CHAPITRE XVIII
Environs de la capitale. — Pyramides de Reiuedius
et de Tepatitlan.
Un des lieux les plus frécjuentés des environs de la capitale, c'est Tacubaya, où se trouvent rhabitation et le jardin de Farchevêque du Mexique. Un restaurant , tant soit peu à la mode française , y attire beaucoup les étrangers.
Une promenade , le long de Taqueduc qui fournit Teau à la capitale , conduit à Chapultepec (Chapultepetl ) , château des anciens vice-rois, à une légua de la capitale ; on voit dans son parc quelques arbres immenses. Cet édifice est situé sur une hauteur isolée, mais considérable , d'où l'on jouit des points de vue les plus beaux sur la vallée de Mexico ; mais il est actuellement dans un très-mauvais état^ et occupé en partie par des prisonniers.
La célèbre église de Santa Maria de Guadalupe attire constamment les visiteurs , qui s'y rendent en pèlerinage. La chaussée qui y conduit, longue d'une legtw,, est une des mieux soignées autour de la capitale. L'église ne satisfit nullement mon attente , et elle n'est ni aussi belle ni aussi richement décorée que pourrait le faire présumer sa grande renommée, comme étant dédiée k la patronne du Mexique.
Près de la gurita (p«rte de la ville) qui con-* duit a Guadalupe , se trouvent beaueôu^ de fondements d'habitations des anciens Mexi^ cains. Le grand nomixre de ces ruines ^ ejt le peu de place ^qu'occupe chacun d^ ces fonder ments que l'on appelle tortas, me foAt suppon aer que ce quartier n'étail habité qi;ie pay te bas peuple. Cette parJtie de l'ancienne ville, qufe couvrent des champs et non des constructiatis» est , du c^ste i la seule w. l'antiquaire puisse encore espérer de trouver quelque butin. ■
Une des promenades les jJius intéresssmtes pour tout ami de souvenirs historiques , c'est
la route si célèbre par la retraite de Cortès dans la Noehe iriitB. Attaqué sur la digue qui conduisait à Tacuba , il ne s'arrêta que dans cette petite ville ^ à une Ugua de la capitale , où il rassembla le reste de sa petite armée échappé h une entière destruction , et où il eut le bonheur de retrouver l'intrépide Alva-^ rado et la fidèle Marina.
On montre près de Tacuba un arbre sous lequel) selon la tradition^ le conquérant passa le reste de cette nuit affireuse , dans des angoisses sur le sort de ses infortunés compagnons sacrifiés au culte bai^bar^ deis Meticàins. Cet arbre imt&ensé , d'tine circonféreilce de 1 1 k i 2 mètres , est situé entre l'égUse et les ruines du monticule, construit, comme le mOnnmelift de Cholula, en briques séchées au soleil , au sommet duquel était pla6é Pàncieti temple (teocaUi) de cette ville. Oh tlt)uve pafmi ces ruines des débris de poterie {terra eotta) sur lesquels on distingue encore des couleurs, et des morceaux d'obsidienne.
L'arbre de Côrtès à Tacuba , quelque co-
lossal qu'il soit , est cependant surpassé par d'autres qui se trouvent dans les environs:
un de ceux du jardin de Chapultepec a de 13 à 14. mètres de circonférence, et un autre, qu'on voit au cimetière d'Apopotla , à un kilomètre de Tacuba, a de 17 à 18 mètres.
Ces, arbres sont une sorte de cyprès. <
A une légua de Tacuba , en suivant cette direction de la. capitale, se trouve l'église de la Madona de los Remedios , qui est , après celle de Guadalupe , la patronne la plus révérée des Mexicains , et son sanctuaire unlieu favori de leurs pèlerinages.
L'édifice est situé dans une belle position, sur une des collines qui forment vers l'ouest les limites de la plaine de Mexico. Au milieu dei'église est une pierre avec ime inscription qui indique que l'image miraculeuse fut trouvée sur cette place par un Indien en 1 540.
La visite de ce Ueu renommé , déjà si intéressante en elle-même , fut pour moi d'autant plus agréable , qu'elle m ofirit l'occasion de découvrir un monument pyramidal , qui , par
sa proximité de la capitale , donne lieu de former des conjectures sur l'âge de ces constructions.
M'élânt informé , par hasard , près du sacristain de l'église, s'il possédait quelques antiquités mexicaines , il m'indiqua une montagne près de Remediôs , qui portait le nom de Cerro de M ontezuma , et sur laquelle devaient encore se trouver, selon lui , les fondements d'un palais de ce souverain.
Quelque porté que je fusse à considérer
cette assertion comme une fable , n'ayant jamais entendu parler d'une pareille ruine si près de la capitale , je m'empressai cependant de m'en convaincre par moi-même. Je partis donc de suite pour examiner le fait , accompagné de deux guides indiens.
Une demi-heure de marche me suffit pour arriver au pied de la montagne , qui de loin déjà , par sa forme régulière , s'annonçait comme un ancien monument.
Je dus passer une petite rivière avant de la gravir. Les débris de pierres , de vases et d'ob-
sidienne que je troavai sous mes pas , ne me laissèrent aucun doute cpie je me troUTais sur un terrain classique des anciens Mexicrâis.
C^tte pyraniide peut avoir de 80 k 100 lÉiètrf;s d'élévation , et elle se ^Uatingiie des jno* nuni?nt9 p^U'eils contins au Mexique jusquV lors , en CQ qu'elle e»% divisée dans toute sa siirfaq^ p^ djd^ marches hautes chacune de 1 mètre environ, tandis que les mitres ne le sont ordinairémeni qU'cDl trpis à quatre étage^ OUtçrrasse^.
