CHAPITRE PREMIER
Départ de Paris. — La Vera-Cruz. — Sahit-J«an d'Ulloa. — Aspect général de la ville. — Le port.— «Le môle. — Excursion aux environs.— Le nord à Vera- Cruz. — Le départ.— Médellin.— La route de Mexico.
Chargé d'une mission par le ministre d'État, à l'effet d'explorer les ruines américaines, je quittai Paris le 7 avril 1857, me dirigeant sur Liverpool par New-Haven et Londres : deux amis m'accompagnaient. Le lendemain , nous étions à bord de VA7nericay paquebot transatlantique de la compagnie Cunard, en partance pour Boston.
Je l'avoue huniblement, quoiqu'ayant beaucoup
voyagé, je ne m'embarque jamais sans une certaine appréhension; je n'aime point l'Océan, il me fait peur. Je suis peut-être moins poète qu'homme de mer, et, dès l'instant du dépai f, je ne rêve qu'au jour de l'arrivée. Voyez à quoi peut tenir une question d'art? En mer, j'ai le cœur sensible, un autre ne l'a point; il admire tout, rien n'est beau pour moi ; je suis malade, il est bien portant.
Je ne dirai rien d'un séjour de huit mois aux Etats-Unis : c'est pourtant un beau voyage que celui qui vous montre New- York et Boston, le Saint- Laurent, ses chutes et ses rapides, les grands lacs, le Niagara, les plaines de l'Ouest et le parcours prodigieux du Mississipi. Je réserve à ces belles choses une étude à part, et j'arrive à Vera-Cruz, où nous abordâmes à la fin de novembre.
On donne généralement à Vera-Cruz une physionomie orientale ; quelques coupoles assez basses pourraient seules rappeler le style des mosquées, mais il faudrait une bonne volonté singulière pour prêter à ses lourds clochers l'élégance des minarets. Quant à ces bouquets de verdure qui distinguent et réjouissent les villes* d'Orient, on ne trouve à la porte de Mexico que cinq à six palmiers rabougris, seuls échantillons de l'espèce; encore n'existent-ils plus aujourd'hui.
Vu de la mer, l'aspect de Vera-Cruz est des moins flatteurs ; c'est une ligne monotone de maisons basses,