Composition blanche
Gomïne, jusqu'à présent, nous n'avons pas pu réussir à découvrir une troisième matière colorante transparente , propre à composer des injections liquides froides, nous nous sommes servi du sulfate de baryte qui est opaque. Cette substance a, ainsi que nous l'avons fait remarquer, des molécules très-fines et on l'associe très-bien au bleu, quand on veut injecter des artères ou des veines. Nous avons adopté le j)rocédé suivant :
En laissant tomber goutte à goutte de l'acide sulfurique dans une solution saturée de 125 grammes de chlorure de baryum, on obtient un nouveau précipité de sel qui se forme au fond d'une longue éprouvette où l'on a laissé reposer le liquide pendant un espace de 12 à 24 heures. Ce liquide devenu clair, on en décante à peu près la moitié et on additionne le reste, adorés l'avoir agité, avec un mélange de 30 grammes d'alcool et de 30 grammes de glycérine.
Les compositions dont il s'agit ici, nous le répétons, sont tellement pénétrantes, que nous les préférons à toutes celles renfermant de la colle pour injecter les vaisseaux lymphatiques et les conduits des glandes. On doit encore
leur accorder une préférence exceptionnelle, parce qu'elles se conservent pendant des mois entiers, sans qu'il s'y manifeste le moindre changement et qu'elles offrent le précieux avantage d'être toujours prêtes. On les garde dans de petits flacons en verre fermés à l'émeri; on met la quantité dont on a besoin dans une capsule de porcelaine, et les préparatifs de l'injection sont terminés*.
Maintenant que nous avons appris à connaître les matières à injection, ainsi que leur préparation, nous allons passer à l'étude des appareils et des procédés nécessaires pour injecter les vaisseaux. Les plus habiles praticiens afiQrmeront certainement, avec nous, que les procédés les plus simples sont ceux qui réussissent le mieux.
Avant de nous occuper de la seringue , qui est l'instrument le plus important et le plus fréquemment employé dans les injections, nous croyons utile de parler d'autres méthodes usitées maintenant et qui, d'après l'expérience des savants étrangers et d'après la nôtre propre, peuvent être employées facilement et avec succès. Ces méthodes sont certainement, suivant notre croyance, de nature à étendre, parla suite, le cercle de nos connaissances; elles
1. Nous nous sommes servi récemment, avec succès, du bleu de Prusse soluble, tout simplement pre'paré avec de l'eau, pour injecter des conduits glandulaires, les tubes uriuipares, les réseaux biliaires et des vaisseaux lymphatiques. 50 centigrammes de sulfate de protoxyde de fer, dissous dans 30 grammes d'eau, isr,60 de cyanoferrure de potassium, également dissous dans 30 grammes d'eau, produisent, en combinant soigneusement les deux solutions (voy. plus loin), un excellent liquide. Si les vaisseaux sont extrêmement fins, il est bon d'employer la quantité double de chaque sel par 30 grammes d'eaij. On peut, si on le désire, y ajouter de la glycérine. Un mélange rouge très-avantageux est celui recommandé par KoUmann. On dissout 1 gramme de carmin placé dans un peu d'eau à l'aide de 15 à 20 gouttes d'ammoniaque concentré, et on étend cette solution avec 20 centimètres cubes de glycérine. 20 autres centimètres cubes de glycérine, additionnés de 18 à 20 gouttes d'acide chlorhydrique concentré, seront ajoutés avec soin, et en agitant le liquide à la solution de carmin. On peut aussi étendre davantage cette solution, en y introduisant, à la fin , environ 40 centimètres cubes d'eau.
consistent dans l'injection spontanée de l'animal vivant et dans celle des vaisseaux par pression continue.
C'est une pensée toute rationnelle de soustraire à un animal vivant une certaine quantité de sang en lui ouvrant une veine et de remplacer cette quantité par un égal volume d'un liquide inoffensif et fortement coloré , afin quele cœur, en se contractant, remplisse certains réseaux de vaisseaux avec beaucoup plus de ménagement que ne saurait le faire la main de l'homme.
Chrzonczczewsky nous a fait connaître récemment ce genre d'opération et la manière d'introduire des solutions aqueuses d'acétate d'ammoniaque carminé.
On peut retirer à un lapin, de taille moyenne, 10 centimètres cubes de sang en ouvrant la jugulaire, et leur substituer, en injectant avec précaution et à l'aide de la seringue dont il va être question tout à l'heure, une quantité égale de solution de carmin tout à fait inoffensive dans son mélange avec le sa.ng. Un lapin qui a atteint l'âge adulte peut supporter une perte de sang de 15 centimètres cubes; un chien de taille moyenne en perdra facilement 25 centimètres. Pendant l'introduction du liquide, on reconnaît déjà la coloration en rouge dans certains endroits de la surface extérieure. Si on pratique alors promptement une ligature aux gros vaisseaux, d'abord aux veines, ensuite aux artères, il se produit une injection physiologique du cours du sang; les reins, la rate, etc., peuvent être traités avec avantage par cette méthode. Toutefois ce n'est pas seulement dans le système des vaisseaux, mais également dans les diverses parties de l'estomac, du canal intestinal et de la cavité abdominale, que la solution de carmin montre ses effets.
L'inventeur de ce procédé recommande de dissoudre 6 grammes de carmin dans 3 grammes d'acétate d'ammoniaque liquide et d'étendre cette solution avec 30 grammes
d'eau. Il est tout naturel de penser qu'il importe de filtrer cette solution avant de l'employer. Pour fixer les molécules du carmin, on place l'organe ainsi injecté dans de l'alcool absolu acidulé.
Ce genre d'injections acquiert aussi, sous un autre rapport, une grande importance. Non-seulement la solution de carmin dont il vient d'être question, mais encore une solution froide de sulfate de soude, colorée par l'indigo, passe rapidement dans les reins, tandis que la couleur bleue employée à des doses élevées pénètre dans les vaisseaux biliaires. Si, après avoir injecté le lapin, comme il vient d'être dit, on place des ligatures autour des artères, et qu'on tue l'animal, au bout de trois quarts d'heure à une heure, tout le système des tubes urinipares sera rempli de carmin. Quand on injecte les conduits biliaires avec la préparation liquide bleue, on ne fait point de ligature. Mais, dans les deux cas, l'opération étant terminée, il sera nécessaire d'injecter de l'eau dans les vaisseaux sanguins pour les laver, pour entraîner toute matière colorante primitive qui y serait restée, et la remplacer par un nouveau mélange. Les organes injectés avec une couleur bleue seront ensuite déposés dans une solution concentrée de chlorure de potassium, puis dans de l'alcool absolu, où la matière colorante se fixe à l'état de molécules très-fines.
L'injection faite par le moyen d'une pression continue offre, dans certaines circonstances, de grands avantages. D'abord elle nous apprend à connaître le degré de pression nécessaire pour remplir les réseaux particuliers des vaisseaux sanguins et des vaisseaux lymphatiques, ainsi que les petits canaux des glandes ; ensuite il est possible d'employer, à côté d'une pression très-forte, une pression très-faible. Enfin cette pression continue permet de procéder à une injection avec une extrême lenteur, ce que la main de l'homme ne saurait exécuter à cause de la fa-
tigue. On obtient de beaux résultats en traitant par ce procédé les vaisseaux lymphatiques, ainsi que les conduits glandulaires (reins, foie).
On peut se servir, pour ces sortes d'injections, tout simplement d'un tube en verre gradué et qui ne soit pas trop étroit (fig. 54, 6); le tube est maintenu par un support (a).
On fixe à l'extrémité inférieure de ce tube un petit tuyau en caoutchouc (c) dont on ferme l'orifice inférieur , en y adaptant un tuyau métallique pouvant être fermé, à son tour, à l'aide d'un robinet (fig. 54, d, 55); ce tuyau s'ajuste exactement à l'orifice de la canule d'un appareil ordinaire à injection. Conformément à l'instruction qui sera donnée plus tard, la canule devra être fortement liée dans le conduit de l'organe qu'on veut injecter. On placera l'organe dans le voisinage du tube en verre bien fixé dans une position verticale et rempli jusqu'à une certaine hauteur. Le tout étant convenablement disposé, on introduit l'orifice du tuyau métallique, fermé jusqu'alors par le robinet, dans l'ouverture de la canule, et on l'y fixe solidement; ensuite on ouvre le robinet.
En versant de nouveaux liquides , on conserve la même
Fig:. 54. Appareil simple à injec tion avec uu tube en verre.
force de pression, ou on l'augmente, selon les besoins. Ce mécanisme peut être abandonné à lui-même pendant plusieurs heures^ et même pendant toute une journée.
Si on désire recourir à la force de pression d'une colonne de mercure, on pourra employer l'appareil facile à construire, représenté figure 56 (demi-grandeur). Un tube de verre, gradué, vertical et s'élargissant vers sa partie
. ^ . / N '^^ë- 55. Petit
supérieure en forme de petit entonnoir (e), tuyau termi-
, -,,-,, liai avec ro-
penetre aoi travers d un bouchon en caout- binet. chouc, percé de deux trous, dans une bouteille de verre (a) hermétiquement fermée dont il touche presque le fond. Un second tube, coudé et dirigé à angle ouvert da haut en bas (f)^ passe dans le deuxième trou; l'extrémité qui pénètre dans la bouteille est verticale et ne dépasse pas la partie inférieure du bouchon. Un tuyau en caoutchouc (^), solidement fixé, fait suite au tube de verre recourbé ; on introduit dans l'orifice libre du tuyau en caoutchouc le tuyau métallique (h) muni d'un robinet, en ayant soin de le fixer solidement. Celui-ci reçoit, à son tour, la canule (^), comme cela vient d'être dit.
Au-dessus de l'orifice en (e), entonnoir du premier tube, vient se placer, porté sur un support (/c), un petit entonnoir en verre (/), prolongé, à sa partie inférieure, par un tuyau en caoutchouc (m); dans l'orifice inférieur de ce prolongement, est placé et solidement fixé un petit tube de verre (n), très -effilé. Ce petit appareil sert à l'introduction du mercure; son tuyau de caoutchouc est muni d'un robinet à compression (o) ou, mieux encore, de vis à compression.
Pour se servir de cet instrument, on remplit d'abord de mercure le fond du vase en verre (d) ; ensuite , le robinet du tube de sortie étant ouvert, on remplit le reste
jusqu'en haut avec le liquide à injection. Après cela, on replace le bouchon avec les deux tubes, et on ferme l'orifice en entonnoir du tube de verre vertical en y posant le pouce. On aura soin que l'extrémité inférieure de ce tube plonge au-dessous de la surface du mercure. Si, dans ces conditions, on verse du mercure dans l'ouver-
Fig. 56. Appareil à injection avec une colonne de mercure.
ture en entonnoir, le tube coudé se remplira aussitôt de liquide à injection qu'on verra afluer, sans présenter de bulles d'air, vers le petit tuyau métallique. On fermera alors le robinet et on fixera, avec précaution et solide-
ment, l'extrémité du tube dans l'ouverture de la canule. En ouvrant le robinet pour la seconde fois, on verra le liquide colorant pénétrer dans l'organe, et la colonne m'ercurielle du tube vertical baissera rapidement. On fera remonter la colonne à telle hauteur qu'on voudra, en versant de nouvelles quantités de mercure, soit 20, 30, 40 millimètres. (Pour beaucoup d'organes, on porte €ette élévation au double et à plus encore. Au moyen du robinet à compression, on règle facilement l'aflux du mercure, de manière à conserver toujours la même force de pression ^) Lorsque enfin la colonne mercurielle cesse de baisser, on peut, selon les circonstances, arrêter l'injection ou bien passer avec précaution à une force de pression plus considérable.
