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SYSTÈME ÉCONOMIQUE DES ESPAGNOLS AU MEXIQUE

Le système économique établi au Mexique, comme dans les autres colonies espagnoles, était celui que pratiquaient , il y a trois cents ans et même à une époque bien postérieure, tous les États de l'Europe envers leurs possessions du nouveau monde. Il était dans les idées de ce temps-là que les colonies fussent pour le profit exclusif de la métropole ne commerçant qu'avec elle et n'ayant d'industries que celles dont s'accommodait le monopole métropolitain. Ainsi il était de principe que certaines fabrications leur fussent interdites, afin qu'elles présentassent un marché assuré aux productions de la mère patrie. L'Angleterre, qui accordait à ses colonies beaucoup plus de liberté que les autres États, s'était souvent montrée presque aussi rigoureuse sur ce point que les rois castillans. Ainsi l'on avait proposé au Parlement d'interdire, dans l'intérêt des forges anglaises , aux habitants de la Pensylvanie de fondre les minerais de fer que cette pro-

vince offrait en abondance. C'était aussi une maxime de cette période de l'histoire que les colonies fussent hermétiquement fermées au reste du monde. L'Espagne appliqua à outrance ces préceptes, communément admis à cette époque , et y persévéra même sans y rien changer, ou à peu près, lorsque d'autres États en eurent mitigé les rigueurs. Presque tous les articles manufacturés devaient venir de la mère patrie. On permettait seulement que le chef de famille fît fabriquer dans sa maison les articles usuels nécessaires à ses serviteurs. L'accès du pays était interdit aux étrangers, et plus sévèrement à ceux dont on craignait que la conversation n'excitât chez les habitants quelques idées novatrices. Il fallut à Humboldt une autorisation royale, qu'il dut aller de sa personne chercher à Aranjuez, pour qu'il pût faire dans les colonies espagnoles cette grande exploration des régions équinoxiales qui a été si profitable à la science. De la meilleure foi du monde, M. Lucas Alaman, qui, malgré un degré d'instruction exceptionnel parmi les Mexicains, resta jusqu'à la fin imbu des maximes décrépites de l'ancienne mère patrie, a exprimé, dans sa vaste publication sur l'Indépendance du Mexique, le regret que Humboldt ait pu ainsi réunir les matériaux de son Essai politique sur la Nouvelle-Espagne , ouvrage aussi remarquable par la sage modération des réflexions qui y sont présentées, touchant l'organisation de la société dans l'Amérique espagnole, que par la profusion des renseignements qu'il a offerts à ceux qui cultivent les sciences. Suivant

M. Alaman, ce beau livre contribua à provoquer le mouvement de l'indépendance au Mexique, en inspirant aux Mexicains « une idée excessive de la richesse de leur pays, » d'où vint, suivant lui, * qu'ils se figurèrent qu'une fois indépendant, le Mexique serait la nation la plus puissante de l'univers. »

Le commerce, même avec la métropole et les autres possessions espagnoles, n'était permis que par deuxports: celui de la Vera-Cruz pour l'Espagne, celui d'Acapulco pour les Philippines, par où l'on communiquait avec la Chine. De toute l'Espagne, deux villes seulement, Cadix et Séville , pouvaient commercer avec le Mexique. Les négociants de ces deux cités prenaient leurs aises à l'égard de cette grande colonie. Tous les trois ou quatre ans, pas plus souvent, un certain nombre de navires chargés des marchandises destinées au Mexique faisaient voile de conserve, du port de Cadix, sous la dénomination de la Flotte. Tout ce qu'ils apportaient était vendu d'avance à huit ou dix maisons de Mexico, qui exerçaient ainsi le monopole. A l'arrivée de la Flotte de Cadix, une grande foire se tenait à Xalapa, et l'approvisionnement d'un empire se traitait comme celui d'une place bloquée. La contrebande ne laissait pas de corriger un peu les effets de ce régime si restrictif. Elle avait été facilitée par le privilège qui avait été accordé à l'Angleterre, sous le nom d'asiento, d'envoyer tous les ans dans l'Amérique espagnole, un vaisseau de 500 tonneaux chargé d'esclaves. On avait fraudé sur le chargement du navire et fraudé par un moyen plus hardi qui consistait à expédier

