoe Uùe pyratuide tronquée , offrant tint grand pUteau au somttiret ; lé théâtre oU la scène où l'6h réprésentait les grandes soliéhliités, lés terribles sacrifices offerts à la Ditiuité^
Au bout dé ce platéitu^ à TOrient, cointne daûfr tous les teihpleS de Tseàtiquité et daus nos églises primitives , s'élevaient latéralement deui autéls cou-« vétts d'utie coupole pynamidàlé } celui à droite était coiisaCré à leur DieU, l^àUtre, â la Déesse que nous âtdtis vue à la fois sa fettitne et sa înèré. Vers FOccidebt , on voyait la grande pierre dés sacrifices ; elle était convexe, poUr que la victime présentât mieu^i son sein élevé au couteau du sacrificateur, qui arra^
chait te ocenir , Féleyail ver» le Ciel et rimmolait à lat Divinité dil )wir, en le brûlant dan» le feu sacré,qvi'on alimentait étemel, au mfliem de la scène, dans demx grands va^es , on atcBjf comme les appelaient Ie« anciens , àèf atdêndo. On en ramassait les cendres, el on les^ conservait comme nne relique sacrée^
Apparemment, le grand Teocalli senrait pour totltes les solennités, pôui'tbus les Dieux, quwque priËicipalement consacré à HuitziUxputzlL Le sacri^ ficatetf r faisait offrande du cœur de la victime selon lès dilfièt^is goûts des différentes Divinités. Quel-^ é{tied«4itie8 étaient représei^éea avec une grancfat bouche ouverte et I0 ventre cueux) a cdlesnci on dcnmait le cœur à manger : le sacrificateur le leur n>ettait, avee délicatesse, dans la bouche, doû il tonibart dans le gros ventre. Cette cii^ccmstance eét VLti indice de plus de Fexagération du nombre de victimes rapporté par les historiei» Espagnols : qud-» que gros , quelque vaste et profond que fût le ventre des Divinités tnangemes de cœur , il ne pouvait certainement pas en contenir autant que les Esp^^ols leur^i auraient fait manger. Et, notez qu'une des I>ivini!:és qui aimaient cette niourriture , était pré^ cisément le Dieu de la guerre, à qui on sacrifiait plus de victimes qu'à aucun autre Di^u.
Le corps de la victime , on le jetait en bas du temple. EtaitH^e un prisonnier de guerre, il ap^r^ tenait â celui qui- l'avait présenté : il le portait à k maison et en régalait s^s amis dans un banquet.
Etai1>*ce un esclavie; ison maître s^en emparait, et en faisait le même complim»it« De tout le corps ^ on ne.mabgeait que les cuisses , les jambes, les bras et lés tendons ; on )elait le. reste aux. bêles féroces et aux oiseaux de proie. Les Otomites, les veadaient sur le maRhé , comme un morceau sacré de dévote gourmandise.
Quand, on sacrifiait à la Déesse T^eoinan (oette pauvre fille écorchée du Roi de Golhuacan), c'étaîeHt les femmes quiprésidaient àlafêté:desfemmes, comme les druidesses, immolaient les victimes au Dieu Tlatloc, le Priape ou Dieu de la génération : selon m<Hi guide , leur Neptune. On lui sacrifiait des jeunes filles et des jeunes garçons. J'abrège un peu ces récits de sang pour en. atténuer rhprreur , s'il est possible. Je vous vois Fàme déchirée à l'aspect d'une religion sanguinaire , qui a toujours le couteau homicMe à la main!... Retournons à la description du temple.
Nous nous sommes promenés sur son sommet, shns savoir comment ou y monte. C'est par là , précisément, que le temple s'est dfert à moi sous un aspect autre de celui que les historiens nous l'ont fait i«)îr; et: l'intérêt de cette différence vient de ce qu'elle constitue un monument d'architecturie tput npu- V6au, je crois uniquet: j'enjtçnds parler de la manière dont on montait ses difl*érens étages jusqu'au plateau : ^chose tout-à-faîj: incojanue.
Qp y montait. du côtéde l'Occident, le coté par
où ron entrait dans tous les temples de l'antiquité, et, sur ce point, je suis d'accord avecles historiens.; mais ils montrent un escalier qui y conduit direc-* tement 5 où les rampes et les degrés se succèdent. C'est en quoi<)e diff&re.
Nous avons vu que ce temple était formé de cinq corps rentrans , représentant cinq attiqnes placés Fun sur l'autre, et que^haque corps formait un pe^ tit étage tout autour du temple. Un escalier, partant du point droit de la façade Occidentale, menait au premier étage, dont il fallait faire tout le tour pour aller trou ver l'escalier qui conduisait au second, et ainsi des autres; de façon que les cinq escaliers demeuraient l'un sur l'autre entrecoupés par les attiques, qui les séparaient sans se communiquer. Pour arriver donc sur le sommet du temple, il fallait faire le tour de chacun des cinq corps qui le composaient , pour trouver la seconde , troisième , quatrième et cinqufème rampe; ce qui, comme vous le voyez, ne prolongeait pas peu la promenade.
