Lettre au président de la république sur la nécessité de
mais sa publication avait fourni aux partisans de la monarchie l'occasion de se compter, et elle leur avait donné du cœur. Quelques années après, le parti monarchique arriva aux affaires en janvier 1845, sous la présidence d'un des siens, le général Herrera, puis sous celle d'un chef plus énergique et plus éclairé, le général Paredès. Celui-ci publia un manifeste qui ne laissait aucun doute sur ses intentions. Tout en reconnaissant qu'il appartenait à une assemblée constituante de déterminer le mode de gouvernement qui convenait au pays, il indiquait clairement que seule la monarchie pouvait le tirer du désordre et l'arracher à la ruine. Mais, pour fonder une monarchie, il fallait un monarque. En l'absence d'un prince qui s'offrît franchement et qui fût accepté de la nation, les succès mêmes du parti monarchique ne pouvaient être que des aventures. La forme de la constitution politique du pays a été d'abord fédéraliste ; elle fut adoptée après le renversement d'Iturbide. On crut alors devoir prendre modèle sur les États-Unis, chez lesquels le système fédéraliste était tout spontanément sorti du sein même de la situation. Isolées les unes des autres avant l'indépendance, ayant non- seulement leurs gouvernements distincts, mais aussi leurs chartes propres, et façonnées de longue main à s'administrer elles-mêmes, les treize ci- devant colonies de l'Angleterre sur le continent américain, lors-
réunir une convention pour chercher le remède possible aux maux qui affligent la république.
qu'elles se séparèrent de leur métropole, continuèrent ce mode d'existence, en organisant entre elles les rapports strictement nécessaires par le moyen d'un congrès semblable à ces conférences où des puissances indépendantes se font représenter par des ambassadeurs. Plus tard, en 1787, elles ont modifié ce régime en y substituant deux assemblées délibérantes à la réunion desquelles on a conservé le nom de Congrès, et en établissant ce qui manquait absolument jusque-là, un président muni de pouvoirs effectifs. Toutefois, le principe de la souveraineté individuelle des États a été maintenu religieusement. Un pareil plan n'avait aucune racine dans le passé du Mexique. Les provinces diverses de la Nouvelle-Espagne n'avaient jamais eu le gouvernement d'elles-mêmes, et le pouvoir était centralisé, condensé, absorbé tout entier entre les mains des représentants delà royauté espagnole à Mexico, sauf ce que s'en était réservé la royauté elle-même à Madrid. Le système fédéral fut aboli sous la première présidence du général Santa-Anna, en 1835, et remplacé par le système unitaire; mais le mouvement des partis et le débordement des passions locales et des ambitions personnelles le firent reparaître en 1846. Il succomba de nouveau sous le poids du malaise public en 1853. On l'a relevé en 1856, après la retraite de Santa-Anna. Depuis lors le pays est l'image du chaos. Il y a là une nation, un État, une société à refaire, de la base au sommet.
Qu'on me permette de transcrire ici des notes de
voyages prises dans le port de la Vera-Cruz lorsque je visitai le pays, quatorze ans après que l'indépendance avait été consommée. C'est un tableau qui donne une idée affaiblie de ce qu'est le Mexique aujourd'hui. « Ce port, si animé du temps des Espagnols, n'est plus qu'une solitude. Cinq ou six bâtiments, français, anglais ou américains, las d'y attendre les piastres qui ne descendent pas de Mexico, se disposent à aller charger du bois de teinture à Campêche. Entremêlées à ces navires, quelques goélettes servant au cabotage et quelques bateaux pêcheurs complètent la représentation du commerce de la Yera-Cruz. Le Robert Wilson pourrit à l'écart; la douane mexicaine, vigilante une fois, l'a confisqué à bon droit, pour avoir apporté des caisses d'une monnaie de billon, la quartille, sur laquelle il y avait à gagner 400 pour 100, bénéfice que se réserve le gouvernement mexicain. Le vaisseau à trois ponts l'Asia, que son capitaine espagnol livra aux insurgés pendant la guerre de l'indépendance, est submergé aux trois quarts. On n'en aperçoit plus que les bastingages à demi démolis. Il forme un récif de plus au milieu des brisants dont le port est cerné. La frégate le Gucrrero, transformée en un ponton de galériens, se balance lentement entre les débris de VAsia et le château de Saint- Jean-d'Ulua, bâti sur un îlot, qui sert de citadelle à la place. C'est un événement que de voir sur la tour du château les signaux qui annoncent un navire. Dès que se fait entendre la cloche que l'on sonne alors, tout le monde accourt pour jouir de ce
rare spectacle. La population a disparu de la ville presque autant que les navires du port. La Vera- Cruz, sous le régime colonial, avait seize mille habitants, sans compter la garnison et les gens de passage; il n'y en a plus que quatre ou cinq mille. L'aspect de la ville est lugubre el désolé. La fameuse citadelle de Saint-Jean-d'Ulloa, que l'Espagne construisit à grands frais, au milieu des bas-fonds du port, et qui a bravé les violentes tempêtes que le vent du nord-ouest entraîne avec lui, ne tient pas contre l'insouciance des Mexicains indépendants, et se délabre de jour en jour. De temps en temps, quelques soldats apparaissent, mal vêtus et mal armés, dans les embrasures, et attestent que l'état militaire du pays n'est pas moins que le reste en décadence. Le môle, qui du rivage s'avance dans le port, pour faciliter le débarquement des voyageurs et des marchandises, n'est plus entretenu; chaque hiver, la mer furieuse. en détache des pans de maçonnerie que l'on ne remplace pas. Les clochers de la ville sont écornés par les boulets et les bombes. La fièvre jaune est la seule chose qui ne baisse pas à la Vera- Cruz. »
Que l'on compare le Mexique avec un autre état de l'Amérique qui, occupé par une race blanche fort analogue à celle qui domine dans l'ancien Anahuac, a voulu, lui aussi, le gouvernement monarchique, mais qui, plus heureux, a pu satisfaire son vœu. Le Brésil, il y a un demi-siècle, était moins peuplé que le Mexique. Il était plus en arrière dans les arts utiles. Il n'est pas plus privilégié sous le
rapport du climat, il l'est même moins, car il n'offre pas à cet égard la succession si profitable qui caractérise le territoire mexicain , et dont nous signalerons les principaux effels dans la suitede cette étude1. Dans ses ressources minérales, le Brésil ne présente rien qui puisse être mis en parallèle avec ces filons argentifères d'où le mineur mexicain a tiré tant de millions, image affaiblie de ce qu'on en extraira un jour. Le Brésil avait, au commencement du siècle, et il conserve, dans l'institution de l'esclavage et dans la multitude de ses noirs, des causes de retardement. Aujourd'hui le Brésil est peuplé plus que le Mexique. Il est bien plus prospère, il compte davantage dans l'aréopage des nations. On le cite comme un des États qui avancent, et le Mexique n'est plus mentionné que comme un de ceux sur lesquels un destin inexorable semble avoir appesanti sa main. Les Mexicains ont si complètement aujourd'hui la preuve de l'impuissance, pour le bonheur et la prospérité de leur pays, des institutions politiques qu'ils ont essayées, n'en pouvant adopter d'autres , que le moment semble venu où ils iraient au-devant de la monarchie, s'ils étaient rassurés sur la capacité et le caractère du prince qui se présenterait à leurs suffrages.
Le bilan de la république au Mexique est tout entier dans un simple fait, plus éloquent que tous les exposés, qu'on pourrait tracer, des maux dont est accablé ce pays infortuné. Quand fut établie l'indépen-