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Teintures bleues

Dans beaucoup de circonstances, on sera très-heureux d'avoir à sa disposition des teintures bleues, surtout lorsqu'il s'agira de colorer des pièces injectées au carmin. Du reste, les tissus préparés avec la couleur bleue sont fort

beaux, de sorte que nous serons souvent disposés à préférer cette nuance à celle du carmin. On possède actuellement deux moyens pour colorer en bleu: l'indigo uni au sulfate de potasse (appelé bleu de carmin), et le bleu d'aniline.

a) Teinture avec le bleu de carmin.

M. le professeur Thiersch a recommandé le mélange suivant :

Acide oxalique, 1 partie,

Eau distillée, 22 à 30 parties.

Bleu de carmin, quantité suffisante pour ame-

- ner la saturation.

L'alcool peut entrer dans cette solution. Si la couleur bleue est en excès, on y remédiera avec une solution d'acide oxalique dans de l'esprit-de-vin.

Cette teinture bleue colore vite et d'une manière uniforme. D'après les observations de celui qui en a fait la découverte , elle convient parfaitement pour colorer les axes cylindriques, ainsi que les cellules des nerfs du cerveau et de la moelle épinière, préalablement durcis dans l'acide chrômique.

h) Teinture avec le bleu d'aniline.

Le bleu ordinaire d'aniline ne ne dissout pas dans l'eau. En le traitant avec l'acide sulfurique, on en obtient la partie de bleu qui est soluble. On dissoudra simplement ce bleu dans de l'eau jusqu'à ce qu'on ait obtenu la couleur foncée du cobalt, ou bien on recourra au mélange suivant :

Bleu d'aniline soluble, 2 centigrammes, Eau distillée, 25 centimètres cubes.

Alcool, 20 à 25 gouttes.

Cette teinture colore en bleu vif, et en quelques minutes, les tissus préparés surtout dans l'alcool; il faut un peu plus de temps pour les objets préparés avec l'acide chrômique. On conserve cette couleur dans l'eau, dans l'alcool et dans la glycérine; elle n'est point altérée par l'addition d'un liquide acide ou alcalin. Les glandes lymphatiques, la rate, et plus particulièrement des coupes du cerveau et de la moelle épinière, obtiennent, sous son influence, un très-bel aspect. Nous avons fait, dans ces derniers temps, un très-grand usage de cette teinture, et nous la recommandons de la manière la plus pressante.

On se sert déjà, depuis plusieurs années, de l'azotate d'argent, en solution ou en nature, pour obtenir des dépôts d'argent dans la cornée de l'œil. Recklinghausen a fait un usage très-fréquent de cette méthode Qes Vaisseaux lymphatiques, Berlin, 1862). His a ensuite cherché à trouver les conditions et la nature de ces dépôts. Dans ces derniers temps, un grand nombre de savants ont obtenu, par ce moyen, alternativement de bons et de mauvais résultats.

Les tissus imprégnés d'argent prennent, selon les circonstances, différents aspects. Quelquefois, on remarque dans l'intérieur des cellules ou des canaux les plus déliés, de même que dans les conduits du tissu cellulaire , des dépôts poussiéreux d'argent, qui, selon l'action de la lumière, paraissent être plus ou moins foncés, tandis que la substance intercellulaire n'est pas plus colorée ou ne l'est que fort peu; dans l'autre cas, la cellule est restée libre, autrement dit elle n'a point été imprégnée d'argent; tandis que les masses intermédiaires des couches épithéliales, la substance intercellulaire, ont contracté une teinte sombre sans toutefois perdre de leur netteté.

Le premier genre de coloration peut servir à démontrer l'état creux dans les tissus élémentaires des animaux; on

emploie avec succès la seconde pour reconnaître les limites des cellules, surtout de celles très-délicates des couches épithéliales , ainsi que les vaisseaux sanguins et lymphatiques d'une grande finesse.

Il est à regretter que les deux effets qui viennent d'être mentionnés, se produisent bien plutôt fortuitement que d'après des règles fixes ^ souvent ils se manifestent à la fois d'une manière très-désavantageuse dans une seule et même expérience. On remarque aussi qu'habituellement l'action de la solution d'argent est loin d'être la même sur les différentes parties d'un seul et même tissu. Ce sont là de grands inconvénients attachés à un procédé propre , du reste, à rendre des services réels.