Je crois que cette longue procession avait pour but de rendre plus solennelle la cérémonie. Tels les Bomains, qui, ad pompant solemnitatis ^ passaient par la vin sacra , toutes les fois qu'ils se rendaient au temple de Jupiter Capitoiinus^ pour lui offrir en sacrifice les spolia opiina^ ou pour qudque autre solennité publique; et vraiment, de cette manière, to«|t le peuple spectateur, de quelque côté qu'il se
trouTàt dn temple, et même deJoio, pcfûivait toir la mafolie des victimes et leur arrivée sur le pbteatt falaL Cette réflexion en [Hroduit unô, antrel, qm offre ime analogie singulière oïlre le caractère de ce temple et celui des temples de la pliis baitte aù«« tUfûtè.
hês antiqiidires semblent ificartaiiMi «ur l'endroit <m les Antédiluviens offrment un culte à la divinité; cependaift, si Voù considère te que ks écritures sa^ &ée» nous disent , et les peiàtres ncms montrent ^ sur le mode des sai^rifice^ d'Âbel à la Divinité, on MiM qu'une touffe de lerre était son aute}^ et une éminence son temple. Noé, aussitôt sorti dt TArêhe, ]Ndé sacrifia sur le sommet d'une montagne; telle-* metlt, que les Pérugiens, qui le veulent débarqué cfaeis eux, vous montrent encore il monte Giano^ où il remercia Di^u de l'inroir sauvé y lui et sa famiBe, du fléa^i universel , Gtano ou J^mus étant le syno^ ûyme de Noé. Abraham consacrait soib fik sw une montagne, et une butte de terre était ékvée en au^ tel. Isaac, in monte, offrit son agneau. In monte^ Jacoby fuyant la hain^ d'Esafi, rêvant râchellë et lés Anges^ et retournant, avec Fabôndanoe,^ db Vtr* gypte , sÀorifla à Dieu. In monte ^ Moïse élevait lé tabernacle. In montée âalomon édifia le Temple , et in monte le réédifièf^iit ^sùîte tes Jai£i ^ de retour de l'esclavage de Babylone, et Adrien^ après k van^* dalisme de Tiluë et de Yespo^ien. Sur la montagne Çartcinj, les Sauntritaim bâtirent leur tempfe , po«Mf
fârire ttn pendant d'oppoditkm à celui des Juifs sur \à ilïotitagtie de Béthet^ qaU ensuite, fut appelé Hié^ buê et Sali^rh : Hiéf d^salem. Lé graiid temple du Ju*pltei" de B^ylôUe^ Bëlus^ était âusdi uu ^aud autel fôtiné sui* une monfagne. Les prcffnîei*s Grecs et le^ preitiiers iloiiiains u'atàieut pas d'auttes templeë (jtle des endroits életés, et d'autfes autels <|ue des bancs de terre ou de pierre , de forme, on ronde peut Sacrifier au Soleil , ou carrée pour le Ùtând AtalUtêôtëi 4e t'Vnlters. D'aptes Tacite et Titc-Live, tels étaient cenis des Germains et des Gaules. En-> fin, t<^tts lei enltés primitifs n'ont eu pour temples que des montagnes , et pour ailtels que des buttes en plein ait ; et ce fut sur le Sinaï, FOlivète, le Calvaire et le tbabofr qUe le vrai Dieu opéra les plus grands prodiges en fateui* du genre humain. Je ^emc dire par €e prôëme , que les Me:iticaâns semblent atoit' étudié et copié à merveille le mode de notre eulte aficien ; et là où ils n'avaient pas de montagnes , ild en formaient pour mieux offrir en spectacle aUH peuples , et la majesté de la Divinité , et la pompe du sacrifice.
Le temple de Mexieo n'était précisément qu'une montagne qui surmontait toute la ville, et d'où les prêtl:^8 monb^aient la Divinité , l'encens et les vie-* times. Quand nous irons à Golhula, nous y verrons; un temple ï^tis Caractéristique encore, je crois, que celui de Mexico. Tous les peuples aborigènes de FÂm^qUe semblent avoir observé le même mode
( «5« ) (le culte : vous vous rappelez les hautes buttes que je vous ai montrées et iUustrées de mon mieux^ sur le haut Mississipi. Je suis persuadé que les pyramides d'Egypte n'étaient que des autels^ dont le sommet également manifestait de loin à ce pays plat la Divinité, Fencens et les sacrifices. Voua savez que les choses élevées et vues de loin imposent davantage.
Cette conformité du culte des peuples de tous les Mondes et de tous les temps est frappante ; elle porterait à croire que le culte offert à l'Être suprême est plutôt l'effet d'un instinct général que d'une croyance particulière.
L'Antiquité regardait Testa, Jupiter, Junon et Minerve (sous différens noms, dans les différens pays), comme les Dieux protecteurs et gardiens d'une ville; on leur élevait des temples au sein de la ville même, comme le lieu d'où ils pouvaient mieux veiller sur les peuples; et les peuples mieux voir et adorer plus souvent leur Palladium; et les Cathédrales des temps modernes semblent répondre assez au même but. Le temple de Mexico dominait aussi du milieu de la ville; et, comme dans les temples principaux des Anciens et des Modernes, ils y célébraient toutes les grandes solennités , celles qui avaient un caractère public ou national : nouveaux points d'une coïncidence vraiment extraordinaire. Je me borne à les indiquer.
Je flairai par une conjecture. En calculant bien
ce que la philosophie peut tirer de THistoire du Mexique et du Pérou , les noms de leurs capitales , Tenochtitlan ( maintenant Mexico ) , Caxamaica (maintenant Lima), sembleraient signifier dans leur langue respective ce que signifiait le nom que les Grecs donnèrent à Thèbes : Héliopolis; je veux dire la ville du Soleil. Leurs grands et petits temples
offrent également beaucoup de rapprochemens avèe cette grande ville Égyptienne : la ville aux cent portes.
J'ai été assez heureux dans mes récherches pour trouver une vieille gravure qui représente le grand Tébcalli^ tel que je vous lai décrit, et une autre, qui fait frissonner par le portrait du sacrifice aPfreux , tel qu on lexécutait. J'en ai fait faire des couples et je vous les transmets *. Dans la dernièt*e , vous verrèz leTomptltzin (le Grand Popa)^ les Té^ malacatl [les quatre victimarii)^ la victime et son cœur, envoyant sa fumée au Ciel, comme pour demander vengeance contre les bourreaux féroces qui osent se vantefl? d'être ses ministres sur la terre.