Il n'est pas nécessaire de faire observer que les mélanges liquides froids conviennent parfaitement bien dans ce cas. Les solutions aqueuses de bleu de Prusse ou le mélange de Richardson sont les meilleurs. Cependant tout l'appareil ci-dessus décrit peut très-bien fonctionner, dans un vase de fer-blanc, à l'aide d'eau chaude, et servir à faire des injections avec des solutions de colle.
Nous allons passer au procédé le plus répandu, l'emploi de la seringue.
Les petites seringues à injection (fig. 57, 1), en meichior, qu'on se procure à des prix très-minimes, à Paris, chez Gharrière ou chez Lûer, auxquelles on ajoute une demi-douzaine de canules de dimensions différentes (2, 3), suffisent largement et pourront servir pendant des années, si on les soigne d'une manière convenable. Il
1. S'il importe d'employer des forces de pression faibles et bien de'termine'es, on trouvera un grand avantage à couder quatre fois, et à angles droits , le tube à entonnoir, de manière qu'en dehors du vase il s'abaisse audessous du prolongement du niveau mercuriel, pour remonter ensuite, à peu près comme le fait un manomètre. (Mac-Gillavry.)
suffira de graisser, de temps en temps, le piston avec un peu de suif pour conserver un frottement doux et facile, ce qui est absolument nécessaire. On nettoiera aussi la seringue , toutes les fois qu'on s'en sera servi , avec de l'essence de térébenthine, avec de la colle chaude ou bien
tout simplement avec de l'eau froide; cela étant fait, la seringue sera suspendue par l'anneau du piston , pour que l'eau puisse s'en échapper goutte à goutte. Arrive-t-il, après un long intervalle, que le caoutchouc du piston ne ferme plus exactement le tuyau? on démonte le piston pour le placer, une demi -journée ou même une journée entière , dans de l'eau. Un gonflement suffisant se sera opéré, puis le piston, étant imprégné de suif, sera de nouveau propre à fonctionner. Les préparations résineuses ont l'inconvénient d'exiger plus de temps pour le nettoyage de la seringue. Les canules aussi devront être nettoyées avec de l'eau toutes les fois qu'on s'en sera servi; ensuite, pour les sécher, on les placera sur un plateau chaud. On n'a aucune précaution à prendre pour conserver ouverts de
Fig. 57. Seringue à injection, 1. a, tube à rebords saillants, & et c (servant à maintenir), et couvercle mobile, /; d, piston avec son anneau e ; g, orifice de la seringue , enveloppé d'un fil de soie. 2 et 3 , canules très-fines.
petits tubes qui ont un calibre assez fort; mais il est bon d'introduire dans les tubes à calibre très-fin des fils d'argent bien minces, toutes les fois qu'on les aura nettoyés, attendu qu'en négligeant cette précaution, on s'expose à voir ces petits conduits bientôt bouchés, parce qu'ils se couvrent d'une rouille que tous les efforts possibles ne parviennent pas à enlever. L'observateur qui fait de fréquentes injections doit se procurer plusieurs de ces seringues. Lorsqu'on se propose de porter les injections dans une grande étendue de vaisseaux, il est utile d'en avoir une contenant à peu près le double des petites, attendu qu'il est désagréable d'être obligé d'enlever la seringue et de la rajuster une deuxième fois, ce qui souvent est pour les commençants l'occasion d'accidents fâcheux.
Les petites canules n'ont besoin d'aucune pièce latérale pour être maintenues; il suffit que le rebord en soit dentelé. 11 est bon d'en avoir au moins une douzaine, lorsqu'on se livre à un travail continu; il vaudrait encore mieux en posséder davantage et de calibres très-variés, depuis celui d'environ 2 millimètres jusqu'à la capillarité la plus fine. Celles dont nous nous servons pour les calibres forts sont en melchior; les plus déliées sont en fer battu, ce qui en rend l'usage très-précaire.
Les autres accessoires consistent en fil de soie bien ciré de différentes sortes, en aiguilles courbées et droites, en paires de ciseaux fins et en petites pinces ordinaires. Il est commode aussi d'avoir à sa disposition de petites pinces à ligature pour des cas imprévus. Ces préparatifs et de l'eau froide suffisent lorsqu'il s'agit d'injections à mélanges liquides et froids. Quant aux injections à la colle, il faut avoir, en outre, une chaudière avec de l'eau chaude, un double bain froid, des capsules en cuivre profondes, remplies d'eau chaude qu'on maintient à une
température élevée à l'aide de lam^jes à esprit- de-vin. On s'en sert pour y placer les vases avec la colle. Il ne faut jamais chauffer les mélanges de colle directement sur le feu.
Pour l'immersion d'organes ou de corps d'animaux qui doivent être injectés avec des matières liquides chaudes, on se sert avec avantage de petites caisses en fer-hlanc, à parois divergentes ou munies d'un tuyau de décharge à robinet, et fixé tout près du fond du vase.
On choisit, en général, autant que possible, les parties fraîches d'un animal qui vient d'être tué. Nous nous sommes servi très - souvent de petits animaux encore chauds, immédiatement après la mort, qu'il est avantageux de déterminer par l'hémorrhagie ; et nous avons ainsi obtenu d'excellents résultats, lorsque toutefois il ne s'agissait pas de l'injection chaude de parties musculaires sur lesquelles la rigidité cadavérique subite rend fréquemment tout travail impossible. Avant d'injecter des parties très-molles, il est bon de les placer, pendant une journée entière, dans de l'esprit-de-vin. De cette manière, nous sommes parvenu à injecter un grand nombre de rates, après avoir échoué en opérant immédiatement sur ces mêmes organes avec les plus grandes précautions. Dans l'injection des vaisseaux sanguins d'autres corps, on peut signaler, comme un très-grand inconvénient, la coagulation du sang, qui s'oppose souvent à toute réussite. Il est vrai qu'on a recommandé de pousser une colonne d'eau dans les vaisseaux avant de faire l'injection; ce procédé produit de bons résultats dans certaines circonstances. Mais ordinairement on se trouve bien vite en présence d'extravasations nombreuses, et on est obligé d'interrompre tout travail longtemps avant d'avoir terminé l'injection.
Il est, en général, très-difficile d'injecter les vaisseaux
de tissus pathologiques de formation nouvelle. L'extrême délicatesse des parois des vaisseaux occasionne facilement des ruptures. Souvent aussi on est obligé de placer des ligatures sur un grand nombre de ramifications latérales. Si des mélanges liquides froids et transparents doivent être employés, c'est certainement dans ce cas. On ne réussit dans bien des choses qu'avec de l'adresse et de la persévérance. Il est à regretter que cette partie ait été jusqu'à présent beaucoup trop négligée par ceux qui s'occupent d'anatomie pathologique.
Pour injecter des vaisseaux lymphatiques, ce qui n'est nullement possible pour tous les organes, il nous est souvent arrivé de plonger le cadavre dans l'eau pendant plusieurs heures, pensant obtenir ainsi une injection plus complète de ces vaisseaux. Lorsqu'on fait passer pendant quelque temps des colonnes d'eau dans les artères d'un organe dont on voudrait injecter les vaisseaux lymphatiques, on a souvent la satisfaction d'apercevoir ces vaisseaux tout remplis. Il est une autre méthode tout aussi avantageuse. L'animal étant tué par un coup sur la tête ou par strangulation, nous ouvrions, en ménageant les vaisseaux sanguins, la cavité thoracique, et nous liions le canal thoracique tout à fait en haut. Cette première opération terminée, nous abandonnions le cadavre, pendant l'espace de 2 à 6 heures. Lorsque, ensuite, nous cherchions à voir les vaisseaux lymphatiques, nous les trouvions la plupart du temps très-remplis et dilatés. On peut essayer d'obtenir des vaisseaux lymphatiques fermes et dilatés, en pratiquant une ligature autour des conduits excréteurs ou autour des veines, dans les organes glandulaires d'un gros volume, chez des animaux vivants. On choisira, autant que possible, des parties fraîches, quand 11 s'agira d'injecter les conduits glandulaires.
L'injection peut être commencée immédiatement, ou
bien on fait passer d'abord dans les vaisseaux des colonnes d'eau, en prenant pour point de départ Tarière , et en comprimant légèrement la veine, ce qui fait très-bien ressortir la direction des vaisseaux, et enlève, en même temps, les sécrétions qui s'y trouvaient amassées. Cette opération exige toujours de grands soins.
Lorsqu'on est à la recherche d'une artère ou d'une veine, il faut éviter toute section inutile, attendu qu'on est exposé à léser de petits rameaux, et qu'on peut se voir ensuite obligé, soit à lier le vaisseau, soit à employer la pince à ligature. En ce cas, il y aune interruption fâcheuse dans la marche de l'injection.
En ouvrant un vaisseau, ce qui doit être effectué de préférence sous l'eau, on se gardera, avec un soin extrême, de faire une incision trop grande; il importe surtout de ne point pratiquer sur de petites artères des incisions obliques, attendu que, en introduisant ensuite la canule, on pourrait complètement arracher le vaisseau.
Avec la section faite sous l'eau, on empêche en grande partie l'introduction de l'air dans les vaisseaux, ce qu'on doit surtout tâcher d'éviter quand on injecte. Il n'y a un peu d'air que dans le petit tube qu'il faut introduire; mais il est possible de le soustraire à cet inconvénient en y faisant passer un courant d'eau. Le tube étant rempli d'eau au lieu d'air, on l'entre alors dans la canule. C'est là une précaution qui, comme tant d'autres, semble n'avoir aucune importance, quoiqu'elle rende de grands services. On aura soin, pour cette même raison, de conserver dans l'eau la partie de la seringue appelée orifice, et qui sera plus tard ajustée à l'ouverture de la canule.
Lorsque la canule aura été heureusement introduite dans un vaisseau, la première chose à faire, c'est de la fixer solidement en la liant avec du fil de soie bien ciré. Cette opération n'est pas difficile : il sufSt, en effet, de
saisir le fil avec une pince et de le passer en dessous du vaisseau, ou bien de l'enfiler dans une aiguille pour le tourner autour, du vaisseau. Quand il s'agit de gros vaisseaux, la canule doit être fortement fixée; la ligature des petits demande plus de précautions, et celle des branches embryonnaires exige les plus grands ménagements. Si la canule est pourvue d'un sillon circulaire (toutes les canules d'une certaine dimension devraient en avoir) , c'est à cet endroit qu'on fera la ligature. Si le sillon manque, on apportera plus de précaution à la ligature, afin d'empêcher la canule de s'échapper. C'est ici que la main exercée d'un aide qui place un doigt devant l'ouverture de la canule est très-utile, en permettant de ne pas enfoncer plus avant le tube dans le vaisseau.
