‹ Le Mexique (volume 4)Chapitre 3 sur 17 · ONZIEME LETTRE · texte numérisé non relu

ONZIEME LETTRE

SOUHAIRE.

Twïûchtiilan y znkmtenant Mcxrco.-^'Lcs différent quartier* de l'ancien et du moderne Mexico ; ses barrières et ses rem-» parts; autrefois une Venise , maintenant presque toute con-» tinentale. — Tableau statistique et critique des couvens de Mexico. — L'Inquisition, la Sainte-Hermandad. — Plan de Mexico. — 'La Cathédrale. — Prestige pour la multitude. — Empire despotique de l'opinion ou d'un bon mot d*un grand homme. — Le Sagrario : le Panthéon. — Merveilles et pensées du haut de la tour de la cathédrale. — Le grand volcan Popocatepetl ; les lacs Chalco et Xochimilco. — L'ancien temple, et le nouveau^ de Mexico. — La grande Place et le Palais du Gouvernement. — Le Palais du Marquisado del Valle; histoire qui s'y rattache. — L'auteur et le Duc de Montcleoue. — L'Italie, l'auteur, et la Restauration. — L'héritier du Duc de Monteleone, et sonhérîtage au Mexique. — Cet héritage, les Espagnols, et le Ministre Maman. — Les Barbares et les BarberinL — Magnificence , richesses des couvens et des églises Mexicains. — Le Catholicisme et les Beaux-ArtSé — Histoire des Beaux- Arts du Mexique ; les Artistes Mexicains les plus célèbres ; leurs étonnans ouvrages. — L'Académie des Beaux-Arts : influence de cet établissement. — Le Muséum. — La statue équestre de Charles IV. —Le Tribunal et l'École de Minerie. — L'Observatoire et le Baron de Humboldt. — Chefs-d'œuvre en ciselure. — Le Monastère de la Conception. — Une Religieuse et Fauteur : Réflexions. — Le Monastère de Vlnear"

nation. — Les Religieuses , Iturbide et les Prêtres. — luALameda : promenade publique. — Idée générale de Mexico; des environs, ses digues, ses aqueducs , etc. — Le grand sanctuaire de Notre-Damé-de-Guadalupe; origine prodigieuse de ce sanctuaire; ses progrès. — Thomas Woolston, Lord Bolingbrocke , Acosta et Torquemada. — Causes yéritables de la Révolution du Mexique. — Causes du Triomphe des Mexicains sur la Tyrannie Européenne. —

— Le Fédéralisme et ses avantages. — Le Centralisme agite et agitera à jamais la Colombia^la Guatims^la^le Pérou, etc.

— Les Ampjiictyons el la Ligue Achéei^ne.* — Progrès des Mexicains pendant le séjour de Fauteur au Mexique.— -Sagesse et modération du Gouvernement Mexicain. — Les calomniateurs, les mauvais prophètes des Mexicains; prophéties de l'auteur. — Forme et progrès de leurGouVernemeot. — Le personnel du Gouvernement : le ï*réstdent YittQria , le , Yice- Président BravO , les Ministres , le Congrès , le Sénat, l'Ordre judiciaire , etc. -^-Éloqoeçice et »« gesse du Prêtre de la Llave, Ministre du Culte et de la Justice. — Le Pape Lambertjni et l'Évangile. — La Religion : réflexions politiques ; aveu confidentiel et remai*quable de Boyer, Président de San-Domingo. — Les iPapés auraient besoin de connaître ce que sont au Mexique la Religion et le Clergé. — L'Ambassadeur Mexicain à la Cour de Rome. — La politique des Puissances Étrangères envers le Mexique. — Désintéresseipent des Députés de la- France et de l'Angleterre ; avarice coupable de ceux du Mexique.

— Le génie politique des Mexicains. — Les Journaux Mexicains. — Grande question, controversée entre le Gouvernement fédéral de la République, et le Gouvernement particulier de l'État de Mexico. r^ Opinion de. l'auteur, et Histoire de la Capitale fédérale de Washington. — Palais jod siègent Ifs Copijrès de la Confédération et de l'État. — Les habitant

de Mexico; les différentes Castes. — La Divina Progenies. — Los BUncos. — Le beau sexe et les cigaritçs, — La fumée métamorphosée en Amouryet l'Amour ep fumée. — Le Zendal des Vénitiennes, et le Mesaro desGénoiseS' — Le cheval de fauteur. — La sœur de Don Matiano Herrera. — Une FiprfL Mfixicana. — Conclusion de la lettre. .

Mexico, 17 avril i8a5.

Dans ma dernière lettre , je vous ai tracé un léger aperçu de TAncien Mexico et de son histoire ; laissons de côté son medieve, qui renouvellerait ces pénibles sentimens d'horreur que nous avons déjà trop éprouvés , et parlons un peu du Mexico ModeiMle. Yoyons^Ie d'abord sous son aspect physiqae. - Je vous ai dit qu'il n'y a plus aucun reste de VAnciétiT^'nochllitlan : le vandalisme, une politique barbare et la superstition , l'ont tout détruit de fond en comble. Quelques substructions ou fpndemens qu'on trouve encore dans le faubourg de San- If agp , appartiendraient plutôt à l'Ancien Tbtelolco^ et ne donneraient pas une grande idée des bâtimens dés Azthèques. i -

Lé Mexico actuel est divisé comme l'ancien , en quatre quartiers rebaj^tisés à la moderne. Celm de San-Pablo, aîicipnneiïient dç Tecpan^ embrasse tçi^t^ cettç partie dQ fe ville çituée euti^ te barrière Oriientale.et la Mi^BidioDiàkH Celui de San^Juan, aiitrefois de MoyMia, entre la barrière Méridionale et l'Occidentale. Celui ïîé San ta-Maria', Tlacdechînh-

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can^ entre rOccideiitale et la Soptetitrionalf?; et celui de San - Sébastien , Atzacuatco^ entre la barrière Septentrionale et la barrière Orientale. Il n a point de murailles , mais son enceinte est, de toutes . parts, close de fossés et de marécages qui en défendent assez bien les approches.

On nous a toujours peint l'ancienne YÎlle de Mexico comme Venise, bâtie sur des Ilots, au milieu d'une lagune , je veux dire dans les eaux du lac de Tescuco ; maintenant elle appartient presque toute au continent , du côté surtout de TOuest , le$ eaux de Te^uco s'étant beaucoup retirées. A TEst, au Sud et au iNprd , on l'approche encore sur des caUadas , sur des digues qui ont leur base dans les marécages du Lac.

Mexico est la ville sainte de l'Amérique ; ou du moins ses bâtimens «ont la plupart sacrés. 11 y a 36 couvens de moines : quatre de Dominicains : el Convento Grande, Porta Cœti, la Piedad et San^Ja-*' cihto ; cinq de saint François : el Covent4> Grande i Sant-^Iago de TlûtehlcOj Reeoleecion de San-Comte*, San-^Fernando de Miseionerosdepropagamla fide, et losdescalzasdeSaft'-Diega; quatre de Saint- A^igustin : elCovento Grande, San-Pablo^el los hospictosdéSan" Nicola»etéeSa}i'*Tï)nias;tvohde la Merced : Convento Grande, San-^Pedro Pasquol de BeUm^ et la Merced de la$ kuertas; un de Carmes; deuxdeiS^iw- Juan de Dios ; deux de la orden de la Caridad : San-- HippâUto et lo Spirito^Santo ; ntï de hs retigh^oi^

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Betiemitas ; un de los Canonigos Reguiares de 5aii- Antonio Abad; un de San-Felipe Neri; un de lo$ Monges Benitos ; un de lo8 Padres Agonizantes , et deux de Jésuites : elNoviciado et hi Professa , c'est-àdire,lecouventdes novices, et celui desvieux/?^wflrrf«. Vous savez que ces messieurs tenaient toujours leurs néophites loin des initiés, Matadores , afin de leur rendre inaccessibles les hauts mystères de Tordre, tant qu'ils ne s'étaient pas bien épurés au creuset d'un long noviciat et soumis à mille sortes d'épneuves.

On comptait vingt Couvens de religieuses; savoir : El Convento Real de la Concepcion^ de Regina^ de Babanera; el Convento Real de Jesus-Maria; el Convento Real de San-Geronimo; la Encarnaccion^ San-Loremù ; Santa-Ines; San-^oseph de Gracia; San-Bernardo; Santa-Teresa-la-Antigua ; Santa-* TeremrlorNueva; las Capucinas; Santa^Brigida ; la^ Ensenanza, ou Salezas; Santa-Catalina de Sena; ^anta- Clara; San-Juan de la Penitençia^ Santa^ Jmbel; ^l Corpus Chrisii de Senoras Capucinas Indiqsi Tous. ces Couvens, si l'on excepte les Jésuites utiles Bétlémîtes, conservent encore leur pleine activité.

. Plusieurs sont de petites villes, renfermant dans leur çnceinte d'autres Eglises et Confréries, outre l'Église et le Couvent principaux. Le Grand San-- Frmcis^ô,^, dans ses murs, de plus que la graad^ Église, celles de Yorden tercera^ de San-- Joseph

de los Indios, de de Nuestra-Senora de Aranzazu] del Santo-Christo de Burgos et de Nuestra Senora de Balvanera. On compte peut-être une centaine d'autres établissemens sacrés, comme les Paroisses, les Sagrarios^ etc. Et ce qui n'est pas Églises, Gouvens, et établissemens sacrés, appartient presque tout aux établissemens sacrés, aux Couvens et aux Eglises. Des rues entières sont la propriété de moines, de religieuses, de confrères, etc.

Ce petit aperçu statistique me conduit à conclure qu'il n'est pas étonnant que dans un tel pays le spirituel empiète si puissamment sur le temporel ; et toutes les autres villes principales du Mexique ressemblent en ce point à Mexico. Ajoutez les maisons de l'Inquisition, de la Satita-Hermandad^ de YAccrdada^ de las Missiones^ de la Crtizada^ de las Temporalitades, les grands évéchés, prebett^ dasj etc. , et imaginez quel petit empire avaient ici les humbles apôtres de Notre-Seigueur, auxquels il a dit, Regnum meum non est de hoc mundo; imaginez â quels abus, à quelle licence, a dû entraîner le vaste pouvoir profane, ces prétendus ministres du sanctuaire. Rome, le siège du vicaire de Christ sur la terre^ la capitale du monde catholique, n offre peut-être pas autant d'élémens de domination mixte que Mexico. Là, au moins, la volonté cède quelquefois à la décence ; ici l'on ne connaît d'autre frein que la satiété^ l'assouvissement de tous les

( '8^ ) désirs et de toutes les passions. Mais continuons à nous promener sous un point de vue tout matériel dans cette métropole transatlantique.

Le plan de la ville est carré; les rues sont spacieuses et tirées au cordeau ; richement ornées de grands et beaux bâtimens. Les principales viennent aboutir, des quatre points cardinaux , sur la grande place: ce serait précisément une image de Turin, si la place de cette dernière ville n'était bouchée au Nord par le Palais du Roi.

Au Nord de la grande place, s'élève, surprenante et majestueuse , la Cathédrale. C'est devant elle que, comme les Anciens devant le temple de Bélus, ou d'Osiris, ou de Jupiter, nous devons d'abord nous prosterner : elle mérite toute notre véaératlon; C'est un de ces bâtimens qui inspirent vraiment ce que signifie l'étymologie de temple de la contemflation , et font croire, ajoutant ainsi à l'opinion de certains philosophes, que si Dieu n'a pas besoin de temple, les hommes, au moins, ont besoin d'un endroit qui les dispose à mieux se recueillir pour s'élever à la hauteur de la Divinité dont ils sont rimage.

La façade est hnposante, quoiqu'un mélange de licence et de caprices architcctonîques. Je ne m'ar-^ réterai pas à la superfluité de ses ornemens ; cette manie Boraminesque a plus de vogue encore que la plus sage critique des imitateurs de Vîtruvc, de

( «87 ) Pallâdius, de Sansovîn, etc. De petits oriiemens sur l'extérieur d'un grand édifice sont comme des mouches sur un éléphant : ils interrompent l'œil du spectateur sans le fixer ; c'est du travail perdu ; ce sont des épisodes nuisibles à la noble simplicité qui doit ré^er sur tout ce qui n'est pas à portée d'un jugement de détail. Précisément, les plus beaux ômemens de cette façade sont placés à sa partie la plus élevée ; il faut, pour les voir, un télescope , et du tordcoUo. Cette partie , on l'appelle la partie Italienne , depuis qu'un grand voyrfgeur l'a' ainsi baptisée. C'est du mauvais goût dans les arts, et une calomnie de plus contre la pauvre Ita* lie. S'il avait dît Turqucy tout le monde répéterait Turque, Malheur au bon sens quand un grand sa-» vaut consacre une sottise ! elle devient bientôt un oracle. On a répété long-temps, et quelques*- uns répètent aicore , que les poissons ont été les pro-* géniteurs des hommes : pourquoi? c'est que Thaïes avait enseigné aux Grecs que l'eau est le premier principe de la Nature , et Maillet, sur ces données, avait bâti un système à peu près semblable. C'est l'aiitûrité tlu grand auteur de l'Histoire naturelle qui fait redire de leur chaire à des professeurs, que les coquilles sont les matériaux dont la Nature s'est servie pour former plusieurs pierres ; que 1^ chaux, h marne , etc, , ne sont que de la poussière , éek fragmens de coquilles. Si c'était votre très-hunible péferin qui asât prononcer de pareilles bêtises , oii

me pendrait , sans miséricorde , dans tous les jour-^ naux littéraires et non littéraires :

nie crucem pretium sceleris tulit, hic cUadema,

La façade est surmontée de deux côtés par deux belles tours. Je n'aime pas cette monstruosité ; c'est à mes yeux une anomalie en architecture. Les tours, selon moi, doivent être entièrement isolées : et voyez vraiment quels beaux monumens de l'art forment par elles-mêmes la tour de Saint-Marco à Venise, celles des Cathédrales de Florence et de Pise ! il faut cependant pardonner à l'architecte la distribution de ces tours , en considération de la beauté et des proportions qu'il a su y combiner. Des critiques l'ont blâmé de ne les avoir pas faites plus hautes i eh ()uoi ! cette façade a maintenant les oreilles de lièvre; elle les aurait donc eu de bourique^ comme l'Église de Westminster. Pour moi, je les admire, et, quoique peu élevées, elles sont bien loin de paraître deux écritoires^ comme celles ajoutées, par les Barbarini^ au Panthéon à Rome, et par Wren^ au Saint- Paul de Londres.

Un grand défaut, à mon idée, ôte beaucoup à la majesté extérieure de ce superbe édifice : c'est que l'atrium est au rez-de-terre. Rien ne relève plus la majesté d'un temple qu^un grand escalier, ou une rampe qui conduise a son entrée. Voyez comme la Cathédrale d'Arezzo se montre presque céleste par ce bel escalier qui en fait presque tout le tour. Si un vaste parvis ouvrait devant elle une perspective

( '89 ) lointaine , graduant la montée vers la petite sommité sur laquelle elle est sise , la Divinité s'y montrerait dans toute sa majesté aux yeux et à l'imagination de l'homme» Enfin un grand temple , sans un grand escalier qui y conduise , est comme un trône au niveau des sièges des courtisans qui l'environnent.

L'intérieur est léger et en même temps magnifique s combinaison difficile. C'est une belle et vaste croix latine , surmontée , au centre de ses jonctions, par un grand dôme, reposant sur quatre piliers aussi hardis qu'élégans. Cinq nefs en partagent la largeur , qui est de soixante-quinze varas *, et en mesurent toute la longueur, qui est de cent trentetrois varas. Ces dimensions sont de la plus belle proportion : l'œil s'y reposerait enchanté, ravi, s'il y voyait deux nefs, de moins, et que le chœur ne bouchât pas presque toute celle du milieu. Je vous renverrai ici aux réflexions déjà faites à cet égard dans la Cathédrale de Guadalaxara ; mais la sublimité morale qui découle de ce système de placer le chœur devant le grand autel, ne compense peutêtre. pas la majesté physique qu'il dérobe à un grand temple, comme celui de Mexico.

La grandeur des sacristies ne répond pas à celle de l'ÉgUse ; .mais on y remarque des peintures superbes des meilleurs pinceaux Espagnols ; des pin-

* La varas «st (ilus qn'unt «une*

( «9^ ) <^eaux Créoles s'y montrent aufcsi d'une manière dis^ tinguée. C'est dommage qu'on ne puisse presque pas les \oir; elles sont placées sous un faux jour ^ et dans des pièces extrên^ement sombres, faute double et impardonnable sous im si beau Ciel*

L'Église , jointe à la Cathédrale ( el Sagrario ) , celle qui sert aux fonctions paroissiales , est selon moi un accessoire plus grand que le principal, comme morceau d'architecture. C'est un grand carré qui vaut la forme du Panthéon ; coknme le temple du Vatican, plus \e le voyais, phis il gran-^ dissait à mes yeux.

Je ne vous parlerai pas de leurs richesses en ornemaoBd'or, d'argent, de pierreries, etc.; eUesdé^ passent mes calculs; et notez que beaucoup ont déjà glissé en Espagne. Vous le sentek ; quand on a une conscience assez imperturbable pour se soustraire à des ouailles, et mieux aimer courir où des passions nous appellent que gouverner leur destinnée spirituelle , on ne retourne pas les mainâ vides aux nK>ntagnes des Asturies et devant des Minis^ très de qui on attend, pour récompense de sa dései^ lion , un de ces humbles évêchés de l'Espagne.