Recklinghausen, qui n'a pas réussi à trouver des règles certaines pour atteindre l'un ou l'autre des effets causés par l'argent , recommande de faibles solutions (1 partie de nitrate d'argent sur 400 à 800 parties d'eau distillée); il veut également que les pièces à examiner, aussi fraîches que possible, soient enlevées à des cadavres qui datent tout au plus de 24 heures. Il est bon d'éviter toute altération dans les tissus. Si l'on observe cette prescription, c'est le premier effet qui se produit ordinairement sur le tissu cellulaire; c'est-à-dire les substances intermédiaires se colorent, tandis que les petits corps cellulaires, ainsi que les conduits, restent clairs. Quand on désire obtenir le second effet, on place les objets dans une solution d'acide acétique ou de sel de cuisine très-affaiblie , après les avoir laissés séjourner assez longtemps dans une solution de nitrate d'argent. Il résulte des expériences de ce savant que le temps nécessaire pour observer les effets propres à l'azotate d'argent, est loin d'être le même sur les différentes parties du tissu soumises à l'examen.

A-t-on en vue d'agir sur des parties profondément situées, l'action se manifestera plus lentement, et il faudra

faire usage d'une solution d'azotate d'argent plus concentrée. Malgré cela, et toute proportion gardée , l'effet produit ne sera, même au tout de 24 heures, qu'un effet superficiel. Lorsqu'il survient, d'une manière évidente, dans le tissu un trouble blanchâtre, on peut admettre, en général, que l'argent a suffisamment pénétré; toutefois, il est difficile de bien saisir le moment où l'opération est accomplie.

Afin d'enlever les parcelles d'argent qui n'ont point pénétré dans le tissu, et d'éviter ainsi une plus forte coloration, on lavera avec de l'eau les parties imprégnées. Ces parcelles peuvent se détacher également avec l'acide acétique. Ce dernier moyen est même très- avantageux lorsqu'on cherche à éloigner des couches épithéliales , afin de pouvoir mieux apprécier les parties profondes des tissus cellulaires qui ont subi l'action de l'argent.

His, qui, le premier avec Coccius, a fait usage de solutions d'argent, croyait autrefois, à tort, qu'il fallait nécessairement employer des solutions fortes pour imprégner les parties extracellulaires, et pensait que les solutions faibles produisaient leur effet dans les cellules mêmes du tissu cellulaire. His (Revue médicale suisse, t. II, p. 1^®) a dit récemment s'être convaincu, à la suite de nouvelles expériences, qu'en ce qui concerne la cornée du moins, la substance fondamentale seule se laisse imprégner dès le commencement; que le précipité de chlorure d'argent qui s'est formé, ne pénètre plus tard dans les cellules, qu'après avoir été de nouveau dissous pour se transformer en une sorte de poussière d'argent déposée par l'action de la lumière.

Afin d'obtenir ce dernier changement, His trouva bon d'exposer pendant quelque temps à la lumière des coupes de cornée , imprégnées de nitrate d'argent et placées dans une solution de sel de cuisine, d'acétate d'ammoniaque,

OU bien d'humeur aqueuse. On obtient souvent ainsi des images d'une beauté surprenante. Au milieu d'une masse claire de substance intercellulaire, on voit les petits corpuscules de la cornée et leurs ramifications entièrement pénétrés parles précipités d'argent. L'action de la lumière produit ici un effet durable. Recklinghausen conseille dans ce cas une solution de sel de cuisine très- étendue; His, au contraire, veut que cette même solution soit trèsconcentrée.

On s'est encore servi d'autres sels métalliques pour imprégner des tissus , du sous-acétate de plomb , par exemple.

Nous allons parler maintenant de la dessiccation des parties animales. Cette méthode a pour but d'en extraire toute l'eau et de leur donner ainsi un degré de consistance et de densité qui permette de les diviser, à l'aide d'un bon scalpel, en tranches très-minces. Ces coupes, étant ensuite placées dans de l'eau, se gonflent et offrent ainsi l'image de leur état naturel. Nous avons déjà indiqué, dans un chapitre précédent, une série de réactifs chimiques qu'on emploie pour atteindre le même but; tels sont l'acide chrômique , le chromate de potasse , l'alcool.