Un autre grand sacrifice m'est décrit par mon guide; je vous le montrerai aussi, car il n'est pas si horrible , et intéresse par quelque point de similitude avecle combat des anciens gladiateurs ; il Rappelle, avec raison, ^/ârrfiW(?tm
Une butte s'élève sur une grande placer et cette
' ^' Voy€ï U DOt«, page i3o; •
butte ^st h fra$e à'nm gr^pde pkrreirQadQi ou Vou attachait par x\n pbd )a victime ^ sacrifier. Ç^^tmt toujours un prisounier de cU^tincUo^. On l'mri^it d'une ni^s^ue 9 et Ofx Im opposait un d^i plH^ y^^ lan9 Meiûcain^ , beaucoup jnieu^c arn94 qm luif Si h prispnnier topabait soua fcp çoup3 de ra,d¥^3f^i» j UPi sacrificateur, qu'on ^ppelajl: Chalchif^tep^àm , le faisait traîner sur l'autel de^ ^^{içrilices,, fit )^ji wf ^cbait le cflçur, selo^ h (çouJtunie > v^Taf^ nu m^^^t. Mats le combattant vainquait-il six de ses ad'W" «aires ^ on lui accordait k vie^ la lib^té., «1^ tprtt ce dont on IValt dépouJUtlé ; et on If congédiait pjteiu dç gloire et de préçws. Parmi Ips p^s^Ani^^ ^^91 y^njq»few3, TlaJ^icfiJ^,.$éffér4 Tjkî^qwe, est le pjiijK^ cél^re.
Jl était comsid^ le pJu3 yaiUant gwemçir 4e tout leMe;s4qiie. Daipi^ uw de ces .j8;iier;r^ fr^qjijientes e»-^ tre les Mexicaines et les TJa^^ltièques^ pu >l'ayaiç iusÂdieu^ejnent fait piispnnier* MpctewjyU^a voulî^it ^^ l^ fair^ ^mi et s'en valoir, Mon guide dit ija'il w pût jamais y ^.éu^sir. J)^m k jytémioirç de Q^iefijetaro )'ai lu quïl avait .commandé unelpis Iç^ prpiées Mexicaines conti^e le? Meqbpuî5tCiWi|. Çg^f»ùwX il ï)^rmsteit A vouloir qu'on Jp $aQrïfi.4t ?w¥ Pie^f ; on Téaiata^ jnms à 1^ 6u m liji ^^qcprd* j?
sacrifice gladiatoire qu'il def^^X^d^^ pp^r.u^ojijyriy^^
cftoune ilsiv^t yécut v^^ijilamfpegt. Qn J?^F«W? f o»
combat par neuf jours de fêtes ; voilà encore une novaine comme celle que je voua ai m^iMitée /4 ' Sa-
( »59) qualoô , et une pre«^e dé plus que oos IndianB de Saqualoo descendait de la Faction qui 80 «éparja dans }e Mechouacan du corps principal des iUztèquesou Mexicains. Le dixfième jour arrivé, il se montra ce qu'il était, un vrai Laniêta , un combattant fei'midable : il tua huit ou neuf des pluslnraves M eiôcains , et en blesBa autanL Déjà Ion avaii JOâda bien des fois le délivrer ; mais il insista powr umh»rir en eeoopibattaiitf:. Tomlx^ à ia fin sous lun coup mortel , on le traîna sur Tautel , et il y fut aacrifté au Dieu auquel il s'était voué : au Dieu Mai«, je crcés. J'ai aussi ti)ouvé une vieille gravuan^ qui mprésente oe combat , et je vous en eufoie ia copie. Cette grande pierre , la «cène ^ladiatoire , lèxisfte ant)ore^ou du anoins fl me semble l'avoiir ueoennue dans^ une pienra conservée au Muaéuaa de là Ca^ -pitale* : '
' Ni(^%isâv<NM i^ulaclKite dei^AïKienM dysps^ië'de ses Roîs^ il iikipor le de voir e^ë de l'Empire et des Rois de l'Ancien Tescuoo^ tàvabt de -baisser la toilefiUpNrAnGi«i*^fùi&cjâ!e7avaixtde caxslièr ideviuèré ) éHe les /borntaivs dàut le fer rct la -âaflnfiieopitjgàffligi l'iiBafauac jnoderne^i oafiteiV^^Uh melbi^^ispagMé ,. déshonneur ide. la. Vieille , bonmap toutes afs cefenies et sop faistoioe. *
' WcHis avoirs Wu «nouirir an pfhikeofihe^ connse il 3vait «vécu en bérop, le im WieaahuâiiceyHl ^ et é|ii 'suocédeiv digne de soHKdiaix «t de la Cottrobtië,
son fils cadet' TezakuàlpiUL II ne fit negretter son pêne que par la crainte de Voir finir en. lui un «i beau portrait det- ses vertus ; ce qui arriva trop tôt : Tannée i5i6 coiiYrit de deuil Tescuco, tous les peuples sujets du Royaume et tous les gens de bien derAnahuac. C'est une&talîté! Lisez THistoke,. et «ous sommerez upe durée beaucoup plus longue de méchans que de bcH^roîs. Cest Dieu , je.ci^s, qui le permet pour mteux préparer les peuples à )ouir de la pronoiesse , ^BeatiiribulatL* .