C'est sous le cruel Philippe II, qu'on jeta la première pierre de ces grands édifices réunis ; ils iurent achevés sous le règne du débonnaire Charles II, ^qui , plus par faiblesse que par volonté , légua une ^erre terrible à ses sujets.

Saint Hlppolyle est le patron de la Cathédrale.

( •9' ) On l'a consacrée soub ce nom pour fêter le jour de l'entrée des Conquistadores dans Mexico. Tous les ans, au retour de ce jour, on faisait une grande procession pontificale , en actions de grâces , pour cet heureux événement. Remercier la Divinité eti pareil cas , c'est vouloir la rendre complice d'horreurs qu'elle abhorre , ou s'associer aux Grands pour de grands crimes, afin d'éblouir et rendre muets les Petits.

Montons maintenant sur une de ces tours , pour jouir de là- haut du grand spectacle qu'elle domine.

Voyons* le d'abord à la levée du soleil, je veux dire quand le soleil surmonte le sommet des hautes montagnes qui s'élèvent à l'Est et au Sud, et forment au centre de TAnabuac cette célèbre vallée qu'on appelle de Mexico.

Des vapeurs légères , formées par les eaux qui couvrent, comme en n^irni^rcAiV^ presque toute l'ardu de ce grand amphithéâtre , éclipsent comme d'un y oile transparent les profonds lointains de l'horieon. Le spectateur curieux cherche en vain à le percer de ses yeux avides pour atteindre les objets qui s'y meuvent derrière, il n'en saisit que l'ombre. Il lutte plus inutilement encore, quand le soleil, ne dorant que la crête des montagnes , comprime, eia les chassant , ces vapeurs importunes contre le pro* fond de la vallée* Mais qu'il est beau , Con^testo , de les voir se resserrer comme en une couche de

( 19^ ) Vénus , à mesure que les rayons du soleil acquièrent de la yigueur, et les dardent contre la surface de la terre , qui les dévorent à la fin , ou les font engloutir par ces mêmes eaux qui les ont produites ! Alors la grande toile est levée , et le spectacle le plus imposant se présente à nos regards , soit qu'on les élève vers ce beau Ciel, dont le pinceau de Déjardin ne saurait rendre l'azur ; soit qu'on les arrête sur la terre , qui offre de tous côtés des scènes que Claude essaierait en vain d'imiter. Et qui pourrait peindre le grand Volcan de Pojwcatepetlj au Sud- Sud-Est, élevant au Ciel son encens, perçant de sa cime les régions aériennes à 2,77 1 toises (Humboldt) au-dessus du niveau de la mer , et redoublant son offrande , en se renouvelant , comme dans un miroir , dans les eaux du Chalco et du Xochimilco , qu'il nourrit lui-même de la fonte de ses neiges étemelles? Qui décrira le contraste frappant de collines les plus riantes, les plus variées, avec des rochers les plus escarpés , les plus romantiques , qui surmontent la vallée à l'Est et à l'Ouest? Qui peindra , enfin , la débouchée , au Nord , dont l'élévation insensible se perd dans les brouillards du lointain? Et ces villages répandus dans ce vaste bassin, dont quelques-uns semblent sortir avec leur clocher du sein des eaux des lacs , tous grands épisodes et grands acteurs sur la scène? Et le merveilleux panorama de Mexico et des environs que vous avez sous les yeux? Et les- pensées qui viennent

( '95 ) VOUS agiter sur le passé , tous étonner du présent , et vous faire pénétrer de mille vagues conjectures à travers l'avenir? Ce sont des tableaux et des émotions que ma plume ne saurait vous tracer, mais vous saurez les imaginer.

Encore un mot sur cette Cathédrale. Elle est sise sur le même terrain où s'élevait le grand Thro^ callL Que n'employait-on , au lieu de le détruire , ce beau monument de l'antiquité Azthèque pour servir de base à la Cathédrale, d'où elle eût dominé^ comme d'un trône vraiment divin, toute la ville et la vallée? Ces deux grands colosses réunis auraient formé le plus beau séjour que la Divinité ait jamais eu sur la terre , et un édifice unique dans son genre. Quelle grandeur!... Quelle majesté!... Quel spectacle surprenant !.,. Je ne peux en détacher mon imagination. Il aurait attiré bien d'autres pèlerins que moi du monde entier. Mais les OrthodoiLCS me répondront : « Nolite miscere sacra profanis. » Ce serait interpréter bien mal le sens de l'Écriture : c'est des langues impies, imprudentes, dont elle entend parler par ce précepte. Elle dit aussi : Sanctifiez les endroits impurs. On utilise de la sorte, en accomplissant le vœu de l'Évangile , ce que la superstition se plaît à vandaliser. Et ne s^eston pas servi d'une grande partie des pierres du Théocalli pour bâtir la Cathédrale?

La Cathédrale forme , conime je vous l'ai dit , la partie Septentrionale de la grande place. Le palais ,

autrefois des Yice-Rois , maintenant du Gou yernement , en longe toute la partie Orientale. C'est un grand carré isolé , qui peut-être a plus d'un mille de tour ; c'est la résidence du Président , et le di* castère de tous les ministères , de tous les tribunaux, et d'autres départemens administratifs; c'est le siège de l'Hôtel-Monnaie , le seul jadis dans le Mexique , partant riche et célèbre , mais paralysé aujourd'hui par la concurrence d'autres Hôtels que la Révolution a sagement élevés dans plusieurs pro* vinces. Ce grand palais contient encore d'autres établissemens publics , un quartier de soldats , et le jardin botanique. Des cours spacieuses et de beaux portiques en resserrent , à l'intérieur , la grandeur et la magnificence.

A l'Ouest de la Cathédrale s'élève le palais del Marquisado del Faite. Il faut que je vous explique ce nom par une petite narration, où je me permettrai de glisser aussi par incident votre très-humble serviteur.

Vous savez que Cortès, comme Colombo, eut la douleur de voir l'envie et la calomnie conspirer contre lui. Dans une Cour aussi soupçonneuse et corrompue que celle d'Espagne, il ne fut pas difficile de le faire passer comme ambitieux, et de le mettre à deux doigts de sa perte. Il était encore au Mexique, que le ministère envoya un Vice-Roi prendre les rênes de ce Gouvernement, qu'on avait, en quelque sorte, octroyé à sa famille comme une

( «9^ ) récompense de la Gouquète. Cependant le sentiment de la décence et de la gratitude criant un peu fort, le Roi lui accorda en propriété une grande étendue de terres^ qu'on érigea en Majorasco^ sous le titre de Marquisado del f^alle^ le marquisat de la vallée à^OaxacUy qui reufermait la plus grande partie de terres allouées* Le Roi, à l'exemple du pape Alexandre YI, faisait don de ce qui ne lui ap* partenait pas ; mais, ce qui est plus monstrueux encore^ c'est qu'il donnait avec ces régions, tous les Indiens qui les habitaient, de façon que ces malheureux se virent à la fois dépouillés de leurs propriétés et livrés au plus affreux esclavage* Qui ne frémirait d'indignation au souvenir de telles horreurs?

Ce marquisat passa régulièrement â toute sa descendance, qui finit par une femme, mariée dans la maison des Ducs de Monteleone, à Naples; ce fut donc l'aîné de la maison Montelecme, qui de-* vint de droit l'héritier de ce grand Majorasco. Mais on n'en tirait pas le gain attendu : les ministres, les Yice^Rois, las Audimcias^ etc. , tous se plaisaient a mettre la main dans cette riche cornucope; tout le monde en tirait quelque fruit ; et la rapacité des administrateurs ne demeurait pas oisive.

U vous souvient qu'en 1812, ma santé était très^ dâabrée, et que les médecins , attribuant quelquefois les maladies à ce qu'ils croient pouvoiir flatter ks molades, disaient qu'il me fallait un peu de ne-

( «96) pos, changer d'air, etc. Le Grand-Juge, ministre de la justice, m'accorda un congé d'absence, et je fus passer l'hiver à Florence. Là, j'eus l'honneur de faire la connaissance du Duc de Monteleone, qui Tenait de Paris, jadis Ambassadeur pour Murât, à la Cour de Napoléon. Il daigna m'ouvrir son amitié et agréer la mienne. Ses bontés pour moi, et ma dévotion pour lui, augmentant tous les jours, se changèrent bientôt en la plus étroite intimité. Il me parla de son Marquisat Mexicain, Voyant déjà de la pétegrinomanie dans mes désirs, il me proposa, si je voulais y faire un voyage , d'y régler ses affaires»

Conseiller à une Cour Royale, et sachant que le Vice -Roi m'avait proposé comme Président à la sanction de Napoléon, c'eût été une ingratitude d'abandonner mon poste, et même une bassesse dans un temps où les affaires politiques et militaires commençaient à menacer ruine : nous remimes donc la partie à d'autres temps.

Cependant lord Benthink vint débarquer à Livoumeavec ses troupes, de toutes les couleurs^ proclamant Y Indépendance Italienne^ qu'il alla enterrer au marché de Gênes. Il venait de Sicile, et portait de» lettres pour Monteleone. C'était son beau-frère, le Comte de San^Marco , et d'autres de ses illustres parens, qui lui apprenaient que le Roi Ferdinand avait fait lever la saisie fiscale de ses domaines en Sicile; qu'il tirait un voile sur les vertiges que la

( 197 ) Révolution française avait apportés en Italie, lut rendait sa grâce et son affection, et qu'il le verrait avec plaisir se rapprocher de lui. On l'assurait qu'il n'y avait rien d'insidieux dans l'expression de ces sen-* timens ; qu'il n'avait rien à redouter, puisque Caro^ lina n'était plus là. Il ne tarda pas à partir sur un vaisseau Anglais, et rentra fêté par les siens, comblé de bontés par le Roi.

Au milieu de ses consolations et de ses grandeurs, il n'oublia pas, vous le savez, votre serviteur, qu'il honorait, comme vous, du titre précieux d'ami. Il m'écrivait souvent, et me rappelait parfois l'affaire du Mexique.

La Restauration, qui empiétait impitoyablement sur tout, avait aussi détruit le plus bel édifice que l'Italie ancienne et moderne eût jamais consacré à l'Humanité : l'ordre judiciaire et l'administration de la justice créés par Napoléon ^. J'étais donc li-^

* Le lecteur qui sentirait quelque sympathie pour moi aimerait peutêtre à savoir que la Restauration n'eut pas la satisfaction de me balayer devant elle comme tous mes collègues : je la prévins , et je rappelle avec quelque orgueil cette circonstance.

Deux ou trois de ces Varicolorx, qui transigent facilement avec tous les temps et toutes les opinions , avaient déjà adjoint à la Cour , en qualité de suppléans , des hommes qui méritaient plutôt d'être jugés que juges , mais dont on croyait se faire des protecteurs pro futuris coni'mgentibut, D'uD caractère peu malléable , et le moins cérémonieux dans le langage que me dicte ma conscience ou ma dignité , je refusai nettement de siéger dans l'enceinte auguste de la Justice avec cette sorte de quorum ; je protestai formellement devant toute la Cour réunie, déposant ma àé^ mission sur le bureau du Premier Président. Les Autrichiens occupaient alors pour Sa Sainteté les Marches d' A ncône (prises sur Murât) •* le-Gom-v

C >98 ) bre alors, la Cour ayant été remplacée par Tlnqui-* sîtion, les juges par des Jeffery; et je voyais ayec plaisir que le bon Duc daignât toujours flatter mon inclination ambulatoire. J'étais sur le point de par^ tir pour la Sicile, où il m'avait fréquemment invité avec une insigne bonté, quand une lettre de son secrétaire m'annonça sa mort. Des chagrins amera avaient, en peu de jours, dérobé à la société un de ses plus iQustres, plus aimables omemens; à ses sumîs, l'âme la plus noble, la plus généreuse ; aux siens, : le parent le plus aimant et le plus digne d'être aimé.

Son héritier , le Duc actuel, que je n'ai pas Thoniieur de connaître, volait, de son imagination, plus ardemment encore que son père, sur ce Dorado réel \ il dispoeatout pour le resserrer dans ses mains, et chargea de l'eitécutioni de ses volontés M. le Comte Luehesi , frère du Prince de Campo^Pranco, dont le jeune Duc venait d'épouser la fille. M. le Comte s'acquitta avec talent de la commission; it sut tirer parti de ce qu'Iturbide convoitait la clientelle des grands , pour s'en faire un appui. En lui

xphmm9 IiBpéviBk se refttia à ma deaiande. Je- prit ma démiioioii ih fii^t»^ et me retirai à U campag^. J'y TÎTai» depui» deux mois proeup MISO#w», Mut mmiMHum priicû gemg , quand la Retiaufatian vint ehaiter ta Coiir , les Jugœ at ta Justice. Geax ^ui comptaient la phia suv lenr». manège» «t kcMir sooplesM pelitiqoa ^ ftirant éaoadaits déplu» mauvaiMgféci^aiiofitaqaa toni les aotru. C'est une bonne leçon ponr qulaonquetftmk qu^M» puiaia sffacMemeBfctnnsigev arec de viêHlêê ImbHmétê, dewi$iH0 fenttqus» , qui n'oni rUmapprUtt rUn eukiii.

( *99 ) faisant sa cour , il obtint , pour sou commettant, la réintégration du Marquisado , qui avait été , en quelque sorte, séquestré pour le compte du Gouvernement , et que la Révolution menaçait et menace encore de confiscation.

Il est impossible de vous montrer les richesses de cet héritage ; qu'il vous suffise de savoir qu'une grande partie de ce qui n'appartient pas aux moines, aux religieuses , etc. , dans la ville , est la propriété de Monteleone ; et que des r^ons immenses dans la province d'Oaxaca et ailleurs , sont sous la rubrique du Marquisado del Faite. Les millions de têtes de bétail qui se trouvent encore dans ses haciendas , formeraient seuls un des plus riches patrimoines Européens. Tels et si vastes étaient les domaines de ce Marquisado j que Cortès , au lit de la mort, prescrivait à son héritier, dans son testament , « de consulter les théologiens sur les richesses immenses qu'il avait obtenues comme récompense de la Conquête; de s'enquérir si la possession de tant de biens volés aux Aztèques était légitime ; si les lois divines ou humaines permettaient de les dépouiller ainsi , et de les réduire à l'esclavage , par cela seul qu'ils n'étaient pas Chrétiens ; il lui prescrivait enfin de les rendre aux anciens propriétaires ou à leurs héritiers , avec leur Uberté , si les casuistes repu talent injustes toutes ces usurpations. » Il paraît que, ou cet héritier n'en a rien fait, ou que les

casuistes n'ont pas été bien scrupuleux : ce Marquisado est encore tel quel.

Les administrateurs avaient envahi la plupart des revenus de cette grande Cocagne ; c'est ainsi que de misérables Espagnols , qui étaient venus égratigner le pavé de Mexico de leurs clous biscaîens, sont devenus millionnaires. Les chasser, c'eût été ouvrir la porte à d'autres qui se seraient senti la volonté ou le besoin d'en faire autant ; les animaux gras dévastent moins un terrain que les maigres : M. Luchesi a donc eu la sagesse de transiger avec eux pour le passé et l'avenir; il les a presque tous maintenus dans leurs emplois. Pour s'appuyer aussi, comme les Mineurs Anglais, â l'influence d'un homme qui sait faire valoir les prestiges d'une faveur aveugle, et qui a le pied dans tous les étriers , il en a confié , avec la procuration générale , la surintendance à M. le Ministre des affaires extérieures. C'est l'homme fashionabte du jour; tout le monde croit y trouver son affaire, et il fait les siennes à merveille.

M. le Comte de Luchesi est déjà rentré en Sicile, pour rendre compte de ses opérations à M. le Duc de Monteleone, qui doit en être satisfait* Voilà l'histoire du Marquisado del Valle^ ab ovo usquead mala. J'ajouterai , comme un hors-d' œuvre ^ que Monteleone , avec un tel surcroît de richesses, et quoique déjà par lui-même l'un des plus riches Magnâtes de l'Europe, allait tomber dans la plus

( ^oi ) grande détresse , par une suite des péripéties de la Révolution, si la main généreuse de Napoléon , qui l'estimait beaucoup , n'était venue à son secours.

Le palais du Marquisado était autrefois le palais du Gouvernement , et celui du Gouvernement , le palais du Marquisado. Une ordonnance royale en fit un échange; et, vraiment , l'un était trop étroit pour le premier, et l'autre trop spacieux pour le second. C'est un beau bâtiment; il contenait quelques manuscrits précieux; mais quod non barbari fecerunt bar barini ^ comme dans le palais du Gouvernement» Il est sis sur l'endroit qu'occupait le palais de Moctezuma. C'est le plus illustre souvenir qui maintenant le distingue.

Les églises et les couvens de Saint- Augustin , de Saint-François, de Saint-Fernando, de Saint-Dominique et de la Professa, méritent l'attention même du voyageur qui arriverait directement de Rome. Grandeur , magnificence , majesté et richesse, et les beaux-arts y ont tout prodigué, et en ont fait de superbes muséum. La peinture surtout y domine d'une manière admirable.

Le Catholicisme , par la multiplicité des temples , des objets et des images qu'il consacre à son culte , est partout le grand protecteur délie tre arti sorelle *» Mais je n'aurais* jamais cru qu'il eût pu leur faire passer l'Atlantique avec tout leur luxe , leur élé-

* Les trois Arts $œur$, l'Architecture , la Peinture et la Sculpture*

gance et leur beauté. J'imaginais, et les mines favorisaient ma conjecture , qu'au Mexique , les richesses si vantées de ses temples , de ses palais , etc. , con-^ sistalent simplement en une grande profusion d'or et d'argent. Un étalage si extraordinaire de talens , de beaux-arts dans cette partie lointaine de la Terre, m'a donné le désir d'en recueillir, çà et là, une petite histoire ; elle vous intéressera , Je crois , d'autant pins qu'elle est également inconnue ici et au delà des mers , et que vous y verrez des Indiens s'y placer au rang des plus habiles artistes.