La méthode de dessiccation est préférable à toute autre pour beaucoup de tissus et de parties du corps, attendu qu'on évite par là tout obscurcissement. On traite surtout ainsi, avec un bien grand avantage, les tissus qui ont une certaine fermeté, les organes riches en tissu cellulaire, comme la peau, les tendons et les parois des vaisseaux; cette même méthode est applicable aux poumons (voire même aux injections qu'on y a faites), aux muscles, à l'épiderme, au cristallin et au cordon ombilical. La dessiccation réussit moins bien pour les glandes, les ganglions lymphatiques, les membranes muqueuses délicates; elle est absolument inapplicable au cerveau, à la moelle épinière, aux nerfs et à la terminaison de ceux-ci dans les

principaux organes des sens, à cause de leur extrême mollesse et de la variété des tissus qui les caractérisent.

La manière d'opérer est fort simple. On sèche les parties sur des planchettes de bois ou sur un morceau de liège à surface convexe, si les circonstances l'exigent. Pour éviter le rétrécissement des tissus, on peut les étaler sur ces planchettes de bois ou de liège, et les y fixer avec des épingles. La température ne doit pas être trop basse, car on aurait à craindre une décomposition; tandis qu'une chaleur trop forte amènerait la coagulation des substances albumineuses. La température la plus convenable est celle de 30 à 40 degrés centigrades. On peut aussi se servir avec avantage du soleil, quand les journées sont chaudes. Si on ne veut pas employer la chaleur pour obtenir la dessiccation, on aura recours à l'appareil au sulfate ou au chlorure de calcium, usité dans nos laboratoires de chimie.

On se gardera bien de soumettre à la dessiccation de trop gros fragments et d'exagérer celle-ci; la fragilité pourrait devenir telle à cause des fissures et des crevasses, effet d'une trop grande sécheresse, qu'on ne parviendrait plus à pratiquer des coupes minces.

Une pièce qui n'est pas entièrement séchée et possède à peu près la consistance de la cire , ofîï-e de grands avantages. Il faut cependant que la lame du couteau reste sèche. Si la pièce est posée sur du liège, on pourra, sans déplacement , opérer les divisions ; un bois dur nuirait au tranchant de la lame.

On ramollira, soit dans de l'eau pure, soit dans de l'eau légèrement acidulée avec de l'acide acétique, les coupes fines ainsi obtenues. Si on a l'intention de les colorer, on les mettra immédiatement dans une solution ammoniacale de carmin. Le ramollissement s'opère beaucoup mieux dans un verre de montre ou dans une auge en verre que sur le porte-objet, et il ne faut que quelques minutes pour

que les bulles d'air qui occupent les interstices du tissu disparaissent.

Des parties séchées, conservées dans un vase de verre, avec un petit morceau de camphre, constituent, dans beaucoup de démonstrations histologiques, de précieux auxiliaires.

Manière de faire les injections.

Od ne saurait attacher trop d'importance à Fart d'injecter, avec des matières colorantes, les vaisseaux des parties sur lesquelles on veut faire des recherches histologiques. Ce procédé est encore beaucoup trop négligé ; on objecte, sans connaissance de cause et sans expérience suffisante, que c'est là, en général, un travail superflu, une sorte d'opération de luxe. Cependant, on ne devrait jamais négliger l'emploi de ce puissant auxihaire dans les recherches minutieuses quelconques, soit sur des tissus sains, soit sur des tissus pathologiques; car beaucoup de points, dans la structure d'un organe, deviennent tout à coup clairs et compréhensibles par l'injection du système capillaire, injection qui fournit immédiatement la preuve cherchée de la richesse ou de la pauvreté des vaisseaux de la partie soumise à l'examen. Il est donc nécessaire d'étudier l'art de faire des injections, et cet art a ses difficultés. La réussite des injections dépend presque toujours d'un heureux emploi de moyens auxiliaires généralement négligés et, néanmoins, très -importants; eUe exige aussi une certaine adresse et une grande pratique. Cependant, avec de la persévérance et surtout en ne se laissant pas décourager par les nombreux insuccès qui signalent les premières tentatives, on arrive au but désiré, surtout si on renonce, au commencement, à la prétention d'obtenir des injections d'une entière beauté. Peu à peu on réussira plus facilement, et la joie qu'on éprouvera d'avoir exécuté une belle injection, deviendra un stimulant pour entreprendre de nouvelles expériences.