On suit exactement le même procédé pour fixer la canule dans les vaisseaux ganglionnaires. Les vaisseaux lymphatiques exigent beaucoup plus de précautions. On comprend aisément qu'on aura à faire des injections dans la direction d'orifices valvulaires. Il est vrai que, dans certaines circonstances, la résistance qu'ils ofîrent peut être heureusement surmontée. Toutefois il ne faudrait essayer d'injecter ces parties, à l'aide d'un tel procédé, que dans quelques cas particuliers. C'est ainsi que nous avons réussi, il y a quelques années, à injecter des ganglions lymphatiques en prenant pour point de départ le canal afférent.
Quoique des vaisseaux lymphatiques se présentent souvent bien remplis et semblent encourager à les injecter, on n'est pas encore sûr de la réussite, surtout lorsqu'il s'agit de vaisseaux d'un faible calibre. Quand on incise le vaisseau,, le liquide incolore qu'il contient s'écoule, et tout devient presque méconnaissable. Parfois on se donne beaucoup de peine pour introduire la canule dans l'incision qui vient d'être faite; une tentative succède à une
autre sans résultat; enfin, une circonstance heureuse permet d'atteindre le but tant désiré. Pour réussir dans ce genre d'opération, il est bon de s'armer de patience et de sang-froid.
Si l'on se propose d'injecter les réseaux lymphatiques très-fins de l'intérieur d'un organe, le moyen le plus avantageux paraît être celui de Hyrtl et de Teichmann, qui consiste à pratiquer des piqûres. Hyrtl , en partant d'un vaisseau sanguin béant, fait une piqûre dans le tissu avoisinant, avec l'intention d'y léser des vaisseaux lymphatiques, et injecte ainsi, dans les cas favorables, le vaisseau sanguin et les canaux lymphatiques. Après cela, on pique de nouveau et directement le tissu, dans l'intention de découvrir d'autres réseaux lymphatiques et d'arriver ainsi à atteindre et à injecter des réseaux plus considérables.
On peut obtenir ce résultat de deux manières. Lorsque les canules ne sont pas très-fines , on passe une aiguille par l'ouverture du tube préalablement introduit dans le vaisseau légèrement ouvert; la pointe de l'aiguille étant alors poussée en avant, on fait suivre la canule, et une fois la profondeur voalue atteinte, on retire l'aiguille.
Lorsque nous devons opérer sur des vaisseaux à parois très-minces, nous réussissons plus complètement en suivant un autre procédé. On fait une légère piqûre à l'aide d'une aiguille à cataracte, ou bien avec la pointe de ciseaux très-fins , préalablement trempés dans le mélange à injection. On passe ensuite la petite canule dans la piqûre bien reconnaissable à la matière colorante qui y est déposée; puis, en exécutant, avec précaution et lenteur, des mouvements légers de rotation, on la glisse plus avant dans le vaisseau. Avec de la patience et une habitude suffisante de ce procédé, on arrive à injecter des réseaux lymphatiques même dans des parties où cela deviendrait impossible par la méthode précédente. Toutefois, ce pro-
cédé sera toujours d'une exécution difficile; ainsi, par exemple, lorsqu'on opère sur l'intestin grêle d'un cabiai, oq sera exposé à perforer la membrane muqueuse par le moindre mouvement mal dirigé de la petite canule qu'on essaye de faire glisser le long de la couche sous-muqueuse. Il survient presque toujours des accidents, jusqu'à ce qu'enfin une chance favorable fasse réussir une injection. Quiconque désire se livrer à des expériences de ce genre doit s'exercer, d'abord, sur des parties faciles à injecter, et il y en a heureusement beaucoup. On peut injecter, et cela sans peine, l'appendice vermiculaire du lapin, l'intestin grêle du mouton, le testicule du veau, les glandes de Peyer du même animal, et passer ensuite, peu à peu, à des organes plus difficiles. Dans beaucoup de cas, il est parfaitement inutile de fixer la canule en la liant, attendu qu'on réussit mieux à la comprimer avec les doigts ou avec une pince à ligature. Si on veut lier la canule, il est bon de se servir d'une aiguille fine, et d'apporter les jjlus grandes précautions en serrant le nœud, faute de quoi,, on serait exposé à percer le vaisseau avec la pointe de la canule. Des ponctions trop fortes donnent lieu à des ouvertures qui peuvent laisser transsuder le mélange à injection. — ■ Teichmann, qui a acquis dans cette partie une très-grande expérience, dit, avec raison, que le succès ne peut pas être assuré par toutes les piqûres, mais seulement par celle faite dans la partie où l'on présume devoir rencontrer des vaisseaux lymphatiques très-fins. Si le liquide extravasé au commencement de l'injection est peu abondant, on réussit, généralement. Mais si, au contraire, la quantité du liquide extravasé est grande et va en augmentant, il faut interrompre l'opération et la considérer comme manquée. La seringue demande à être dirigée avec infiniment de précaution, surtout au commencement de l'injection.
Nous nous sommes écarté un moment du procédé que nous voulions indiquer. Lorsque la canule est solidement fixée, on remplit coinplétement la seringue, en la plaçant sous la nappe du liquide à injection, et, pendant qu'on tient et qu'on élève un peu la canule avec l'index et le médius de la main gauche, on y introduit, aussi profondément que possible , l'embouchure de la seringue, qu'on supporte avec les phalanges moyennes du doigt indicateur et du médius de la main droite , tandis que le pouce se pose dans l'anneau de la seringue. Il est important que l'avantbras soit appuyé sur la table et n'éprouve aucune gêne.
Pendant que deux doigts de la main gauche soutiennent la canule, et trois de la main droite la seringue, on fait pénétrer le mélange à injection lentement et, autant que possible, sans interruption. Il faut éviter tout mouvement maladroit, saccadé, surtout vers la fin de l'opération. Lorsque celle-ci réussit, on voit le mélange coloré s'avancer dans le système des vaisseaux; on remarque également comment, sur certains points, les réseaux capillaires se remplissent et s'étendent de plus en plus vers la périphérie jusqu'au moment de leur réunion. La pression faite avec le doigt sur le piston doit augmenter graduellement et avec lenteur. S'il est nécessaire de remphr, une ou plusieurs fois, la seringue, on la sort de la canule sans attendre qu'elle soit entièrement vide; on bouche la canule avec le pouce de la main gauche, et on se sert de la main droite pour remplir la seringue, ou bien on confie ce soin à un aide. Si on possède plusieurs seringues avec des embouchures d'égale dimension, il est avantageux, lorsqu'on se sert de mélanges froids pour injecter de gros organes, de les remplir avant de procéder à l'opération, et de les poser à côté de soi, afm de remplacer une seringue vide par une autre qui est pleine.
Lorsque l'injection sera terminée, on fera bien de lier
les vaisseaux qui pourraient donner lieu à un écoulement. On ajustera à l'ouverture de la canule un bouchon en liège, et, mieux encore, un bouchon en métal, ou bien le petit tube terminal, muni du robinet dont il a été question ci-dessus. Cela fait, on place une ligature autour du vaisseau, à quelque distance de la canule, imis on enlève la ligature fixant la canule qu'on retire.
Avec un peu d'adresse , on acquiert promptement la pratique de ce genre d'opération ; mais il est souvent difficile de bien préciser le moment où on doit arrêter l'injection. Celui qui commence se trompera facilement, et le plus expérimenté comptera lui-même des jours d'insuccès. Tout en procédant très-bien, on peut ne pas aller assez loin, et alors l'injection ne remplit pas suffisamment les vaisseaux ; quelquefois aussi elle ne pénètre que dans certaines parties d'une petite étendue et ne se montre pas dans des réseaux capillaires un peu fins. Par contre, une injection poussée trop loin occasionne des extravasations et ne fournit, en définitive, qu'une préparation dont on ne peut pas se servir. En général, lorsqu'on voit se former un grand nombre d'extravasations, fussent-elles même extrêmement faibles au commencement, il est bon de s'arrêter, si l'on veut éviter de leur voir prendre des proportions effrayantes. Il est aisé de comprendre que la sortie un peu considérable du mélange à injection exige une interruption momentanée pour sauver ou conserver ce qu'on peut. Si on emploie les mélanges froids de Beale, on verra, vers la fin de l'injection, le liquide tout incolore refoulé à travers les parois des capillaires et des enveloppes de l'organe, apparaître à la surface sous la forme de gouttelettes graisseuses et brillantes. Il sera temps alors de s'arrêter, ce serait, en effet, interrompre trop tôt l'injection, si on le faisait auparavant.
Une injection simple est tout naturellement plus facile
qu'une injection double, d'abord à cause de l'ensemble de l'opération, ensuite, parce que , en partant d'un réseau, si l'on commence par une veine, on est obligé de ne pas trop injecter, afin de conserver à la seconde injection la possibilité de se réunir à la première dans les réseaux capillaires. Pour injecter des artères et des veines, il est avantageux de se servir, autant que possible, de substances qui, en se rencontrant, donnent lieu à un mélange agréable de teintes, par exemple, de bleu de Prusse et de carmin, de bleu de Prusse et de couleur blanche, tandis que le jaune et le vert flattent moins l'œil. En général, on doit employer de préférence les mélanges qui se liquéfient par la chaleur et se coagulent par le froid. On laisse aussi, lorsqu'il s'agit d'injections à la colle, un intervalle entre la première et la seconde opération, afin que la matière injectée la première puisse acquérir un peu de consistance. Dans le plus grand nombre de cas, on doit d'abord injecter la veine et la fermer ensuite par une ligature. Après cela, on injectera l'artère avec ses systèmes de ramifications, ce qui offre plus de résistance.
Si on se propose d'injecter, en outre, des vaisseaux sanguins, les réseaux des vaisseaux lymphatiques, ou canaux d'un' organe glandulaire, on commence par le système sanguin et on passe ensuite au système lymphatique ; mais on peut également débuter par le système lymphatique et terminer par le système sanguin. En cherchant à injecter des réseaux lymphatiques à l'aide de la ponction, on doit éviter, le plus possible, de léser les vaisseaux sanguins qui sont remplis du liquide à injection.
Pour pratiquer des injections dans des trajets glandulaires ou dans des réseaux lymphatiques, on préfère, comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire observer, les mélanges transparents et froids. Ils pénètrent, avec une trèsgrande facilité, dans tous les trajets et ménagent les tissus.
Quoique les règles que nous venons de tracer soient loin de suffire et que chaque organe exige parfois des modiftcations particulières qu'on n'apprend que par l'expérience, nous avons cependant lieu de croire qu'elles seront très-utiles au commençant.
Quand l'injection d'une partie a bien réussi, on se demande ensuite : Que reste-t-il à faire maintenant, pour qu'elle soit propre aux recherches ?
Les injections chaudes ne se coagulent qu'au tout d'un certain temps. Il faut au moins une heure pour figer les injections à la colle; celles qui sont résineuses sont plus longues à se refroidir. Les mélanges froids de Beale fournissent des objets très-favorables à l'examen; l'injection éthérée de Hyrtl permet d'utiliser un organe au bout d'un quart d'heure.