Ce bon roi' voyait les jalousies et les animosil;és qui. agitaient sa famille; il était père , le dloi^SLd'un successeur pouvait être plu s conseniam à son cœur qu'au bien de TÉtat : il le laissa à son Conseil, qui élut soa fils aine , \Gavmnatzin. Son frère. Ixilibcûf i^hitl^ amUitiéux et méchant ^ conspiffa , lui tendit des pièges , le prit et le livra à Moctezuma , soin a^nnemi secret. Il était' éhcore en sén pouv<»r quand les Espagnols arriv^^ent, et 'A périt avec lui dans la Nùclie triMe^
- Pendant que cette NûcheAri$Uivs^ mis en convulsion les affaires de Cortès et des Mexicains^ Cuicmtzcatzin^ troisième fils de TezîthiudpilUj s'empara de là couronne de Tescuco. Son régné ne fut pas long. Il avait déplu à Cortàs-^ ^p le. fit pemdre avec le dernier. Roi Mexicain; avec ce Roi, iqu'une erudHe. avarice avait dé)àiait.rotir à moitié. Ihût pendre L aussi le Roi >de Tacuha , qui refusait également de dévoiler l'eii^roît pu étaient enfouis ses
ses trésors. Ici mon Guide remarque qu'ils fui*eiit bien heureux, car , par cet ' incident ils furent baptiééè et se sauvèrent. Mais à la manière dont il s'exprime 9 il est facile de croire que ce n'est pas le moyen qu'il aurait choisi lui-même pour se faire baptisé!^ et aller en Paradis.
Tout sert d'instrument à l'ambition et à la méchanceté: Ixtlilxochitl apostasia pour régner, mais il ne fut qu'un Roi gouverneur sous les ordres dé Gorgés ; la marionnette qu'il faisait jouer pour garder encore quelque apparence de désintéressement jusqu'à ce qu'enfin il eût tout ménagé pour faire peser avec plus d'assurance un joug de fer sur ces peuples. Pour mieux le flatter, on lui avait donné, en le baptisant, le nom àe Fernando-Cor tes ; mais apparemment cela ne su£Bsait pas à son ambition: quoique devenu leur néophite il conspira , et , quoique devenu déjà Chrétien , il mourut bientôt ^ diton , de poison. Son quatrième frère , qu'on caté^ chisa sous le nom de don Carlos , né fut qu'un adeptedës moines ; et voilà.comment se baisse aussi la toile sur la dynastie et le royaume A'Acolhua^ €anj ou de Tescuco. Tous \es autres San Marino : petits États et Roitelets de l'Anahuac^ eurent à peu près la même fin. Tlascala seul mérite quelque mention distincte ; mais, comme j^spère y faire une excursion, je vous en parlerai mieux de l'endroit même. Ainsi finit un empire qui commença et s'agrandit précisément comme l'empire romain , mais
Ti IL 1 1
( '62 ) dont la décadence est tout e!Ctraordinaire , unique dans rhistoire.
Il nous resterait à parler un peu de la civilisation tant vantée de ces peuples. Ce n'est pas l'affaire d'une lettre; et 9 après de bien longues dissertations qui vous exposeraient à l'ennui , nous finirions peut-être par résumer en somme beaucoup de mots et aucune preuve. Bornons-nous à conclure, et cette induction sort par l'évidence de toutes nos remarques sur l'ancien Anahuac et principalement sur Mexico. Il y avait quelque civilisation chez ces peuples , et ils devaient être sans contredit les plus civilisés de toute l'Amérique. Comment ces peuples, sans instrumens de fer ni d'autre métal , sans autre mécanisme que celui suggéré par la Nature toute nue et muette , ont-ils pu couper et polir ces masses cyclopéennes dont étaient bâtis quelques-uns de leurs édifices ? Cela étonne. J'ai trois omemens des anciens Mexicains qui prouvent avec quelle quasiperfection ils coupaient aussi les pierres fines. Ce sont une agate nébuleuse^ une agate fragment , et un jaspe égyptien , tous ornemens qu'ils portaient probablement pendus au cou ; ce qui fait présumes* qu'ils sayaient également couper les pierres précieuses. Us réussissaient si bien à couper et polir l'obsidienne, qu'elle leur tenait Ifeu de nos miroirs. J'en possède uneoù l'on voittrès-bien à faire sa toilette. C'est peutêtre le meilleur meuble que j'aie dans ma chambre. Je possède un autre de leurs miroirs , tiré d'une
( '63) grosse pyrite ^ticore conjecturale ^ qui atteste avec quelle adresse ils travaillaient aussi les métaux. Les calendriers de Tula et de Mexico, sculptés sur deux masses énormes , sont une double preuve de leurs talens dans les sciences et dans les arts. Vous connaissez sans doute celui de Mexico , je vous envoie ci-joint un dessin du calendrier de Tula *, le plus ancien sans doute, comme appartenant à des peuples beaucoup plus anciens dans YAnahuac que les Mexicains. Les Tulthecas peuvent être appdés les Mastridi cohr che sannodn Mexique; on prétend même que Tulieca signifie homme habile ; le mot Grand-Tulteca est passé en proverbe pour indiquer un homme qui sache faire bien ses affaires : un ma-* tois, un rusé. ,
Ces monumens vivans, que je viens de rappeler, parlent plus éloquemment qu'une dissertation sur la civilisation des anciens peuples du Mexique. Les trois calzadas 9 ou digues, qui existent encore à Mexico, et qui conduisent, comme autrefois, à trois des quatre portes principales de k ville : aux portes dlztapalapa, au Sud^ aujourd'hui de San-Pabb; de Tacuba, à l'Ouest; de Tapeya^ cacy au Nord, aujourd'hui de Guadalupe, prouvent leur habileté dans les grands ouvrages, comme mes trouvailles la démontrent dans les plus petites
* On ignore ce qu'est devenu roriginal, c'ett -à-dire la graiide pierre sur laquelle ce calendrier était sculpté. J'en donnerai aussi la copie en cas de seconde édition.
choses. Ces bagatelles soat devenues précieuses, en ce que l'ayarlce a fondu tous les ornemens d or et d'argent des anciens Mexicains, et la superstition a détruit le reste.
• Revenons et arrêtons-nous un instant sUr le calendrier de Tula , comme un monument qui serait d'un grand intérêt pour les Savans. Je n'en tracerai que l'historique et la configuration matérielle; je ne serai que le héraut qui ouvre aux savans la lice du combat. C'est ce qui, tout au plus, est de ma compétence ; je laisse le reste à la leUr.