Les mosaïques en plumes, que j'ai illustrées dans ma lettre sur le Mechouacan, et les quatorze petits tableaux qui vous ont montré, dans ma précédente, toute la Dynastie des anciens Rois de Mexico j doivent être considérés, à mon avis, comme les chaînons entre les beaux-arts de l'ancien Anahuac et ceux du moderne. Ces chaînons ayant été faits au moment même de la Conquête, touchent à l'apogée de leurs beaux-arts , comme unissant l'époque où le naturel des Indiens leur avait donné le plus de lustre et celle où les modèles , apportés par les Espagnols, commencèrent à seconder la nature, et perfectionnèrent le produit de ses natives inspirations, en répandant les notions du dessin. La tran*sition de ces deux périodes dut donc être plus brusque ou moins insensiblement ménagée que dans notre Vieux Monde , où presque toujours les beaux - arts joignent une vieillesse décrépite

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à une jeunesse capricieuse et san& expérience.

Après la Conquête, le premier artiste Européen qui apporta ces lumières dans le Mexique, le premier au moins que j'aie pu retrouyer dans mes re-^ cherches , fut un certain Arteaga. Un tableau , la Visitation de la Vierge à santa Theresa^l' Antigua^ fait connsdtre que son pinceau appartenait à ce style éleyé, expressif et touchant qui distinguait alors Té» cofe Espagnole. Il était aussi architecte , et c'est peut-être à lui que sont dus une partie des beaux édifices de la yille. On croit qu'un Indien, nommé Telpochtepico, et qu'on prétend lauteur de mes quatorze tableaux chronologiques, a étudié sous cet artiste, et a fait avec lui de grands progrès. C'é^ tdlt un Indien du Mechouacan , l'Attique de l'an-* cien Mexique.

Christobal Yillalando vint après; il était pareil-* le&œnt peintre et architecte. On yoit de superbes, peintures de lui à Saint-Augustin et à Saint-Fran** Çois ; s'il est vrai que le dessin de l'église Saint- Au** gttfllin soit son ouvrage, certes, c'était le Palladius de sa nation. A mon avis, c'est l'édifice le plus hardi, le plusmi^estueux qui soit au Mexique. II a peint àZûlaya, à Queretaro et ailleurs; et partout son pinceau a été admirable.

Le Révérend père Prieur des Augustins m'a montré un tableau sur bois, qu'on laisse dévorer par la poussière, dans un corridor du couvent. II t'attr&ue i y tllapando, sans se douter qne c'est peut*-étre un

des plus beaux ouvrages de Morillo. C'est un saint Pierre qui se repent d'avoir nié trois fois notre Seigneur. On y voit la grossièreté et la faiblesse d'un humble pécheur, le repentir humain marié à un divin espoir, que répand déjà sur ses traits la grâce, avant-coureur du Saint-Esprit, qui doit résider en lui. Les traits du coq expriment tous les reproches amers dont il perce son cœur de son chant indigné et pénétrant. La solitude de la scène est la plus sombre et la plus touchante : on s'y promène dans la plus profonde contemplation, sous des arbres touffus, au milieu d'antres et de rochers. Le romantique, le sublime, le terrestre et le céleste, tout y est peint de la manière la plus frappante , et le sujet rappelle, avec la plus naïve expression, les tant d'autres apôtres qui, tous les jours, nient, par leurs actions néfandes, ce divin Rédempteur, que leur voix hypocrite offre sans cesse aux autres comme modèle à imiter. Si quelqu'un de nos amis vient à Mexico, qu'il ne laisse pas de voir ce chef-d'œuvre de l'art, en supposant qu'il l'y trouve encore; mais en y allant l'admirer souvent , je crois en avoir relevé un peu trop le prix aux yeux de ces Révérends Pères qui céderont, en conséquence, à la tentation de le faire disparaître.

Le troisième artiste Espagnol fut Baldasar Chaves. Il a laissé de bien beaux tableaux à la Professa. On y voit beaucoup de la manière du Guercino.

Le dix-septième siècle eut grand nombre d'artis*

tes Mexicains, la plupart élèves de ces trois artistes^ Les plus illustres furent Manuel Oretlano^ Antonio Aquilera^ José Torres^ Clémente Lopez^ Andres Lo^ pez et H errera^ surnommé el Divino ^ parce qu'il peignait divinement. Les deux tableaux que j'ai vus de lui, l'un dans la cathédrale et lautre dans l'église de Jésus et Maria, justifient assez l'épithète qui l'honore. Dans l'église del Encarnacion^ une Notre^ Dame^e-Guadalupe offre un grand talent de dessin et de coloris dans VAquilera^ et le palais de l'Inquisition montre un pinceau hardi, quoique un peu maniéré, dans les peintures de Torres.

Le dix-huitième siècle fut le siècle de Léon X du Mexique : on y a vu briller des artistes , dont les ouvrages orneraient, avec distinction, les meilleures galeries de l'Europe.

Les trois Rodriguez, Louis ^ Juan et Nicolas^ flo-* rissaiént au commencement de ce siècle. Les ouvrages de Juan à la Cathédrale, à la Professa, méritent vraiment le sobriquet de Grande dont les Mexicains l'ont distingué, et son saint Christophe à Saint-Au* gustin est un morceau aussi gigantesque dans sa figure que dans la perfection de l'art. On voit beaucoup du Caracci dans son pinceau, et peutêtre en est-il plus parfait dans son dessin et son coloris. Son oncle Louis et son frère Nicolas méritent de la même manière le nom de Rodriguez ; le couvent de Saint-François et Saint-Lazare en font hautement foi. Us étaient Mexicains.

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Lé père Manuel f Jésuite Mexicain, peignait »JU mirablement des deux mains. La Cœna, dans fe réfectoire des Pères Fernandinos, est un bel échantillon de son talent,

Juan Correa devait posséder autant de facilité que de talent dans la peinture; car il a rempli le Mexique de ses ouvrages* Son coloris n est pas le plus beau, mais sa composition est grande et sublime. Ses ta^ bleaux, dans la sacristie de la Cathédrale, et ses fres-^ ques,dansrËglisede5aii/a**jrÀ^^sa-/â*ydfr/rt^eia,avec tous leurs défauts, annoncent un fameux artiste; grand en tout , il a fait aussi un grand nombre d'élè* ves, qui, tous Mexicains, se sont plus ou moins distingués, tels que \e Cabrera^ José Siarra^ Antonio A quillara^ Antonio Sanchez^ JosédeCrudecindo, etc. , qui firent fleurir, avec d'autres s le milieu du dix-huitième siècle.

Quelques-^unes des peintures de Cabrerai furent appelées les merveiilés Anuéricaines , et toutes sont d'un haut prix. La vie de saint Dominique, peinte par lui dans le cloître de Saint-Dominique; la vie ^e saint Ignace, et Y histoire du cœur de l'homme, déformé par le péché mortel^ et régénéré à la re^ ligion et à la vertu ^ peinte dans le cloître de la Professa, offrent deux galeries que ne surpassent pas le cloître de Saînte-Mari&*Novella à Florence, et le Campo-Santo (k Pise. Je hasarde trop peut-être, si )e dis que Cabrera vaut tout seul, dans ces deux cloîtres, ce que valent tous ensemble les dif-

( ao7 ) féreaft artistes qui oot peint ces deux grande galeries Italiennes. Il a les contours de Coreggio , Tani^^ mé de Dominichino , et le pathétique de MoriUo. Ses Épisodes, comme les Anges, etc. , sont d'une beauté rare. Suivant moi , c est un grand peintre. Il était aussi architecte et sculpteur en bois : le Michel-^Ange du Mexique.

François^Antoine FallesQ, un bon peintre de ces temps, a laissé dans le collège de Saint -Ydelphonse de précieux monumens de son art , et notamment le tableau de là mort de saint François Xavier.

Les peintures dans le cloître de Saint -Fernando offrent aussi un artiste distingué dans José de Paez.

Jo$é I barra, contemporain de Cabrera, et élève, comme lui , de Correa , a transmis , à Sainte-Ynes , aux Betlémites et ailleurs, de beaux modèles à la postérité.

Mariano Vasquez est le Carlin, Dolce du Mexique: digne élève de Cabrera. Ses ouvrages, à F Académie et aiUeturs, motivent mon opinion.

Les peintures que Ton a conservées de Jo9é Alci^ vaz dans le cloître supérieur du couvent de Saint- Augustin , attestent qu'il n'a pas été bien inférieur à so^ maître , VI barra. Un saint Louis Gonsaga, dans le Sacrario de la Cathédrale, s'offre sous un aspect non moins remarquable.

Domingo Maurique, fut un grand omatiste et bon architecte.

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La fin du siècle eut ses grands artistes comme le commencement et le milieu.

Joaquin Esquivel aurait été classique s'il eût été moins pressé dans ses ouvrages, qu'il a fort négligés. Il couchait son génie, si je puis m'exprimer ainsi, sur sespeintures^ sans trop s'arrêter au dessin, et aux concordances. C'est ce dont témoignent ses tableaux dans le cloître de la Merced , et dans l'Église de Loreto. Il était né grand peintre ^ mais il n'eut pas la patience de le devenir. Ses ouvrages me semblent annoncer de grandes qualités et de grands défauts : ce n'était pas moins un notable artiste

Juan Saens a peint presque tout l'intérieur du dôme delà Cathédrale. La mort le surprit au milieu de son entreprise. Elle fut achevée par Raphaël Ximenes, directeur actuel de cette Académie des beaux-^rts. Il a dignement remplacé l'artiste Mexicain ; mais ce qui reste du pinceau Mexicain est un pendant de comparaison bien importun pour lamour-propre rival de l'artiste Espagnol. Au reste, le second n'a travaillé, je crois, que sur les études et (es dessins du premier.

Manuel Garcia , et Juan de Urtado furent grands peintres en perspective, et bons architectes. On leur doit la plupart des monumens , ou les Sancta Sanctorum^ qui resplendissent de beauté, de richesses 'Ct de magnificence sur les grands autels des Églises principales du Mexique.

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Le dht-huttième sièctea coaipié d'autres artistes distingués en tout genre : copmme les trois frères , José 9 Mariano et Alessattàro Guerrero ; lès José MfanO) Manuel Sema, Ignacio Caestro.^ Raphalèl Gutieres^ Andrés Intas^ etc. Tous Mexicains.* ' Note^, Comtesse, que ces artistes ^ qui firent les meilleurs temps des beâux*atts dans le Mexique , ont tous principalement puisé leur p^érfection dans leur propre génie , n'ayant ni académies , ni autres établissemens' publics, pour le cultiver ou le faire naître, et que leur siècle Leànin a fini avec le com-« mencement d'une Académie fondée en 1 78 1 , Depuis son- établissement , il n'y a plus eu un seul artiste qui se soit même approché des Yillalpando , des Rodriguez, des Herrera, des Correa, des Cabrera, des Ibarra, etc. Et pourquoi? C'e^t qu'en établis* sant des académies sans de beaux modèles et de sages règlemens, on fait pire qu'à n'en fixer pas du tout. C'est faire violence au Génie que la nature inspire et qu« le goût et le bon sens .coirig^it , sans l'instruire; c^est décourager ou arrêter l'élan lia-* lurd sans Je régl^; c'est détruire sans réédifiër ^ eu réëdifier înaL

On solrânisa l'ouyerture. de i'Âcadémie>;par fe cbncouFS del Virey, de la AUdtenetay ett.^ et on la mit spus les auspices de Carlos Tereero. CecicioaTeni£t d'autant oûcux que Carlos Tèrcero était omas-i* Sœloiott Boi ; mois il ne l^ésulte |)as de là ùw.AoaH demie ; il iaut de bona professeurs ; et l'on doit

( ^^^ ) ménager l'orgueil, sinon national (puisqu'on s'était bien gardé de laisser prendre de la nationafité aux Mexicains , comme on fait en Italie des Italiens) au moins populaire. On la rempKt d'Espagnols ; elle devint tout Espagnole. Ses élèves, ou bons ou mauvais , étaient seuls artistes de droit , et le génie Mexicain rentra tout entier dans le siècle passé. Maintenant l'Académie n'a qu'un beau local , une galerie passable , et une collection de plâtres trèschoisie. Un gouvernement national peut lui donner un nouveLélan ; mais il faut du temps ; car, avant tout, il doit sagement s'occuper de sa situation politique et financière ; et les beaux-arts reviennent lentement. Qu'on ait soin , en attendant, de ccmser* ver ce cpie leur a légué le génie de leurs anciens artirtes. Il y a de quoi former une des plus belles galeries du Monde.

YoQà, Comtesse, un court aperçu des beaux** arts et des artistes Mexicains. San» doute il est loin d'éftre complet, et je n'ose même me flatter qu'H soit coirect; mais il peut servir de guide à d'autres qui auront plus de moyens d'en foire une histoira soignée. Certes , l'objet en vaut la peine, et je d^ ûte qu^on ractifie mes fautes. Je n'écris que des lettres , et le style épistolaire n'est pas propfe à de grandes matières et de longs détails : il est trop glis* tant. Quiconque s'en oecnpera sérieusement r^idra un grand service â celte Nation, qui , en ce poini CQrtime sur tant d'autres^ ignore eidîèrement œ

qu elle possède , ce qu'elle Vdut m peut vabir ; et âtàucera Thistoire générale, qui n'a pà^ encôk^e bien percé dans ces régions lointaines, ca<!héed jUâ'- ^o!à présent sous le voile épais d'une politiqfue )a^ léuse et tyranntque.

Pbisque nous sommes sur le chemin dés beautarfs y passons un instant au Muséuni. C'est un bâ^ timent médtiiere. On y r(At des restes des anciens Mexicains, et notamment une grande statue en pierre. On s'étonne que ces peuples , sans instru-^ niens en fer ^ loent pu couper et ciseler des masses n énormes. La séule statue moderne qui mérite une mention honoraMe , est la statue équestre de Chasrles IV , fondue en bronze* Certes , M. Tolza s'y montre un artiste distingué ; mats c'est se moquer de hn que de lui dire qu'il a surpassé l'artiste Ro-^ rnsôn qui éler^hle Mure^Aurkh du Caàvptdolio. Ce serait âoême trop que de comparer sa' statue ati Barthélémy Coleoni , sur la place de Saint-Jeatt éri Saint-'Paul à Tenise , uuac Médiek ^ à Floreni^ë , et à tels autres^ que fe ne me rappelle plu^, sur la plstet^ de Plaisance. Mes yetit la trouvent trop louttté dan» soDensembte comme dans s'ès détails. M. IHtAiat R^arrsHt pa^ demnt M:, |è crofe, mi cheval étt mott^ vemiditt quand i) tnoUlâ le «ieti. Lèf Roi est coAittlë a- doit être, toM bouffi, comme un Cliarli^' IF nsétamorphosè éu A^T'é^i. . . . , .

fc voudt^ts wtt* êîôrtdulwtôlr TÉcofe 6\\ Û 1^ bvDal: des SlineS^, la Min^ria; klffai^ ]e crcifnî^ qri ettr'

ne tombe sur yous. Quel dommage qu'un si bel édifice menace ruine avant même qu'il ait été achevé ! Cependant nous pouvons nous y glister du côté de l'Ouest, où les fondemens n'ont pas encore manqué ; nous pouvons même monter le grand escalier, qui se présente , sous un aspect trèsmajestueux, yis-â-vis de la grande porte d'entrée, et nous hasarder à pousser jusqu'à la Spécula, d'où le coup d'œil est ravissant. Ici , offrons un hominage de notre vénération à M. le Baron Humboldt, comme de l'endroit d'où il a enrichi le mcmde de nouvelles observations astronomiques , et l'a tiré d'erreurs où l'avaient entraîné d'autres savans.

Ce bâtiment devait servir pour l'École de toutes les sciences. M. Del-Rio , un des plus célèbres minéralogistes , y a encore sa chaire ; M. Qervantes , professeur de botanique , que les sayans Européens ne dédaignent pas de consulter , a sagement transporté la sienne au jardin botanique , pour metti^ en cqntact la théorie et la pratique.. Incapable d'apprécier le talent supérieur de ces deux illustres savans , je me bornerai à louer la manière courtoise et affable (manière assez rare chez les savans ) dont ils m'ont reçu toutes les fois que je suis allé lès importuner de mon inqumtive €t moleste curiosité.

