‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 8 sur 185 · CHAPITRE 1. — LA VERA-CRUZ · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. — LA VERA-CRUZ

village répondait des vols ou des attentats commis sur son territoire; de telle sorte que les coureurs de routesavaient disparu, et que de Vera-Cruz à Mexico on pouvait voyager sans crainte. Il n'en est plus ainsi.

Le village porte Tempreinte de la misère ; la guerre civile qui désole la république a fait de ce lieu naturellement fortifié un camp de guérillas : aussi, les Indiens s'enfuient-ils chaque jour, et vous ne rencontrez aujourd'hui que maisons vides et cabanes désertes. Voilà Plan del rio, situé comme Puente Nacionalj moins gai, moins riant, plus sauvage encore : la route alors tourne brusquement, traverse des bois épais et monte sans cesse avant d'aboutir à Cerro Gordo, premier village de la Terre Tempérée, autre témoin de la victoire des Américains en 47, et de la défaite de Santa- Anna; tout auprès se trouve la barranca de Cerro Gordo.

Les barrancas sont des ravins dus à l'action des eaux, et qui, dans certaines parties du Mexique, prennent des proportions gigantesques; celle de Cerro Gordo, sans être une des plus considérables, est néanmoins fort importante.

En obliquant à droite de la route, et pénétrant dans le montey le voyageur étonné voit tout à coup le plateau se dérober sous ses pas pour faire place à un énorme ravin presque à pic, dont il distingue à peine' le fond, et dont le bord opposé se trouve à plus d'un kilomètre. Le bruit d'un torrent monte jusqu'à

lui, mais il Taperçoit à peine dans la profoiideur. S*il veut descendre^ il lui faut s'ouvrir un passage au milieu des arbustes et des broussailles épineuses ; le sol s'éboule et des quartiers de roc, une fois ébranlés, bondissent, entraînant avec eux toute une avalanche de pierres. Il y a ,'des barra ncas de plusieurs mille pieds de profondeur. Vous êtes dans la zone tempérée, le fond du précipice est terre chaude ; du haut d'un plateau où croissent tous les produits de terre froide, vous voyez à vos pieds la verdure des bananiers, des orangers chargés de fruits, et toute la végétation tropicale. A partir de Corral falsoy la route, de plateau en plateau, et par des pentes toujours plus rapides s'élève jusqu'à Jalapa, la reine des terres tempérées.

Mollement étendue sur l'un des contre-forts de la Cordillère, Jalapa s'épanouit au soleil dans un climat délicieux. Peu de villes au monde réunissent comme elle les productions des trois zones. Le voisinage des nîontagnes lui amène, quelle que soit la saison, des ondées bienfaisantes qui tempèrent les ardeurs de l'atmosphère et lui donnent cette robe d^ éternelle verdure. Le café, cependant, n'y arrive pas à maturité complète, et l'humidité permanente entraîne avec elle des fièvres dangereuses. L'étranger doit s'y préserver de la fraîcheur des nuits.

Après avoir gravi la dernière pente qui dérobe la ville à ses yeux, le voyageur l'aperçoit tout à coup

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