Nous essayerons de tracer, dans les pages suivantes, les règles les plus importantes concernant les injections; nous insisterons surtout, d'une manière toute particulière, sur les faits qui nous ont été révélés dans le cours de nos travaux, trouvant, du reste, très-naturel qu'on oppose, aux moyens indiqués par nous, d'autres méthodes plus efficaces. Si cet enseignement écrit ne peut complètement conduire à la pratique qu'un maître expérimenté fait acquérir en bien moins de temps , il n'en reste pas moins démontré qu'il contient des indications précieuses et faciles à saisir.

Avant d'entrer en matière, il ne sera pas sans intérêt de jeter un coup d'œil rapide sur l'origine de l'art des injections.

Cet art, qui consiste à introduire des matières colorantes faciles à reconnaître dans les différents systèmes des canaux du corps, est déjà ancien si on le fait dater de l'époque où ces injections s'exécutaient d'une manière fort grossière. Dans son livre si important sur la pratique des préparations anatomiques (Vienne, 1860) , Hyrtl trace d'une manière très-intéressante l'histoire de ce procédé. Dès l'année 1700, on se servait, à cet effet, d'un mélange de cire et de mercure. On n'a employé la colle, pour faire des injections, que vers le commencement de 1800.

Il est reconnu que Ruysch, en Hollande (1638-1731), s'est acquis, parmi les anatomistes anciens, avec ses injections, une grande réputation bien peu méritée, si nous en jugeons d'après les connaissances actuelles et les traditions historiques bien précises qui nous sont parvenues. Il en est de même pour beaucoup d'autres célébrités des temps passés et des temps modernes. Du suif (en partie mêlé d'eau), coloré avec du vermillon, constituait la matière employée par Ruysch.

N. Lieberkiihn est arrivé à des résultats remarquables

pour son époque, dans la première moitié du siècle dernier (1711-1716). Ses matières à injection méritent encore de nos jours d'être considérées comme très-bonnes, d'après le témoignage de Hyrtl, savant très -compétent en cette matière. Il se servait d'un mélange de cire, de colophane et de térébenthine, et, comme substance colorante, de vermillon. Sommerring, Dollinger, Berres ont obtenu plus tard des résultats remarquables avec les mêmes moyens. Parmi les savants modernes , le nom de Hyrtl brille au premier rang. Il faut placer à côté de lui Queckett, Gerlach, Thiersch, Beale, etc.

Il est aisé de voir que nous ne nous occupons ici des méthodes d'injections qu'en tant qu'elles s'appliquent à des recherches microscopiques et à l'histologie, de sorte que nous passons complètement sous silence les autres modes d'injections.

Parmi les nombreuses méthodes usitées, il en est deux qui méritent plus particulièrement d'être citées.

1° On se sert de matières liquéfiées par la chaleur et qui se figent par l'action du froid.

2° On a recours à des mélanges de liquides froids.

Les matières employées dans le premier cas sont surtout les substances résineuses et la colle, ainsi que nous l'avons déjà fait observer. Hyrtl, un des savants de nos jours, qui a acquis dans l'art qui nous occupe le plus d'expérience, nous apprend que les injections de matières liquéfiées par la chaleur produisent d'excellents effets dans les organes glandulaires et dans tous les capillaires d'un caUbre sensible; tandis qu'elles ne sauraient être utilisées dans d'autres parties du corps, comme, par exemple, quand il s'agit d'injecter les vaisseaux sanguins des membranes sous-séreuses, les membranes muqueuses des bronches, les vaisseaux du même ordre de l'œsophage, de l'estomac, de la moelle épinière, du testicule.

Hyrtl nous dit aussi que c'est une erreur de croire qu'une seule et même matière convienne également à l'injection de tous les organes.