Ençwe un mot sur. les Couvens. Le chœur de San-^Fernando est] un des plus beaux chefs-d'œuvre cjue |e connaisse en ciselure et mosaïque en bois. J^ Jç. crois mê|ne^ supérieur à iceux q^i'on admire

tant , et avec raisan , dans leâ églises de Santa- M aria Maggiore , et de San-Alexandre , à Bergame. Le couyent de la Conception est une ville. Plus de quatre-vingts religieuses y vivaient , dans de grands appartemens séparés ^ en pnncesses» comme les religieuses de Santa-Glara, à Naplesf et) à leur exi^aple^ elles reçoivent splendideinent ceux qui ont Vhonneur de leur être présentés. Jb me rappelle les Diavoloni de Santa-Clàra^ (}ui nïe mettaient en feu ; ici, à la Conception, q^^qu^on

ne m'ait donné que du chocolat, la belle main et

la bouche divine qui Tofiraient m'élévaierit en extase et en contemplation. Comment croire que des êtres sîcharmans, entourés de privations agaçante^ et de tout ce qull y a de plus astucieux^ de plUs audacieux dans le monde, puissent renoncer à la cvéâtiire pour laquelle le Créateur les a fait nàilre ! Il fâp^ le demander à leurs pères t^caifesseurs,- i\%A[ sotit dans le secret de leur cœur. Aussi, â-t-on vii ici comme .ailleurs des scandiales crians;- et sèuvèitt le désir de les cacher les a ocfnvertis enf dëf:«rimès atroces. ; >

Une de ces aimables cénobite$ me ileinanda s\ j'étais marié; je lui répondis que j'atlendâi» â*le faire quand j'aurais pu réunir dans ce sacrement uuacte de pitié à un devoir social t^'^uànd j'aurais pu me marier à. ime religieuse rendue «à sa'tiber^ et a des droits. EDe.me comprit^ iMiiss» ^lê^ y^eWi'^^

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et ses joues d'alàâtre se couvrirent d'un incarnat

le plus éloqu^t. Une telle créature, et le charme et le sentiment qui découlent de telles situations d^ roman, vraiment touchantes, tenteraient l'homme le pjbus dévoué au célibat; c'est bien ce qui sym<« piithi^çrs^it av^c une âme que tant de péripéties ont abr^Hi^fâe d'angoisses et d'amertume l Elle m'a fait présent d'un chapelet.. «• Je le garderai ayec la plus gjrande dévotion.

J^e couvent de l'Incarnation est sur le même ton de grmideur et d'aiàance. On m'a dit. qu'autrefois U y ^vait plus de cent religieuses ayec trois cents servantes.

Si l'pn doit j.ugfx da6 jriQhessos de ces deux coi^ vens p«jc qoUas de leurs églises, certes, leur opulence a de quoi étpnni^r; et. notez. Comtesse, que ce9 hpivues créatures, toutes crédnles, trompées comme \ç^ autres çprpoir'S^ti^ss religieuses, par l'hypocrisie d^turhide, par 1«^ firptectioa dont le secondaient fle^^iji^i^es et des «évertuas, lui donnàrant volontai«« rQinep^^di^:tré9Pirs.'W/Ornemen8 d'or, et d'argent. C'étaient des directeurs de conscience qui leur per*^ ^elt^^SQt d'on dépouiller, paur uae telle offrande, lipurs^ti^oipt^s et JUi Divinité.

, . Dan^ l'ég^e de l'Incarnation est une statue de lyptf^^'^Dnmi» en ongent massif, dont la ibrme, à m4>nj:iivis, vaut Imn k matière ; on y voit amsi un f[fW4 luitti^tOitf ei»iaflgi9nt,iquo]e$ manufeeturiers

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Qft cristaux^ à Iiondres et à Pari», M sauvaient faire plU8 élégant et plus fim. Tous les deux sont le prodiMf de Fart mexioain.

La RéToltttion^ mais plus, la rapacité éhoatée desadministrateilrs^ uni (ott réduit les riohessta de toiiA aea Cou vens.

Vjilatneca n'est pas loib de rincarliatian; allons-y faite une proiiienadé. C'est un jardin pubUc, où Ton se croirait dans une des plus grandes capitaks du monébf à ne considérer que la knagnifioeuce db se» fimtaines, et d'autres aocessoirds; mais le pridoipal, le boisage» a trop de symétrie ; et Ton se rencontre tropsouvoit, loriqu'on s'y prom^e^ tant sa périphérie est éttroite ; les amans ne. seront paa de mon a^is. La structure et le petit nombre diy leurs équipages, et la siagularité du costiime gro*» tiésque de leur» muscadins à cheval*^ sont des épi« aodes qui ramèneraient bi^itotaa Mexique, si, au premier aspect» l'imagination pous transportait ail*« leurs.

Ittsxico a une saUo dé ^lectacfe qui, quoique passable^ n'est pas au niveau de la gratùleur de la I. On y chante mat, mais* On représente assex Compt» troi» ou quatre bons acteurs ; et Garray me pwaÉlt excellent; mais acteur aTestarier plutôt- qu'uBtaste^ et Espagnol ; il rd>ute à force de présom^eb Bt; d'kuBtogance.

Là ..q«r l'oâil reoeonCre Traimeat k$ speCladb» AoraainS); c'est le gvand wuplûthéàtre .de la cbasAe

( a'6) aux taiareimx; Il esi etï bob, mal construit, mais paré daBB toutee ses logés d'un peuple naturdlement bruyant, gai, et en pareil cas exultant fus-^ qu'au fanàtrsme.- Son arena est imposante par tant de gkLdiàtBurs féroces, à pied et à cheTal , luttant contre des animaux indomptables, qu'un bras COH-* r^geuî et adroit pedt seul ^arrêter de. son fer^micidiaL C'dst' uti Spectacle dont je pardonne la barbari^<pour sa grandeur.; - ^ - .}• • -

Enfin Mexico est qne grande et belle ville ^ ^tyaet alissi des hospices: et dé» 'Hôpitaux sp^disuxv de beaux ëoUéges , suscëptibies de.prôfonde^ apiélioN^ i^atioas; de «siiperbes pialais, do&t*deujiiL abritent eiï^ eoncodesTejetons du grand Mbotiézuma,'et dç eoi^sidérables établlssemêi]^ pabliasv Onlévaiue maintenant sa ^pulatfonde cent-dii â cent - Vii)g[t mille habitans cte toUtes races étveoulearsv erseepté^hi noire, quis^esKr0fondue.ëu:»:dispwu.> iQu^nt au» envirbas de Meticot^: jeiVGto&IesindîqaBiFai^'Diais'îe ne m'arrêterai que sur les plus intéressans.

Jouîmes Jes x^oHine», à FOuest -de Mexico, qui de Tacuba s'étettdGàty au Sud-Ouest, vvers San-^An^ ^omo, méritent d'être parcdnrues ;; alors om se rencontre à Taero^ay/z, aVeCiJai^naison de!(pjaijsànce:de r Archevêque de Mexico, et -à Cbaamlmstfuo^ avec des restés d'un ancien aqueduc- Meaiimn y qui -con^ duisait des eaux salubres à la ^Gajiitaleil'j^i Nord on entre dans Ce fasnenx «Royaumie Û'^AtziafmzélcOj dontnoùs avons taot'piarlé«dân»aQ(aletU*éprécéd0nta

Si9.eDtxeChuritbil9qiiQct Tacubayû, onremoute, à l^Oiiest^'b vallée de * Santa ->*Fé, on trcMive les sourdes des meilleures eaux , portées rmaintenaut à Mexico par un aqueduc moderne > qui : vaut un aqueduc Bomain. Il parcourt une distance.de hirit milles «aviron , suppcnrté le plus souvent par des arebés , au nombre^ dit-on, de plus de neuf ^ceatsv qui.vieiment aboutir à la partie. Occidentale dé ia viUe. Cet ouvrage n'est pas nïOHis admipafaié pai^ sa.solidité que par Taspecl} imposant et romàntiiqife qu'il r^and dans toute la campagne, où^ il distark^ bue ses eaux. . ;< \ .

Chapiàltepèch,]». quatrième station , comme noUs l'avons vu 9 que -choisirent les Aztèques v quand ib vinrent s'établir dans cette vallée/ est i^taé entrs Tacttba et.Tacubaj^a.Cl'est un rocisoifr, entièrement <létaGhé de la. ch^ne de «oHtnes que noua cônsidé^ rions tout à l'heure, 'envipdnnéaûtnsfdis par les eaux du Tesouco , i qui anivaient jusque centre les collines. •'.."•. ''••..-< ^ *'i

Une bdle soiih^e d'eau est Aussi' conduite dans la viU& sur des arches { -mais on. la» trouve moiiis bonne que celle de Santa -^Fé» Au sommet de ce roc, le vice-roi, comte de Galvez, fit bâtir un bteiji Palais. Probablement il .n'avsét que l^nténtlèn de s'y ménager une maison de plaisance;; ^ mais la Cour d'Espagne crut y voie im châfleatt. fort etjdes.proyeis ambitieux. ËUe dàt^pfrowi^A la dépen^et enaordonnà la vmte : on ne 'trouva pas d'acqué^nr.i Qiuoiede

( a>8 ) plu» naturel ! Chacan , à plus forte rsAêoa , cletait craindre le même sort ; car le vice-roi étiôt soup^ çcftiné. La conscience de ses turpitudes rend too<* jours la tyrannie ombrageuse. Le Ministre des Alliances, ne pouvant mieux faire ^ fit vandalisêr le Gkâteau. On vendit tout ce qu'il fut possible de lui artacher, comme vitres v châssb, etc« ; le reste est maintenant tout abandonné . C'est domimi^ s la si^ tuatîon ^t vraiment digne d'un Palais , et le Piriais de la situation. Cette partie, qui regarde la ville ^ KBBémble assez à une forteresse, ayant des terrasses saillantes à différens étages, soutenues, par des 8iib«^ stmctions profondes et solides* Iturbides'cn était emparé pendaift teu Empire. Cet endroit n'est qa'â quatre niflles de Mexico.

I^ofe excnrsièsi , au Sud, auxfaicade XochimilcD étde Chalco est très^i^^^éable. On peut m^nela £iice en bateau sur le canal qvri^ deceslacs , vient aboutir au milieu -de Mexico; Smusontés au Sud par la Sierra-'N évada et le Volcan, au Nord par .des col*linés isôléfw y «ffisnt à l'Est dès vallées piîofèndes et dépvtits village» répandns ^ur leursbôrds , ces lacs présentent une scène des pKis variées et. des plus

A VEst des villagèé épars. sur le rivage* du lac de Te8i(nKia,.et s^u pied de collineB qui , s'élevant l'une &OT l'autre comme des degrés , conduisent aux hautes montagnes de Tlasoaki' qui les surmontait , toiis oes parafés,: que, coopmeréai IH^iera diiSenoMj

( 219 ) j'appdlerai la Rivière de Tescuco^ offrent des paysages dignes des plus hsdriles pinceaux. Tescuco, T Athènes de l'ancien Anahuac , n'est plus qu'un assemUage de r^nes, où, phis . qu'ailleurs ^ se montre sous quelques traits de grandeur Tantiquité Mexicaine ; qu^un assemblage de chaumières, humble abri des desceodans des Acalhuacans, qui furent, avant le» Aztèques , les dominateurs de toutes les régions enidrminantes : épisodes aussi attrayans pour l'cetl qu'int^iessaiis pour l'histoire.

Au Nord , nous avons vu défà le grand Dmague, les lacs de Zumpiyigo, de Saint -Cristobal^. etc. Mous. avons vu aussi, eo passant, le.sanctlMdreide Motre^Dame-de-p^Guadahtpe : nous nous y arrête^ roBS un peu ; et vraiment y ipour un pétrin , il est temps que ^'aille y fiiire ma révérence et mes ofr frandes. Mais pour niteux y fiser notre dévotion avec notre oiuriosité , il faut , avant tout , que noua connaissions le grand mkade qui fut l'origine de iCe grand sanctuaire.

' Pour ne riei^ insérer dans cette histoire quiime filt propre;, )'ai: demandé. à imi Chaneiâe dé cett^ Cathédrale .^ quel était le. plus çxact des auteuts» qui en ont parlé; car, comme vous savez, en mi-> cacl^s comme en médecine, ,on trouve 4iffi^emexit deux éevlvoiii» qai»'aooordent eii8embiei\M/ |e Gha^. noine 'Xotià 'fait l'honneur ^de tnHndiquer ei S^fe^ Florencia Cabrera , dans son Estrella del Nord ( son Etoile du Nord). C'est donc son histoircf que )é tm^

duis à ta kw^e; ou du moins ce qui peut nous faire connalitre le grand prodige, par lequel là Vierge demanda Tédification de jce temple.

< Jfmn Diego\ un jeune Indien à&Telpetlac, se rendait d Tlatèlnleo pour y entendre la messe , et l'explication de. la Doctrine Chrétienne, que des Fransciscains y enseignaient aux Indiens nouvelier. meiit convertis û la Foi; Catholique. C'était le;9;DC* tobre : 1 53 1 . En. passant près de la petite montagne, que de sa forme les Indiens àppdybnt de Tepeya^àc^ il entendit 5 à son' sommet , une douce harmonie , comme un gazouillement toucdianl d amoureuses pbilomèlès, qui^arrêta ses pas et son attention. Une Yotx, prononçant parfaitement sèn nom dans sa ItaigUe, l'appelait :.il lète les yeux vers l'^idroit d'où partaient tous ces charmes , et voit un nuage blanc comme la neige, resplendissant tout autour d'une iris brillante de couleurs éblouissantes , et sise knajèstueusement dans le centre una Matrona bellissima^ semblable à celle qui, sôus l'image. de Notne-Pamief-dè-Giiadalupb *y est le grand Im«i de ffèlre dëvcrfiion., iaqueUe.ltii;adi;essaijutla^paroIe, lui dit : Sache j'môli enfant', que j'atmattandrement^'éfue^ je suis la Vierge Marier wwre dâivraï DiEti , et c^est ma vo fonte quon m'édifie à téi end/roiVim temfile^ dans lequel je. me nwntr/sréimàraïajfk^iorinéép ety^pàur' les tieits, pour .tomm$^. dévoué M tâus ceux

* Il y avait et il y a eocore , je crois , en Espagne , un «anctuaire sous ce'nom. ' ' ' "

gui invogueront mes consolations dans leurs iribula-tiôns. Va voir TEvèque^ et tu lui diras en mon nom tout ce que tu as vu et ouïj et moij reconnaissante,

Je paierai ton obéissance de ma bienfaisance.

» Le vénérable Don Fray Juan de Zumarraga , de Tordre de Samt-François » était FArchevêque (le premier) de cette Métropole. Doutant de la vérité de ce que rapportait cet Indien Plébéien ( de cette classe était Juan Diego) , il ne voulut pas même se donner la peine de l'entendre , et il le fit renvoyer d'une manière à n'être pas bien flatté de sa réception. Tous les historiens conviennent que Maria Sangtissima attendait Diego au même endroit pour la réponse ; et que celui-ci , après avoir fait toutes les révérences accoutumées , qui sont , parmi les Indiens Mexicains, des démonstrations de politesse et de respect , dit à Nuestra Senora j que pour rem* plir sa conimission il avait attendu presque toute la journée dans le palais ; qu'il avait demandé pltifsîeurs fois l'honneur de parler à l'illustrissime Évéque, mais en vain ; qu'il lui avait fait communiquer par sies domestiqués , son message ; mais qu'à la mani^ dont il avait été congédié, il augurait qu'on ne Tavait. pas cru; que pourtant il la priait de vouloir bien, chaîner de bette mission une per* spiine d'autorité 9 puisqu'il paraissait qu'on faisait peu de cas de lui , humble Indien et Plébéien.

» Xa Sackatissima Vibgbn,. écoutant avec bénignité et douceur l'humble Juan^ qvAïm faisait ac*-

cepter ses excuses innocentes, lui parla en ces tenues : Je suh satisfaite j Juan , de tes soins et de ton obéis^ sance; sache pourtant que, quoique j'aie beaucoup de personnages de qualité à employer j c'est toi seul qui dois effectuer mon message, et sollicitef ma de^ mande : c'est ma volonté y et Je t'ordonne de retour* ner demain matin chez rÉvêque : tu lui diras (fueje t'envoie y pour la seconde fois, rèètérer le mStnems^ sage. Vas y et fais ce que je t'ordonne; je serai re^ connaissante à ton obéissance.

« Le lendemain, le bon Diego , qui avait donné sa parole de remplir la commission de Nueêira Senora, à Taube du jour (c'était un DimffiDche), retourna au palais de FÉvéque, ety qfuoiqu'U tirotrvât de la résistance dans les domestiquesi pocir lui pâ^ 1er, U obtint à la fin, à fonce d'instasices^èt: de piriéres, l'audience qu'il désbàit; il hii fit son ambassside, ccHifirniant ^ les larmes aux yeux. , be qu'il lui avait fiait savoir la Teille , et ajouta qu'9 était ràttPitmé , parce que la Sanetissima Ftrgenn'avsâi pa^ tmtIu le dispenser du message. Monse%aecir FÉvêqfiBe voyant alors que cette persévérance ne pouvait étue que l'effet d'une force supérieure ,: vu la ptts^»mité iixDée de l'Indien , rép^avr mi lie demandds sur les cicconstanoes' <ltt message, Ivi tépmÈ^ en peu de mots : qiie^atte&d'Q fe prodige' de T^ilkiï^, on ne desrait êb fier a ses seules assertiiNfts ; Il le cliàrgea dedàre kNaestta Senora qu'elle voulût bien lui envoyer quekfiw preuve pltts ms^umMe Ae sa V6^

( aa3 )

loBlé. Mais voyant que Die^ n'hésitait pas a re« tourner ^ecs Maria Senora lui deiuander'^ cette prendre , il «attacha dès lors: plus d'importance et au message et au messager, et se pénétra de la néces^ sîté de découvrir la vérité. H manda donc à deux personnes de sa confiance de suivre en cachette Juan Diego jusqu'à Temlroit où il disait avoir ces cfmversalions avec la Virgen ; de noter qi}i lui par^ lait , et en quds termes. Ces commissaires l'épiè-» rent soigneusement ; nui^ à pe»ne fut-il près de l'endroit, qu^il disparut tout d'un coup à leurs yieux, et ils ne virent ni n'entendirent rien. Saisis de cdière et de dépit à cet incident imprévu , ils vinrent persuader au Prélat que tout était ou une fourberie^ coi un rêve de cet Indien superstitwux*

« U Augùsiiâsima Senora descendit pour la troi«nème fois des Cieux, et recevant , assise sur le son^ met de la montagne , la réponse que portait scm «mibassadeur bien-^aimé , lui parla de cette manière: M^n enfant, Juan, demain tureviaidras me voir, et Je te dûnnerai un signal par lequel tu remplira» mieêm mamamboMêode , et qui, donnant du paiêU et du crédit à teê' paroles, te fera mieux considérer et konoretK Ràppelle^toi que tes soins ne dohent point demeurer sans re'compeose^

« Jifait> rentré chez liii , troïtve son oilcle Ber^ vaatêin grièvement malade. Il lui administre tdus fe» attoples possibles; mEais voyant qme ri^i ne re^ lève son corps, il s'ooeupe du sahit ée son âme.

