‹ Le Mexique; souvenirs d'un voyageurChapitre 20 sur 38 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Retour de Real de! Monte par San Juan de Teotihuacan.

La plupart des mines de Real del Monte et de ses environs appartiennent au comte de Régla , mais elles sont exploitées pal* une compagnie anglaise , qui doit supporter à elle seule les frais considérables que l'introduction du système anglais. y occasionne.

Cette compagnie jouit de tous les revenus jusqu'à ce qu'elle soit rentrée dans ses fonds. Il n'y a que les profits éventuels qui devront être répartis entre le propriStaire et les fermiers , le comte ayant alors droit a treize parties sur vingt-quatre , et la compagnie à onze seulement.

Quoique cet arrangement paraisse favoriser la compagnie , les frais énormes dans les-

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quels elle s'est vue entraînée , et que la riche Albion pouvait seule fournir, ne lui laissent d'espoir que de bénéfices dans l'avenir.

Le profit poiir le comte est encore plus • éloigné ; mais il faut considérer qu'il n'aurait pu tirer aucun parti de ses mines , puisque la dépense pour les remettre en état était audessus des forces d'un particulier quelque riche qu'il fat , et que , d'ailleurs , l'affaire est sure pour lui ou ses héritiers, sans qu'il ait couru aucun danger , ni éprouvé de jdiffîcul> tés pour les capitaux. Ceux de la compagnie ont été absorbés par les frais d'achat, de transport et d'ins^tallation des machines à vapeur et des autres instruments ; par l'étabUssement des routes , des usines pour la fonte et l'amalgamation ; et par le nombre de mineurs anglais, qui , pour le sacrifice qu'ils ont fait en quittant leur patrie , avaient droit à une compensation généreuse.

La clause du contrat la plus favorable à la compagnie , est celle qui donne a l'exploitation une durée illimitée.

Grâce a l'excellente direction de M. Rule, l'entreprise commence a donner des produits et promet une prochaine compensation pour tant de jsacrifices .

L'extraction du minerai augmente chaque jour au point que les étabhssements de la compagnie pour la fonte et l'amalgamation ne peuvent plus suffire, et que l'on est obligé d'y faire des agrandissements.

Si la compagnie des mines de Real del Monte a l'espoir fondé de réaliser avec le temps les fruits de son entreprise , par les clauses favorables de son contrat , qui lui ont permis de déployer l'énergie nécessaire dans toute grande entreprise , il n'en est pas de même des autres compagnies anglaises , qui ont perdu les miUions qu'elles avaient placés avec trop de légèreté dans cette spéculation hasardeuse, ou plutôt dans cette loterie, dont le billet est généralement payé par la ruine de celui qui en est l'acquéreur.

La science n'y est pour rien ; elle peut indiquer la nature du roc dans lequel la veine

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métallique pourrait se trouver, mais elle ne peut garantir qu'elle y existe en e£Fet.

Que de travaux , que de frais pour creuser les mines, et la plupart du temps sans résultat ! Et quand on rencontre enfin , après cent tentatives infructueuses , des traces du métal , la veine , le plus souvent par son peu d'étendue, ne satisfait que faiblement l'attente. C'est ainsi que des milliers d'individus sont tombés dans la misère, pour avoir sacrifié jusqu'à leur dernière obole , afin d'arriver à des trésors que la fortune jalouse n'accorde que rarement à ses favoris. n

Aux obstacles dont la nature a environné l'exploitation des mines , tels que la dureté du roc , l'inondation des galerie&v 9*^joutent encore, au Mexique, les difficultés et les dangers qui résultent de la mauvaise foi que les habitants de la contrée mettent dans toutes leurs transactions avec les étrangers.

L'histoire si intéressante d'Obregon , premier comte de Valenciana, a fait naître bien

des spéculations , a fait crouler bien des fortunes au Mexique. Mais c'est le pays des jeux de hasard. Qu^ils perdent leur argent au monte ou dans les mines , cela ne change rien à la chose.

n est triste cependant que les exemples si rares où la hardiesse réussit aient dérangé tant de têtes en Europe et les aient poussées à ces associations malheui^euses pour l'exploitation des mines , qui ont eu l'unique effet de les ruiner et de faire renti^er en Amérique une partie des fonds qu'on était autrefois accoutumé à en retirer.