Ce calendrier présente une année de dix ^ huit mois , et chaque mois de vingt jours , comme le calendrier des Mexicains : combinaison singulière avec Tannée des Abyssiniens ! Ils avaient , comme les Abyssiniens et la République Française , cinq jours complémentaires, qu'ils appelaient Vemonte-* mi, et qu'ils passaient aussi en fêtes et en complimens [jours complimentaires ) , comme les Français et les Abyssiniens. Comme eux et les Romains, ils divisaient les mois en quintidies et décades. Leur * année ressemblait donc, quant au nombre de jours, à notre année commune , de trois cent-soixaùtecinq : autre rapprochement remarquable ! mais on ignore ce qu'ils faisaient de ce» fractiobs annuelles, si habilement employées , d'abord par Jules^César, et mieux encore par Grégoire XIII.
Les Mexicains tirèrent sans doute leur calendrier de celui des Tulthecas : car ce fut à l'école de ces
peuples qu'ils puisèrent toutes leurs connaissances, quand ils arrivèrent dans VAnakuac ; mais leurs mœurs , leurs superstitions , l'arrangement politique de leurs Dieux et de leur culte , le leur firent probablement altérer par la suite. De là , les différences du calendrier des Mexicains et de son type ; et là même où il s'accorde par les noms , leur éty* mologie quelquefois diffère. Voyez dans Torquemada les mois Mexicains » et comparez ce qu'il en dit avec ce qu'indiquent les inscriptions faites sur celui des Tulthecas, probablement par quelque moine de la Conquête.' Vous pourrez, vous et vos amis savans, distinguer tous les points de ressemblance et en ti* rer des rapprochemens et des inductions utiles *.
Les historiens semblent avoir ignoré ce calendrier de Tula ; cependant , on croirait que Torquemada l'indique dans celui des Tlaxeaihlèques , en disant que ce qui diffère , dans leur calendrier , de celui de Mexico , ils l'avaient tiré d'autres Peuples ; ces autres Peuples ne peuvent être que les Tulthecas , où les Tlaxcalthèques avaient aussi puisé toute leur civilisation.
Ce calendrier des Tulthecas ne diffère pas moins du calendrier Mexicain par les figures ou hiéroglyphes qui président à chaque mois. Vous serea^
* Je Tois qu'il serait nécessaire de dooner ici aa moîna la planche de ce calendrier ; mais, attendu les circonstances actuelles du Mexique, le public doit être impatient de connaître un peu ces contrées. Le tempa presse donc , et je bâle l'impression de l'ouvrage.
étonnée d*y trouver YAquariwn , les Geniini , la Vierge, et d'autres emblèmes du nôtre. La lune y est peinte sous Fimage d'une laide figure , telle que nous Tavons vue chez les Sauvages du haut Missis*sipi , et telle qu'on la représentait chei; les peuples Européens , avant que Maria et Bianckini ne vinssent nous dire que la Lune était aussi un Monde.
Si Ton doit croire Aeosta, Tannée Mexicaine commençait en février; si Fon doit croire Torquemadâ 5 en avril. Le calendrier des Tultheeas indique le mois des Eaux comme le preniier mois de Vannée (le pluviôse de la République F^ançaîse) ; mais il est difficile de déterminer dans quel mois il commençait alors à pleuvoir; maintenant, tes pluies ne commencent guère qu'au mois de mai.
K parait que les Tulthecasetles Mexicains avaient également leur jubilé ; c'était à chaque cent quatrième année : leur siècle , qulls appelaient Ce/mektietiliztHy mot qui signifie une vieillesse^ ce qui indiquerait dans les Mexicains une grande longévité;
Quetzalcohuatl fut, dit-on, l'inventeur des calendriers dans le Mexique. Ce savant était un grandprêtre des Tulthecas : nouvel indice que le calendrier de Tula est celui qui' a enfanté tous les autres. On l'y voit vénéré au mois du Serpent , comme cet Homme" Dieu j qu'on croyait fils d*une femme et d'un serpent , qui habitaient la montagne de CoatepeCy ou la montagne du Serpent ^ près de Tula. 11
a consacré une fête dans chaque mois du calendrier : il était naturel qu'il ne s'y oubliât pas ^ et il méritait bien d'y figurer sous l'emblème de la sapienee. Ses descendans formèrent une caste sacer-* dotale prirrilégiée ; c'est naturel encore. Les descendans d'Aaron , de Brama , etc. , en firent autant.
Les historiens Espagnols disent que ce fut ce QuetzaleoAttatl qui prophétisa le premier leur arrivée par une tunique toute parsemée de croix qu'il portait eMstamtnent depuis une certaine vision. Si on ôtatt dé leurs livres les pages qu'ils y ont consacrées aux prophètes , aux jongleurs , aux Dieux et aux Diabies Mexicains , il n'y resterait presque plus rien }>o«r t'hist(^e.
C'est du seki d* un tel chaos d'absurdités , de superstitmns, de fables et d'impostures q|ie j'ai tâché de tirer quelque lumière sur l'Ancien Mexique. Ei^ore , sa^s mon guide , n'aurais-je certainement pas su débrouiller taut de ténèbres. Si vous trouvez , danâ mes récits^ quelque chose de satisfaisant , c'est à lui que vous devez en savoir gré. Mais , je ne vous le donne pas encore cotume parole de l'Évangile.