L'obéissant Juan part comme un oiseau pour se rendre au palais de 1 1 llustriêsimo Sefior Zamarraga, où , après nouvelle résistance contré l'indiscrétion des domestiques, qui prétendaient vcnr le témoignage qu'il apportait de sa vérité, il parvient à être admis à la présence de TÉvéque , et lui fait une relation détaillée de tout ce qui s'est passé entre lui et la Setiora. Il déploie sa capa; quelques roses tombent, et Ton Voit imprimée sur leurs feuilles Vamabilmi^ ma Imagen de Makia Senora nueôtra, que lés Américains vénèrent ,soUs l'invocation sainte de Gùaba- LUPE , c^mme un trésor du Ciel , et comme un gage sûr de leur vrai bonheur distingué.»

Sans prolonger ce récit, Comtesse, qu'il Vous suffise de connaître la conséquence des faits qui préludent; C'est un grand temfde, un grand sanctuaire, où s'opèrent de grands miracles, qui a produit et {NToduit encore des richesses immenses, qui feit h gran(fe dévotion des Mexicains et le gaudea^ mm in Domina de$ prêtres et des caballeros de la Cwtilla Fieja, qui le pillent pieusement pour l'ad* «kâsU«r.

Ce sanctuaire est partagé en trois temples , probaMementpour ménager aux bons croyans le moyen dé mieuic se m<mtrer dans leur dévotion et leurs 4>ffirandes.

Un de ces temples est sis sur l'^idroitoù la Vierge parla d^d»ord à Juan Diego , et où les fleurs nais-saienisous se$ maim , comme me disait le Cicérone.

( "7 ) Un autre est bâti sar la fontaine ou source bouil* lanle^ où la Vierge arrêta Jaan ^ au moment qût^il voulait lui édbapper par le chemin def traverse. Cette eau guérit toute waladie^ si Ton en ^oit ce désfter^ vant, qui en offre. à totts les pèlerins pour leur ar^ gent ; mais les médeciu^ disent, au contraire, qu'elle n'est utile qu'à leur boutique : vraiment elle empoisanue a la boire. Le troirième temple s'éKve sur rei;idroit. qu'occupait l'arWe Quautzahuatl ^ où la Tierge- plaça les fleurs dans là capa de Juan Diego. C'est rk: principal temple, grand et majestueux; c'esl lui qui sdmïe , : sousr sa voûte céleste, l'image delà 1/ierge^ et cette image a «'té p^îifle par la Vierge ellemême* Yoici le témM>ignage qu'en offre le même Pimrerwia Cabrera.

- « Le Père Mattueu de la Crux^ dans sa relation de ia santiiàima Imagen de Guadaktpe; ei Padre Antoniê de Orçieéa^ donâ son Zodiaco Mariano, et YiHustris-simo Sener doetor Dùh Juan José de EguiarayEgUrrany etc. , dans leurs sermons portant pour titre : Maria SantissivÀ piraandose miiagrosamente en 9u imagen d» GvAt^ALvn de Mexico : ces trois grandes autmtés sont d^avis que la misma Divina Senora peignit ta pcrtéMaêa Imagen avec du jus de ro^es. » On dit , et je le répète comme on me l'a dit au sanctuabe, mais sans citer des autorités y que cette fanage a été trouvée au pied de l'arbre ^ùnûfirakuatij quand l'Évêque s'y rendit processionndn€^ment pour se prosterner devant la Vierge dont le

bon Diego était rambassadeiir. On m'a même ajouté qu'il ne fut pas assez élu pour la voir : peut-être voulait-elle le punir de son obstination par le refus de cette grâce distinguée. Ce fut Diego qui la trouva et l'offrit à l'adoration publique.

: Au reste, elle ne venait que pour les Indiens, c'était donc à un Indien qu'elle devait d'abord se . m^nifi^ster ; voilà pourquoi elle s'est peinte de leur couleurée basan (quoique avec le jus de roses) , et sur un morceau de toile grossière de coton de manufacture Indienne. £n Espagne, elle est peinte sous de beaux coloris et sur bois ; aussi , les Espagnols la regardent-ils comme une Divinité du pays ; ils la vénèrent plus par politique et par intérêt, que par croyance et dévotion , et nous avons déjà vu qm'ils lui onl; formé une rivale dans la Vierge de bs Rente-diosj importée d'Espagne et vénérée dans la cathédrale. On appelle celle-ci laYiBGEN Gaciupina; mais celle.de Guadalupe est considérée toute Mexicaine.

Les omemeps en or, en argent , en pierreries abondant dans ce temple , quoiqu'une bonne portion ait été mise, si j 'en crois mon Cicérone^ sous la saawgardede sa sœur : Nuestra Sefiqra de Guadatnpe^ en Espagne.

Un grand pfikis réuni au. sanctuaire offre de» habitations magnifiques à des gros chanoines , qui répètent souvent , me dit-on , dan^ leurs délices , et dans leurs restrictions mentales : Dimi vivimus vivamus. .

i Le Révérend Thomas Woolston , etLocd.Boling-

broke, qui ont écrit, l'un six long» sei^monsj Taitftre six gros volumes contre les miracles, se refuseralëiit peut-être au premier de ceux que )e- viéhs de *t6u8 raconter, je veux dire, à l'histoire dû Révérend père Ftorencia Cabrera, d'autant* plus que Acosta et Torqueniada ( chose remarquable ) n'en di^eut^ pas un mot ; mais il leur serait impossible , avec tous leurs subtils sophismes, de détruire l'évidence et l'existence des autres faits : les temples , leurs richesses, et l'enthonpoint des chmioines.

Le sanctuaire le plus fréquenté dans notre soidisant Vieux-Monde est sans contredit celui de la Meï}ca ; il embrasse la dévotion d'une grande partie de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe, et il rfest pei^-«être pas un musulman, a^ànt de r^argènt a dépenser , qui n'aille ou n'envoie lui faire une* visite , au moins une fois dans sa vie ; le sanctuaire le plus révéré, dans ce que nous appelons le Nouveau-Monde, estcelui àèNotre-Dame-*de-Guadalupè: on ne citerait peut-être pas un Indien, un Mexicain qui ne lui ai fait une fois au moins ses offrandes; et beaucoup s'y rendent annuellement en grandes caravanes, comme font les peuples du royaume de Naples à Notre^DameHle^Loreto. *

Ici finit ma narration -sur la partie matérielle du moderne Mexico. Je passe à Isa partie politique et morale. Commençons • par ' le gouvernement ' qui régit.mainteoant ces contrées.*

• Que n'a-t-on pas dit , en Europe , des nouvelles

Républiques de l'Amérique» EuteAdei 1<» uns , ce acmt les Anglais qui y ont l^épandu J'esptit révolutionnaire , pour punir TEspagne d'avoir d'abord mdé ses colonies de la Pei^aylvanie , de New-Tork, etc.^ à secouer le joug de ce qu'on est convenu de jacminér 1^ ^ère Patrie j et de s'être plus tard alitée â la France, daus les derpières giierres Européennes; selon d'autres, c'est la Révolution françmse, qui y a apporté, les n^émes principes doUt elle avait* \a% instant vaincu le despotisme monarchique. Que ces circonstances aient eu utie influ^ice générale ^ur les agitations des Amériques Espagnoles , c'est possible ; mais qu'elles aieoit été les.causeà immédiattes de la Révolution: du Mexique, )é ne peux le croi|«* Il est feux» et ce simt les Jésuites qui ne ces^nt de calomnier ainri les Mexicains , que leur révoluMon ait sa source da^ V esprit d'imfnété. Les Mexicains sont tQUjoursJes meilletirs cathoHques, et 9 en général^ de bpnue foi^ la seule classe qui ne l'est pas , est précîsén;ient celle .de ses accusateurs ^ la classe de$ moines. C'est l'oppi^esnon du Gouverpi^ept Espagnol , qui les t^s^xulevé^; c'est l'inso* lençe o^tr^eante, les tjLirpitudes .tyranniques de cette CASTE blanch;b^ qui venait insulter à leur cou* ^tir comme à l^ra dJToits^ :e£ dévouer tout ce que çi^nyait^it M ^^'^ iusîatiable avarice^ils cherohèi^ent, dans l'ipdiguatipn et la force ^ oatto rédemption que leurs prières et 1^ voix de la jmstiae avaient ea V9iu mille fois réclamée i et dinsleur lutte^ l'histoire

n'ea mppelle peut^^étre pfeis de plus terribles. Les Mexicaiiis peuveût se vanter de n'avoir en d'autr€fs secours que celui de leur ének^ie , de leur courigé et de leur persévérance héroïque; Ce n'est qu'au prix de leur propre sang qu'ils ont acheté f indé^ pendMice. Ils ne doivent rien à personne;* Au phis fort de la latte, YÉtranger^n^ leûsait que, ouparsH lyser leur mouvement , ou multiplier les obstacles. Le cabinet de Saint -James servait alors la SaintGK Allianoe; celui des États-Unis se cachait honteusement derrière une politique égoïste ; le cabinet des^ Tuileries envoyait des émissaires y répandre la dis* eovde et la perfidie; et vous sentez que les Espagnols ne demeuraient 'pas les main$ en main \ Oui, Com'* tesse 9 leur triomphe leur appartient tout entier, et leur Révolution fournira des pages étonnantes à l'histoire et à la postérité.

' Défi gaptts ayons parlé de leur République fédérale v dest la seule- forme de gouvernement v fe le répète, qui puisse convenir à ces pays ^ et? pour fflieui le prouver, nous pouvons ajouter quelque argument déplus à ceux que nous avons déîà dé* montréirv < '

Le où chaque pravinee ^1 un imonde; oà im céM br^, «t même les cent tètes: (fr'il tm atait) de fttarée , renfermés^ dans nm seùte' cap^k , âgi4 raient éé veMesaient en vain pour r^er 1^

* Exprewion italienae , dont Ténergie et la force perdraient ^ ni on n« la traduisait pas k la lettre.

t*r/Si|:ioii:i^.p<^py.6ir aux .besoins .sans casse renaîsr $:£ms. dej^ÎK ou sept millions d'hommes dispersés sur l^ tj^rv^i QQXÛio^ les étoiles sur les espaces immenses dufijrmi^ment? et soumis à diverses influences phy-si({ués[eÈt moralestdeë difierens climats de toutes les sones^^ !\xn ^i^juvernement central reculerait, au tieu d'a^ifKer.la ciifili8atiott;,et d'une .République centrale aui de${>oti»iàe t îl n'y a qu'un pas : témok» Rome, eitlls^Qrèce^ et /^ i§ /^rt^mâjfr^». Je n'augure pas biendfis Républiques de Colombia'y de Gualimala, du Pérou y eta : Malheur à un pays. qui^. après une révolu tiou. politique , recOmmetice :avco unei formé ée gouvernement qui ne lui convient pas : une;au*^ tre RéMolutionest inévitable, et' il est ainsi, à chaque inatantvmenaicéjde succomber, de rentrer dans l'es* clavdge*;

Dans une République fédéoale, les différons États qm la composent sont autant de corps séparés qui, db'ifoufiileurs, moyens ,: contribui^nt au bonheur el à la(puissfince,du grand ;Corpfi de l'Empire. Comme l0S;£feelps religieusQQ^ .chacun de p^-États se pi«que d'tecelfer:sur' les. autres; c^tte émiUatibn; épure fet morale et les mœurs de toute la nation, réveille el anima r|ndustrie et le comçae^ce. Tii^us )^ (pitcg^éns sont àf portée [d§. puiser* ^ux :squrcet -^incipales; de^ là luml^içe; .içt « d<e |a j ustice ; I0 ^ Go^^rn^piçnt , eu contaet avec ses administrés, voit ç}: peut^ieuiL peser tout ce qui importe à leur instruction et à leur prospérité; de cette manière, le temps qu'on em-

ploierait pour^aller représeater, solliciter ou défendre ses droits à de lointaines distances, dans une capitaled'unGouYemement central, est gagné pour l'agriculture, les sciences et les arts; ce qui offre d'incalculables avanta^s publics et particuliers:

Chaque État est une. sentinelle surveillante et suBYieillée , qu^ assure la tranquillité et l'indépen^dance de tr ate la grande famille. Tous ne sont qu'un dan& la capitale de la Confédération, qui est à là fois la maîtresse et la propriété de tous, et cha>cun d'eux est lui, lui seul^ dans sa propre capitale/ Leur Congrès. général est le dominateur du Mexique, comme le conseil des Amphictyons à Delphes^ l'était de la Grèce ; leur Congrès respectif n^est que le maître de soi-même, connue les villes de la Ligue Achéenne.

Tous contribuent pour une armée de ligne', préposée par le Gouyemement général à la défense derEmpbe,et chaque État a son armée particulière dans sa milice, dont la discipline est .entièrement peimse à se» soins ; de façon qu'à >un roulement àè tambour, toute la Confédération peut se mouvoir en masse, dans le même ^ùr ^ à la même heure.» Enfin, il-n'est p&s jusqu'à l'ambition, le tombeiaii si* souvent drune*République^centrale, quineidevieimp utile dans une République fédérale : surviQÎUée'piir la jalousie et la crainte de tant ^'Ârguê^ ^àupectn^^ neux,et serréeétroitement entre leurs barrière^, elfe n'a d'autres moyens de se montrer qkie par F^fmoup

de la patrie et de la gloire, d'autre conquête à faire que restime et la reconnaissance de ses concitoyens : témoins les États-Unis de TAmériquedu Nord, qui sont parvenus presque au zénit de leur prospérité en moins de temps que n'en ont mis les Grecs et les Romains pour apprendre à lire et à écrire, et dont les peuples forment >dëjà, j'ose le dire, la première nation du Monde.

Les Mexicains eux-* mêmes n'ont pas peu f«^ depuis qu'ib se sont constitués en République fédérale. J'entrais au Mexique au moment qu'ils commençaient à déployer cette nouvelle forme de Gouvernement, et je les ai vus dompter les Centralistes ambitieux, agens conspirateurs p^it-ètre de la tyrannie Européenne, et former une cbustitution générale pour toute la Confédération et les Constitutions particulières à chaque État. Je les ai vus organiser l'ordre judiciaire , qui était un chaos oà se perdaient les droits et la justice, la fdrtime de tous les plaideurs non Espa^ols,; fonder partout des élablissemens d'instruction publique ki où l'instniction était proscrite comme impie, où l'a b c même était généralement de XAlearan. Je les ai vus organiser et discipliner Tarmée, qui n'avait été jusiqu'alors que des masses de partisans et souyent ife brigSMids, ptutot que des légidns de soldats; ooocdonner les lois anciennes , ' rejeter les. vicieuses , choisir celles <|Ée les citeonsiances ont fait juger encore nécessai*- 9CS, et en ajouter eneore. de nouvettes, poiv régler

ra(kQiimtrati<m des fmanees, de la minerie, des postes, etc. Je les ai vus trancher la tête de Thydre (Iturbide) sans verser d'autre sang national que le sien , épargnant même celui dé TÉtranger qui raccompagoait , quoiqu^e éiddemment comj^ce et réddif. Je les ai vujs enfin paralyser 1^ menées criminelles d un grand nombre d'Espagnols, sans sortir des boi'nes de la justice et de la modératicm, modération qui doit bien étonner dans un pays où les (^iniona les. plus exaltées et les passions les plus £^cqs ouit été si l^ngHtemps aux prises, et sont encore tQttli^ oadUantes de touyenirs et de haii^ ; ou le$ vtcea et la s6if sanguinaire de l'Europe ne c^s^esKt paii.detcoixdbattre la générosité et les vertus >n»tur€Ues des Amérique».

• Tels sont. Comtesse, les effets jdu Fédéralisme, qui, çù disposant le. pouvoir et répandant partout L'oûthc^usiasme, l'émulation et les lumières, pàrajly$e les vues ambitieuses, réveille dans les peu* plçs le santimtéat de leur propre dignité, les ex^ cîtf» à le déployer , et leur enseigne leurs vrais intérêts 0th» moy^Qus^de les faire valoir. . Le Centrar li/MM i je le répète , est dangei^ux parfont, mais plus en A0)ériqike(, où les borgnes ont la .chance, plus faqil^ qivaîileiurs, de. devenir Jes Rois; Im les chcsCsi de la Hévplutionsèi reposent encore, sur leur ^P^:CoiBm6Hiercule.sui'sa natasaue ; où l'aveugle su* p<»?|tîtiQti et l!intKÎgljbeambitieu8e, masquées du Voile d^i]la]i.eUgîw^. conservent encore un graad empHre.