C'est surtout à Guanaluato que ces entreprises d'étrangers ont eu les conséquences léâ plus funestes , là oii des contrats perfides ont privé les spéculateurs de toute- chance dé recouvrer la nioindré pÉûtêto dé. leurs sacrifices : ils déplorent aujourd'hui l'erreur cruelle , l'ambition fatale qui leur ont fait négliger des travaux dont le produit était cer tain , et rêver à la réalisation d'un conte pour les Mille et une nnils.

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Je visitai à Real del Monte , outre les objets' qui ont formé la matière du chapitre précédent, d'autres mines, mais dont l'intérêt n'est que dans le souvenir historique qui s'y

rattache .

Ce sont les mines d'obsidienne de Wajolote ou Guajolote, d'où les Indiens , avant la conquête, tiraient la matière dont ils composaient leurs armes et leurs instruments.

Ces mines , que l'on nomme , comme tout ce qui a rapport aux anciens temps des Indiens , les mines de Montezuma , sont situées dans une forêt , et consistent dans des fosses de 1 a 2 mètres de diamètre , dont quelquesunes sont d'une profondeur très-considérable ; d'autres , au .contrail*e , ne sont excavées que de 1 ou de 2 mètres. '

La plupart des pièces d'obsidienne que Ton trouve dans ces mines ne pèsent pas plus de 2 kilogrammes } mais j'en ai vu par la suite , sur la route de Tepic , des masses d'un poids très-considérable.

L'obsidienne , quand elle est longtemps ex*

posée â Tair , se décompose à sa surface et prend une teinte nacrée , qui , avec le temps ^ ressemble a une couche d'argent.

En visitant ces mines, on parcourt une par-

tie de la belle chaussée établie par la compagnie , qui unit Real del Monte avec la route de Vera-Cruz à la capitale. Monsieur Rule, dont la complaisance ne se bornait pas seulement à cette hospitalité aimable et franche que le voyageur est si heureux de trouver en pays étranger, attira mon attention sur un groupe de rochers , dans le voisinage de cette route , dont les masses colossales et isolées , prises d'un certain point de vue , me frappèrent d'autant plus , que je crus y découvrir la ressemblance la plus frappante avec un moine, un chantre, et un bouledogue mordant un loup.

Je quittai a regret Real del Monte , après y avoir passé quatre jours, retournant par la Cuesta Blanca , et l'interminable plaine où est situé San Mateo. Je m'arrêtai dans cet endroit , contre l'usage du pays , qui est de ne

faire aucune station pendant la route. Ce court repos me valut une leçon de politesse mexicaine.

J'en étais a mon frugal repas, lorsqu'un jeune fermier, entrant dans la po^ada^ jeta des regards passionnés sur le plat que j'avais devant moi.

Maladroit comme tout étranger qui veut copier les manières du pays où il se trouve , je lui dis avec toute la prévenance imaginable: ^Gusta à V.? (Voulez-vous goûter?) espérant le Muchas graçiiis ( Mille remercîments ) , formule négative dont on se s^rt en pareille occasion. Mais mon drôle me prit au mot » et s'empara sans façon de mon rôti , qu'il dévora dans un clin d'œil , à l'aide des fourchettes naturelles en usage au Mexique. Je ressemblais un peu au pauvre GilBlas, sorti à peine de la maison paternelle , vis-k-vis du parasite qu'il rencontra dans la première auberge. Mais au moins celui-là le gratifia d'un bon conseil ; tandis que mon cher convive , le plat une fois vidé , but un coup depulque, s'essuya

la bouche avec les fourchettes que j'ai décrites , et, se levant sans adieu ni cérémonie , m'apprit , à mes dépens , a être plus circonspect à l'avenir avec les Gusta a V.

. Les Mexicains , tout en vous inondant des phrases les plus polies , manquent totalement des formes les plus simples dictées par la bienséance ou la reconnaissance. Jamais un aveu de services ne sort de leur bouche; le mot merci n'existe que dans le vocabulaire des mendiants , dont le pays fourmille , et qui , en même temps qu'ils vous récitent leur phrase , se moquent de vous si vous avez été fissez niais pour leur donner une aumône. C'est , du reste , ce que fait au Mexique toute personne à laquelle , touché de ses belles paroles , on offre un cadeau quelconque.