Après avoir introduit le mélange dans une partie isolée, on placera l'organe injecté dans de l'esprit-de-vin ordinaire; mais il faut préalablement laver la surface extérieure, avec de l'eau. S'il s'agit d'injections de groupes d'organes et de parties entières provenant du corps de petits animaux, on les plongera également pendant plusieurs heures dans de l'alcool, puis on pourra les diviser. Lorsqu'on injecte les vaisseaux d'un canal intestinal avec un mélange qui se fige, par exemple, avec une solution de colle, on laisse l'intestin intact aussi longtemps que la matière injectée reste liquide (ce qu'on reconnaît facilement en y posant le doigt) ; la coagulation une fois obtenue , on ouvre l'intestin et on le nettoie. Lorsque nous injections les trajets lymphatiques d'une portion du canal intestinal, nous y faisions passer, sans l'inciser, un cours d'eau pour le nettoyer; puis nous placions cette préparation, pendant un ou plusieurs jours, dans de l'esprit-de-vin. De gros organes déposés dans l'alcool, tels que le rein ou la rate d'un de nos ruminants, doivent être divisés au plus tard
le jour suivant, si on veut éviter l'induration à la surface et la décomposition à l'intérieur. On peut aussi, dans des circonstances particulières , se servir de l'acide chrômique pour y faire séjourner des préparations, attendu que le bleu de Prusse s'y conserve très-bien ; toutefois on sera très-rarement dans le cas de renoncer à l'alcool. Nous plaçons de même, et presque sans exception, tous les organes injectés avec les mélanges de Beale dans de l'alcool, afin d'obtenir ainsi le durcissement nécessaire.
Quand on est arrivé, au bout de quelques jours, à la consistance voulue, on peut procéder à l'étude de la préparation en suivantles méthodes que nous avons indiquées. On fait de petites coupes horizontales et verticales; puis, avant de les étudier, on les nettoie pour enlever les parcelles des matières colorantes qui s'y trouvent attachées, soit avec de l'eau, soit en se servant, ce qui paraît être préférable, d'un pinceau. Après les avoir examinées au microscope, on pourra, si. on le désire, les conserver en leur faisant subir de nouvelles préparations, appropriées aux circonstances.
La méthode dessiccative, qui est la plus ancienne, est bonne, surtout lorsqu'il s'agit d'examens faits à la lumière directe. Il vaudrait cependant mieux conserver les préparations dans le baume de Canada, ainsi que nous le dirons dans le chapitre suivant.
De nos jours, on se sert, déplus en plus, pourle»préparations histologiques , de la glycérine comme liquide conservateur des parties fraîches et à l'état naturel. Toutefois la glycérine a un très-grand inconvénient : elle ne conserve que pendant un temps relativement très- court.
Quant aux conservations de longue durée, on ne les obtient qu'avec l'alcool, plus ou moins fort, suivant la nature des objets.
Manière de faire les préparations microscopiques. Collection desdites préparations.
Le lecteur aura pu se convaincre, dans les chapitres précédents, qu'il n'est pas toujours très-simple, ni trèsfacile de réussir dans la préparation des objets microscopiques, même en faisant abstraction des difficultés particulières que présentent certaines productions pathologiques, ainsi que les développements embryonnaires. On conçoit, dès lors, combien il est désirable de conserver, le plus longtemps possible, des objets qu'on n'est parvenu à se procurer qu'avec beaucoup de peine, à moins d'être favorisé par des circonstances toutes spéciales. Aussi voyons-nous que les efforts tentés pour atteindre ce but datent des premiers travaux microscopiques.
Du reste, une collection dé ce genre a la même importance qu'une collection quelconque , ayant pour objet l'étude des autres branches des sciences naturelles.
Les premiers essais de conservation des pièces solides, des parties injectées et séchées, etc., étaient fort grossiers ; mais bientôt les savants découvrirent des méthodes de plus en plus perfectionnées; de sorte que le chapitre qui va être consacré aux objets microscopiques aura un grand intérêt. Toutefois, si on a déjà réussi à obtenir beaucoup de bons résultats en ce genre, ce qui reste à acquérir et à perfectionner est bien plus considérable encore; car on peut dire que le plus grand nombre de nos moyens actuels de conservation n'ont jamais varié.
Sans doute, lorsqu'il s'agit d'avoir à sa disposition une
partie animale dont on puisse , dans des circonstances données, se servir pour faire une préparation utile, l'esprit-de-vin ordinaire suffit le plus souvent à sa conservation.
Des glandes durcies , des intestins , des portions de centres nerveux, des tumeurs, des organes injectés avec des solutions de colle ou des mélanges préparés à froid (comme nous les avons décrits dans le chapitre précédent), des embryons, se conservent très-bien ainsi, dans des bocaux hermétiquement fermés , pendant des années entières et fournissent à un professeur des moyens d'enseignement du plus grand prix.
Mais la chose est loin d'être aussi simple dans le plus grand nombre de cas, surtout quand on se propose d'avoir une préparation microscopique déterminée. Il faut alors recourir à des procédés particuhers.
Des objets solides, notamment ceux qui sont transparents, comme les enveloppes des diatomées, les lames osseuses, l'émail des dents', les cristaux, se conservent de la manière la plus facile. Il suffit de les placer sur un porte-objet et de les couvrir avec une lamelle de verre qu'on fixe. Plusieurs substances conviennent à cet effet : une solution épaisse de gomme arabique, à laquelle on peut mêler avantageusement de l'amidon pulvérisé, de la cire, des matières résineuses épaisses, du baume de Canada. Pour protéger la lamelle, qui est très-fragile, on couvre un peu plus tard le tout avec une bande de papier de couleur dont un morceau aura été enlevé au milieu avec un em porte-pièce. Lorsque l'on emploie une assez grande quantité de ces bandes, il est commode d'en avoir une provision lithographiée et gommée à la face postérieure , on économise ainsi beaucoup de temps. La bande supérieure sera un peu plus grande que le porte-objet pour pouvoir se rabattre sur les bords 5 celle destinée à la
face opposée exige une dimension moins grande. On acquiert hien vite la pratique nécessaire pour habiller convenablement le porte -objet.
Il faut toujours avoir soin de peu humecter la face gommée, afin d'éviter tout afflux de liquide vers le champ visuel au moment où l'on exerce une pression sur la lame de verre. Beaucoup de préparations de ce genre qui se trouvent dans le commerce, comme celles qu'on peut se procurer dans la maison Bourgogne, à Paris, par exemple, ou dans l'institut microscopique de Wabern, sont de parfaits modèles.
Nous avons déjà fait observer que le nombre d'objets transparents qui permettent l'emploi de ce procédé si simple, est extrêmement restreint. La plupart exigent, pour être bien distingués, lorsque la conservation doit être faite à sec, qu'on les place dans une substance à forte réfraction, telle qu'une matière résineuse graduellement durcie. Aucune substance de ce genre ne l'emporte en pareille occasion sur le baume de Canada, qui suf&t à tous les besoins. D'autres résines, comme la gomme-copal, le mastic, peuvent être considérées comme superflues. Elles ne sont employées qu'à titre d'essai et de loin en loin.
On trouve , dans le commerce , plusieurs sortes de baume de Canada. Celui de bonne qualité se présente sous la forme d'un fluide épais, presque incolore et d'une transparence parfaite. Afin de s'opposer, autant que possible, au durcissement occasionné par l'action de l'air, on renferme le baume de Canada dans des bouteilles à large goulot fermées à l'émeri. Si cependant le baume se durcissait à la longue, il suffirait, pour lui redonner de la fluidité, d'y ajouter, après l'avoir modérément chaufî'é, de l'essence de térébenthine, ou bien un peu de chloroforme; c'est là, du moins, le moyen que nous préférons.
Il est important que la pièce qu'on veut conserver soit
parfaitement sèche avant d'être mise dans le baume de Canada. Le plus souvent on procède donc à une dessiccation préalable. On peut recourir, à cet effet, à la chaleur d'un bain-marie, ou bien exposer la préparation à l'action desséchante de l'acide sulfurique ou du chlorure de chaux. Après cela, bon nombre d'objets peuvent être encore plongés pendant quelques minutes dans l'essence de térébenthine. S'il y a de l'air à l'intérieur de la pièce qui est destinée à être conservée dans le baume , quelques minutes d'immersion dans l'essence de térébenthine ne suffisent plus; il faudra un temps plus long et quelquefois même on se verra obligé de chauffer l'essence.
Voici comment on procédera à l'immersion dans le baume de l'objet dont on désire assurer la conservation : après avoir bien essuyé la lame de verre, ou porte-objet, on l'expose toute sèche à la chaleur d'une lampe à l'espritde-vin, pour la chauffer modérément; car il faut éviter avec soin une température élevée. On prend ensuite, avec la pointe d'une baguette de verre, une goutte de baume de Canada qu'on dépose sur la lame. Le baume s'étend, et, dans les circonstances heureuses, forme une masse homogène, sans bulles d'air. S'il en restait (et il s'en forme un nombre considérable quand le baume se trouve sur une lame trop chauffée), on les touche avec la pointe d'une aiguille chaude pour les faire éclater,- ou bien on les attire, à l'aide d'une aiguille froide, jusqu'au bord de la goutte de baume. Après cela, on y place l'objet à conserver; puis on saisit, pour la seconde fois, la tige de verre garnie de baume pour en étendre une couche très-mince sur la face supérieure de l'objet. En agissant avec promptitude, ou bien en chauffant légèrement, on verra bientôt le baume ajouté en dernier lieu s'unir à celui placé d'abord sur le porte-objet. On prend ensuite , à l'aide d'une pince, la lamelle couvre-objet qu'on a eu soin de
nettoyer et de~ chauffer légèrement, et on la. laisse tomber sur l'objet recouvert de baume , en ayant soin de commencer par appuyer le bord opposé à celui saisi avec la pince sur le porte-objet. On abaissera peu à peu la lamelle qui avait au commencement une position inclinée, jusqu'à ce qu'elle couvre le tout horizontalement. On peut encore à ce moment chasser quelques bulles d'air isolées au delà des bords de la lamelle, en soulevant avec précaution un côté de celle-ci, pourvu, toutefois, que l'objet introduit dans le baume soit capable de supporter une certaine pression. Arrivé à ce point, on examine la préparation à l'aide d'un grossissement faible. Si on découvre encore quelques bulles d'air, ce qu'on aura de mieux à faire sera de placer l'objet couvert d'une cloche sur un support chauffé fen hiver, de préférence, sur un poêle en faïence), et de l'y laisser pendant des heures entières; on donne ainsi, en même temps, de la consistance au baume de Canada. Ce dernier procédé pourra être également employé avec avantage dans d'autres circonstances.
Si la quantité de baume de Canada a été trop grande, on cherche à en diriger une partie vers les bords du couvre- objet, ou bien même on la laisse s'écouler au delà. Quand le baume sera durci, on enlèvera le superflu avec la lame d'un couteau; puis on nettoiera la surface du verre avec un morceau de linge trempé dans de l'essence de térébenthine ou dans de la benzine.
Le durcissement du baume enveloppant l'objet ne s'opère que très-lentement à l'intérieur. Souvent il est dur à la circonférence depuis des jours et des semaines, tandis qu'il est encore fluide au centre ; une manœuvre maladroite pourrait, dans ce cas, faire glisser le couvre-objet et détruire la préparation.