( ^^^ ) Des pubiiciaies se pkHTsent à faii^ peser sur ce pays des réflexicms outrageantes et de sinistres pro^ phéties. On peut les distinguer en deux classes : les uns parlent à dessein, les autres par inconsidé* ration. Aux premiers on peut répondre qu'ils ont beau dire 9 prédire et calomnier, le Mexique n'en marchera pas moins, ne le voulût-il pas, tant il est poussé par l'élan irrésistible, commun à toutes Tes Amériques : 1^ résoiutiàiï inébranlable dé se soiistr^liire à jamais à tout pouroir Européen, et de tie vivre. que sous la dépendance des lois que chk<}ue République a jugées ou jugera compatibles avec ks circonstances politiques et les moeurs de la! Nation ; avec leclimatet la situatiobéconomiqtioetgéo-^ graphique des pays resp^tife. Que ' quelques 'cfisseasions éclatent encore, rien de ^ ^lus naturel ; elles ^nt inévitables chez; des peuples qui , sdf* iant^de l'enfance et de l'aveuglement, ont appHs â se déchirer avant de connaître le patriotisme et les intérêts qui les appellent à se réunir dan» une fa-* mille de frères et de coopérateurs ; chez deé peu« plas qui nloht pas eu le temps d'expériknenter les bienfaits de la r^formB. Elles sont inévitables , dans un pafys où l'IgÀorabce'et le ptéfugé c6nti-r Dikont d'être éblouie» par > 'les traces déieevantes que l'ûnpûsture et la* superstition' ont' laissées derrière alles:,- et. qii!on. croit être del'or*^ coîi&me<$es traces dont le limi^ûn trompslitîs^eii^bii»' dans ila ^able ; dm». un ïpêfft enfin ,• où l'^^caïmfiui^ééii et une

l s^7 ) secte perfide, renaissante du sein de ceux mêmes qui l'avaient proscrite et écrasée , ne cessent de soufflerdetous leurs moyens le brandon de la discorde. Mais la vipère mordra encore une foils le charlatan. Ces efforts insidieuse produiront au Mexique j dans toute l'Amérique, les méines effets contraires qu'ils ont produits et semblent recommencer à produire encore en Europe: ils réveilleront les bons et dé* masqueront les méchans ; ils apprendront mieux aux peuples et leurs périls et les moyens de les éviter ; en resserrant leur union , ils les ramèneront à une expression plus ferme et pliis décidée de leur volonté, à une résolution prononcée de sacrifier les ambitions particulières à l'ambition nationale ; on verra de bonnes lois (le Palladium des libertés publiques ) s'élever et se raffermir sur les ruines mêmes de cette anarchie , par laquelle on conspi-^ rait à les détruire.

Quant aux pubticistes inconsidérés, beaucoup viennent voir le Nouveau-Monde , comme on le voit dans le vieux : dans lé microcosme ou d'une injuste prévention, ou de préjugés trompeurs; et alors comment le bien juger? D'autres s'élèvent contre la défiance j la rudesse, X inhospitaliié de ces peuples, sans réfléchir que souvent ils y sont forcés par lamauvaise conduite des Européens mêmes. Un grand nombre d'anciens monopolistes regrettent et ne peuvent pardonna» d'avoir perdu l'empire absolu qu'ils exerçaient sur toutes les ressources, les sp«-

culationsét le commerce du pays : ne pouvant battre le cheval , iU battent la selle , je veux dire , ne pouvant s'en prendre aux Anglais, qui les ont' supplantés ^ ils jettent de hauts cris contre les pauvres Mexicains, qui naturellement aiment mienxlesguinées Anglaises que l'insolence et la tyrannie Espagnoles. Mais ceux qui font le grand tapage, sont ces petits spéculateurs aventuriers-, venant dans Tes-* poir, même avec la certitude, d'y trouver rinfailUbilité de leurs calculs et autant de Dorados cpi'il y a de villages; et se rencontrant partout avec une foule de compétiteurs, au lieu de s'aider d'une union bien entendue , ils se déchirent réciproquement d'une jalousie qui les dévore ; alors la concurrence baisse les prix, les beaux calculs et les Dora-dos disparaissent , et la pacotille tombe en ruine. Dé là des murmures de colère et des préventions hostiles contre les Mexicains. Et voilà, Comtesse, sur quelles bases se fixe souvent la réputation d'un pays, d'une nation* Vous savez en outre qu'il y a de ces hommes qui prétendent trouver partout Londres et Paris.

Que les Politiques raisonnent et déraisonnent tant qu'ils voudront , le» Mexicains , dans les seuls onze mois que je me trouve au Mexique, ont fait des pa« de géans, des miracles; qu'on menace, et qu'on prophétise au gré d'opinJbns serviles et féroces .« l'Amérique n'offre pas moins un grand spectacle d'éneiigie, de courage, d'entendement, et de grandes

( «39 ) méditatkms pour l'Europe. Tout le bon , que le9 Jésuites et la pauvre politique de ceux qui les caressent , dégoûtent ou proscrivent en Europe, vient grossir puissamment le9 destinées de rAmérique; et si on, laisse faire ces Messieurs, un jour viendra que les Américains trouveront une grande partie de notre G<Hitinent beaucoup plus barbare que Colombo, Yespucci, Yerazzani et Cabetto ne trouvé^ rent le leur, L'Amérique sera ce qu'est maintenant l'Europe , et l'Europe ce que fut jadis l'Amérique.

Nous avons vu la forme de leur gouvarnement » et les bienfaits qui déjà en découlait ; passons lé* gèrement en revue le personnel qui le compose. Commençons par le Président.

Le vrai nom du Président est Don Félix, de la respectable famille des Furnandez de Durango. Ferme dans sa dévotion religieuse^ comme dans sa dévotion politique, il dédia ses premiers services pour sa patrie à Notre-Dame-de-Guadalupe, et il voulut , en quelque sorte , être rebaptisé par elle sous le nom de Guadalupe. Fier de ce nom , et plein de confiance dans la protection de la Vierge, il marcha plus courageux contre l'ennemi de l'indépendance de son pays , et il le battit dès la première renccmtre. Il aUa faire hommage à la sainte protectrice des trophée» de sa victoire, mit son bâton de commandement * à ses pieds comme un

* Au Mexique tous les ofiBciers supérieurs portent la canne , comme nne dtstinçtion de commandement.

acte de sa soumission , et le nom de f^ittoria fut ajouté à celui de Guadalupe. Je vous envoie, ci-^ jointe, une planche qui vous donnera une idée frap*. pante de TofFrande et de l'histoire, et vous mon-^ trera l'Image de Guadalupe^ telle que la vit Jitàn Diego *.

Vittoria a été l'un des plus vaillans et en même temps des plus modérés champions de la cause de l'Indépendance. Imperturbable dans les dangers^ comme dans les privations leâ plus épouvantables , et' toujours en avant quand il a été en mesure de combattre l'ennemi, il a toujours reculé devant toutes sortes de transactions avec les oppresseurs de son pays , dédaignant, ainsi que Guerrero , de cédei* à une amnistie trompeuse et déshonorante s6 us laquelle la tyrannie avait réussi à faire ployer tous les plus grands héros de la Révolution. Les ennemis extérieurs et intérieurs domptés , il a été généreux envers les vaincus, et aussi ferme (fue câline dans ses opinions politiques et religieuses. '

Il fut le premier à proclamer j à accuser les vues^ ambitieuses d'Iturbide , et le premier à combattre et à renverser son despotisme; le premier à relever la liberté périssante ^ et à fonder dans un Gouvernemefit provisoire les bases d'Une République fédérale; le premier il fut proclamé, par un décret du Souverain Congrès^ comme le Patriote qui avait bien

* Voyez ce ejae fa idit plus haut des autres gravures^

mérité de ta Patrie , décret qui fait honneur également à son mérite et à la Nation ; premier citoyen, il était juste qu'il fût le premier magistrat de TEmpire, légalement constitué. Le seul reproche que je lui ferai toujours, et peut-être Fhistoire avec moi, c'est, et je lai déjà dit, d'avoir sacrifié Mina (en le laissant sans sa coopération), et partant une plus prompte rédemption de son pays , â sa jalousie pour les Étrangers. Mais cette sorte de jalousie a peut-être ses grandes raisons et son apologie. . .

Élevé au collège de Saint-Idelphonse , le meil-r leur <lu Mexique, il ne manque pas d'instruction; mais surchargé et épouvanté par la masse énorme de s(^ins et de difficultés qui tombent sur la Présir denca naissante d'un pays et d'un peuple, lancés dans une nouvelle carrière politique, il a du ^ ,au milieu de cet embarras, penser à alléger le fardeau en le partageant. Une Faction ennemie, icouveïteiobdignement du manteau Mafonigiue.^ mais qui n'est que Beurbonufue , n'a pas laissé écha|^er . l'iècear* «ion : elle l'a entouré de ses créatinres ,\ qui péaè^ trènt jusque dans sa seGrétairerie>pr^véevqui l'épient et le circonviennent partout,. même à âa. table, da&0 le but insidieux de lui faire comimettre des fautes^ pour ériger sur elles et sur sa chute l'empire rdc Bravo , l'homme qui convient le plus à Ja faction. Mais des personnes respectables , amiés.de leur pays^ qu'il honore de toute sa confiance, saurcmtt', j'es^ père, déjouer: les projets des traîtres.

T. II. iG

11 est cUit9 mes principes , je le répète , «(u'tin étranger ne doit jaoïais se mêler activement des a^ Daièies politicpnes d'au pays qui n'est pas le sien, enoore moins un simple Pèlerin. Qu'il s'occupe de tout ce qui s'y passe , sous le point de vue hiaborique , je ne conteste pas ce droit : l'histoire appartient à tous , ou nous appartenons tons à l'Ustoire; mais il ne dmt fa^re un pas au delà. C'est d'sqirès ce principe, qu'i ma manière explicite , j^aî Skidé la réponse à une feule de questions inqpiisttiTes , dont on m'entourait à mon arrivée dans cette Capitale , sur ce que j'avais pu , 4m, dine, recmmu, jugé^ ete. , ele. , etc. , eji parcourant oes provmees. C'est le même principe qui me porta à préférer l'occasion d'mre audience ^blique pour faire ^une visite au Président. De cette manière je me bornai à lui présenter mes hommage, et à admirer ses noUes man^:«B -et se» pofitesaes, qu'9 poussa jusqu'à m'offnr se$ senUc^ «comme il l'avait dé}â &it dans •tme lettre ifoi finit par l'expression généreuse, ^Me •offfeao^a vos emnoifuestre mttjrwdicùây dbHgadv servider y ^ efique je icoiiserve aussi -oamme «ne curio- «Éé traniatlanâque. Je l'ai nMicontré une fois chez la mai^qiAse «de £an- Rtunan^; mais là 3 me fut jMrnrisdtt m'odcuiier de l'aimable comvierssEtiQn et de ladièasttéiattiui^avKle deisaibelle^fille, plutôt que de questrosi^ potitiques. 'Gettle Vénus Mexicaine «est fiUe de ce femeux (Comte del Xaoral, à qui Mina fit une visite si ineommode. Mais trop de di^ssions !

— Biestournons au perêonnel du Gouvernement.

Brav^o est leYice^Président. Il fait seoubiant d'être éégoûié du monde s et vit retiré à la campagne , comme un Cineirmdtm, bien différent toutefois de celui de l'Antiquité. Il se fait désirer à la Capitale comme tm homme néceêsaire^ et le Président a la bonhomie de l'y appeler. Que ne le condaome-t-il plutôt au Bftépris que mérite un homme qui sert de poiipée à une faction parricide , et abandonne un puoste qoll doit aux suffrages honorables de ses ooaoitoirens , et qn son devoir et la Patrie réclament sa priésâ3ce !

Du Président et du Vice^-Présid^t , il faut passer a ce f)erMnnage qui, selon moi, importe le plus à toutCrouvernemait; chez un peuple, surtout, qui, encore dans le berceau , a le plus grand besoin d'une tuAdle hsMIe : ie Ministre des finances.

CTest José Ignacia Estera, homme de haute capa*cité« Ou le dit diur et hautaia : c'est paiiee qu'il re*pousse Afssez vaillamment la miUce d*impcMtuns qui l'<^sèdeiit. Ici, tout le monde maintenant a de grands dsoîts à la reconnaissance de la Pairie ; tous lui demandent â cette pauvre Patrie , et personne ne ¥eul; reconnaître ses besoins ni lui dcxmer: ce qui doit, ¥ous n^en doutez pas, aggraver fort l'einK baiBras d'un miiûstré .des finanoes. On l'accuse aussi d*iivioir^ «MnmeiOnidit<en France, quelques arrière^ pensées; mais, quand la grande famille ne se montre pas d'un commun accord pour Tenir au secours de

la Patrie et consolider le nouvel édifice politique, comment espérer que l'individu fixe fermem^it ses opinions et son dévoûment? Quoi qu'il en çoit, au milieu des difficultés qu'il rencontre de toutes parts, il a déjà fait des prodiges.

Pendant la domination tranquille de la couronne d'Espagne , les vautours qu'elle envoyait dans ce malheureux Monde dévoraient tout, jusqu'aux entrailles de la terré. Depuis le Grito de Dolores jusqu'à celui d!Iguala^ la plus terrible Révolution saccagea les champs, les maisons, les mines, les finances publiques et privées. Iturbide, par des dépenses extravagantes et ambitieuses, porta le dernier coup aux ressources de l'État; des débats anarchiques s'élevèrent encore sur la nouvelle forme de Gouvernement à choisir , dans l'intervalle de la chute de TEmpire et du triomphe des Fédéralistes. Ce n'est donc que depuis l'établissement de la République fédérale qu'on a pu opposer quelque barrière contre la dilapidation des deniers publics. Cependant, la situation déplorable des finances n'a pas empêché M. Esteva de relever le crédit de la République , au point d'obtenir déjà des prêts de l'Étranger : il a offert au Congrès général ses observations et combinaisons, pour le mettre en mesure de connaître quelles étaient autrefois et quelles sont actuellement les ressources financières du Mexique ; comment et dans quelle proportion elles devraient subvenir aux besoins de l'État, et par quels moyens il est plus facile de les

obtenir. Ce dernier point est le plus problématique. La Dîme pèse déjà si lourdement sur les terres, qu'on ne saurait les charger d'impositions nouvelles, sans opprimer totalement les propriétaires et Tagriculture. Ces ministres du sanctuaire et de charité ne l'épargnent pas même aux poules : il faut qu'elles donnent |aussi le dixième de leurs œufs, et tout celfil pour ajouter aux quatre-vingts , quatrevingt-dix, cent mille piastres et plus de revenu des Évéques, aux six, huit, dix mille et plus de revenu des Chanoines , qui ne font tous que dire l'ofRce , engraisser leurs familles et desSobrinas^ aux dépens des peuples et au détriment de l'État. Le Pape Lambertini, aussi spirituel que de bonne foi, et qui n'aimait pas les contradictions , quand il se rencontrait dans l'Évangile avec le verset : Regnum meum non est de hoc mundoj le sautait sans y toucher; un indiscret lui en demanda le motif : C'est que, répondit-il, le Vicaire de Jésus-Christ doit, ou faire comme lui, ou taire ses préceptes ; autrement c'est se moquer de Jésus-Christ, et donner trop à dire de son Vicaire. Entendez les prêtres : ils prêchent toujours contre les Juifs, les persécutent ; l'Inquisition s'amuse même à les faire rôtir , et les prêtres ne suivent pas moins leurs lois, choisissant celles qui leur semblent le plus commodes : la Dime est une loi juive. Cda me rappelle la Restauration^ qui, en Italie, a anathématisé.tout ce que Napoléon avait fait de bon, mais a gardé toutes

ses lois de finances, qui remfdîssent les coffres de» dix ou douze souverains patemeh qu'elle nous a légués. C'eBt aussi une de ce» contradiction» que Laoïbertini n'aurait pas non plus aimées ^ ou ^ du napoinsy il nous eût laissé quelque chose de bien, en y rétablissant tant de mal.

Dans l'ordre hiérarchique, le Culte et k J^Mtîoe , par le respect, par la vénération qu'on leur doit^ marchent avant tout ; et dé là cette préséance de leurs ministres à la Cour ; mai»^ dans l'ordre admi* nistratif , ib ne sont rien sans aargent ; je le» ai doac fait marcher ici après lés finafices.