L'anatomiste viennois compose ses mixtions résineuses de la façon suivante : Il fait fondre du vernis au copal très-pur ou au mastic jusqu'à consistance de sirop, puis il y ajoute à peu près une huitième partie de vermillon qu'il place sur une pierre à broyer, ainsi que le vernis dont il vient d'être question, pour le triturer avec le plus grand soin. Ensuite il introduit un peu de cire vierge dans ce mélange, afin de lui donner plus de consistance. Nous nous sommes servi, il y a quelque temps, d'une composition de ce genre, dans le but d'apprécier sa valeur par expérience, et nous avons reconnu qu'avec un peu d'habitude, on obtient de très-belles préparations de tissus, lorsqu'il ne s'agit pas d'ailleurs d'études histologiques, mais seulement d'objets séchés qu'on ne soumet qu'à de faibles grossissements. L'observateur qui veut étudier la structure fine d'un organe à l'aide d'injections, se servira de colle. La température peu élevée à laquelle il est possible de pratiquer des injections avec une solution de colle, mais qui serait tout à fait insufîisante avec une solution résineuse, constitue déjà un avantage qu'on ne saurait trop apprécier. Ceux qui s'occupent d'histologie ont donc eu raison d'employer de préférence la solution de colle pour leurs injections. Antérieurement, Sommerring et Dollinger avaient déjà obtenu, avec cette substance, de magnifiques résultats. Il est vrai que la dessiccation, qui était autrefois le moyen habituel de conserver les objets, a l'inconvénient de produire, dans les canaux injectés, une certaine contraction déterminée par la perte de l'eau; aussi arrive-t-il bien souvent que les objets préparés de cette manière n'offrent pas l'aspect plein et ferme des injections faites avec la résine. Toutefois, la

facilité beaucoup plus grande avec laquelle la solution aqueuse de colle pénètre les parois des vaisseaux imbibées d'eau, constitue un avantage qu'on ne saurait obtenir à l'aide d'aucune autre matière coagulée, notamment en ce qui concerne les organes dont les vaisseaux capillaires sont très-étroits; on peut, en outre, singulièrement limiter la contraction en prenant le soin de bien enfermer "les objets. Abstraction faite des matières colorantes, pour préparer une solution de colle de ce genre et pour pouvoir s'en servir plus tard, il y a quelques précautions à prendre.

On a beaucoup fait usage de colle de poisson qu'on regarde comme la plus pure. Toutefois, elle n'est nullement indispensable; son prix élevé et la lenteur qu'elle met à se coaguler par le refroidissement, sont des inconvénients qui doivent être pris en considération. Dans ces derniers temps, nous nous sommes servi de tablettes de colle minces, transparentes, qu'on trouve dans le commerce sous la dénomination de gelée de Paris; il est vrai que cette solution de colle est également chère. Mais ces tablettes peuvent être comparées aux meilleures sortes de colle ordinaire de Cologne.

Pour en opérer la solution, le procédé suivant semble être le plus convenable.

On trempe, pendant plusieurs heures, dans de l'eau distillée ou dans de l'eau de pluie, la colle préalablement mise en morceaux, puis, après avoir décanté, on ajoute une nouvelle quantité d'eau. La solution étant ainsi opérée, on la filtrera à travers une flanelle en évitant constamment l'action directe du feu, et on la placera dans un vase de porcelaine. On y ajoutera, à une température douce, la matière colorante voulue; nous donnerons plus loin, à ce sujet, les instructions nécessaires. Les circonstances particulières pourront seules déterminer le degré

d'épaississement que la solution de colle doit posséder. Si on se sert d'une matière colorante grenue, parfaitement broyée, ayant la consistance d'une bouillie épaisse, la solution de colle devra être plus étendue. Si, au contraire, on introduit tout d'abord la matière colorante, résultant d'un mélange de deux solutions de substances différentes, dans la colle, celle-ci sera plus concentrée. Un peu de pratique apprend promptement à connaître le degré de consistance convenable. Les mixtions de ce genre se liquéfient à la chaleur de la même façon que les autres. Il est possible de se servir coup sur coup, et plusieurs fois de suite, de la même capsule. On ne saurait conserver longtemps ces solutions sans moisissure, ou sans leur voir perdre rapidement leur première homogénéité, même lorsqu'on essaye de les garder dans une atmosphère saturée de camphre; il faut donc renouveler souvent les solutions de colle, ce qui est désagréable et occasionne une perte de temps.

