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DES DIFFICULTÉS POLITIQUES DE L'EXPÉDITION

Une armée étrangère qui envahit un État, avec Ja prétention avouée de lui imposer des sacrifices et de lui faire la loi, est assurée d'y exciter plus ou moins d'antipathie. Autrement le patriotisme ne serait qu'un vain mot. En principe et sauf des circonstances particulières, il y a de fortes raisons pour que ce sentiment se manifeste particulièrement lorsque cette armée annonce le dessein de changer les institutions du pays. Il n'y a que des émigrés qui puissent rêver un accueil cordial pour l'étranger qui se présente les armes à la main. En 1792, l'émigration française de Goblentz promettait au duc de Brunswick et aux souverains coalisés que leurs armées seraient reçues en France à bras ouverts. L'histoire a dit quel fondement avaient ces promesses. C'est sous l'empire de la même illusion que des Mexicains, fort honorables d'ailleurs, qui étaient réfugiés en Europe, ont pu de bonne foi affirmer que nos soldats seraient accueillis au Mexique

comme des libérateurs par l'unanimité des populations empressées.

Il était au contraire à prévoir que la majorité d'un peuple, comme celui du Mexique, chez lequel le sentiment de l'indépendance nationale est développé, ainsi que l'ont prouvé les événements de 1810 à 1821, résisterait à l'expédition française.

Dans la résistance à une armée étrangère, il est cependant des degrés, et il y avait lieu de supposer que les Français ne rencontreraient pas sur leur chemin ces passions ardentes dont d'autres peuples ont été animés quand on les a envahis, et auxquelles, dans d'autres circonstances ou envers d'autres envahisseurs,. les Mexicains eux-mêmes ont pu et pourraient encore s'abandonner.

La France n'est point poussée au Mexique par une pensée de conquête, comme l'étaient les États- Unis en 1847, ou comme l'était l'armée espagnole de Barradas en 1829. Ainsi l'indépendance des Mexicains n'est point compromise et l'intégrité de leur territoire n'est pas menacée. Si l'on parvient à les en bien convaincre^ il est vraisemblable que leur lutte contre l'expédition française sera sans animosité et qu'elle n'aura guère plus pour objet que de sauver l'honneur des armes.

Le dévouement de la grande majorilé des Mexicains pour leurs institutions actuelles ne saurait être chaleureux, et tous les renseignements qu'on possède autorisent à dire qu'il est plus que tempéré. Ils les ont assez éprouvées pour en avoir constaté l'impuissance et le péril. Tout porte à croire donc

que les Mexicains ne sauraient faire des sacrifices indéfinis pour défendre leur régime républicain. Il doit leur être démontré que ce système ne saurait procurer à leur beau pays les éléments les plus indispensables de l'ordre social et de la prospérité publique. C'est une République nominale et dérisoire, car l'essence du gouvernement républicain, c'est le règne de la loi, et, dans les temps modernes, d'une loi faite dans l'intérêt de tous. Or, au Mexique, il n'y a plus de loi. Ce qui y règne, c'est le caprice, la vanité, l'ignorance et l'avidité d'une poignée de chefs militaires, faisant tour à tour d'éphémères apparitions au pouvoir et foulant aux pieds l'intérêt du grand nombre.

Il y a même lieu de supposer que presque tous ceux des Mexicains qui raisonnent désirent l'établissement d'une monarchie, pourvu qu'elle soit représentative et libérale, et qu'elle consacre l'indépendance nationale. Le cours des événements n'a pu que fortifier les opinions monarchiques qui s'étaient manifestées si souvent pendant la lutte de l'indépendance. Les traditions qui<léterminèrent le succès éclatant du plan d'Iguala1 ne se sont pas perdues. Par conséquent, le projet qu'on prête à la politique française d'appuyer le retour de la monarchie n'est pas, par sa substance même, de nature à augmenter l'ardeur contre nos troupes et à envenimer la guerre.

Les peuples modernes sont plus reconnaissants que ne l'étaient les nations de l'antiquité du respect

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