‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 23 sur 185 · CHAPITRE m. — COUTUMES · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — COUTUMES

de l'autorité me parait être, en principe, une vertu ; aussi nous hàtàmes-nous d'obéir. Mais en voyant nos poches vides, ces gentilshommes de grande route je-* tèrent des cris de paon ; jamais l'indignation vertueuse d'un galant homme, arrêté dans la plus louable entreprise, n'égala celle de ces délicieux détrousseurs.

« On nous avait déjà volés ! » C'était indigne, cela ne s'était jamais fait ; ils n'en voulaient rien croire, et le conducteur lui-même fut obligé de donner sa parole d'honneur que le fait, tout extraordinaire qu'il fût, était exact. Il fallut se rejeter sur les bagages, chose assurément fort désagréable : le volume est gros, la valeur problématique, la vente difficile, enfin !

En ce moment l'un d'eux aperçut le cuello^ le rabat de notre ami : sa figure rébarbative s'adoucit aussitôt d'un sourire. Je vois encore la scène. L'autre voleur était fourré sous la bâche de la voiture, se faisant ouvrir et visitant en toute sécurité les coffres qu'elle abritait.

« Ah ! padrecito (petit père), s'écria celui d'en bas, avez- vous aussi des bagages? y> Et comme son acolyte demandait, en montrant une mallette : <x A qui cela? — ^La mienne, répondit l'homme au rabat. — La vôtre, petit père? répond le voleur. Hé ! là-haut! laisse cette malle, mon ami : c'est celle du padrecito. »

Puis se retournant vers lepadrede circonstance :

ce Ah! padrecito f lui dit-il, nous ne sommes point des voleurs; vous n'en croyez rien, n'est-ce pas? Mais

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les temps sont si durs ! Nous avons des enfatits & nourrir. Cher père, donnez-moi voire bénédiction, nous sommes d'honnêtes gens, je vous le jure. »

L'homme au rabat s^empressa de lui octroyer une faveur si humblement demandée et qui lui coûtait si peu. La diligence repartit, ce Le tour est joué, » me dit mon vis-â-vis. Pour moi, je ne pus qu'éclater de rire.

Ce respect du peuple et de la classe moyenne pour les padres est si tenace que, quoi que beaucoup de ces derniers fassent pour l'éloigner d'eux, par leur conduite et la publicité d'une vie scandaleuse, ils ne peuvent y parvenir. Chacun sait aussi bien que moi que le clergé mexicain n'oflfre pas le modèle de toutes les vertus.

Malgré tout , rien ne peut dessiller des yeux si aveuglément prévenus. Aussi quand, par suite d'une révolution quelconque, les moines sont en masse expulsés d'une ville, la route de l'exil est semée de femmes à genoux qui viennent accompagner de leurs larmes le départ de leurs chers confesseurs. Elles s'empressent à baiser la tunique du martyr et remplissent à l'envi la main du cordelier de pièces de monnaie, ou à défaut, de bijoux de toute valeur.

Quand ils reviennent, c'est un triomphe.

Mais laissons l'étude des hommes, et consacrons quelques lignes aux monuments de Mexico et de ses environs.

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