Cette lettre, satu^ que je m'c» doute , est devenue étemelle comme la précédente. Elle né pevit pas cependant finir ici. J^ai une Houvaslte à vous mon* trer, la plus intéressante, je crois /de toutes' celles que vous avez déjà vues. La. partie ihàtérielle seule vous offrirait «ne chose bien rare ; la partie scienti-
( i68) fique peut sérieusement occuper les sayans , les conduire même vers l'origine de ces peuples si sou-^ yent discutée et toujours nébuleuse. Les âmes gêné-, reuses, toujours sensibles à ce qui a, en quelque sorte, rapporta la régénération des peuples,, s'intéresseront d'ailleurs à ce monument par le souvenir d'un de ces hommes que , comme les de Las Casas , des sentimens vraiment chrétiens ont distingués de la turpitude cis*atlantique qui est venue désoler ces malheureuses contrées : on y voit un beau reste de la plume de l'illustre philanthrope et moine, Bernard DiNO DE Sahagun. On en a détruit ou caché les précieux ouvrages, si dignes de la plus belle célé-r brité, parce que ses sentimens avaient plus serv^ l'Évangile et l'humanité que la politique et l'avarice Espagnoles. Cette trouvaille couronnera m^ petites fatigues Mexicaines.
Je ne saurais vous répéter assez combien mOn cœur se sent soulagé, au milieu de ces souvenirs d'horreurs Européennes , lorsqu'il rencontre les traces d'un bon chrétien. Il faut le dire, parmi ces faux apôtres qui sont venus ici échanger leur im-r posture ^ leurs miracles pour de l'or et de la donûr nation , on a vu , quoique malheureusement en trèspetit nombre , des hommes évangéliques et géné-r reux. De tous' ces champions de la vraie Religion , 1^ Père Sahagun est un de ceux dont la sainteté a jeté le plus pur éclat .
Bemardûpip Bibeira , d'une famille respectable
d'Espagne , étudia à Salamanca et prit Thi^it de Saint-François , sous le nom de Bemardino de Saha* gtmj sa ville natale» dans la province ou royaume de Léon. D'une physionomie aussi belle que son âme, et avec dçs manières aussi distinguées que ses talent , c'était un moine un peu dangereux en Espagne, où le froc n'est qu'un manteau du vice et des passions : soit jalousie qui le chassât, soit sa propre résolution qui Iç décidât , il partit pour le Mexique, où il arriva, avecxi'autres moines , en 1 629,
Son cceur s'intéressa de suite au sort des pauvre^ Indiens ; et , instruit , il lui plut de s'occuper à les instruire. Pour mieux y parvenir , il s'adonna aveq ardeur à l'étude de la langue Mexicaine ; il y réussit si bien, qu'en peu d'années il devint, aux yeux mêmes des savans Mexicaip^ 9 le Dante , le Pascal , le Gessner, le Johnson, le modèle classique enfin de la langue du pays. Les deux rejetons des deux malheureuses Dynasties de Mexico et de Tescuco, que nous avons vus embrasser la Religion Catholique, furent, à la fois, ses amis, ses maître? et se^ disciples.
D. Antonio de Mendoza, le pi*wiier et un des plus dignes vice-Rois du Mexique, montrait une disr position d'âme également bienveillante; le Père Sahagun lui suggéra l'idée de créer un collège pour l'instruction des jeunes Indiens ; et ce fut près du couvent de Tlatlolco qu'il fut bâti. Plus de cent jçi^ies Aborigènes y étaient instruits. En sortaij^t 4?
là, ils devaient être instituteurs des différentes villes auxquelles ils appartenaient. Le P^e Sahagun en était le directeur le plus zélé , le maître le plus ha« bile. Que d'autres soins utiles aux pauvres Aborigènes , honorables ait nom Espagnol, ne leur prodigua pas son infat^able dévoûment? Mais, hélas! sa conduite n'était dirigée que par des vues philan^ thropiques ; l'Humanité était le héros de son cœur comme de sa plume ; il n'agissait et n'écrivait que pour elle, et son système d'instruction répandait déjà des flots de lumière dans ces régions conquises. La Politique et l'Avarice conjurèrent donc ccMitre lui : on le tracassa de mifie manières pendant sa vie , et, à sa mort, tous ses écrite disparurent ; le coHége et tant d'autres monumens de sa piété forent détruits commeimpolitigttes^ imprudens ^etc. Nouvelle preuve, Comtesse, que ces peuples Aborigènes n'étaient pas aussi brutes qu'il a plu aux Espagnols de les appeler; on voit qu'ils craignaient leur facile intelligence. Aussi, tous ceux qui échappèrent à la dechnatwn micidiale j que la politique y répéta si souvent, furent-ils inexorablement voués à une ignorance , à un abrutissement calculés pour en parsllyser le développement ou les progrès:
La vie du Père Sahagun fut toujours le plus aimable tableau parlant delà foi et de la sainte morale qu'il prêchait ; sa mort, une vraiecalamité publique pour ces pauvres Indiens, et un fleuron perdiv pîmr la cou|*omie de la Religion Chrétienne dan^ le
Mexique. Son corps fut embaumé par les larmes de ses pieux Néophytes, et son âme vola au Ciel y éterniser sa pureté. Cet ami de l'humanité aurait été canonisé s*i\ eut servi aux Souverains delà Terre; mais il était l'apotre de la piété et de la morale du Ciel^ il ne devint donc que Félu de Dieu et des hommes de bien. — Ses restes sont le dépàt le plus précieux de ce couvent de Saint-Franç4Ms ; ils sont Fobfet sublunaire le plus digne de vénération que l'aie rencontré dans mon pèlerinage Mexicain. Je crois qu'on doit m'avoir pris aussi pour un Indien , car on m'a vu souvent et bien dévot devant son tombeau.... Tel est l'empire qu'a , sur les émotions de notre âme , un digne ministre d'une pure Re-
Parmilesexeellen» ouvrages dont il aurait enrichi l'histeire de la littëvature ^ se distinguait surtout la traduction {etk langue Mexicaiîie) des Epttres et Évangiles domifiicauXj en formedepostilles et de sermons^ destinée à répandre la- lumière chrétiennesur un peuple dont' il avait pris tant à- eœuar le sort et FioBtructiou morale. On la dit d'un^s^éçwele plus pur et le plus élégant qu'on ait écrit ; on prétend qu'il a été aidé dans cette entreprise par les deux princes rejetons des Dynasties de Mexico et de Tescuco, qu'il avait déjà bien formés à la langue Castillane, comme pour se ménager deux habiles et imposans auxiliaires vers le butrelig^ux quil s'était proposé. Torquemada, luimême , quoique d'une religion politi(fue, tend à con-
( i;^ ) firmer ces observations, en disant : Llegado ( Sahagun )m esta tierra^ aprendio en brève la lengua Mexicana, y supola tan bien , que ninguno otro, hastd hoy, se le ha igualàdo en alcançar los secretos de ella j y ninguno tanto se ha ocupado en escrivir en ella , como ely parque, demas las obras, etc., etc. El escribio un^ muy élégante Postila sobre las Epistolas y E van- GEuos dominicales , en la conversion de los Senores principales de esta tierra (du Mexique). * Torquemada, toI. 5, page 4^9. A la page 387, il avait déjà dit que , sobre todos mas inquirio la profundidad delà lengua Mexicana**» Mais il résulte malheureuse^ ment , dans la même page , que fue esto padre en esto desgraciado que de todo quanto escriviby solohaque dado un libro que intitula : Psalmodias^ el quai hiço , para que los Indios cantasen en sus bailes cosa de edifica^ cion, etc. *"* Heureusement unautreouvrageaéchap-^ pé à cette sauvage conspiration , c'est précisément la una muy élégante Postila de las Epistolas t ev Angeles DOMINICALES : » et voilà ma trouvaille.
