‹ Le Mexique; souvenirs d'un voyageurChapitre 18 sur 38 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Suite de Texcursion à Xochicalco et à Gacahuamilpa.

 une demi-legua du petit village indien nommé, je crois, San Agostin de Detlama, paraît au milieu d'autres montagnes plus élevées, celle sur laquelle est construit Tancien temple fortifié de Xochicalco.

Cette montagne n'est pas , comme la pyramide de Cholula , un ouvrage de l'art; la main de l'homme n'a servi qu^à donner a Xochicalco une forme régulière , en y pratiijaaht les terrasses murées et pavées qui s'étendent obliquement en plusieurs étages le long de la montagne.

Arrivé avec assez de peine au sommet à travers les décombres , je fus surpris à l'aspect d'un monument dont la régularité , je puis même dire le goût , donnent une haute idée

du degré de perfection que la nation qui Ta élevé a dû posséder dans les arts , et dont les détails rappellent une certaine analogie avec les édifice&des anciens peuples du nord de l'Afrique .

Ce monument , placé sur la plate-forme qui est au sommet de la montagne y consiste dans un édifice carré, composé d'énormes carreaux de basalte.

Sa forme est des plus régulières , et chacune de ses façades présente près de 19 mè* très d'étendue. La hauteur de ce qui en existe encore est de 4 k 6 mètres, selon la quantité de, décombres qui entourent sa base .

On dit que ce monument se composait , il y a encore peu d'années, de sept étages, dont les six supérieurs , construits avec les mêmes matériaux, étaient tout à fait de même forme, et offraient des sculptures semblables à celles du seul qui existe.

J'avoue mes doutes à cet égard , la paresse des Mexicains rendant improbable qu'ils eussent cherché k transporter en pareille quantité des pierres d'une aussi forte dimension ,

puisqu'elles portent près de 2 mètres de longueur sur i mètre de hauteur; et celles qu'on voit sur le sol sont loin de suffire pour faire croire k une pareille élévation. ^ -

Les murs du monument sont couverts de figures d'hommes et d'animaux de grandeur naturelle^ que je considère non comme des hiéroglyphes, mais comme les images de leurs souverains, de leurs prêtres et de leurs idoles. Le reste n'o£Bre qu'une sorte d'^arabesqùes, toutes égales entre elles, et qui ne sont que pour l'ornement , sans présenter aucun sens caché ou figuré. Ce cpii me firappa le plus , c'est que les hommes sont représentés assis à i-orientale, ayant les jambes croisées.

J'aurai occasion de revenir sur les monuments antiques du Mexique , et sur la vraisemblance de relations directes , dans les temps les plus reculés , entre le nord de l'Afirique et le Mexique.

Mais il me parait peu probable que la construction de ces édifices appartienne à une ère si éloignée.

Le monument de Xochicalco, quelle que soit sa perfection, ne décèle pas néanmoins un degré d'art plus élevé, que ne l'offrent les ouvrages des Aztèques , nation que les Espagnols trouvèrent occupant le Mexique lors de la conquête.

Les masques que l'on rencontre dans les tombeaux de ces derniers , sont travaillés avec autant et même plus de soin et d'art que les sculptures de Xochicalco, et la régularité dans la taille des pierres qu'on admire danç ce monument se retrouve dans d'autres ouvrages des Aztèques. C'est leur type que l'on reconniat dans les figures sculptées sur les pierres de Xochicalco , et la parure et les ornements sont les mêmes que ceux que l'on trouve à Mexico, surla j)i«dra de Sacrificios du temple de Huitlipuchtli , dieu de la guerre , et qui fut détruit par Cor tes.

Je crois donc pouvoir attribuer ce monument aux Aztèques, ou du moins a une nation de race asiatique.

Je visitai ensuite les souterrains qui existent

au milieu de la motitagne et que les Indiens disent très-profonds. J'y avançai autant que Tobscurité me le permit.

Les Indiens appellent les ruines de Xochicalco y el Castel; mais la destination probable de ce monument était sans doute, comme tous ceux de ce genre, de servir de temple.

Ayant encore huit léguas a faire pour me rendre à San Gabriel , et le soir approchant , il me fallut quitter ce lieu si rempli d'attraits.

La route passe par un terrain montagneux, mais couvert d'une végétation des plus riches, et plein de trésors pour le naturaliste.

Mais bientôt la contrée reprit son aspect stérile , et je reconnus sur mon passage les ruines immenses d'anciennes villes et habitations, par les fondements carrés, nommés ^or^os^ dont le sol était couvert et qui ressemblaient parfaitement a ceux dunnême genre que l'on voit dans la capitale , près de la porte qui conduit k Guadalupe.

On peut juger parle nombre de ces ruines, qui se retrouvent encore dans d'autres parties

de la tierra calientej delà population énorme que devaient renfermer ces contrées.

Je ne doute donc nullement de l'exactitude des assertions de Certes, et des écrivains contemporains de la conquête, lorsqu'ils parlent des armées nombreuses d'Indiens que les Espagnols eurent à combattre, ou de celles qui leur servaient d'alliés.

Mais si la gloire des conquérants en reçoit un plus grand lustre , le blâme qui retombe sur eux et sur leurs successeurs, d'avoir changé en déserts des lieux habités par l'homme , n'en est que. plus fondé.

Un orage qui approchait mit fin à mes réflexions.

Quiconque a été témoin , sous le tropique , de la force de ces phénomènes , des ouragans et des averses qui les accompagnent , de la fréquence et de l'éclat des éclairs , du bruit étourdissant d'un tonnerre continuel, comprendra nos efforts pour gagner un gîte. Nous le trouvâmes dans un village indien, où mon guide de Temisco avait heureusement un ami.