Quand un tissu a été injecté et plongé immédiatement dans de l'eau glacée, on doit attendre que la coagulation ait eu lieu dans les vaisseaux, ce qui arrive tout naturellement plus vite en hiver qu'en été. Pour donner plus de consistance à l'organe injecté, et pour le rendre plus propre à la conservation, on le place dans de l'esprit-devin affaibli, et on l'y laisse plusieurs jours avant de l'utiliser d'une manière quelconque.

On peut très -bien ajouter aux solutions de colle toute sorte de matières colorantes ; il en sera question plus loin.

L'emploi de mélanges à injections qui se coagulent par le froid, a, comme nous l'avons déjà fait observer, l'inconvénient d'exiger beaucoup de temps et une foule de préparatifs. Il serait donc très-important de trouver des matières liquides froides, susceptibles d'être employées à tout moment. On a découvert et recommandé, à diffé-

rentes reprises, bon nombre de mélanges possédant cet avantage.

Nous mentionnerons tout d'abord le procédé mis en usage par Bowman, célèbre histologiste anglais; ce moyen peut, à la vérité, être employé immédiatement, mais sert moins à procurer une bonne injection qu'à rendre visibles, dans les recherches microscopiques, les trajets sanguins d'un organe. Cette méthode consiste à faire passer, l'une après l'autre, à travers le cercle des vaisseaux sanguins, deux solutions de sel, qui déterminent un précipité vivement coloré. Bowman faisait usage, à cet effet, d'acétate de plomb et de chromate de potasse. Nous expérimentâmes autrefois ce procédé, et nous pûmes apercevoir d'une manière satisfaisante la direction des vaisseaux. Mais jamais on ne réussit à obtenir de cette façon une préparation entièrement réussie.

Hyrtl, comme il nous l'enseigne dans son livre sur l'art de faire des préparations anatomiques, se sert également, pour les injections liquides froides, de matières résineuses dont il a déjà été question; il y ajoute un peu de cire et d'oxyde rouge de plomb, afin de leur donner ainsi la consistance d'une pâte ordinaire et grossière à injections. Il en broie un morceau dans un mortier, en y ajoutant de l'éther jusqu'à consistance siropeuse. Il y mêle environ 7^ de matière colorante, et broie de nouveau le tout, en l'humectant d'éther jusqu'à ce que le mélange devienne complètement fluide. Hyrtl loue la facilité et la commodité de cette méthode. Par le fait de la prompte volatilisation de l'éther, l'organe injecté devient déjà propre à l'étude, au bout d'un quart d'heure.

D'après les recommandations de Beale (The Microscope in Us application topractical medicine. London, 1858, p. 67), nous avons fait, dans ces dernières années, un très-grand usage d'un mélange de glycérine, d'eau et d'alcool. Ce

mélange, par la facilité avec laquelle il pénètre dans les vaisseaux, surpasse tout ce que je connais en ce genre; on peut dire de même, à son avantage, qu'il endommage beaucoup moins les tissus que toute autre préparation habituelle. Ce mélange se conserve fort longtemps , attendu qu'il n'est susceptible d'aucune décomposition ni d'aucun changement. Il peut être considéré, avec raison, comme la matière à injections des histologistes , sans compter que les objets ainsi préparés et encore tout humides donnent des images de la plus grande beauté. Des objets secs, renfermés dans du baume de Canada, procurent aussi des résultats passables. Toutefois, les compositions à base de colle sont préférables dans ce dernier cas. Après avoir fait connaître, dans les indications précédentes, les éléments qui constituaient autrefois les matières à injections, nous -passerons aux substances colorantes qui en sont parties intégrantes. Celles qui sont propres aux recherches histologiques ordinaires peuvent se diviser en trois classes : les substances granuleuses, les substances qui ne supportent l'examen qu'en employant la lumière directe, les substances transparentes. La série des premières est très-grande; elles servaient seules autrefois à préparer les injections. Le nombre des substances colorantes et transparentes en même temps, ou de la dernière classe, est, au contraire, fort restreint, et, de nos jours, on n'en connaît que quelques-unes seulement jouissant de cette propriété.