Cettç pyramide paraissait avoir été com-^ plétein^nt recouverte de pieri^* Elle était très-difficile à gravir, autant f^r Ifis pfierres qui en spnt détachées que f9V. Iq nopal avec ses épines qui la couvre.
Aux deux tiers environ 4e sa hauteur, je découvris des ruines considérables en pierre d'une sorte de castel, parmi lesquelles je trouvai une pierre plate , haute de 2 mètres , sur laquelle on voyait , dans un diamètre de 89 centimètres, un dessin d'ornements sculpté avec la plus grf^nde régularité. Il représen-
tait sur une sorte de bouclier, une croix a cinq branches , avec deux ronds au milieu , «t deux raies sur les bords , recouyertes en partie par les branches de la croix, dont chacune est divisée en deux parties, et ornée de huit petits ronds.
Il doit exister des galeries souterraines dans ces ruines , puisque je parvins sans difficulté à y introduire une perche de S mètres environ.
Je ^8 persuadé que des excavations , que ni le temps ni les circonstances du moment ne me permirent d'entreprendre, conduiraient k la découverte de ces galeries , qui doivent être analogues à celles qui se trouvent dans le monument de Xochicalco et dans Tun de ceux de San Juan de Teotihuacan.
'U faudrait diriger ces recherches près des ruines des murs où est placée la pierre sculptée que j^ai décrite.
On trouve sur le sommet un plateau assez étendu qui me parut de forme carrée , comme le reste de la pyramide , et d'où on
jouit d'une vue que je considère comme la plus belle des environs de la capitale.
Il n'existe sur ce plateau aucun vestige de ruines de constructions , quoiqu'il soit plein de débris de vases, comme tout le reste du monument, et que je ne mette pas en doute que l'édifice principal, le temple, dût se trouver sur ce sommet , et que le fanatisme des conquérants l'aura fait disparaître comme tous les autres souvenirs du culte des anciens Mexicains , surtout dans la capitale et ses environs.
Ce monument, malgré son voisinage de la capitale, et sa situation dans l'un des lieux les plus fréquentés de ses environs, était resté complètement inconnu aux Mexicains.
Une indifférence aussi étrange ne pourrait se concevoir dans tout autre pays ^ mais ici elle s'explique autant par l'apathie des habitants pour tout ce qui ne rentre pas dans la sphère de leurs habitudes journaUères , que par le soin que prennent les Indiens de cacher ou du nioins de ne rien divulguer sur
tout ce qui a rapporta leur ancienne histoire. Le propriétaire de la iiacienda située au pied de la . montagne , et qui venait de mourir une quinzaine de jours avant ma visite , ne permettait à personne d'y monter, et les Indiens , dans leur superstition , étaient persuadés qu'il . connaissait l'entrée des souterrains qui, selon leur idée, devaient contenir des trésors.
n faut un œil exercé pour reconnaître de pareils monuments et les distinguer des montagnes naturelles , qui , au Mexique , ont souvent une forme très -régulière. Je dus à Texpérience que j'avais acquise par la vue de la plupart de ces monuments, autant qu'au hasard qui semblait me favoriser dans ces circonstances , de faire par la suite une semblable découverte dans des lieux fréquentés avant moi par nombre de voyageurs. Ce fut lors de mon voyage aux côtes de la mer Pacifique, que je reconnus, dans une petite montagne non loin de Tepatitlan, à i mille au nord de la route de la capitale a
Guadalaxara, une autre pyramide. Cet ancien monument ^ situé à une diistance de dix-huit à TÎngt liguas N.-E. de Guadalaxara, à une demi-legua d'un petit endroit nonimé San José , qui lui-même est à une demi-lejfifa de la ville de Tepatitlan et à six ou. sept de San Antonio , aussi nommé la Venta de Pejeros, possède un intérêt particulier^ en ce qu'il est l'unique antiquité de ce genre qui soit connue à l'ouest de> la capitale , «t surtout parce qu'il paraît être sur la route même que les Aztèques ont suivie lors de leur migration de la Californie au Mexique.
Cette pyramide , d'une élévation d'environ 30 k -40 mètres et d'une dimension bien moins considérable que celles du Soleil et de la Lune à San Juàn de Teotihuacan , les surpasse cependant par l'élégance de sa forme.
Elle est divisée en trois étages et surmontée d'une élévation en rotonde qu'on, pourrait comparer à un dôme , forme que je n'avais jusqu'alors remarquée dans aucun autre de ces monuments. On reconnaît par la base
qu'elle était de forme carrée, quoique, en Texaminant de son sommet , elle paraisse , vu son état de délabrement, de forme octogone.
La pyramide près de Tepatitlan est composée de terre et de gravier comme celles de San Juan de Teotihuacan ; elle est encombrée il sa base d'une quantité considérable de pierres très^larges, avec lesquelles elle semble avoir été entièrement recouverte, comme celles de Xpchicalco et de Remedios.
Toute la pyramide était plantée de maïs, et je ne pus y reconnaître aucune trace de souterrains.
Les Indiens que j'interrogeai sur ce. monument» le nomment Cerrito (petite montagne) de Montezuma , le désignant de ce nom qu'ils appliquent à tout ce qui a rapport aux temps antérieurs à la conquête.