On a quelquefois du baume de Canada qui, au commencement, possède une assez grande fluidité. Dans cet état,
on peut se dispenser de faire chauffer la lame de verre, ce qui est toujours une économie de temps. En vue d'obtenir une dessiccation plus prompte, on devrait toujours placer les préparations, pendant quelque temps, sur des objets faiblement chauffés, comme, par exemple, sur un poêle de faïence.
Tandis que, le plus habituellement, il importe d'éviter les bulles d'air qui se produisent dans les préparations avec le baume, il est, au contraire, des objets où la présence de l'air dans les canaux les plus déliés devient d'une haute importance pour reconnaître certaines dispositions particulières de structure ; alors on cherche à conserver ces mêmes bulles d'air. Si nous plaçons, par exemple, la section mince d'un os soit directement, soit au sortir de l'essence de térébenthine, dans du baume fluide de Canada, on verra le liquide conservateur remplir peu à peu les canalicules calcaires et les corpuscules osseux, puis expulser en même temps l'air qu'il rencontre sur son passage. Mais les ramifications des corpuscules osseux et les canalicules calcaires ne se montrent distinctement que quand l'air les pénètre partout; ce n'est qu'à cette condition que l'os entier développe la beauté particulière de son tissu.
Dans ce cas, l'objet doit être déposé dans du baume aussi épais que possible et porté à une température élevée. On atteindra ce but en mettant le baume dans un vase non fermé, mais couvert d'une cloche et placé ensuite sur un objet chauffé, afin de le rendre plus compacte et sohde. Il est à peine nécessaire de faire observer que, en procédant ainsi à l'opération d'une manière directe, il convient de chauffer fortement le baume, le porte-objet et la lamelle; on se passera de l'immersion préalable dans l'essence de térébenthine.
Les recherches histologiques exigent souvent la prépa-
ration dans le baume d'objets minces et délicats qu'on voit avec regret se plisser et enfin se briser. Il est utile, en pareille circonstance, de recourir à une solution de baume de Canada dans l'éther ou le chloroforme qu'on a eu soin de faire passer à travers un papier à filtrer; il sera facile de rendre cette solution plus ou moins fluide, suivant les besoins. A l'aide d'un pinceau, ou d'une tige en verre-, on dépose, goutte à goutte, un peu de cette solution froide sur la lame de verre; on y place l'objet en imbibant les surfaces libres et on le couvre, ir s'introduit ordinairement, par suite de l'évaporation de l'éther ou du chloroforme, un peu d'air entre la lame et la lamelle. Kn inclinant le porte-objet, on ajoute encore quelques gouttes de solution jusqu'à ce que tout l'objet soit enfin bien enveloppé. Ce procédé, qui peut également être mis en usage pour des substances plus compactes, est aussi commode que propre.
Mais comment fera-t-on pour conserver dans le baume de Canada des parties molles, gorgées de liquides et telles que les masses principales de notre corps les offrent à la vue? Et comment, en outre, traitera-t-on les préparations injectées?
Il est évident qu'on ne réussira que par des voies indirectes. On cherchera d'abord à débarrasser ces préparations de Teau qu'elles contiennent, en y faisant pénétrer un fluide capable de former un mélange avec elle ; puis ce premier fluide sera remplacé par un autre, et ainsi de suite jusqu'au moment où le baume de Canada pourra pénétrer seul en' dernier et y rester.
Supposons que nous ayons une coupe fort mince de la moelle épinière, du rein ou de la rate, préalablement injectée avec du carmin ou toute autre matière; une coupe d'intestin dont les vaisseaux sanguins ou les vaisseaux lymphatiques ont été également injectés; une coupe de
cerveau ou d'une glande lymphatique, etc., et que nou» désirions conserver ces parties à sec, c'est-à-dire privées d'eau; mais en évitant les contractions occasionnées par la dessiccation simple , qui ferait de la préparation une caricature dans les cas heureux et la changerait en hiéroglyphe dans des circonstances moins favorables. On devra placer l'objet, pendant une demi-journée et même pendant une journée entière, dans de l'alcool très-fort, ou, ce qui est préférable, dans l'alcool absolu.
En sortant l'objet de l'alcool absolu, on le plonge pendant une demi-heure dans de l'alcool méthylique très-concentré (toutefois cette dernière partie du procédé n'est pas indispensable). On élimine ainsi l'eau qui est remplacée par l'alcool. On retire la préparation de l'alcool méthylique; on la reçoit sur un filtre et on la dépose dans V essence de térébenthine au moment même de l'évaporation. Les petites fioles ou auges en verre dont il a été question ci-dessus sont très-commodes pour cette opération. Au bout de quelques heures, tout l'alcool méthylique est chassé par la térébenthine , et l'objet se trouve en état d'être mis dans une solution au chloroforme de baume de Canada. Lorsqu'on possède bien la pratique de cette méthode, on parvient à faire d'excellentes préparations. C'est à ce degré, en général, qu'il faut sécher toutes les parties injectées avant de les enfermer dans le baume. On réussit à conserver ainsi beaucoup de détails histologiques, même l'épithélium cylindrique et d'autres cellules fort délicates qu'on peut très-bien voir et rendre plus distinctes encore, à l'aide d'une coloration soignée parle carmin ou le bleu. Toutes les couleurs transparentes, combinées avec la colle, se conservent parfaitement j nous conseillerons cependant d'ajouter une goutte de vinaigre à l'alcool employé à chasser l'eau dans les parties injectées avec le bleu de Prusse.
Deux autres précautions légères méritent également
d'être signalées. Il est aisé de transporter des préjjarations très-fines et très-délicates de l'alcool ordinaire dans de l'alcool méthylique. Gomme une certaine dessiccation de l'objet est désirable avant qu'il soit mis dans l'essence de térébenthine, attendu que la transparence, signe de la pénétration complète, se trouve hâtée par ce procédé, il sera opportun de placer cet objet imprégné légèrement encore d'alcool méthylique sur un morceau de papier à filtrer et de le plonger dans la térébenthine au moment de l'évaporation de l'alcool. L'objet se détache facilement du papier, en l'agitant légèrement dans l'essence. Si on craint de voir là préparation se contracter ou se courber dans l'essence, on peut placer par-dessus une plaque de verre de la même grandeur que le fond de l'auge, ou bien on fixera légèrement l'objet avec un fil, entre deux lamelles de verre, pour le déposer ainsi maintenu dans la térébenthine.
Nous avons indiqué au lecteur tous les détails de ce procédé fort important. En ceci, comme partout, la propreté doit être excessive ; il est également indispensable de ne se servir que de liquides filtrés.
Mais la conservation de parties maintenues à l'état humide fournit surtout la représentation complète de l'état naturel des parties du corps; elle permet de reconnaître les rapports des textures les plus délicates, les cellules pâles et les fibrilles, etc., et" quand il s'agit de faire une collection histologique , on ne devrait jamais manquer d'employer ce moyen. Lors même qu'il est possible de se procurer d'excellents objets à sec, les parties conservées à l'état humide peuvent encore servir à établir des comparaisons instructives.
Nous ne possédons actuellement aucun liquide supérieur à la glycérine, pour conserver les parties molles des animaux. Sa grande puissance de réfraction, sa propriété d'entrer en combinaison avec l'eau, celle d'attirer l'humi-
dite de l'atmosphère, sont des avantages hors ligne quand il s'agit de la conservation de tissus frais. On peut dire , avec raison, que la glycérine est relativement aux parties molles ce que le baume de Canada est par rapport aux parties sèches.
On peut se servir de glycérine commune pour la préparation d'objets destinés seulement à une expérience ou bien pour en nettoyer d'autres à l'aide d'un pinceau , etc.; mais il n'en sera pas de même si on désire conserver longtemps les objets. Dans ce dernier cas, il est indispensable que la glycérine soit d'une entière pureté, dépourvue d'eau autant que possible, et ne contenant point de plomb. A l'état pur et sans mélange, la glycérine donne de la transparence, et parfois cette transparence devient trop forte au bout de quelque temps. C'est pourquoi il sera bon d'ajouter à la glycérine environ partie égale (plus ou moins suivant les circonstances) d'eau distillée ou camphrée.
Il est très-avantageux, presque indispensable même, de placer, pendant quelques jours, les objets destinés à la conservation dans un petit vase contenant de la glycérine pure ou un mélange de glycérine et d'eau, pour les laver, les rapproprier; cette opération nous fait aussi connaître le degré de transparence obtenu.
On enfermera ensuite l'objet, en suivant le procédé habituel, c'est-à-dire au moyen d'un ciment dont il sera question plus loin. L'excédant de glycérine qui s'échappe par les bords du couvre-objet s'enlève avec une pipette à pointe déliée, puis on essuie avec un linge fin imbibé d'alcool.
En se servant de glycérine, il n'est nullement nécessaire de se hâter de clore la lamelle avec le ciment. On a tout le temps de réunir un certain nombre d'objets, avant de procéder à la fermeture définitive.
Dans beaucoup de cas, nous avons trouvé avantageux d'ajouter deux gouttes d'acide chlorhydrique par 60 grammes de glycérine. Les objets injectés au carmin ou au bleu de Prusse exigent absolument cette addition, si on veut éviter que ces couleurs ne pâlissent ou ne disparaissent tout à fait. L'acide acétique remplit le même but , peut-être même est-il préférable.
Si la glycérine entre dans beaucoup de mélanges, par contre on y ajoute aussi différentes substances, afin d'obtenir, par ce moyen, des fluides composés et très-propres à la conservation des objets.
On peut, par exemple, combiner avec la glycérine la gélatine, la gomme arabique, etc.
Deane recommande le mélange suivant : 120 grammes de glycérine, 60 grammes d'eau distillée , et 30 grammesde gélatine. On fait d'abord dissoudre la gélatine dans l'eau, et on y ajoute ensuite la glycérine. Nous n'avons jamais fait usage de glycérine unie au tanin.
Beale , de son côté , parle avantageusement d'une combinaison de glycérine et de colle. On trempe une partie de colle très-pure dans l'eau. Lorsqu'on la trouve suffisamment gonflée, on la place dans un vase en verre et on la dissout an bain-marie. On ajoute à cette solution partie égale de glycérine, et on filtre le tout dans une flanelle. Ce mélange se conserve très-bien 5 on ne le chauffe que faiblement avant de s'en servir.
Farrants emploie un mélange bien autrement compliqué, qui consiste en parties égales de gomme arabique, de glycérine' et d'une solution aqueuse et saturée d'acide arsénieux. On se sert de ce mélange de la même manière que dn baume de Canada. Mais si la glycérine est regardée, de nos jours, comme le fluide conservateur le plus important, si elle répond à tous les besoins dans le plus grand nombre de cas où il s'agit de conserver des parties
animales, ne croyez pas, cependant, pouvoir tout conserver avec succès dans la glycérine. Des parties fraîches, délicates, riches en eau, telles que des globules sanguins, des cellules ganglionnaires, perdent bien vite une portion de Teau qu'ils contiennent et sont défigurées. La grande pjuissance de réfraction de la glycérine , qui paraît être si précieuse pour les tissus solides , constitue un véritable inconvénient pour les parties transparentes.
