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D'après le nom de la ville de New-York

France la machine infernale et les complots de Georges, Moreau et Pichegru. Le zèle de ses partisans en fut redoublé, et lui-même fut mis en demeure de se prononcer.

Dans la soirée du 18 mai 1822, des soldats, guidés par un sous-officier, parcoururent la ville au cri de Vive Augustin I" ! La multitude acclama. Le lendemain matin, le Congrès fut envahi, et dut délibérer sous les regards impatients des tribunes, que remplissait une foule ardente. Iturbide, appelé à assister à la délibération , s'y était rendu , et ne la quitta pas un instant. Quelques députés essayèrent de faire prévaloir des moyens dilatoires, et par exemple de faire décréter qu'on demanderait des pouvoirs aux provinces. Ce fut en vain. A la fin, 71 voix contre 15 décernèrent la couronne impériale à Iturbide. L'empire était institué. Une cérémonie splendide pour le couronnement de l'empereur et de l'impératrice, et dans laquelle on copia autant qu'on le put le sacre de Napoléon Ier et de l'impératrice Joséphine en 1804, charma la population de la capitale, avide de spectacles. On organisa une cour nombreuse, où l'étiquette déployait ses exigences et son faste. J'ai rencontré à Mexico, en 1835, un tapissier français qui était allé proposer à Iturbide, devenu empereur, de lui faire un lit sur le modèle de celui du grand Napoléon aux Tuileries. L'offre avait été acceptée avec empressement, .et le lit payé un prix fabuleux. Puériles parodies! Comme si c'était en lui empruntant son tapissier qu'on s'égale à un grand homme ! Quelques mois s'étaient à peine

écoulés que le nouveau trône tremblait sur ses fondements. La plupart des généraux étaient mécontents d'obéir à un chef qui n'avait pas de titres plus brillants que les leurs, et qui les avait" combattus, eux soldats de l'indépendance, lui enrôlé parmi les Espagnols , et impitoyable entre tous envers les indépendants vaincus. On avait un autre grief contre cet empereur improvisé. Dans cette guerre où les propriétés n'étaient pas plus respectées que les personnes, la spoliation s'était donné carrière. Iturbide, déjà couvert du sang des prisonniers , ses concitoyens, s'était signalé aussi par ses excès dans cet autre genre. La province de Guanaxuato avait été particulièrement le théâtre de ses rapines. Il fut dénoncé au vice-roi par des personnes respectables, pendant l'espèce de suspension des hostilités qui suivit l'anéantissement de l'armée de Morelos et l'exécution de ce chef, et la clameur publique fut telle que le vice-roi dut ordonner une instruction judiciaire; mais ce vice-roi était Calleja, qui faisait grand cas de la bravoure d'Iturbide et qui considérait comme des péchés véniels toute espèce d'actes sommaires envers les indépendants, pourvu qu'on réprimât l'insurrection. Sous l'inspiration du viceroi, l'instruction judiciaire, qui d'ailleurs avait été confiée à un magistrat acharné contre les insurgés, l'o'idor Bataller, dont il a été parlé plus haut, iboutit à ce que nous appellerions en France un nrêt de non-lieu de la chambre des mises en accusation; mais la conscience des honnêtes gens n'avait pas ratifié cette indulgence. Ainsi le gouver-

nement impérial d'Iturbide soulevait des répugnances motivées et des haines violentes, sans parler des jalousies individuelles, qui de toutes les résistances dressées contre lui n'étaient pas la moins dangereuse.

Dès le mois de septembre 1822, l'antagonisme était patent entre lturbide et le Congrès. En novembre, le général Santa-Anna, qui avait été comblé de faveurs inouïes par lturbide1, leva à Vera-Cruz 1 éiendard de la révolte. Guadalupe Victoria s'associa presque aussitôt à ses efforts. Au commencement de janvier, Guerrero et Bravo s'unissaient aux insurgés, et dans les derniers jours de mars 1823 il n'y avait plus d'empire. Au mois de mai, une frégate anglaise emportait vers l'Europe l'empereur déchu avec sa famille. Le Congrès, reconnaissant les services qu'à partir de 1820 il avait rendus à la patrie comme champion de l'indépendance, lui assignait une pension de 125 000 francs, à la condition de ne pas rentrer dans le pays.

• C'est ainsi que succomba au Mexique la cause de la monarchie. Elle y conserva cependant des partisans nombreux. Très-peu de personnes gardaient l'espoir ou le désir de voir monter sur le trône un prince de la maison d'Espagne. Cette idée eut même bientôt contre elle l'unanimité du vœu national. On était irrité du refus de Ferdinand YII et des cortès d'accorder un prince de la famille royale, et de reconnaître le Mexique indépendant, en négociant avec

1. En peu de mois, du grade de capitaine il avait été porté à celui de brigadier, c'est-à-dire d'officier général.

lui sur des bases qui eussent assuré au commerce espagnol un traitement de faveur. A ce dépit se joignit en 1829 l'irritation causée par une nouvelle tentative à main armée pour faire rentrer le Mexique sous le joug. Une petite armée espagnole, commandée par le général Barradas, vint débarquer à Tampico, mais ce ne fut que pour essuyer une défaite humiliante, que lui infligèrent immédiatement les généraux Teran et Santa-Anna. La haine contre les Espagnols, qui était déjà vive, en fut grandement envenimée, et elle reste aujourd'hui le sentiment politique le plus vivace qu'il y ait dans le pays. Un exil en masse, voté par le Congrès dans un moment de passion publique, frappa toutes les personnes nées dans la Péninsule. Mesure funeste, non-seulement par cette raison générale que la violence est rarement profitable, mais aussi parce qu'ici on faisait perdre au Mexique une population plus instruite et plus industrieuse que le reste, et avec elle une grande quantité de capitaux.

Rebuté par l'Espagne et en retour rempli contre elle d'une extrême répugnance, le parti monarchique, parmi les Mexicains, se flattait au moins de la pensée qu'un pays aussi vaste, aussi beau, aussi bien doté en richesses de toute sorte, et aussi parfaitement situé, tenterait quelque rejeton de quelqu'une des maisons souveraines de l'Europe; mais, au moment de la chute d'Iturbide, les opinions légitimistes, mises à la mode et érigées en système par M. de Talleyrand, à l'époque du congrès de Vienne , exerçaient une domination absolue dans

les conseils des monarchies catholiques, les seules auxquelles on eût pu s'adresser. A Paris, à Vienne ou à Munich, on eût repoussé comme un larcin et une usurpation l'idée d'envoyer à Mexico, pour y être empereur, un prince de la famille régnante. Le sentiment monarchique des Mexicains, ainsi éconduit et bafoué par les rois de l'Europe, ne s'en maintenait pas moins ; il cherchait au hasard l'objet de son culte. C'est ainsi que, tant qu'il a vécu, le jeune fils d'Iturbide, le prince Félix, né pendant le règne éphémère de son père, et réfugié à Philadelphie après la catastrophe où périt le ci-devant empereur1, a eu des partisans fidèles.

1. Iturbide, réfugié en Angleterre, conçut le malheureux projet de reprendre la couronne. Il arriva à peu près seul, le 14 juillet 1824, à Soto-la-Marina. Fait prisonnier par le général Garzà, il fut fusillé par ordre des autorités de l'État de Tamaulipas, conformément à un acte du Congrès de Mexico, qui l'avait mis hors la loi.

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