Si on fait usage de matières résineuses, on peut se servir très -facilement de couleurs très-fines du commerce, préparées pour la peinture à l'huile, et renfermées dans des tubes de plomb à parois extrêmement minces; ce sont celles que Hyrtl emploie. Parmi ces couleurs renfermées dans des tubes, le savant histologiste viennois recommande le vermillon de Chine pour le rouge ; le chrom yel-

low OU jaune de chrome pour le jaune orange; le vertémeraude et le vert-de-gris pour le vert; le blanc de Nottingham et le blanc de Cremnitz pour le blanc; quant à la couleur bleue, il l'obtient par un mélange de blanc de Cremnitz {Cremnitz- White) et de bleu de Prusse. Toutes ces couleurs sont chères, à la vérité; mais, par contre, aussi elles ont une flnesse que nous - même nous ne pourrions obtenir. On doit donc les signaler, comme matières colorantes de premier ordre, dans toutes les injections opaques.

Lorsqu'on se sert de la colle comme matière coagulante, les couleurs rouges, jaunes et blanches sont le plus habituellement employées.

a) Matière rouge. Ver7mllon.

C'est le vermillon qui est usité le plus ordinairement pour cette teinte. On choisit du vermillon extrêmement fin; on en met une très-petite quantité à la fois dans un mortier, et on le broie avec le plus grand soin en y ajoutant, de temps en temps, un peu d'eau. On procède de même dans les opérations suivantes. Un peu de carmin, mêlé au vermillon et broyé en même temps, rend la couleur plus vive; ensuite on incorpore peu à peu, et en remuant avec soin, la matière colorante dans la solution chaude de colle.

En général, les commençants commettent très-souvent la faute d'employer trop peu de vermillon. Il en résulte une matière qui laisse voir plus tard, dans les vaisseaux, des grains de couleur isolés et disséminés. Une bonne injection avec le vermillon doit surtout posséder une nuance uniforme, semblable au rouge du corail. Le vermillon a, par sa grande pesanteur, la propriété désagréable de se précipiter au fond des solutions de colle;

c'est pourquoi il ne faut jamais négliger de remuer la masse avant de l'employer.

On évitera de faire usage de toutes les autres sortes de matières colorantes qui se trouvent dans le commerce, à moins qu'on ne puisse les confier à un broyeur de profession, attendu qu'il serait impossible d'arriver à la finesse nécessaire. On y parviendrait bien mieux sans broyage et en recueillant les précipités qui se formeraient dans des solutions très-étendues.

h) Couleur jaune. Jaune de chrome.

Nous considérons cette matière colorante comme la meilleure et la plus facile à manier parmi les couleurs opaques. Pour se ]3rocurer un beau jaune de chrome, on dissoudra, dans 60 grammes d'eau, 36 parties en poids d'acétate neutre de plomb et 15 parties de chromate rouge de potasse dans une partie égale de liquide. En mélangeant les substances soigneusement, et de préférence dans une éprouvette en verre, on obtient un chromate de plomb à poussière très-fine, qui se dépose peu à peu au fond du vase. Ce précipité est lavé avec de l'eau distillée, et versé dans la solution chaude de colle, ayant la consistance d'une manière mucilagineuse épaisse.

Harting (dans son ouvrage sur le microscope, p. 42) donne la recette suivante, recette que nous avons trouvée nous -même très-avantageuse : On dissout 125 grammes d'acétate de plomb (sucre de Saturne) dans une quantité d'eau sufîisante pour que le tout forme un poids de 500 grammes; on dissout ensuite 64 grammes de chromate de potasse dans de l'eau en assez grande quantité, de manière à avoir une solution du poids de 1,000 grammes. Pour préparer une injection, on prend 1 partie de la solution de sucre de Saturne, 2 parties de la solution de

chromate de potasse, ainsi que 2 parties d'une solution de colle saturée; ensuite on place, dans un vase particulier, le jaune de chrome qu'on ajoute plus tard à la colle. Le précipité du jaune de chrome ne doit pas rester déposé trop longtemps, attendu que les molécules colorantes s'agglomèrent et se changent en poudre grossière.

c) Couleur blanche. Carbonate de plomb. Oxyde blanc de zinc. Sulfate de baryte.

Il est très-difficile de constituer des matières blanches propres aux injections, attendu qu'on ne les obtient habituellement que sous une forme dépourvue de finesse. Harting, qui a entrepris sur elles une série d'expériences, nous fait connaître le procédé qu'il suit pour se procurer un carbonate de plomb utile.

On dissout 125 grammes d'acétate de plomb dans de l'eau, de manière à obtenir une solution pesant 500 grammes.