C'est un grand volume in-folio de deux cent cin-r
* « Arrivé (3^agun ) dans ce^ régioDfli, il apprit en peu de temps la langue Mexicaine, et y fit de tels progrès, qu'aucun antre n'est parvenu À en mieux comprendre les secrets et les beautés. Personne n'a plus é<;rit que lui dans cette langue; outre les ouvrages, etc., il a fait un commentaire des Épîtres et des Évangiles pour la conversion des seigneurs et des notables du Mexique. »
** Personne n'a fait de plus profondes études de la langue Mexicaine.
*** L'inconvénient pour la célébrité de ce Révérend, c'est que, de tous ses ouvrages, il n'en est resté qu'un , intitulé Psalmodie, et destiné aux Indiens pour leurs chants d'édification , au moment de leivrs danses^
quante pages d'une belle calligraphié , sUr papier de Maguey ou Agave , de la plus rare beauté , égalant le poli du parchemin , et surpassatnt bien la souplesse du Papyrus de notre Antiquité. Que ce soit Yélégahte Postilla, etc. , ci-dessous mentionnée , nul doute; témoin le Papyrus , qu'on ne pouvait trouver qu'alors en si grande quantité et si parfait j la date qu'on y Voit de i55â ; une inscription qui , quôiqu'en grande partie déchirée , laisse encore apercevoir clairement le nom Bemardino Sahagun 5 sur le front du carton; une note dont il résulterait que le Père Don Diego de Canizarez, un des compagnons et le grand ami de Sahàgun, faisait aussi usage de cette Postilla , etc. Tous ces indices ajouteraient à l'évidence], si l'évidence avait besoin d'auxiliaires.
A cette trouvaille, vous ai-je dit, se joint un épi-* sodé intéressant pour les âmes généreuses , toujours sensibles à ce qui se rapporte j en quelque sorte , aux régénérations des peuples : c'est une collection de feuilles de Papyrus , qui offrent des brouillons de leçons progressives , que le bon Père Saha|^uil donnait à ses premiers JNéophites, dans le Collège de Saint-Jacques de Tlatelolco , pour les instruirel dans notre abc, et les mettre ainsi en état de ren-^ .dre, en caractères latins, leur langue qui, avant, ne s'exprimait par écrit qu'au moyen d'hiérogly-^ phes. Ces feuilles , d'un Papyrus plus commun , mais d'une analyse plus facile, au nombre de douze.
( \74 ) collées ensemble, formaient le carton du volume ; elles en font encore partie int^ante. 3e me suis borné à les séparer tes unes des autres, avec tout le soin possible , afin d'offrir dans cet apprentissage , vraiment important , un nouveau monument historique d'un pays dont les Savans et les curieux n'ont que de bien imparfaites notions.
, Que les Néophytes royaux ( le fils de Moctezuma et celui du Roi de 'Tescuco ) aient aidé le Père Sahaguu à la formation du manuscrit , les probabilités qui s'en offrent spontanément montent presque à l'évidence.
Ces deux Princes étaient les seuls des deux grandes familles de l'Anahuac qui survivaient à cette funeste Conquête. Les moines devaient voir en eux deux puissans instrumens, aptes à faire jouer utilement les ressorts du prosélytisme; ressorts dont la traduction de leur Évangile n'était pas le moins important.
Il était nécessaire que cette traduction fût prompte. Les belles maximes de ce livre sacré , se prêtant à la bonne morale de tous les peuples, quand elles ne sont pas défigurées par la politique, pouvaient seules ramener paisiblement les Mexicains à une réconciliation sincère avec leurs Conquistadores ; sans ce secours , ceux-ci n'auraient jamais pu réussir à faire valoir notre Paradis comme un appât de la foi qu'ils leurs prêchaient ; car ces bonnes gens disaient tout simplement qu'ils ne voulaient
( »75 ) pas aller dans un Paradis où il y avait (jies Espagnols, croyant, par un raisonnement assez naturel, d'après tout ce qu'ils avaient souffert et souffraient encore, qu'ils ne pouvaient trouver que des tourmens partout où ils rencontreraient leurs bourreaux. Dans cette logique est encore une preuve que leur entendement n'était pas aussi brutal qu'on s'est^lu à le débiter.