plusieurs vaisseaux au lieu d'un seul. Ce fut seulement en 17 78 qu'on renversa une partie de l'échafaudage de ces monopoles entassés l'un sur l'autre, par une réforme qui s'étendait à toute l'Amérique espagnole , et dont l'honneur appartient au roi Charles III. Cette réforme, qu'on a décorée du nom pompeux de la liberté du commerce, consistait à permettre à plusieurs ports d'Espagne, au nombre de quatorze, de trafiquer directement avec les colonies du nouveau monde, par certains ports expressément désignés de celles-ci et en fort petit nombre. L'étranger demeurait exclu , et cependant les effets du nouveau régime commercial furent considérables, tous les documents en font foi. Quant au commerce avec l'Asie par Acapulco et les Philippines, il s'est borné, tant que l'Espagne a été la maîtresse au Mexique, à un seul navire par an, le Galion, bâtiment de 1500 tonneaux, commandé par un officier de la marine royale.

Le despotisme espagnol se manifestait par une multitude de règlements venus tout faits de Madrid, sans que les vice-rois les pussent changer. De la part du conseil des Indes , auquel aboutissaient à Madrid toutes les affaires des .colonies, ces règlements étaient, on doit le croire, à bonne intention; mais ils étaient faits sans une connaissance suffisante du peuple auquel ils devaient s'appliquer, et ce qui était plus regrettable encore, ils étaient conçus et combinés dans cet esprit minutieux qui a l'impossible prétention de tout prévoir, et qui est la négation du libre arbitre chez les gouvernés. Par cela

même contraires à la nature humaine, ils opprimaient les populations et les empêchaient de se livrer à un travail productif. Des volumes ne suffiraient pas à exposer les actes de mauvaise administration, les restrictions funestes à l'esprit d'entreprise, les contrôles entre-croisés, les décisions dictées par la faveur, les lenteurs indéfinies, par lesquels se révélait le régime administratif pratiqué par l'Espagne dans le nouveau monde. Pour compléter ce tableau de toutes les entraves et de tous les dégoûts qu'y rencontrait l'homme industrieux, il y faudrait joindre les exactions d'une partie des fonctionnaires. Les vice -rois s'enrichissaient par la distribution arbitraire du mercure entre les exploitants des mines d'argent ; d'autres agents se faisaient des fortunes par la contrebande, un certain nombre en pressurant les Indiens. Même lorsqu'on ne procédait qu'avec de bons et honnêtes sentiments, les principes de gouvernement d'où l'on partait étaient si radicalement mauvais qu'ils avaient pour effet, alors même que l'on croyait faire le bien, de sacrifier tels ou tels éléments de la prospérité des colonies: j'en citerai des exemples empruntés principalement à M. Lucas Alaman , qui les avoue sans dissimuler son indulgence pour le défunt gouvernement de la métropole, et qui même, dans certains cas, les expose avec la pensée de les faire tourner à sa réhabilitation.

Dans le dix-septième siècle, alors que le Mexique était loin de la richesse à laquelle il parvint depuis, et que le Pérou lui-même était en arrière de ce qu'il

est devenu plus tard, il y avait un certain commerce entre les deux royaumes de la Nouvelle-Espagne et du Pérou. La province de la Puebla fabriquait pour le Pérou une grande quantité de tissus, de coton particulièrement1. Sur toute la distance de la ville de la Puebla à celle de Cholula s'élevaient une suite de manufactures de ce genre. On représenta à la cour de Madrid que, à la faveur de ce commerce entre les deux colonies, les Hollandais et les Anglais faisaient la contrebande en introduisant au Pérou des étoffes chinoises qu'on déclarait d'origine mexicaine. Un autre gouvernement eût cherché et eût trouvé, ce qui ne paraît pas bien difficile, le moyen direct d'empêcher le commerce interlope des Anglais et des Hollandais, puisqu'on le réprouvait. Le conseil des Indes agit différemment. Pour couper court à la contrebande, il limita les expéditions du Mexique au Pérou à deux navires, qui ne pouvaient charger des étoffes pour plus de 200000 ducats (600 000 francs). Plus tard, on réduisit le chargement à des tissus de qualités déterminées, et à la fin, on prohiba absolument le trafic entre les deux colonies. Le Pérou, de son côté, envoyait des vins dans d'autres possessions espagnoles, dans la capitainerie générale de Guatimala notamment ; sans doute on avait fait au Pérou la faveur d'y autoriser la culture de la vigne et la vendange, qu'on interdisait ailleurs. Ces vins étaient recherchés par la population indienne de l'Amérique centrale. On avisa que c'était une bois-

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