On dissout 95 grammes de carbonate de soude dans de l'eau, de façon que le tout pèse également ensemble 500 grammes.

Pour faire maintenant une matière propre aux injections, on prend 1 partie de la première solution, une partie égale de la seconde, et on les mêle à 2 parties de solution de colle. Harting fait observer que ce mélange pénètre dans les vaisseaux avec beaucoup plus de facilité que la céruse mêlée à une solution de colle.

Nous avons obtenu autrefois des injections passables avec l'oxyde blanc de zinc, parfaitement broyé. Depuis des années, nous n'employons plus ce mode de coloration.

Comme blanc très-fin, quoiqu'il n'ait pas une teinte très-pure, nous recommandons le sulfate de baryte, dont nous faisons actuellement un très-grand usage. Nous préférons même le sulfate de baryte au jaune de chrome,

quand on recherchera l'extrême finesse de grain qui facilite beaucoup les injections; et nous les préparons de la manière suivante :

On met dans un cylindre en verre une solution froide et saturée de 125 à 185 grammes de chlorate de baryte. On y ajoute, avec beaucoup de précaution, de l'acide sulfurique qui précipite le sel contenu dans la solution. Puis, après avoir laissé reposer assez longtemps, on décante presque en totalité le liquide qui est redevenu clair. Ce qui en reste, mêlé au sulfate de baryte, ressemble à un mucilage épais, et sera mêlé avec partie égale d'une solution de colle concentrée.

d) Chlorure d'argent.

Teichmann nous indique, dans son excellent ouvrage, un nouveau mélange, à injection très -avantageux, mais cher, dont le chlorure d'argent est la base. Il fait ressortir l'avantage que possède ce procédé de rendre, dans certains cas particuliers, des services signalés; il apprécie également l'extrême finesse de ses molécules, qui est telle qu'on peut les comparer à celles du chyle. Le grand inconvénient qui résulte de l'emploi du chlorure d'argent, c'est le noircissement des préparations injectées sous l'influence-de la lumière et des eaux sulfureuses. Par contre, le chlorure d'argent possède, à l'égal du sulfate de baryte, une force de combinaison telle que même les réac- "tifs ne produisent sur lui aucune décomposition, en sorte qu'on peut conserver les objets préparés par ce moyen dans l'acide chrômique, etc.

On met 3 parties de nitrate d'argent dissous dans la solution de colle, puis on y ajoute 1 partie de sel de cuisine.

Disons maintenant qu'il faut préférer de beaucoup, aux

matières colorantes dont il vient d'être question, celles dites transparentes. Ces dernières ont, en effet, des molécules tellement fines que, même avec des grossissements notables, les vaisseaux injectés conservent encore une coloration homogène. Ce genre d'injections convient, d'une manière toute particulière, aux recherches histologiques, attendu que c'est seulement avec elles qu'il est possible d'étudier l'état des autres tissus. Une injection complète, faite avec des matières opaques, voile toujours, plus ou moins, les structures fines. L'observateur qui aura réussi quelquefois avec les injections dites transparentes, les adoptera et renoncera, la plupart du temps, aux matières colorantes grenues. Le reproche de transsuder qu'on adresse, de temps à autre, aux couleurs de ce genre, ne s'applique qu'à des mélanges mal faits, mais il ne concerne nullement la matière colorante ellemême, quand elle est de bonne quahté. Il est à regretter que le nombre de ces substances colorantes soit aussi restreint. Il y a peu de temps, on ne connaissait encore, outre le bleu de Prusse soluble, que la teinte rouge fournie par le carmin. Le professeur Thiersch, qui a rendu de si grands services à l'art de faire les injections, vient encore récemment d'enrichir la science d'un jaune et d'un vert solubles 5 il a eu tout récemment l'extrême obligeance de nous en faire connaître les compositions. Nous nous occuperons d'abord des matières colorantes dites transparentes qu'on peut utiliser dans les injections faites avec la colle.

On possède actuellement trois mélanges différents faits avec le bleu de Prusse soluble. Parmi ces mélanges, on ne saurait recommander le secondj vu que le bleu, surtout quand les objets préparés sont conservés dans de la glycérine, pâlit peu à peu. Le premier et le troisième mélange sont, au contraire, excellents.

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