Pour hâter cette traduction le plus possible , il fallait instruire d'abord dans la langue Espagnole les Mexicains les plus versés dans la leur. Il est a présumer que chez ces peuples ignorans personne ne pouvait être plus instruit qUe les deux princes ; et , par ces auxiliaires , on ménageait à la traduction même plus de respect et d'autorité. Toutes ces considérations n'ont pas dû échapper à la sagacité, à la sagesse et au zèle du Père Sahagun. Tout me porte à conclure que les deux Princes furent ses collaborateurs dans cet ouvrage régénérateur *.
A l'endroit où je l'ai découvert moi même, dans une bibliothèque où présidaient seuls la poussière et les Bibliothécaires de l'Jbbate Casti^ on tient pour constant , et on me l'a confidentiellement assuré , tout ce que je viens de vous dire sur Fauteur du manuscrit et les collaboratemrs de la traduction ;
*J'ai déjà parlé de ce manuscrit dans une lettre de New- York (3i août i8a5] au directeur de la Revue Encyclopédique, qui^ de son propre mouvement, à'a impiimée, vol. 3a , p. 61 1.
mais j'ai vonlu étayer la tradition par des argumens qui me sauvassent du soupçon A' aveugle crédulités
Il me reste maintenant à observer dans ce manuscrit ce qu'il offre d'intéressant à la sciencci Ne redoutez pas, Comtesse, une dissertation^ ce n'est tA dans mes goûts , ni dans ma patience.
Vous craignez peut-êti^e que je fasse du Mexique ce qu'ont fait de l'Italie les Maffei , les Marzocchi^ les Bardetti, les Micali , etc. : ils ont tout fouillé et tout confondu pour savoir de quel œuf sont sortis nos premiers pères ; et l'on m'écrit de Florence que ce dernier continue encore ses recherches , même en Suisse, pour régaler la République littéraire de trois ou quatre nouveaux volumes de mots conjecturaux^ Ils s'évertuent à nous apprendre ce que nous étions. S'ils demandaient aux Autrichiens ce que nous sommes , ils leur répondraient : — Tudeschi. Mais que ne nous disent-ils plutôt ce que nous devrions être !
Quand on veut vous parler d'origine, il vous semble peut-être qu'on va tomber sur vous avec les imtnenses glossaires du père Thomassin, pour' prouver que tout le monde est juif. Il n'avait pas ben soin, il est vrai de nous assommer de si volumineux in-folio y il suffisait de dire que Noé était Juif , et ses enfans marchands, pour renfermer dans une seule ligne tout le verbiage de ce fatras épouvantable. Non, Comtesse, je veux seulement remarquer en terminant , avec Leibnitz , Vico et autres^ que les langues sont les seuls monumens sûrs de
Thistoire morale et civile des peuples primitifs ; qu'en conséquence, c'est dans la langue- surtout des Mexicains que les philosophes peuvent trouver un guide qui les conduise a connaître , ou du moins à conjecturer, leur origine et leurs migrations. De Torigine des Mexicains sortiraient peut-être des inductions plausibles sur celle des autres peuples Américains.
La parole distingue t homme entre les animaux^ le langage distingue les nations entre elles. On ne connaît d'oUest un homme qu^ après qu'il a parlé* De ce grand principe philosophique^ où, grâce au Ciel, la mé* taphysique n'est pour rien , découle nécessairement le corollaire que les caractères qui représentent ce langage à la postérité sont le seul guide qui puisse faire remonter à l'origine du peuple auquel ils appartiennent. On s'est fort trompé , je crois , en pensant que les hiéroglyphes étaient les représentanaf de quelques langues. Cette sorte de caractères sup* pose déjà quelque société; ils ne sont que les représentatifs d'une seconde langue de cette société , la langue du mystère , c'est-à-dire des passions et de la politique. Au reste , ces caractères secondaires ne pourraient jamais conduire à l'origine d'un peuple par la comparaison , en les confrontant avec ceux d'autres peuples: les systèmes hiéroglyphiques ne varient-ils pas dans fes diflférens pays? C'est ainsi que ceux qui tenteraient d'expliquer les hiéroglyphes Mexicains par ceux des Égyptiens, tomberaient^dans T. II. I a
( «78 ) de grandes erreurs : les hiéroglyphes Mexicains parlcDt directement par la représentation des objets mêmes qui concernent le sujet ; et les Égyptiens s'expriment indirectement par des figures allégoriques.
De là une autre réflexion , c'est que la peinture (fobjeU paHans , comme la plus claire , était récriture principale « ou unique , des Mexicains , celle qui convient le plus à un peuple barbare ; et que là peinture de égares allégoriques , comme très-obscure, ne peut être qu'une écriture accessoire d'un peuple civilisé qui en a déjà une autre , mais trop commune pour y baser un système de mystères , objet exclusif du privilège des prêtres , tels que les mys-r tères des Egyptien Sv
Concluons donc que c'est par la comparaison des I-îngues, et non des signes, qu'il est plus facile de parvenir à la découverte de Torigine d'un peuple. C'est en comparant le Cophte au Syriaque, le Grec au Phénicien , etc. , qu'on a jugé que l'un venait de l'autre ; c'est en comparant la langue de mîon manuscrit avec les langues orientales, ou d'autres, qu'on réussirait peut-être à jeter quelque lumière sur l'origine des Mexicains. Cette tâche est d'au^ tant plus aisée que les é pitres et les évangHes portent tous l'Antienne, ou le titre , en laiin^ de cette ma, nière , on peut mieux conférer chaque évangile et chaque épître avec ceux déjà traduits par les sociélés Ëtaogéliques , Bibliques, etc., en différentes languies orientales.
( »79 ) Les réflexions que j'ai l'hoimeur de tous sou-^ mettre dans cette lettre sur l'histoire , et la langue des anciens Mexicains , ou Azthèques , ne sont que superficielles. Puissent-elles en faire naître de plus profondes ! Je serai heureux d'avoir, par ce moyen, ouyert un nouveau champ de science et de littérature à vous , Comtesse , à nos amis , et à la société* Je vous salue.
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