CHAPITRE IV.— ANECDOTES
Celte étrange apathie à laisser faire et à souffrir, leur avait attiré d*un journaliste français l'apostrophe suivante qui ne manque pas d'éloquence et qu'ils ne lui pardonnèrent jamais.
«Ce n'était pas de Yatolcy leur disail-il, qui coulait dans les veines de la Convention. » Uatole est une so* lution fade et liquide de farine de maïs et d'eau.
Quelle que soit donc la férocité que nous ayons vue régner dans les trois dernières années de lutte, ne faisons point retomber sur les instincts nationaux les scènes désolantes dont le Mexique a été le théâtre : ce serait plus injuste encore que d'inscrire au compte de la moralité des gens de bien et donner pour type du caractère social en France les monstmeuses horreurs de nos mauvais jours.
Le voleur, au Mexique, ne peut être considéré sous le môme point de vue que chez nous : ce n'est pas un scélérat, c'est un homme comme tout le monde... au Mexique. « Certes, me disait un ami, je n'ai nul goût à m'approprler sans façon le bien d'autrui ; mais j'ai souvent envié le sort du voleur : il est le roi de la situation ; pour peu qu'il mette d'entrain et d'adresse aux exploits de son art, il est partout vanté, comblé d'éloges, et les salons comme les ruelles mal famées applaudissent à ses ingénieux hauts faits. »
Le Mexicain aime à conter les aventures où il a figuré comme victime ; il ne s'en plaint pas j les grands événements l'intéressent , les petits accidents l'amu-
3ent. J'ai vu, dans les rues de Mexico, des gens bien élevés se montrer du doigt, en étouffant de rire, un apprenti filou qui escamotait, à vingt pas de leur cercle, le mouchoir d'un passant, auquel ils allaient ensuite en se moquant, demander des nouvelles de sa poche déserte.
Les voleurs de mérite sont bien connus : on les rencontre parfois dans la rue ; on le;s salue affectueusement, plusieurs même s'empressent à leur serrer la main. Dans les circonstances graves, les juges trouvent difficilement des témoignages pour condamner un coupable : personne n'a jamais rien vu ; on craint de se faire une querelle avec l'accusé devenu libre ou avec ses amis; on se laisse voler, dans la crainte de se faire un mauvais parti.
Au Mexique, le jeu est dans les mœurs, comme le vol. Les maisons de monte sont tenues par les gens les plus honorables, qui parlent volontiers de leurs occupations incessantes et qui tonnent contre l'oisiveté, mère de tous les vices. Dans les grandes fêtes du tripot, à San Agustin par exemple, on rencontre des familles au complet, grands parents et petits-enfants, qui s'encouragent mutuellement à tenter les hasards du sort et qui trouveront toujours une bourse ouverte pour les aider à conjurer les malheurs de lafortune.
En 1884, un sacristain de San Francisco, bien connu pour sa dévotion, eut l'idée suivante : il