Don Pabb de la Llave e^ le ministre du Culte et de la Justice , digne de l'être doûs tous les rapports , prêtre instruit et citoyen honorable. Je vous ai signalé déjà dans le Mexique beaucoup d'autre» ecclésiastiques respectables ;. dans aucun autre pays du monde 5 je crois, le» prêtre», en gâoiéral, n'ont montréplus de patriotisme : lés prétife» créoles, bien entendu^ Je m'arrête quelquefois dur de» abus crian», parce qu'il» se trouvent sur mon passage; mais il est juste de convenir qu'ils sont fils plutôt d'institutions politiques, destinées parle Gouverne^ ment Espagndt à tenir ce» peuple» dan» l'abnÉtisse^ ment et l'esdavage, que de sanctions canomque»^ J'oaerai même dire que les Papes les ont gfénéralem^Qt ignorées y et qu'ils k» eussent fulminées de leur improbatiou , s'il les avaient cono^s. Il y a de grands motifs d'espérer que le Clergé, purement

( «47) MeiûcaiQ, le premier, donnera l'exemple du dc^sibté^ ressèment et de son suffrage pour tout ce qui peut tendre ralscHUiableuient à j^leyer l'État de la situation pénible où sont ses finances*

Yous aurez une idée de la sainteté des prmcipef religieux et patriotiques de cet fllustre ecclésÂastiquer et partant de son ministère , en lisant un petit frag* ment d'un nc^Ie discours qu'il a prononcé naguère devant ]e Congrès général. Je ne vous le traduirai pas, poiur lui conserver toute sa dignité et son éloquence. « £1 Gobierno tiene la indecibile satisfactipii

de recomendar al Soberano Congreso la prudencia, grabedad, y Evangelico desinteres de los lûuy rêve* rendos Prelados de la Iglesia Mexicana, que reconodendo los limites que circuyen su orbita , ban )u* rado solemnemente, sin restriccion ni tropieso ^ la constitution fédéral. Tan illustrado y cîrcumspecto procéder sera siempre una censura severa , ô por mejor deeir, la reprobacion mas ciimpKda de la conducta del Arzobispo de Mexico , que habiendo £^andonadoy desde febrerodel ano de 23, sus ovejas pos ntotivos puramente politieos, aunque oon prête sto de regresar dentro del termîno que prescriben los cancmes , o de irse a presentar en persooa a la Cabeza de la Iglesia ( à Rome ) , se dtriîio y subsiste entre nuestros enemigos , encomunicado cou su g^^y 9 y fakonda à todas sus seguridades y promet sas. Tanestrano procedimiento parece que debe llamar la atencion del Soberano Congresso, y entre-

tauto, el Gobierno absteniendose de procéder a una orden positiva de sequestro , ha mandado se le suspendan las mesadas que no tiene derecho a percibir interin resida en un pais cuyo Gobierno esta continuamente machinando contro nuestra liberdad e independencia *. » L'Évêque de Sonora, un capucin, n'a pas voulu reconnaître le Gouvernement actuel , et il prêche tous les jours à ses diocésains, que le Gouvernement de Ferdinand est le seul béni de Dieu; néanmoins , voyez la générosité politique , la charité chrétienne, la prudence du Révérend Père de \j a Llave! Il ne laccuse, il ne le nomme même pas, pour éviter au public le scandale de sa honteuse conduite, et à la République les déplorables conséquences de la publication d'un exemple dange-

* « Le Gouvernement se pUît à donner de justes éloges devant le Gon* grès général , à la sagesse, à la dignité, et au désintéressement évangéliques des très-révérends Prélats de l'Église' Mexicaine, qui , reconnais* sant les bornes de leur juridiction, ont solennellement juré, sans restrictîoB ' mentale et sans déception, fidélité à la Constitution fédérale. Un si noble exemple sera toujours une censure sévère, ou , pour mieux dire, la réprobation la plus accablante de la conduite de rArchevèque de Mexico, qui , depuis le mois de février 1829, ^ abandonné ses ouaiUeB pour cause purement politique , sous le vain prétexte de rentrer dans le délai prescrit par tes sacrés canons , ou d'aller se présenter en personne au Gbef de l'Église à Rome , mais qui s'est rendu et demeure encore au milieu de nos ennemis ( en Espagne } , sans entretenir aucune relation avec son troupeau , foulant ainsi aux pieds ses protestations et des sermens. Ce révoltant abus doit provoquer la sollicitude du Congrèt. En attendant, le Gouvernement exécutif, sans en venir positivement à un ordre de séquestre , a suspendu son traitement mensuel , auquel il cesse d'avoir droit , tant qu'il réside dans un pays qui conspire perpétuellement contre nos libertés et nptre indépendance. »

( ^49 ) reux. Il se borne à le rappeler à Tordre, â lui expliquer ses vrais devoirs ; il réussira à le corriger » à moins que cet homme ne soit plus qu'un Induratum cor Pharaonis , car rien ne persuade plus que les nobles conseils d'une âme généreusement évangélique. Mais» je tous entends dire : c'est un capucin L.. Zélé pour rÉtat comme pour la religion , pour la réforme des abus comme pour l'exaltation de la Divinité , ce Ministre signale tous les désordres à réprimer, et toutes les souillures du culte à effacer ; il ne craint pas de dire publiquement au Congrès, que : « Tambien en el sistema de cobranza décimal y en los efectos d^ue se estiende^ hay en algunos obispados vicias y desordenes que reclaman une pronta Providencia. » Il fait également connaître que toutes les Institutions pieuses , les plus utiles , qui dépendaient aussi des revenus énormes de la dime, avaient été déjà envahies et pillées par le Gouvernement Espagnol et ses Co-religionnaires, avant la Révolution. Il propose sur un plan, le plus sage, une réforme de l'éducation ecclésiastique , où, ditil, l'instruction religieuse ne doit pas exclure les con^ naissances nécessaires pour être bon citoyen. * Enfin il démasque avec courage , mais noblement et de la jçnanière la plus prudente , tous les privilèges et

les distinctions qui empiétaient sur les gros béné-

* On dirait qa'il a prophétisé ou dicté ces ordonnances qai ont ravi» en Fiance, aux Jésuites le sceptre de renseignement.

ùce» , au détriment et à l'exclusion injuste du vrai mérite. Une autre conception, également reKgîeuse et politique, c'est sa proposition, déjà sanctionnée par le Congrès, d'envoyer à Jtome un Ministre, un Prêtre distingué , pour parler hautement des besoins spirituels de la Religion de ces pays. Cette mission seule rév^ de profondes pensées ; mais vous l'apprécierez mieux encore dans les paroles toujours éloquentes du sage Ministre, a Entre tanto es de esperar que este procedimiento y gestion del Pueblo Mexicano , tan conforme al articule 3 de su <îonstitucion , y dirigida, no a un soberano de Europa para que rêconozea en h civil su independeneia ^ sino a la Câbeza de ta Iglesia, para que en este or* BEN acuda a ^us neeessitades j sera acogida y despa* chada favorablemente , sin que puedan sarvir de obstaculo coftsiderationes y mira&politieas y terrenales; puesque de lo contrario, séria como querer sancicNEiar que la Religion esta ecentialmente identi^ ficada ( écoutes ) con la esclamtudy absurdo y sentimiento del todo incompatible con la prévision , benevc^ncia, y soKcitud patemal del Gefb i»s los FnsLEs. Enfin , sea quai fuere el resultado de esta mision , à los menos habremos hecho ver a tado el oràe Catolico^ que nuestro puebto ha hecho lo possible por ser consiguiente^ y Uenar en esta parte )o ^ue le cumple. * »

*^ « Par cette démarche , d'ailleurs si conforme au vœu de la Gooatitulion (art. 3) , ce nVst pas à un Souverain de TEui'Ope que nous noii»

Venons mainteiiant au Ministère de la Justice , cftti ne mérite pas moins toute Vattention d'un lecteur Européen; ses oreilkad ont dû retentir des hauts cris répétés tous les jours cm par ^exagéra* tion des voyageurs, ou par bt méchanceté des ennemis du Mexique, contre le noure! ordre de cho* ses : contré U^ vats^ ie$ àénis de justice , etc. , de ce pays.

Pendant one Révokilî^n oon^cie ceHe qui a dé*

adressons pour qu'il reconnaisse notre indépendance. Ce n'est qn'au Cbef de rÉgllse que nous demandons de pourvoir â nos besoins spirituels. Des conildèratiOBê jMfiâqiMt ef Uireitre» éoirent donc être sans influence sur Totie délibérationy et. ne fa» s'opposer k ce ^c ectte mesiirc réunisse tous vos suffrages. Confondre ici deux autorités si distinctes., ce serait identifier la religion avec l'esclavage : théorie absurde, et combattue naéme psr LftbientcilUfiGe et la sollicitude paternelle du Chef des Fidèles. Quoi qu'il résulte enfin de notre mission y nous aurons du moins fait voir à toute la Chrétienté que le Peuple Mexicain sait concilier ce qu'il doit à sa pfopre dlgnit^, avec l'honmiage de la soumission due , en c<ftte matière » au premier Pasteur. •

iVbto. L'Ambassadeur Mexicain, arrivé en Europe, a dû attendra long-temps à Bruxelles , et ailleurs , je crob , ses passeports pour Rome. On n'a rien connu depuis qui réponde dignensent à cette noMe et sainte mission* Il est & craândse que le Saittt-Siége ne pordt et s* {dridiction et la Religion catholique en Amérique, pour écouter une profane higiz ttmiiê qui l'obsédé et û'i rien à faire avec le spîrituel^. tJn an «près la dfiCe de «Mtte UttM), je me trouvais * 8aa-Dbiitlttgo. Le présîdeitf, Boyer, dans une conversation oh il me fit Fhonneur de tft'onvrir consoieocieuf sèment son cœur religieux, se plaignait fortement de ce que Sa Sainteté cottdamnak érïptiis long-temps au sifenee ses humbles soumissions sur le* affaires religîeaseB du pays; il fisit par me dii» pleuiaiatot : « €hi voudrait que je m'èmaneipaue de Rame, mms je ne ierai jamais le premier à donner ce mauvais eacemp le, > Je serais heureux que cette observation historique pût Inspirer quelque coniivdératiotr utile à l'église et aux Fidèles.

vaste , ensanglanté et désorganisé ces contrées , l'administration de la Justice , certes , ne pouvait pas trop briller , et cette même Révolution devait naturellement laisser après eUe de grands crimes, de grands malfaiteurs à balayer ; cependant, Comtesse, on ne voit pas sans étonnement comme les Alcades seuls (les Maires du pays) ont pu si efficacement réprimer les uns et les autres; et si Ton considère la perversité des temps , le nombre n'en a pas été bien grand.

Maintenant , TOrdre ) udiciaire est presque entièrement organisé , du moins autant qu'on peut y/ réussir dans un pays où cette organisation n'a jamais été tentée, même avant la Révolution; où les magistrats nécessaires manquent, ou ne sont pas adaptés pour tous les climats; ne pouvant, s'ils sont nés et ont été élevés sur les hautes terres , aller habiter les terres basses de la Pacifique ou de l'Atlantique, sans s'exposer aux maladies homicides qui y régnent.

La Gour Suprême a été installée : c'est le tribunal qui doit connaître de toute contestation relative aux intérêts généraux de la Confédération; des Cours , des Tribunaux de première instance , des Juges-de-paix ont été institués dans chaque État. Le Gouvernement général, qui est nommé parla Constitution le tuteur des Territoires , pourvoira à l'administration judiciaire qui leur conviendra le mieux.

Le jury entre dans le vœu delà Constitution gé-

nérale ; mais chaque Congrès particulier pèse, dans sa sagesse, l'état de civilisation de sa famille, pour juger si ses membres sont ou non en mesure de remplir les fonctions augustes, attachées à cette sublime institution , institution qui peut être aussi dangereuse chez un peuple ignorant , qu elle est utile chez un peuple éclairé. Enfin, M. le Ministre de la Liave n'a pas non plus oublié de suggérer au Congrès général tout ce qui peut améliorer les prisons , en combinant la punition et lé soulagement des criminels ; la répression du yice et Texercice de la vertu.

Le Ministère de la guerre , pendant la Révolution , a été partagé entre les différens chefs Partisans qui l'alimentaient ; ce n'était qu^une anarchie ; et Iturbide ne s'occupa que de faire des satellites de son despotisme dans toutes les milices^ Ce n'est donc que récemment que l'armée a pu être 1 objet de quelque système disciplinaire et administratif. Assez de confusion y règne encore ; tout le monde veut être au moins colonel , et l'appel des généraux ne serait pas fait en moins d'une heure. Gomez Pedraza vient de remplacer le petit despote, plein de passions et d'ambition, Manuel de Miez y Teran: ce Teran, que nous avons vu faire son 18 Brumaire, son expulsion des Pharisiens, comme Cromwell de Saint-Étienne. *

* L'endroit où siège le Parlement d'Angleterre était autrefois l'église deSaiat-Étienne.

PetrazB était un des députés Mexicains aux Certes d'Espagne. Pendant que la Révolution déchaiuâât toutes ses furies dans soa pays, il se formation Ehrotpe. Il rentra peu aiirant le Grido dlguala , et se mêla dans la lutte qui .en abattit fidole. NoaiBié ensuite Gouyemeur de Poefaia, sa patrie, il refesa (disent les uns) ou fit semblant de refuser (disent les antres) 4 mais^ nommé ««icore^ Il accepta. Il fui démis sous des pcéteptes frivoles , phitot que pour des motifs plausibles. Le Présidant a cru voir en lui rhomme nécessak« pour réorganiser le Ministère de la guerre et Tannée. On le croit généralement tiès-'habile , plein de résolution dt de fernu^, au^dettus des difficultés et des partis. Et TBaiment depuis Je temps quH préaide à ce département , cm roft souvent des reyues et des parades qui annoncent ^'utiles réformes et beaucoup plus de d^etpline dans la troupe. La Marme, placée sous eon admûiistratioQ , parait em»A prendre du mouTement. On anme de petits ))âtknens sur les côtes Atiantîques ; opi (ait construire queltjm frégate idans les Élote-lJBÎs , et ob fsBpte d'engager à la solde de la Répiribllque des ^dfficîers et des marins de cette Nadon , déjé si vaillftmflxient marvtime.

vQuant aux affaires de l^întérieurj «ous le système fiédécal, dlesfKU^veutfeire de rapides progrès, pour peu qu'on les aide ; car chaque Éta(t>s'occupe de sa police , de sa milice , de sa statistique , de son économie politique et administrative , de son instroc-

ti<m publique , de ses ÉtabUsseoiens de santé , de charité, etc.^ ainsi que des chemins communaux; et tous peuvent beaucoup aid^ le Gouvernement géaaéral à reparer les {[randes routes Céd^ales, ^ui, comme les premièves , sont presque impraticables. U faudrait seulement édairer toute la Confédération d'instructions générales, lui donner un plan qui facilitât une marche générale et uniforme, et c'est ce qu'on n'a pas fait , et ce qu'on ne fera pas , peut-étve , tant quill y aura un Ministre non fédéral j et tpof occupé, d'ailleurs , ayec les entrepreneurs des Mines , avec les Agens del MurguUado dei Valle , avec iles Éditeurs de d Sot^ et d'autres encore.

Quant aux affaires extérieures , ^dSes ne marchent que par l'impulsion du deliors ou des puissance» que leur âvlérét porte à reooinnaltre ila République; c'est œ que vienA; de faire le CalMnet de ^Sai^-lames, qui veut peut-être recouvrer, à la faveur de l'Amérique , cette Influence et ces ressources qu^Mi s'est laissé arracher en Europe par la Satnte-Al~ liance ; il vient de reconnaître aussi la République de Colon^ia, iLe Cabinet de Was^hington reconnaîtra à son tour la politique de l'Éfaranger, pour se metli^ en • concurrence avec les vues de l' Anglesterre; tmais jusqu'à prés^it o«i n'a pu lut faire épouser certains inibéréts' qui auraient donné à sa politique une allure f^us décidée et plus généreuse» On n'a pas même été capable de former un pacte de

famille avec les tant d'autres gouvernemens que la Révolution a enfantés dans le Nouveau-Monde pour se garantir, réciproquement, par une sage alliance, de nouvelles attaques du Yieux. Ce grand manque de précaution (facile) pourrait autoriser de forts soupçons contre M. le Ministre des affaires étrangères.

Ces deux ministères sont présidés par D. Lucas Alaman , député aux Cortès d'Espagne. Il ne manque pas d'habileté. Vous sentez qu'il en faut pour savoir se ménager du crédit , quoi qu'il advienne. Il n'est pas peu enfariné de cette politique qu'on recueille dans les salons de Paris et les clubs de Londres* Quoiqu'il ait eu l'air de se faire désirer^ )e crois que Victoria ne tardera pas à. voir que ce Minifi^ n'est point fait pour une République*, à moins qu'dle ne soit celle des trois Cai de Venise. Et ime République ne peut pas être du goût d'un tel ministre, quoiqu'il y ait fait et y fasse encore sa forlune. Voilà tme courte esquisse du personnel du Gouvernement général exéc^itif.

J^e Corp3 Législatif, composé du Séxiat et du CoQgrès, possède des taleasdistingliés, et autorisé déplus en plus à croire que ce sont vraiment les circonstances qui font les hominea II est. un génie caché qui «anime toutes les créatures hfunainesç s'il ne se montre pas , c'est qu'il* liiiimanqtie ua théâtre

* Ilaétlsr^faplacëdepuisloDg-^enkps: • • > " " '

( «57 ) OÙ ii se produise et se développe; ou bien quelque force supérieure Fabrutit , le chasse ou l'opprime ; tout nous le dit , Comtesse , Ovide lui-même :

Est Deus in nobis, agitante caUscimus illo.

Nulle part ces réflexions ne se vérifient plus qu'au Mexique. Les Mexicains sont comme les neuf Muses : une improvisation des Dieux. Vous les entendez prononcer des discours éloquens, qui vous étonnent, sortant du chaos de Fignorance et des ténèbres; ajoutes, et je vous les ai déjà montrés sous cet aspect, qu'ils sont prodigieux dans les beaux-^rts.

Je ne dois finir cet article, sans faire un reproche à ces législateurs. Ils devraient regarder comme une grande récompense l'opinion publique qui les élève à ce rang distingué ; et quand on est appelé à statuer sur les besoms de son pays on ne doit pas les aggraver par sa propre avarice. L'Angleterre et la France , deux grands types d'Assemblées Nationales , leur montrent en cela un imposant exemple : leurs Représentans du peuple ne reçoivent point d'appointemens pour leurs fonctions législatives. Les Mexicains devraient mcnitrer plus de désintéressement envers une patrie , impliquée dans des circonstances si diflSciles. Les membres eux-mêmes du Grand Congrès de Washington ne reçoivent qu'une indenmité viatique, et un dietîmeplus petit encore.