Outre la glycérine, une foule de liquides ont été essayés et recommandés comme moyens de conservation ; on pourra en faire usage dans quelques cas particuliers. Toutefois, il est prudent de n'avoir pas dans ces recommandations une confiance absolue. Il sera bon, au contraire, de les éprouver en plaçant une série d'objets dans les liquides de composition différente , afin de ne conserver, en définitive, que les meilleurs.
Le liquide qui porte le nom de Goadby {the conserving liquor des Anglais), jouit d'u-ne certaine répntation.
Il consiste en :
Sel de cuisine. . . . 120 grammes,
Alun .60 —
Sublimé 20 centigrammes,
Eau bouillante ... 2 Yg litres.
Cette composition, qui a rapporté à son auteur des sommes considérables , n'est nullement propre à conserver des objets transparents, parce que la préparation s'assombrit peu à peu, et devient bientôt hors d'usage. Par contre, nous avons vu des pièces injectées opaques, provenant d'Angleterre, et conservées dans le liquide dont il vient d'être question, qui ne laissent rien à désirer.
Valentin a pu s'assurer, il n'y a pas longtemps , que les tissus des animaux marins se maintiennent très -bien dans le fluide de Goadby. On doit à ce liquide les belles
conservations d'acalèphes à aspect vitré et d'autres zoophytes qu'on voit dans les cabinets d'histoire naturelle d'Angleterre. ~
Des modifications ont été apportées à ce mélange dans les liqueurs conservatrices proposées par Pacini. Celles-ci contiennent également du sublimé, du sel de cuisine ou de l'acide acétique , mais ne renferment point d'alun; par contre, on y ajoute de la glycérine. Ces liquides, au nombre de deux, sont incomparablement plus utiles et méritent de fixer l'attention.
En voici, les formules :
Premier mélange.
Sublimé 1 partie.
Chlorure de sodium . . . -. 2 parties. Glycérine (25^ Beaumé) . . 13 — Eau distillée- 113 —
On laisse ce mélange au repos , au moins pendant deux mois. Au bout de ce temps, on en prend, pour l'usage, 1 partie qu'on mêle à 3 parties d'eau distillée, et on filtre au papier.
Les globules de sang s'y conservent très-bien, comme nous avons pu nous en convaincre personnellement. D'après Pacini , ce même liquide conserve , à un égal degré , les nerfs, les ganglions, la rétine, les cellules cancéreuses et, en général, tous les tissus déhcats.
Deuxième mélange.
Sublimé . 1 partie.
Acide acétique . 2 parties.
Glycérine (25« Beaumé) . . 43 —
Eau distillée 215 —
On emploie ce deuxième mélange exactement comme
le premier. Il détruit les globules rouges du sang, mais
conserve intacts les globules blancs.
Voici encore, d'après Cornil, les modifications qu'on a
fait subir à ces liquides dans l'institut pathologique de
Berlin.
Sublimé 1 Sublimé l
Chlorure de sodium 2 Chlorure de sodium 2
Eau ; 100 Eau 200
Sublimé l
Eau . 300
Sublimé . ....
Chlorure de sodium. . .
Eau
Sublimé
Acide acétique
Eau
Sublimé
Acide acétique
Eau
. . . 30ff
Sublimé i
Acide acétique . 3
Eau 300
Sublimé - l
Acide phosphorique l
Eau. 30
Le mélange n° 1 sert à conserver les tissus richement pourvus de vaisseaux sanguins des animaux à sang chaud; le n° 2, à conserver ces mêmes parties chez les animaux à sang froid; le n^ 3 convient aux globules purulents et autres produits analogues; le n° 4, aux globules du sang; le n° 5 est destiné aux cellules épithéliales , au tissu cellulaire, aux globules de pus, lorsqu'on désire voir aussi le noyau des cellules; on fait usage du n^ 5 pour conserver des tissus ligamenteux, des muscles et des nerfs; le n° 7 est approprié aux glandes, et le n° 8 au tissu cartilagineux.
Les solutions très -affaiblie s de sublimé , employées comme moyen de conservation, rendent, en effet, d'excellents services ; cependant il sera bon de s'assurer chaque fois du degré de concentration , ce qui oblige à faire des essais avec des solutions de force différente.
Harting recommande des solutions de 1 partie de sublimé dans 200 à 500 parties d'eau distillée. Il déclare n'avoir réussi à conserver les globules de sang que dans ce genre de liquide. Les globules sanguins de l'homme et des mammifères exigent une solution de Y200 de sublimé ; ceux des oiseaux, Yaooî ceux des grenouilles, '/^oo- Nos propres expériences justifient l'emploi de cette méthode. I^es qualités qu'il trouve à ces solutions pour conserver des fragments de cerveau, de moelle épinière et la rétine, nous paraissent moins bien justifiées; par contre, elles conviennent aux cartilages , aux muscles et au cristallin. Toutes les solutions de subhmé ont l'inconvénient d'assombrir les objets.
Acide chrômique et bichromate de potasse.
Les solutions d'acide chrômique et de bichromate de potasse, même très-faibles, fournissent de bonnes liqueurs conservatrices; on y ajoutera de la glycérine suivant les circonstances. Le mélange de 1 partie de glycérine et de 1 partie du liquide de Millier pour les yeux, paraît être d'un excellent usage. Ce liquide, même pur, est trèspropre à la conservation des tissus d'une grande délicatesse; on y garde intactes, par exemple, pendant des mois entiers, des cellules épithéliales à cils vibratiles.
La solution de chlorure de chaux est la liqueur conservatrice de prédilection des botanistes. Cette solution paraît être moins favorable aux tissus animaux. Harting fait grand cas d'une solution saturée de sel pur de cuisine, ou de cette même solution étendue de 4 à 8 fois autant d'eau. Des objets tels que des os, des dents, des coupes de cheveux, passent pour s'y être très-bien conservés. Nous devons avouer que, d'après nos propres expériences, peu nombreuses à la vérité, les solutions de chlorure de chaux ne nous ont offert que des résultats fort médiocres.
Harting indique la solution de jJ^rtie de carbonate de potasse dans 200 à 500 parties d'eau distillée, comme constituant le meilleur moyen de conservation des fibres nerveuses. Nous ne possédons aucune donnée sur cette solution.
L'arséniate de potasse, dilué dans 160 parties d'eau, doit avoir, d'après ce savant, les mêmes effets sur les fibres nerveuses.
Solution aqueuse de créosote.
Harting a trouvé , par une suite d'expériences, qu'une solution de créosote obtenue par voie de distillation , ou bien qu'une solution filtrée et saturée de créosote, dans un mélange de 1 partie d'alcool à 32'' et de 20 parties d'eau, constitue un excellent liquide pour conserver un grand nombre d'objets, tels que muscles, parties ligamenteuses, tendons, cartilages, os privés de leur substance calcaire, dent; on peut également y garder la cristalline.
Acide arsenieux.
On mêle cet acide en assez grande quantité à de l'eau qu'on fait bouillir; après l'avoir laissée refroidir, on filtre et on y ajoute trois fois autant d'eau. Ce mélange produit les mêmes effets que la solution de créosote et sert, de plus, à conserver les cellules graisseuses (Harting).
Alcool méthylique.
L'alcool méthylique, très-éLendu d'eau 1 : 10, a été fort recommandé par Queckett. Si ce liquide devenait trouble, au bout de quelques jours, il faudrait le filtrer. Cet alcool, ainsi que l'acide acétique, donne aux préparations, après quelque temps, un aspect granuleux.
PRÉPARATIONS MICROSCOPIUUES , ETC. 237
Alcool mélhi/Uqî{,e et créosote.
L'alcool méthylique et la créosote entrent encore comme parties constituantes d'un liquide plus compliqué qui nous est signalé par Beale :
Créosote . 2 grammes.
Alcool méthylique ... 180 — ■
Eau distillée 2,000 —
Craie Quantité suffisante.
On obtient le liquide de la manière suivante : on mêle d'abord l'alcool méthylique à la créosote; ensuite on ajoute la quantité de craie nécessaire pour former une pâte épaisse et molle. Cette masse, placée dans un mortier, arrosée d'eau en petite quantité au commencement et longuement broyée, se trouvera enfin unie au volume d'eau ci-dessus indiqué. Après y avoir ajouté quelques petits morceaux de camphre , on laisse reposer le tout pendant quinze ou vingt jours dans un vase légèrement couvert. On remuera de temps en temps ce mélange; ensuite on le filtre et on le garde dans une bouteille hermétiquement bouchée. Ce liquide est une modification de celui que Thwailes emploie pour la conservation des desmidiacées.
Fluide de Topping.
Il conseille de se servir de 1 partie d'alcool absolu sur 5 parties d'eau; pour ménager des couleurs délicates, il dissout 1 partie d'acétate d'alumine dans 4 parties d'eau distillée. Ce dernier mélange , additionné d'une partie égale de glycérine,. nous a permis de conserver, plus de deux ans, des préparations injectées au carmin.
Liquide de Deane.
Deane signale comme un excellent fluide conservateur des substances animales et végétales, un mélange fait avec
*180 grammes de gélatine très-pure, 280 grammes de miel, un peu d'alcool et quelques gouttes de créosote. Ce mélange, convenablement chauffé, doit être filtré.
Pour enfermer les objets très-minces, on peut se servir, tout simplement, d'une lame de verre porte-objet et d'une lamelle à couvrir. A l'aide d'un pinceau ou d'une tige en verre, on place sur le porte-objet une goutte plus ou moins grosse de la liqueur conservatrice; puis on prend l'objet avec les pointes d'une pince très-fine ou avec une aiguille à cataracte, et on le dépose au milieu du liquide qui doit le baigner complètement. On applique ensuite pardessus la lamelle dont on humecte la surface inférieure au moyen de l'haleine, en procédant, du reste, avec les précautions indiquées quand il s'agit du baume de Canada. Il faut bien se garder d'employer le liquide en trop grande quantité, attendu qu'il s'échapperait immédiatement par les côtés, ou dépasserait les bords de la lamelle. Enfin on enlève le superflu avec une pipette à pointe extrêmement fine, ou avec de petites bandes de papier buvard. Dans les deux cas, il reste encore à essuyer les traces humides à l'aide d'un morceau de linge fin, en prenant surtout la précaution de ne pas déranger la lamelle.
On réussit quelquefois à dissiper, par une légère pression, les bulles d'air qui seraient restées dans le liquide. Il est également utile de tailler un petit morceau de papier à lettre, d'environ 25 millimètres de long, en forme de triangle. En insérant sa pointe entre la lamelle et le porteobjet, on parvient souvent à entraîner sans peine les balles d'air au dehors.
Quand on fait usage du baume de Canada comme moyen conservateur, la partie essentielle de l'opération est terminée aussitôt que la lamelle a été heureusement placée sur l'objet, attendu que, au fond, on est libre de se passer de toute cimentation des bords, quoique, grâce aux pro-
cédés déjà indiqués, l'objet puisse être mieux protégé et acquérir un aspect plus agréable; mais ceci ne saurait avoir lieu quand il est question de préparations conservées à l'état humide. Dans ce cas, il faut absolument cimenter les bords de la lamelle. Nous entrerons plus loin dans tous les détails nécessaires à cette opération.