Je quittai à San Mateo la route que j'avais suivie en venant , et je me dirigeai , avec un guide , vers San Juan de Teotihuacan et ses célèbres pyramides.

La distance était de ci^nq à six léguas ^ et la route des plus difficiles.

La vallée de San Juan de Teotihuacan charme autant par sa beauté , qu'elle intéresse par les antiquités qu'elle renferme.

Je visitai, le lendemain de mon arrivée, les deux pyramides principales , dont la plus grande , celle du Soleil , d'une hauteur d'environ 60 mètres , présente encore les quatre étages dont elle était primitivement composée. La plus petite, celle de la Lune, est moins bien conservée.

Ces deux pyramides sont entièrement élevées par la main de l'homme , et non taillées dans la montagne, comme celle de Xochicalco et celle que je découvris par la suite à Remédies. Elles sont composées de terre et de gravier, et non de briques séchées au soleil, comme celle de Cfaiolula. Recouvertes autrefois entièrement de pierres, le temps les en a fait disparaître en grande partie ; la plus petite surtout* en est presque totalement dégarnie.

On ne connaît jusqu'à présent aucun souterrain dans la grande pyramide ; mais on a

trouvé des galeries dans celle de la Lune. Arrivé au milieu de cette dernière , on entre par une ouverture très-étroite dans une galerie longue d'environ 48 mètres , dont la hauteur augmenté graduellement à mesure qu'on avance. Vers son extrémité , où elle est haute de plus de 2 mètres , se trouve un puits , large de 2 mètres carrés , et qui paraît descendre juqu'à la base du monument , et s^ élève probablement aussi vers son sommet. D'autres galeries qui s'embranchent à cette première , sont totalement encombrées par des pierres.

De ces pyramides on jouit d'une vue trèsétendue sur la plaine de Teotihuacan , qui est couverte d'une quantité d'autres petites pyramides, ainsi que sur les ibontagnes qui l'environnent. Mes guides m'assurèrent qu'ils distinguaient jusqu'à la capitale 5 pour moi, j'avoue que cela me fut impossible.

Les Indiens m'apportaient nombre de petites têtes en terra cotta et des pointes de lances et de flèches en obsidienne.

Les pyramides de San Juan de Teotihuacan , ainsi que tous les autres monuments de ce genre au Mexique , servaient , selon mon idée , uniquement pour la célébration du culte, et je doute qu'on les ait employés pour sépultures, comme celles de FÊgypte. Cette opinion est partagée par don Lucas Âlaman > qui a voué une étude particulière aux antiquités de sa patrie.

Ce juge , si compétent , considère les petites têtes en ierra coUa que l'on trouve en si grande quantité près des ruines de San Juan de Tèotihuacan , comme des ex voto que les prêtres indiens distribuaient aux nombreux pèkiripi, qui visitaient ces lieux de dévotion; lefHi&mples élevés sur la cime des monumeats de San Juan de Teotihuacan possédant une re*^ nommée particulière de sainteté.

Je fis, de San Juan de Teotibuacan , une petite excursion au village d'Otumba , qui en est éloigné de deux léguas , et qui est devenu si célèbre par la bataille que Cortès gagna dans la plaine qui en tire son nom , oîi il fut attaqué

dans sa retraite , après la Noche triste , par les masses innombrables de Mexicains rassemblés dans ce lieu pour l'entière destruction de jsa petite armée.

C'est 1^ 9 qu'alliant la présence d'esprit qui le distingue autant que sa valeur, le héros décida le sort de la journée en abattant de son bras le chef ennemi , et en arrachant de ^es mains défaillantes la bannière de l'empire des Aztèque».

Avec la perte de leur drapeau s'évanouit lie triomphe des Mexicains 3 consternés , ils fuient le champ de bataille , et Cortès mène en vain- ^çur la faible troupe d'Espagnols que son géiué n sauvés » au milîea de ses fidèles alliés , les TlM^ilAèqttc». Il jretourne ensuite avec des forces nouvelles à In conquête de l'empire le plus puissant du nouveau monde , et l'accomplit.