( 2bS )

he» )6uniaux font , en quelque sorte, partie du Gouvernement. Les deux Coryphées de la Capitale sont Y Jquila Mexicanaet el SoL Le premier porte pour devise, Vitam impendere vero, quoiqu'il lui arrive souvent de dire de grands mensonges. Il voudrait paraître libéral , et se dit Journal National; il est, sous quelque rapport, l'un et l'autre; mais il manque de cette noble générosité qui doit être la première base du vrai libéralisme : c'est ce qui souvent le fait scorgere (montrer la corde) , comme disent si expressivement les Toscans. Le Sol est un Astre ténébreux , qui éclipserait volontiers ce qui luit déjà sur ces belles contrées. Sa devise est Po$t nubila Phœbus. Ce motto est une expression d'espoir, et Tespoir n'a jamais pour objet ce qu'on possède déjà ^ le Sol donc déclare explicitement par sa devise que maintenant (sous ce Gouverneniettt) il fait un temps affreux^ mai» qu'il espère que bientôt reviendra le soleil (les Espagnols). C'est à peu près lé bon mot de Pasquino quand Marforio ( à l'enti'ée des Français dans Rome,) lui demandait quel temps il faisait, il lui répondit tempo da ladri *. Ce Journal, dans une justification qu'il vient de faire dans son n' 670, montre qu'il se plaît beaucoup à répéter et bercer le nom de Ferdifiandiste dont on l'accuse ; et , tout en se défendant , il témoigne évidem*

* Bxprfession italietitie qai répond à la française i i7 fkk un temps d'enfer.

( >59 ) ment qu'il prend grand plsdsir â ce qu'on T^uflle , dtt^il^

Spmr^f^n V0C0S

In vuijfum ambiguas.

Ces deult )ournàux sont tous les deui minUtë' riekt tous u'aveî pas besoin que ]è vous tépèté â quel ministre le dernier appartient^ et quelle unitv règne par là dans le ministère.

Après ce court aperçu de tout ce qui constitue la forme et le personnel du Gouvernement général^ il faut que je vous occupe un peu de sa partie matérielle^ c'est-ândire^ de l'endroit od il doit sié^ get^ et qui formera le district Fédéral : cet endroit ésl devenu une Hélène, une pomme de Discorde.

Le Congrès général a décrété que Mexico serait le district^ la ville fédérale, la capitale de toute là Confédération; maintenant le Congrès de l'État de If etico insurge et la réclame comme sa capitale de droit, prétendant que l'en priver c'est la lui voler.

L'incident est asset curieux ^ et vous dit les ca^^ quets qu'il a dû causer. Je passerai donc sur tous les veiiiiagês^ tous les commérages qui occupent â éet égard la presse et- les boucher de cette capitale, car si la discussion amuse et instruit, là disputé eiKcite souvent l'impatience, le dégoût et l'ènnUi. Je me bornerai à vous arrêter sUr deux questions que je croîs les plus importantes et qui cependant n'ont jamais ^té approfondies. Vous sentet que,' fêifmtè dans mon système de ne me mêler )àmhh

d affaires politiques d'autrui, je me suis toujours gardé d'entrer dans leurs discussions , encore moins dans leurs disputes.

La ville de Mexico appartientr-elle à l'État de Mexico parce qu'elle se trouve sur son terrain? Yoilà la première question, et je dis franchement : Non.

Youdrait-on se protéger de la loi Romaine « Qui in solo alieno œdificat^ etc., » pour soutenir le contraire? l'argument serait absolument faux; dans ce cas te terrain devait appartenir à celui qui réclame, dès l'époque où l'on a bâti; or, certes^ l'État de Mexico était in futuris côntingentibus, lors de la construction de cette Capitale. Cette prétention conduirait plutôt à un argument inverse :. elle réveille l'idée que la ville de Mexico, ayant toujours été la Capitale, d'abord deTAnabuac, ensuitef de la Nouvelle-Espagne, doit l'être également de la Confédération Mexicaine. Washington, . la Capitale des États-Unis du Nord, est, par analogie,, une grande objecticii : bâtie sur le bord S^tentrional du Potumak, le terrain appartient à l'État de Baltimore, qui le céda formellement à l'intérêt général de la Confédération; la Virginie en céda autant sur le bord Méridional pour compléter autour de la Fille Fédérale un cercle qui fût comme de cortège et de splendeur au Gouvernement du grand Empire. De plus, Mexico est un peu trop pour un État : il pourrait renouveler la. Société Léonine de la Fable ; tandis que sa prépondérance sur toutes les

autres villes du Mexique, ses foyers de lumières , de richesses, de grandeur et de force conviennent par* faitement à une ville capitale d'une Confédération, comme le grand Jupiter, qui doit éclairer tout lorbite de sa vaste famille, et la protéger de tant d'influences réunies. Un endrmt qui n'a pas cessé d'être, et qui est encore le point central de toutes les affaires et de tout le commerce delà Nation, lie pourrait devenir un point subalterne sans de grands in* convéniens politiques et éccHiomiques. Enfin, ei^ pareil cas> est summum (Cicéron) Reipublicœ inspi^ ciendum^ non les chicanes futiles et pédantesques de quelque plagiaire légal, qui ne sait distinguer ni les questions, ni les circonstances.

Serait*il convenable que Mexico fût à la fois la Capitale dé l'État et la Capitale de la Confédération? Telle est la seconde question; et^ à mon sens, Fad* ministration et la politique utiliseraient cette distribution. L'administration y trouverait tout ce qu'il faut pour gérer deux Oouvernemens : des lor calités et des hommes éclairés. La politique aurait j dans le Gouvernement de l'État de Mexico, une sentinelle avancée pour les autres États contre toute tentative ambitieuse du Gouvernement gêné* rai; ils rivaliseraient de lumières et de sagesse, sans confondre ou entrechoquer leurs droits ou- leurs attributions eonstitutionneUes. Ccè (feux Gouver*^ nJernens y siégait depuis la création de la Repu-* blique Fédérale; je âésii^ qû^ils cowiçniîent d^

çontîi^Har »ur le môine pkn avec harmonie, ne fût-ce que pour émousser une arme de plus à oeux qui te font de tout un moyen de semer la désunion, b discorde et Fanarchie.

Le Congrès de TÉtat siège au Palais de Tlnqu»-sition; odui de la Gonféd^ation , au GouYeat des Jfésuites^ J'espère que tes méditations tristement profcM^ies^ nées des souTenirs que ces deux en-* droits retracent y rendront leurs délibérations encore plus sages et plus énergiques % qu'elles rappelleront au& divers membres de taes illustre» assemblées que eea deux séjours de la lUierté et de la souTeraîneté uattooales, redeviendraient le foyer de toutes boi^ reurs, de la plus cruette tyrannie^ si jamais Us menaient à enfreindre le serment de soutenir et défendre rindépendance Mexicaine; leur siégeauguste deviendrait le lit de Procruste.

Que me reste-t^il encore à tous dire de la vKe moderne (Se- M^co? Ses habitims? Dans les lettres précédentes iKm» ainez tu tracés çà et là les mœurs^ les maciières , le caractère ^ FaxtendemenI , etc. , dea Mexicain» en général;^^ ceu^ de la Capitale , à quelques nuanees focs^ près y sont le» mêmes. Cepen*dant; celte différaice y si. légère qu'dle soit , mérite quelque observation.

Nulle part y dans tout le Mexique , la caste dés Indiens n'è^ plus bmte qu'à Mexico^ et la raison en est daire : irrités à Faspect oom^ant , et de^ plus en ]du» movti^ant^ de la grande distimce'

qu'on mettait entre eux et kurs op{Mresseur8 , le dépit et la haine ont nourri leur cœur de sentimens hostiles et féroces^ontre tout homme qui n'était pas de leur couleur ; il est donc peut^tre plus dam gereui^ de se promener dans ks environs de Mexico, que de Toyager dans tout le Mexique. Plus en contact avec les Espagnols , que la soif de Tor condui* saii^ surtout a la Capitale, ces Indiens avaient plus d'occasions d'apprendre des vices , et d'oublier les vertus naturelles de leurs ancêtres. Id^ ils sentaient, ils voyaient plus que dans les provinces leur escla** vage; et vous savez qu'Homère disait^ que Jupiter détruU la moitié de r essence de l'homme quand il lai enlève la liberté. L'Indien s'enivre plus ici qu'ail* leurs ; c'est la conséquence de ses vices , et de ce besoin d'assoujMr le sentiment de sa honte et de sa misère. Mais la race (combinaison étonnante) est la même partout; tandis que, dans le Vieux-Monde, le Sa»d , le canal de Calais , le détroit de Gibraltar, le Faro de Messine, le& Dardanelles, le g<dfe Adriatique , les Pyrénées , les Alpes , le Rhin , la Vbtule , le Boristfaène , forment autant de races de peuples qu'ils séparent.

Les castes des Zambos et dea Mulâtres n^existent pas , à proprement parler , dans l'intérieur du Mexique. Jamais on n'a vu beaucoup de nè^^res sur les hautes terres , il n'y en a pas du tout maante- Bant; et l'on en trouve fort peu sur les cotes maritimes.

La race de& MtUizos est la plus méchaoïte du Mexique : issue le plus souvent de la brutalité des deux races qui Tout procréée , elle partage par instinct naturel tous les vices des Blancs et des Indiens; car il est constant que les hommes , comme les brutes, reproduisent plus facilement les défeiuts physiques et moraux que les vertus et les beautés de leurs pères; c'est une fatalité dont on ne se rend pas compte, mais qui n'est pas moins vraie. A Mexico, on rencontre fort peu de ces Mestizos, mais ceux qu'on y voit présentent de» physionomies patibulaires et des Picaros. C'est cette classe de peuple qui donne le plus de cette canaille qu'on appelle LeperoSj les Lazzaroni de Naples; mais , comme à Naples , l'exagération en augmente beaucoup le nombre. Us ne sont pas non plus aussi méchant que les voyageurs le disaient autrefois.

Ici s'offre une observation sur ces Mestizos, observation que )e ne qualifierai ni physiologique , ni pathologique, mais qui, certes, peut prendre une place dans Thistoire naturelle ; elle a été faite par des personnes instruites, Qt puisée aux sources d'une longue expérience personnelle : c'est que les rejetons dune femme blanche et d'un Indien sont bien plus méchans que ceux d'une Indienne et d'un blanc. Heureusement les {premiers, sont très-rares. Yoilâ encore de la moisson pour les savans.

I^es Créoles^ ou ceux nés au Mexique de, sang Européen, sont, pa^rmi les Mexicains, la race par

excellence, beaucoup supérieure en esprit^ en génie naturel , à cette Divina progenies ^ qu'on appelle lo$ Blaneos j par distinction suprême à ceux nés en Europe et importés sur ces plages.

En général , il n*y a point de canaille de la race Gréole, quoique divisée en trois castes (la comblerciale ou industrielle, l'agricole et la noble). Elles se montrent toutes également fières , .polies et d'une ceitaine dignité. Si les destinées du Mexique dépendaient de cette seule race, et qu'elle ne fût pas entrayée dans ses nobles sentimens et sa courageuse énergie par la faiblesse superstitieuse des Indiens, la bassesse mercenaire des Mestizos^ les conspirations iniques des Bkmcos, et par l'influence paralysanté des Moines , le triomphe de l'Indépendance Mexicaine serait à jamais consolidé.

Ce sont les Créoles qui forment à Mexico, comme dans tout le Mexique, la meilleure société, presque les seuls qui offrent de la courtoisie et de l'hospitalité aux Étrangers. Leurs femmes dont les plus jolies, les plus aimables, les plus spirituelles , et , pendant la Réyèlution, elles ont donné des preuves fréquentes des sentiment les plus généreux, les plus héroïques. Elles ont beaucoup de grâce dans tout ce qu'elles disent et ce qu'elles font ; je leur en trouve même dans leur ci^arylenv fumer, contre lequel tous les Étrangers crient si haut^OLent.

Tenant gentillement, entre l'index et l'annulaii^ de la mmn droite, lavacigarito étincelant, elles l'ap-

prochent Donchalammeot, de tempft à autre, de leur bouche , comme pour rallumer leur esprit et leuc vivacité; et, formant, de la fumée qu'elles en tirent un nuage léger qu'elles poussent en' avant, comme avant-coureur de la parole, elles annoncent les noureUes grâces dont elles vont ranimer la con-* versation. La main gauefae les exprime avant qu'elles les prononcent, et de beaux yeux noirs marquent les mouvemens et l'impatience d'une âme gênée par cette étrange occupation du pacage par où elle veut se monter. Jamais je ne les ai vues si spirituelles et si animées que quand elles fument ; le feu de leurs yeux semble s'éteindre avec celui du ciga^ rito. Si, quand on fait la cour à une dame, on dé« sire s'entendre dire quelque chose de bien expresnf et touchant, je conseille qu'on la prie de ewpar.

J'ai vu des amans se darder de la fumée du eigorrito : c'était sans doute l'amour qui la portait de son souffle, ou l'amour lui'^mème métamorphosé en fumée : il est si vrai que, quand on aime, on trouva l'amour dans tout ce qui appartient à b personne aimée I Heureusement, Comtesse, je ne fume que pour £8Ûre ma cour aux Sauvages, comme vous vous le raj^lçs, quand nous étions sur le haut Mississifi; autrement, j'aurais, de cette manière, couru ici un grand danger de faire un péché de plus et d'une «spèoe toute nouvelle.

Les femmes Mexicaines ont beaucoup de grâce quand elles dansent; c'est qu'elles dansent sans af-

( »67 ) fectation, à la différence des dames d'un certain ^pay^fùêbianable^ qui dansent les yeux baissés, comme si elles allaient à Téglise , sans jamais regarder leur compagnon , comme si elles allaient renoncer aux hommes pour un couvent. Quelle expression peuton trouver dans une danse où il n'y a d^autres act^irs que les pieds? De cette manière, si une danse pouvait s'écrire, j'aimerais mieux la lire que de la vofa*. Vous savez que je n'aime pas les contradictions, tout sévère que je suis pour la déo^oce.

Les dames Mexicaines donnent beaucoup de temps à la conversation, dont la plus grande partie est céleste^ c'est-à-dire avec les Moines. Au Mexique, il n'y a pas une maison, avec une jolie femme, qui n'ait l'assistance obligée d'un Motne.

La toilette des Mexicaines (je vois votre impa^ tience) , il n'est pas facile de la décrire. €'est un pat pourri^ composé de toutes tes toilettes Euro^ péennes et Américaines, lesquelles ne se font pas trop boime compagnie. Je ne les aime que dans le costume du matin, avec le zendal à la Yénitiehne, eu le mesura à la Génoise. En général, elfes sont asses propres.

En feit de compfimens , leur bouche en est un torrent toujours eniSé; il est heureux qu'elles s'offrent un cigarifo a ciupar, autrement, sans ce moyen de pose et d'haleine, leurs poumons pour^ t'aient en souffrir.

Les h<»Bimes ^i font aussi profusion, et si toute»

( nés )

leurs expressions obligeantes partaient de leur cœur, tous les cœurs des César du m(mde, réunis en un seul , n'en for nieraient pas un assez vaste pour les contenir.

Vous voyez, Comtesse, par ce que je vous ai dit des Mexicains en général, que^ malgré l'abrutissement où le despotisme n'a cessé de les tenir, pour trois siècles, la civilisation a trouvé dans leur âme des prodiges d'entendement, de génie et de sentimens généreux. Je me hasarderai même à dire que, tout comparé et bien calculé, l'Esclave (la Nouvelle- Espagne) était plus avancée que le Maître (laYieille- Espagne). Et quelle sera la supériorité des Mexicains sur les Espagnols, si, libres dans leurs nobles facultés de l'âme, ils peuvent se livrer, sans obstacles et avides d'apprendre, aux institutions nouvelles , se lancer dans l'immense carrière de la perfection humaine, que la Révolution, le temps et l'expérience leur ouvrent devant les yeux? Que le 'ciel seconde leurs vfBux, et je les prie d'agréer les miens bien sincères pour leur prospérité.

. Ici je voudrais finir ma lettre, Comtesse ; mais, exacte dans ce que vous voyez faire comme dans ce que vous faites, vous exigez que je vous rende compte de trois choses, que j'ai laissées en arrière, (;t dont je vous ai promis la solution à Mexico. Yoifs avez raison, et je m'en acquitte.

Mon cheval, l'Hélène de Queretaro, est toujours à moi. Don Mariano Herrera a écrit d'-une manière

( ^69) satisfaisante au juge et à mes adversaires, qui se sont montrés dans cette viUe, comme à Queretaro, de la plus noble condescendance. Quant à l'espoir de vous montrer personnellement l'héroïne de la tragédie de Mina, la sœur de Don Mariano, j'ai le regret de vous dire que je n'ai pas eu le plaisir de la trouver dans cette capitale : elle en est absente. Ce qu'on m'a répété des traits de son âme généreuse me la représente de même, comme une idole devant laquelle on peut désirer de brûler quelque encens de vénération. Pour ce qui concerne ma troisième obligation, je vous envoie ci-jointe la nomenclature de ma Flora, qui s'est même augmentée depuis Guadalaxara *. C'est ce célèbre botaniste, le professeur Cervantes, qui l'a baptisée. Les noms dont il l'a distinguée sont, en grande partie, putatifs, je crois, parce que toutes les plantes sont de genus novum ou de species nova, même pour le Mexique. De là on peut conclure sans, hésiter, qu'ailleurs elles seront entièrement nouvelles, du moins de la dernière rareté. Je vous donne leurs noms comme ils me viennent à la main, avec leurs cartons et sans classification. C'est ma seule compétence dans une science où je suis plus que borgne. Je souhaite que cette Flora arrive en Europe, et que les sa vans la jugent digne de leur attention.

* Voyez à la fin du voinme, n. 8.

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