Quand on doit enfermer (et le cas se présente souvent) des objets un peu épais, ou bien quand on craint que le ciment, en se durcissant, ne presse trop fortement la lamelle contre l'objet et ne l'endommage, il faut interposer entre la lamelle et la lame quelque chose pour les tenir écartées. On se sert alors tout simplement de fil d'argent, de bandelettes étroites de papier , d'épaisseur variée , placées en face l'une de l'autre, près des bords de la la- . melle , ou bien encore, on découpe un cercle entier de papier. Cependant des bulles d'air pourront facilement s'introduire, et il importe que la première couche de ciment, posée sur toute la circonférence, ne soit ni trop liquide , ni trop lente à se durcir ; autrement le ciment se mêlerait bientôt au fluide qui baigne l'objet, ou encore, la couche extérieure, venant à se rétrécir, refoulerait la liqueur conservatrice intérieure.
On a été conduit, en cherchant à perfectionner ce procédé, à établir sur le porte-objet une espèce de cadre plat, plus ou moins saillant, auquel on a donné le nom de cellule. On a beaucoup écrit sur la forme des cellules. Les meilleures sont les plus simples, et on les préférera, à moins qu'on ne recherche un procédé moins coûteux. On peut construire des- cellules avec la gutta-percha, le caoutchouc et le verre. Ces dernières sont supérieures, mais aussi plus chères.
Cellules de gutta-percha.
On trouve la gutta-percha dans le commerce sous forme de tablettes plus ou moins épaisses. Une bonne tablette
doit être unie, homogène et flexible. Si elle est ondulée ou fendillée, on lui rendra facilement sa première forme en la plongeant dans Teau bouillaDte. A l'aide d'une règle et d'un couteau, on taille, comme dans du carton, des morceaux carrés ou des carrés longs, naturellement un peu plus étroits que le porte -objet.
Fig. 58. Cellules de gutta-percba.
On se sert d'un emporte-pièce et d'un marteau pour obtenir les ouvertures circulaires, ovales ou rectangulaires, destinées à recevoir l'objet et son liquide (fig. 58).
Cellules de caoutchouc.
C'est encore dans le commerce qu'on se procure les tablettes de caoutchouc. Il sera facile de les coller les unes sur les autres, à l'aide de la chaleur et de donner ainsi aux cellules la hauteur désirée.
Cellules de verre.
Elles sont supérieures aux autres, mais un peu chères, quand on les achète toutes faites chez un fabricant. Il en existe de diverses espèces qui varient comme élévation et comme dimension. Les plus avantageuses ont la forme d'un carré, ou d'un carré allongé, percé au miheu, ainsi que les cellules de gutta-percha.
Une hauteur de 15 millimètres, un diamètre d'environ
9 à 10 centimètres pour l'ouverture suffiront, dans la plupart des cas, pour les recherches histologiques.
Thiersch nous a fait connaître récemment d'excellentes cellules en verre provenant d'Angleterre. Ce sont des lames porte-objets de plusieurs millimètres d'épaisseur, percées d'ouvertures rondes, assez grandes et fermées de chaque côté par une lamelle cimentée. Des globes oculaires de lapins blancs, divisés en deux, injectés avec un plein succès, conservant toutes leurs inflexions et placés, en cet état, dans le baume de Canada, constituent une des plus belles préparations que Thiersch ait jamais faites.
L'observateur qui ne craint pas la perte de temps peut confectionner lui-même les cellules de verre (fig. 59). On
Fig. 59. Cellules de verre avec couvre-objet.
fait tailler, dans du verre à glace, des bandes de quelques millimètres d'épaisseur (ce qu'on pourra exécuter soimême, si on a un peu l'habitude de se servir d'une pointe de diamant). Ces bandes seront de deux dimensions différentes : les premières auront 15 à 18 centimètres de longueur; les autres, 7 à 10 centimètres seulement. C'est avec ces bandes que l'on construit les parois de la cellule. Beale qui, selon les habitudes anglaises, fait de ces cellules une description exacte, ajoute quelques conseils pratiques. S'il ne s'agit que d'une cellule à bords très-peu élevés, on peut facilement employer une lamelle assez mince. On la fixe, après l'avoir préalablement chauffée, à
l'aide d'une colle' dite colle marine, dont nous aurons bientôt occasion de parler, sur un anneau en verre, ou sur l'ouverture d'une plaque de verre percée. Après cela, on fait dans le milieu de la lamelle, avec la pointe d'une lime triangulaire, un trou qu'on agrandit en allant jusqu'au bord. Aucune fêlure ou fente ne s'étend jamais au delà du bord solidement cimenté. On chauffe de nouveau cette lamelle, maintenant perforée, et elle se détache aisément.
On peut, au moyen de la flamme d'une lampe à soufflet, ployer une bande de verre et lui donner la forme d'un carré à angles obtus, puis en souder les extrémités. Beale recommande de se servir de flint. Ce iDrocédé, lorsqu'il s'agit de faire des cellules hautes et grandes, paraîtra certainement facile à une main exercée. En tout cas, il importe que les rebords des cellules soient très-bien cimentés sur le porte -objet.
Sans doute, on peut aussi se servir de gutta-percha -chauffée dans de l'eau chaude; puis, après l'avoir parfaitement bien essuyée, la coller sur la lame de verre; mais nous n'avons pas trouvé que ce procédé ait de la durée.
Si l'on veut. imiter l'usage anglais, on cimentera les parois des cellules avec la colle marine ou marine ghie.
Cette colle consiste en parties égales de gomme-laque et de caoutchouc, dissoutes dans de la benzine. (Chaque matière doit être dissoute, d'abord séparément, puis on les mêle à la faveur d'une chaleur légère.) On ajoutera, suivant les besoins, de nouvelle benzine à cette colle marine; on peut également recourir à l'éther et à une solution de potasse pour la délayer et l'étendre. Queckett nous apprend que la glue marine du commerce la plus convenable pour l'objet qui nous occupe porte la marque G. K. 4.
Voici comment on cimente avec cette colle : on chauffe le porte-objet en le plaçant sur une plaque métallique chaude.
(Les Anglais se servent d'une petite table en tôle, à quatre pieds, avec une lampe à esprit-de-vin placée dessous.)
On dépose un peu de glue sur le porte-objet; elle fond promptement ; on l'étend sur toutes les parties destinées à recevoir la cellule; puis on enfonce celle-ci dans le ciment à l'aide d'une forte pression; on retire le tout de dessus la plaque de tôle et on laisse refroidir. On enlèvera plus tard, avec la lame d'un couteau, l'excédant de colle qui pourrait s'être répandu sur les parties libres de la lame. Une solution légère de potasse sert à nettoyer les cellules.
Pour cimenter les cellules en caoutchouc, on emploie, d'après Harting, le mélange suivant : On mêle 1 partie de gutta-percha coupée en petits morceaux dans 15 parties d'essence de térébenthine, et on dissout à une chaleur modérée,^ en remuant sans interruption. On filtre alors dans une flanelle et on ajoute 1 partie de gomme-laque qui se dissout également à une chaleur modérée; il faut remuer sans cesse. On continue à chauffer jusqu'au moment où une goutte versée sur une plaque de verre paraît se durcir. Arrivée à cette consistance, la solution forme un ciment bon à employer. Plus tard, il faudra y ajouter, quand on voudra s'en servir, un peu d'essence de térébenthine avant de le chauffer.
Pour fixer une cellule en caoutchouc, on commence par la présenter au-dessous et au milieu du porte-objet; on étend alors, avec un pinceau, sur la face supérieure de la lame et à la place indiquée, le mastic préalablement chauffé. Cela fait, on retire la cellule de caoutchouc, et, tout en entretenant la chaleur, on la fixe dans le ciment dont on a recouvert le porte-objet. On ôte le tout et on laisse refroidir sur une tablette. Le ciment fait avec de la gutta-percha, d'après les indications de Harting, sert également à fixer les cellules en verre et à consolider les quatre bandes de verre employées pour les construire.
Il est un autre mastic qu'on peut employer aux mêmes usages. On dissout 1 partie de caoutchouc dans 64 parties de chloroforme ; on y ajoute 16 parties de mastic sec pulvérisé. A l'aide d'un pinceau, on étend à froid une couche légère de ciment sur la lame inférieure en verre et on y fixe la cellule préalablement chauffée.
Quelle que soit la méthode adoptée , il sera prudent de faire adhérer soigneusement la cellule avec le ciment, afin d'éviter toute fissure et toute introduction d'air.
On devrait toujours donner aux rebords des cellules de verre une surface rugueuse. La rugosité s'obtient facilement en les frottant avec de l'émeri sur une pierre à repasser.
On a également parlé de cellules en feuilles d'étain ; notre expérience ne nous a rien appris sur ce procédé. Mais il est possible de se servir tout simplement de certains ciments pour construire des parois de cellules trèsconvenables, quand les otyets ont fort peu d'épaisseur. Le bitume de Judée est propre à cet usage 5 cependant nous ne lui accordons aucune préférence. Nous considérons comme bien supérieur le ciment blanc à cellules, composé par M. Ziegler, peintre à Francfort (Friedbergergasse, 23). On en dépose sur le porte-objet; on y plonge immédiatement les rebords d'une cellule, qu'elle soit de forme carrée, allongée ou ronde, et on laisse durcir.
Lorsque la cellule est remplie de la liqueur conservatrice et qu'on y a introduit l'objet, on ajuste (fig. 60) suivant la manière ordinaire, après s'être convaincu de l'absence de toute bulle d'air, la lamelle sur laquelle on a fait passer son haleine. (La lamelle doit constamment être un peu plus petite que la cellule, de manière à ne pas dépasser ni atteindre ses bords extérieurs. ) On enlève ensuite, avec une extrême précaution, le liquide superflu qui pourrait s'échapper de la cellule, attendu que, en
PREPARATIONS MICROSCOPIQUES, ETC.
Fig. 60. Pose du couvre-objtt.
len-
agissant autrement , on s'exposerait à voir s'introduire subitement des bulles d'air.
Après cela, on cimente le couvre-objet. Cette opération doit se faire immédiatement, à moins que la liqueur conservatrice ne consiste en glycérine ou en une solution de chlorure de chaux. Dans
ces deux derniers cas, on est libre d'opérer plus tement.
Le nombre des ciments usités est considérable, et l'on peut certainement obtenir une occlusion parfaite avec différentes espèces qui se valent en qualité et qui offrent une même sécurité.
On emploie, surtout de nos jours, le vernis au bitume de Judée {Brunswick black, noir de Brunsv^ick). Il se compose d'une solution d'asphalte dans l'huile de lin et l'essence de térébenthine. On en trouve de différentes sortes dans le commerce.
Le bitume de Judée de bonne qualité doit être transparent et avoir l'aspect d'un noir homogène. On applique le vernis, comme les autres ciments, avec un pinceau, tout autour du couvre-objet; on fait en sorte que la lamelle et la lame reçoivent en même temps une couche de bitume (fig. 61). Avec un peu d'habitude, on arrive
Fig. 61. Manière de tracer une bordure de bitume de Judée.
promptement à bien connaître la quantité nécessaire et à tracer une belle bordure.