Je passai un jour à San Juan de Teotihuacan, d'où je pris la route située k l'est du lac de Tczcuco pour retourner à la capitale. Je parcourus en trois heures les cinq léguas qui me

séparaient delà ville de Tezcuco, dont le nom figure si souvent dans l'histoire de la conquête , et qui est située a peu de distance de la rive gauche d'une petite rivière où Cortès fit construire les brigantines qui lui furent si utiles pour la conquête de la capitale.

La ville de Tezcuco, où l'un des lieutenants de Cortès , Sandoval , avait étabU son quartier général , était alors située sur les bords dû lac 'y mais elle en est éloignée aujourd'hui de deux léguas, en raison de la diminution des eaux dans la vallée de Mexico.

On trouve dans cette ville et dans ses environs beaucoup d'antiquités, principalement sur la montagne de Tezcozingo, qui est a deux léguas de distance à l'est de la ville. Entre autres objets intéressants que l'on y voit , est un bassin de forme ronde en pierre avec un siège , que Ton a nommé le bano de Montezuma. Son diamètre est de 2 mètres, et sa profondeur de 63 centimètres seulement. On ne parvient qu'avec difficulté a la cime , en raison des ruines qui embarrassent

la marche ; mais , une fois arrivé , la vue dont on jouit sur les lacs , la capitale et ses alentours , est des plus belles et des plus étendues.

Les Indiens des environs de Tezcuco ne parlent que le mexicain, et ne connaissent que fort peu l'espagnol. Les sermons ain» que les confessions s'y font en langue mexicaine , qui n'est rien moins que désagréable.

J'étais descendu à Tezcuco chez le barbier de l'endroit, qui en même temps tenait une sorte de posada (auberge). Mon cher hôte était le prototype du Mexicain.

Entreprenant toutes sortesi d'ouvrages, il ne s'occupait d'aucun ; il laissait les soins de la poêoda à sa femme , et ne pensait à ses pratiques que lorsque le jeu et les combats de coqs lui en laissaient le loisir. Le jour que je passai chez lui , les mentons de Tezcuco ne furent point rasés, et leurs cheveux ni coupés ni frisés y il préféra flâner avec moi dans les environs et gagner sa journée en me servant de guide. Après tout, c'était un bon garçon,

complaisant pour tout le monde, excepté pbur ses pratiques.

Il est du reste rare qu'im Mexicain se fasse faire la barbe plus d'une fois par semaine , et quand il a un rhume ou toute autre indisposition , il reste des mois entiers sans se faire raser.

Mon hôtesse nie prépara un bon petit dîner, tandis que son mari gardait les enfants ayec une patience vraiment angélique.

Il fiit distrait dans ces fonctions par Farriyée de deux de ses camarades, aussi mauvais sujets que lui-même , qui se mirent de suite a rôdei* autour de ma table et k flairer tfies plats. Mais , grâce à l'expérience que j'avais acquise à San Mateo, le Gusta à F. ne seiHil pas de ma bouche , occupée a faire hc^neur ail talent culinaire de mon hôtesse. Leur mécontentement fut a son comble lorsqu'ils ime virent mêler de l'eau k mon vin , aii lieu de le leur faire boire. Ils se levèretit indignés ; mais mon barbier les consola en partageant avec eux un plat de sa façon : c'était un coq

qu'il avait eu le malheur de jierdre la veille dans un combat et qu'il avait mis en IHcassée.

Mon hôte m'avait tellement pris en affection, ou plutôt mes pesos, car il espérait en gagner encore un pour ce jour, sans exercer le malheureux métier pour lequel sa grande âme n'était point née, quil m'accompagna lors de mon départ, pendant quelques leguasy passant près de la grande hacienda de Chapingo.

Quoique la ville de Tezcuco ne soit qu'à quatre léguais de la capitale en ligne droite , il en faut faire dix par le détour qu'occasionne le lac. La route passe sur ses bords ou plutôt sur une grande partie de son fond desséché et couvert des matières salines que l'eau y a laissées.

Je vis k Tchimaloakan , rar sa rive méridionale , dix a douze arbres d'une grandeur immense. Après avoir longé les bords du lac , et être sorti a grand'peine de la fange qui se trouve dans cet endroit , et où s'enfonçaient nos chevaux, j'arrivai au Penon

viejo , montici|le isolé y d'où une excellente chaussée, longue de trois léguas, me ramena dans la capitale après neuf jours d'absence.

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