Il était impossible de nous mettre en route dans la nuit par ce temps afireux. Ces Indiens étaient de bonnes gens , mais des plus stupides , et don José , mon hôte , ne possédait , par uù heureux hasard, rien de cette finesse dangereuse que l'on trouve parfois chez les Indiens , mais la remplaçait comme de droit par une tonteria (bêtise) sans bornes.

Après que sa femme m'eut préparé un petit souper k Findienne , composé de ehile^ de frijoles et de tortillas, que la faim me fit trouver délicieux , il m'établit dans un trou , sorte de cave humide, oit je trouvai deux bancs en bois dont je formai mon lit.

Don José me promit d'avoir soin de nos animaux, 6t la fatigue me fit bientôt oublier la douceur de mon lit et une collection entomôlogique des plus belles , qui aurait fait les délices de tout naturaliste. Vers minuit , je fus agréablement réveillé par un petit concert charmant de tous les chiens du village, dont chaque maison indienne possède généralement une demi-douzaine ; je me crus transporté k

Constantinople , où un seul de ces artistes quadrupèdes' réveille par un solo le talent de ses collègues , ce qui forme un tutti ravissant.

Le soleil , malgré l'orage de la veille , dorait déjà depuis longtemps l'horizon le plus pur, lorsque je quittai mes bons hôtes , qui restèrent satisfaits de ma reconnaissance. J'avoue que je payai moins le gîte qu'ils m'avaient accordé , que leur délicatesse de ne m'avoir pas dévalisé. En effet, malgré sa passion pour le vol et d'autres aimables qualités , l'Indien est moins à craindre que beaucoup d'habîtanto de la même contrée , au teint moins foncé , chez lesquels on ne pourrait sans danger dormir isolé comme je l'avais été chez le bon don José.

J'arrivai de bonne heure , sans autre aventure , à la hacienda de San Gabriel , plantation de sucre appartenant au même propriétaire que celle de Temisco, et d'un produit encore plus considérable.

Malgré mon détour et mon arrivée tardive , je m'y trouvai avant mes compagnons , qui ,

s'étant égarés de leur route dans la nuit , ramenèrent les animaux dans un état déplorable.

Mais aucune considération ne pouvait les arrêter; ils partirent le même soir pour le rang 0 (terme) de Michiapa, dont le propriétaire avait découvert la grotte. Je les suivis encore cette fois , mais fixé sur le parti que j'avais à prendre pour le retour.

Après une mauvaise nuit passée dans le rangoy nous le quittâmes à l'aube du jour, pour nous rendre à la ^otte , qui n'en était éloignée que de deux léguas.

L'entrée de la caverne se trouve au milieu des montagnes; elle est spacieuse, et une pente assez rapide , qui va en s'élargissant , conduit en peu d'instants dans le souterrain le plus colossal qui me soit, connu. Rien n'égale les merveilles que présente son aspect, surtout près de l'entrée , où un reste de clarté permet d'admirer cette voûte immense dans son ensemble , tandis que plus loin , l'effet que produit la lumière des torches sur ces masses énormes , n'est que partiel.

La largeur du souterrain est à son commencement d'environ 90 mètres, en avançant dans ses immenses galeries elle ne diminue qu'insensiblement. Sa hauteur dans cet endroit m'a paru dépasser de beaucoup sa largeur.

Nous parcourûmes plus dix kilomètres de la grotte sans en trouver le fond ; nous avions eu la précaution de nous munir de ficelles pour en retrouver la sortie. On y voit des stalactites énormes, de la plus grande blancheur et des formes les plus fantastiques. Le thenpomètre , qui marquait 28<* centigr. à l'entrée de la grotte , s'éleva , dans son intérieur , jusqu'à 33^ a l'endroit le plus distant oii nous étions parvenus. Nous passâmes près dé quatre heures dans cette grotte immense ; puis nous reprîmes la route de San Gabriel sans retourner au rango, et j'eus l'honneur d'y faire mes adieux k mes quatre intéressants compagnons de voyage, qui, pour éviter le terrible Guernavaca, se rendirent a la capitale par un détour.

Je ne voulus plus continuer ma route en compagnie de ces forcenés, et je préférais m'exposera la rencontre de brigands, qu'à leur société.

Le lendemain donc je repris lentement le chemin de la hacienda de Temisco, où je passai quelques heures , et j'arrivai le même soir à Guernavaca, d'où je partis à la fin du jour suivant, pour me rendre à la capitale.

J'avais eu l'imprudence de prendre avec moi^ sur la recommandation de mon hôte de Guernavaca , une escorte de trois mozo», qu il me donna pour des hommes sûrs , et qui me le prouvèrent en mettant à mes trousses des brigands avec lesquels ils s'entendaient, et qui , profitant de l'obscurité de la nuit , me suivirent, entre la Garda et Âjusco, pendant deux ou trois léguai , comme je pus le reconnaître à la lueur de leurs cigares.

Je n'évitai leur attaque qu'en faisant marcher mes trois hommes devant moi sur une seule ligne , et en les empêchant d'allumer leurs cigares , ce qui devait servir de signal aux autres brigands.

La crainte de mes armes , dont je les menaçai au moindre signe de trahison, fit le reste, et j'atteignis sain et sauf San Agostin de las Cuevas, d'où je renvoyai ma fidèle escorte.

J'arrivai daiis la matinée à Mexico , après une absence de huit jours , et j'y précédai de quarante-huit heures mes compagnons de voyage , malgi'é qu'ils eussent tué un de leurs chevaux .

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