Si, en vieillissant, le bitume devenait trop épais, on le délayerait dans de l'essence de térébenthine. Mais, abstraction faite du peu de propreté de la manipulation, cette solution a un inconvénient marqué, c'est sa tendance à se gercer, à éclater par la suite et à occasionner, en se resserrant, au bout de quelques semaines ou de plusieurs mois, la sortie d'une partie du liquide conservateur. Aussi conseille-t-on de donner, à peu près tous les six mois, une nouvelle couche de vernis. Il est vrai qu'on l'améliore en ajoutant un peu de solution de caoutchouc à la térébenthine.
Cet inconvénient, qui se reproduit fréquemment, nous a fait renoncer presque entièrement au bitume de Judée ; et s'il nous arrive encore de l'employer, c'est uniquement dans le cas où l'on place des bandelettes de papier entre la lamelle et le porte-objet. Nous préférons alors le vernis un peu épais, pour enfermer et recouvrir l'objet; puis, au bout de quelques jours, nous appliquons un autre ciment autour des parties extérieures.
Quand les objets conservés dans la glycérine sont trèsminces, nous recommanderons, si on veut recourir au procédé de tracer la cellule directement sur le porte-objet, une mixtion excellente, très-propre, inventée en Angleterre et connue sous le nom de Gold-size. Elle est le produit de mélanges assez compliqués. Beale nous indique la manière de la préparer : on fait bouillir, pendant trois heures, 25 parties d'huile de lin, 1 partie de minium et autant de terre d'ombre. On décante la portion du liquide qui est claire,. puis on y ajoute lentementet peu à peu, partie égale de céruse et d'ocre jaune parfaitement broyés, en remuant le mélange sans interruption. On fait bouillir de nouveau, on décante et on enferme la mixtion dans une
bouteille. On s'en sert avec un pinceau, et, au bout de quelques heures, on peut donner une nouvelle couche. Les préparations où entre cette mixtion, seront laissées au repos pendant quelque temps avant d'être déhnitivement cimentées. Cette dernière opération réussira du premier coup d'une manière certaine et très- satisfaisante à l'aide du ciment hlanc de Ziegler. Ce ciment, perfectionné par M. Meyer, propriétaire de la pharmacie du Cerf, à. Francfort, a l'aspect d'une matière un peu épaisse; mais il est facile de le rendre fluide à volonté, en y ajoutant de l'essence de térébenthine, à une chaleur modérée. Une couche très-mince, déposée au pinceau , sufïit aux préparations conservées dans la glycérine. On applique ordinairement une couche plus épaisse, en forme de bordure, autour de la lamelle, bordure qui sert à protéger cettedernière sans nuire au bon aspect de l'objet.
Le ciment blanc sèche, en général, très-lentement, aussi est-il susceptible de s'affaisser sous une pression, même après des mois entiers. On se gardera donc bien de superposer les préparations où on l'emploie, et l'on évitera tout ce qui pourrait déterminer des adhérences^ Mais cette mixtion, une fois solidifiée, n'est jamais sujette aux gerçures, aux éclats, ni à la formation de fentes ou de trous. Au bout de quelques jours, on peut déjà enlever, avec la lame d'un couteau, les bavures qui se trouvent en dehors des parties cimentées. Quant au ciment qui se serait trop étendu sur la face extérieure de la lamelle, on attendra plusieurs mois avant d'y toucher. On se sert de l'essence de térébenthine pour nettoyer les pinceaux et les lames de verre.
Schacht a recommandé le vernis noir {Maskenlack des Allemands) qui a la propriété de sécher vite, pour cimenter les préparations baignant dans les liquides; il signale ce même vernis comme également propre à entourer les
objets conservés dans le baume de Canada ou dans la gomme-copal (Fabrique de laques de Beseler, à Berlin^ SchlUzenstrasse, 66). Le vernis dont Schaciit s'est servi porte le chiffre 3.
Nous parlerons encore d'une dernière manière d'entourer les objets placés dans le baume, manière dont nous avons déjà fait mention. Nous la devons à une communication tout amicale de Thiersch.
Quand des objets ont été enfermés dans du baume de Canada pur ou chloroformé, pendant des jours, des semaines et même des mois, on les entoure (comme nous l'avons indiqué ci -dessus pour le bitume de Judée, f]g. 61) d'une bordure de solution de baume dans le chloroforme. Plus tard, mais jamais avant deux ou trois jours, on applique une dernière couche. Cette couche consiste en un vernis coloré et épais de gomme-Jaque. On trouve ce vernis, préparé à l'esprit-de-vin, dans toutes les grandes maisons de drogueries. On le laisse soigneusement s'évaporer jusqu'à consistance d'un mucilage peu épais; puis on le colore dans l'alcool absolu avec uae solution concentrée et filtrée de bleu d'aniline ou de gommegutte. On ajoute, enfin, environ 125 centigrammes d'huile de ricin par 30 grammes du mélange ci-dessus décrit; on laisse encore un peu s'évaporer, et on conserve le tout -dans un vase parfaitement bien fermé. Si la concentration devient, par la suite, un peu trop forte, quelques gouttes d'alcool absolu suffiront pour y remédier.
On couche de ce vernis, avec un pinceau, sur les bordures de baume de Canada. Il durcit au bout de quelques heures, et clôt d'une façon aussi belle qu'hermétique les objets conservés au moyen de substances résineuses. Les préparations dans les liquides, entourées de gold-size anglais , peuvent très-bien subir cette dernière opération en employant le vernis de gomme-laque coloré en bleu.
La forme et la grandeur des porte -objets contribuent beaucoup à la beauté d'une collection de préparations. Une dimension bien entendue rend, tout d'abord, la conservation d'un objet commode et en facilite le transport en cas de besoin.
La lame de verre ne doit pas être trop petite, afin de laisser assez de place pour y coller, aux deux extrémités , une étiquette : la première porte l'indication de l'objet, et l'autre reçoit des observations particulières, telles que le numéro de la collection , etc. Il serait même bon de pouvoir y placer un indicateur*, si les circonstances l'exigeaient.
Une lame de verre d'une bonne dimension recevra, suivant les circonstances, des objets d'un assez gros volume, tels que des portions d'os d'une certaine dimension, des préparations injectées plus considérables, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des lames d'une autre forme dans des cas particuliers. Nous avons adopté définitivement les dimensions des porte-objets anglais, qui ont 12 millimètres de longueur sur 24 de largeur (fîg. 62).
1. On a proposé différentes sortes d'indicateurs pour arriver à trouver promptement certaines parties extrêmement petites d'une préparation. On fait litiiograpliier des divisions très-fines sur d'étroites bandelettes de papier. On en colle une dans le sens de la largeur, puis une autre dans celui de la hauteur de la lamelle (par exemple à droite et en dessous , fîg. 62). Une petite plaque métallique à angles droits, ou, mieux encore, une petite «querre formée de deux bandelettes en cuivre, qui se réunissent sous un angle de 90°, sert à désigner le point qu'on se propose de trouver. On note préalablement Joutes les parties importantes sur l'objet, è't en y appliquant la plaque métallique ou l'équerre, on arrive facilement à les rencontrer. Le meilleur moyen, et en même temps le plus simple pour obtenir ce résultat, est celui proposé par Hoffmann. On trace une croix de chaque côté de l'ouverture de la platine du microscope ; l'une est verticale (-h), l'autre inclinée (x). Quand on aperçoit au centre du champ visuel une partie de l'objet digne de remarque, on trace à l'encre, sur la lame de verre, deux croix semblables à celles de la platine. Dans la suite, on n'a plus qu'à mettre ces croix l'une sur l'autre pour retrouver aussitôt le point cherché.
Les préparations de la maison Bourgogne, à Paris, ont également cette forme à la fois belle et commode. Il n'est nullement nécessaire d'avoir de plus grandes lames de verre, elles seraient d'ailleurs trop massives. Il faut éga-
Fig. 62. Porte-objet anglais.
lement éviter d'en employer de plus petites. La form.e de& lames de Giessen (48 millimètres de longueur sur 28 de largeur) est disgracieuse et beaucoup moins commode que la forme anglaise.
Lorsqu'on veut conserver^ ou envoyer des préparations microscopiques sans perdre trop de place et en les disposant par couches l'une sur l'autre, et il est bon d'y adapter des supports préservatifs , tels que des bandelettes de verre, cimentées au travers de la lame et latéralement à l'objet. Il est nécessaire que ces bandelettes soient plus hautes que la lamelle. Cette disposition, quoique pratique, a toujours l'inconvénient de diminuer l'espace destiné aux étiquettes.
Pour conserver et classer les préparations , on a recours à de petites boîtes en bois ou en carton, garnies, sur les côtés, de supports de bois à rainures. Comme ces derniers sont placés verticalement, et qu'il peut se faire que le ciment ou la matière quelconque entourant l'objet, n'ait pas encore acquis un dmxissement convenable, on court le risque d'un déplacement de celui-ci; on donnera donc la préférence aux boîtes qui ne se posent pas à plat.
mais gui se tiennent verticalement. On peut également faire usage de tablettes de bois ou de carton, à bords trèsbas, ainsi que de tiroirs glissant comme ceux d'une commode, ou qui, superposés dans une caisse, s'enlèvent à l'aide d'un ruban attaché aux extrémités. Cette manière de disposer les objets permet d'en placer de différentes dimensions, d'éviter l'inclinaison, mais n'est nullement propre au transport.
Gomme pour toutes les collections susceptibles d'un accroissement considérable, il faut de l'ordre et une surveillance continuelle.
En général , les savants qui font un grand usage du microscope, possèdent des collections particulières; il en est de même des sociétés microscopiques de l'Allemagne, telles que celles de Francfort, de Giessen et de Londres (the Microscopical Society).
Parmi les collections privées, nous mentionnerons la célèbre collection de Hyrtl, à Vienne (objets injectés); celles de Kolliker, à Wûrzbourg; de Gerlach et de Thiersch à Erlangen; de Welcker, à Halle; de Leuckart, à Giessen; enfin, celle de Scliultze, à Bonn. En Hollande, nous trouvons la collection de Harting; à Londres, celles de Garpenter, de Beale, de L. Glarke, etc. Nous avons aussi à signaler la collection du collège of Surgeons, et celle de Williamson de Manchester. Parmi les collections existant en Suisse, nous rappellerons celles de His, à Baie; de Rappard, à Wabern près Berne; de Billroth, de Goll, et la nôtre, ainsi que la collection formée par nous, à l'institut anatomique de Zurich.
On peut se procurer des préparations toutes faites chez Hyrtl, à Vienne; à l'institut microscopique à Wabern, près Berne; ou bien chez Schseffer et Budenberg, à Magdebourg; à Paris, chez Bourgogne, rue de Rennes, 9; à Londres, chez Smith et Beck, ainsi que chez Topping,
New-Winchester-street, 4, Pentonville; chez Pillischer, New-Bond-street, 88, etc. On trouve aussi des préparations injectées, faites par nous-même, dans la maison déjà mentionnée de Scliseffer et Budenberg, à Magdebourg; et, à Zurich, chez M. Th. Ernst, opticien.