CHAPITRE VI . ^ OÀXACA I 1 4 i
don Rafaël, muet, hagard, épouvanté^ se précipita sur eux : il était bien mort, le doux enfant.
Don Rafaël traîne depuis ce jour une vie à demiéteinte, quant à doiia Marianita, elle est folle.
Le clergé encourage par son exemple cette dissolution de mœurs qui se retrouve un peu partout dans le Mexique ; mais il est difficile de trouver une province où il affiche avec plus de naïveté le relâchement de ses mœurs.
La première fois quMl me fut donné d'observer cette étrange manière de vivre, c'était au bal où Ton me présenta à mademoiselle X..., fille du curé X..., qui lui-même, en habit de ville, se trouvait présent. ^
Je sus depuis que grand nombre de ces messieurs avaient famille, que plusieurs d'entre eux menaient grand train, donnant bals et banquets, qu'un autre^ exception il est vrai, entretenait trois sœurs à la fois, desquelles il avait des filles, dont chacune était dotée sur les privilèges de telle] ou telle église dont il était curé.
Plus tard, me trouvant dans une maison de jeu d'assez bas étage, j'y rencontrai deux prêtres en soutane, et l'un, tutoyant ponteurs et croupiers, jurant comme un damné, tenait sur ses genoux une fille publique avec laquelle il s'était associé ; il y avait là cinquante personnes peut-être, et de tout ce mondé j'étais le seul que la chose étonnÀt.
Quand, chez un peuple, le sens moral est à ce point
perverti, que de pareils exemples ne soulèvent qne les plaintes discrètes des honnêtes gens et que toute in-^ dignation est morte, il faut se voiler la face et désespérer du salut de ce peuple.
tiO&g séjour.— Phénomènes photographiques.— Les trois rallées.— Santa L«oia."*Saiita Maria del Tule.*— Le Sabine— Mitla.— Les rvines.— Le yillage. — ^Les pitajas.-^Clichés perdus. — Prise de la Tille. — Mont Alban. —Le vieux eoiiTeDt.«*De«zlèiie expéditioii.-*Siége 4e la Tille.** Départ pour Ver a Cruz.
J'attendais mes bagages depuis detix mois^ ils n'arriTaient pas ; je craignis que Tétat des routes ne permit pas à l'expéditeur de me les envoyer^ il fallut donc me mettre à Fœuvre avec les ressources que m'offrait la ville. Je fabriquai du nitrate et du fulmicoton^ j'avais des glaces et Pun de mes instruments; JB trouvai de l'éther et de l'alcool. Pour développer rimage il me fallut employer le sulfate de fer qu'on trouve partout.
Mes premiers essais ne furent pas heureuXi les cli-» chés des monuments de la ville étaient mauvais. Quelques jours après j'en fis d'autres meilleurs, presque satisfaisants. Je préparai donc mon expédi-» tion de Mitla, car je devais retourner au Yucatan, re-
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monter à Palenqiié^ traverser la sierra et faire le tour de la province de Chiapas ^ en passant par Tehuantepec pour revenir à Oaxaca. J'aurais voulu faire ce long voyage avant la saison des pluies s'il était possible, et le temps pressait.
Mais quand je voulus partir, je m'aperçus que mes produits ne marchaient plus.
Pendant huit jours, je fis les essais les plus variés, je me servis de bains vieux et nouveaux, j'avais une douzaine de coUodions différents, j'employai tous les développants et tous les fixateurs ; peine inutile. Le collodion arriva même jusqu'à perdre toute sensibilité. Avec une exposition de cinq minutes au soleil, et un instrument double, je n'obtenais qu'une tache blanche à l'endroit du coL
Désespérant de réussir je mélangeai tous les col«> lodions et j'attendis.
Quelques jours après, je voulus tenter un nouvel essai, je fis un cliché le matin à sept heures, il était bon : à sept heures et demie, insensibilité. Le lendemain, j'en fis deux, sans pouvoir en réussir un troisième; le surlendemain trois et^ par progression, chaque jour en faisant un de plus, mais pas davantage. Tout à coup le collodion ne m'apportait que des positifs sur verre; un autre jour des négatifs, et cela sans qu'il me fût possible de faire l'un ou l'autre à mon choix. J'ai vainement cherché la clef de phéno^ mènes aussi curieux et je laisse aux photographes