‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 76 sur 185 · CHAPITRE Vin. LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin. LA MONTAGNE

Cuasimuico est un misérable rancho, peuplé de SamboSy métis de nègres et d'Indiens,

Il est impossible de trouver un contraste plus frappant que celui qui existe entre les industrieux habitants de la sierra et la race dégénérée au milieu de laquelle je me trouvais. Placée dans des conditions merveilleuses pour tout produire, possédant une terre fertile au delà de toute expression, et qui n'ofifre, comme difficulté de culture que la rapidité des pentes, elle croupit dans une épouvantable misère, fruit d'une paresse sans excuse.

Ces malheureux ne produisent que le maïs nécessaire à leur consommation, et quand la récolte manque, il leur faut aller mendier au loin ; mais ils ont soin d'entretenir un vaste champ de cannes dont ils distillent de l'eau-de-vie ; aussi s'enivrent-ils perpétuellement. J'eus toutes les peines du monde à me procurer un peu de maïs pour le cheval et les mules. Je dus faire venir l'alcade auquel je fis une rude semonce sur son indifférence à l'égard d'un étranger, et le menaçai de me plaindre aux autorités de Tustepec. Il finit par m'envoyer quelques mesures de grains, et, comme fourrage, deux paquets de jeunes cannes à sucre dont les bêtes se dégoûtèrent aussitôt.

Le cabildo était à l'unisson de l'entourage ; c'était Tin toit de chaume ouvert à tous les vents, où je m'installai de mauvaise humeur, car j'avais fait la route à pied, et cette journée de douze lieues, dont

plus de huit par une descente de 40 degrés, m'avait mis les jambes dans un étal pitoyable. Mais la jour^ née suivante fut plus terrible encore; c'était une suite de petites montées où l'on n'avançait que pour reculer d'autant; il fallait littéralement marcher à quatre pattes. Je vis combien j'avais eu raison de m'aider d'un Indien pour le transport de mes clichés ; les mules trébuchaient et s'acculaient à chaque instant. Le pujador Iqi-mème vit échouer tous les efforts de sa prudence; enfin, l'une des mules manqua des deux pieds de droite et disparut. Je poussai un cri d'effroi ; on entendait dans le fond du ravin mugir les eaux d'un torrent, je la crus perdue. Les Indiens qui m'accompagnaient déposèrent aussitôt leurs fardeaux et, s'aidant du machete, ils s'ouvrirent un passage dans le taillis où la mule s'était engouffrée. Je les suivis, et à cinquante pas au-dessous du sentier nous trouvâmes l'animal étendu sur le côté ; un arbuste assez fort le soutenait parle milieu du ventre et l'avail empêché d'aller plus loin.

La pauvre bète avait eu plus de peur que de mal, elle en fut quitte pour quelques écorchures sans gravité, à la tète et à l'une des jambes de derrière. On eut toutes les peines du monde à la mettre sur pied, l'ayant préalablement déchargée : mais ce fut bien autre chose pour la tirer de là et atteindre la hauteur.. Nous perdîmes plus de deux heures par oet accident, heureux de ne pas l'avoir payé plus cher.

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