CHAPITRE VIII
moelle épinière. De petites coupes très-minces de ces organes, préalablement durcies dans une solution de chromate de potasse , furent placées de 10 à 15 minutes dans une solution assez concentrée d’acétate d’ammoniaque carminé. Il les lavait ensuite pendant plusieurs heures dans de l’eau, souvent renouvelée, puis il les traitait avec l’acide acétique, et enfin avec de l’alcool absolu, pour les priver entièrement d’eau. La solution de carmin la plus affaiblie continue encore à colorer.
Gerlach s’était aperçu de ce phénomène dès ses premières expériences, après avoir laissé, toute une nuit, la coupe d’une circonvolution de cervelet dans de l’eau contenant quelque peu de carmin. Certains détails restèrent méconnaissables lors de cette première coloration par le carmin. Alors Gerlach, pour achever de les mettre en évidence , ajouta 2 à 3 gouttes d’une solution concentrée d’acétate d’ammoniaque carminé, à 30 grammes d’eau, et y laissa séjourner ses petites coupes pendant 2 à 3 jours.
Depuis ce temps , on a fait un très-grand usage du carmin pour colorer. Il y a quelques années , un savant est allé plus loin. D’après l’aptitude plus ou moins grande à se laisser pénétrer par le carmin, il a cru pouvoir établir plusieurs sortes de différences fonctionnelles dans les cellules nerveuses des organes centraux. Les expériences faites conformément aux règles indiquées pour ce genre d’opération, ont donné des résultats variables.
Nous avons appris , par la pratique, qu’on doit chercher à éviter surtout deux inconvénients dans les teintures de carmin: d’abord, un excès de coloration déterminant une couleur foncée et diffuse, qui ne permet pas de mieux distinguer l’objet soumis à l’examen ; et ensuite, un gonflement des éléments des tissus , dû à l’action de l’ammoniaque.
Il est donc important de n’employer que des solutions
peu riches en ammoniaque. On prendra , à cet effet, plusieurs centigrammes de carmin, qu’on mêlera à une trentaine de grammes d’eau distillée, puis, on y ajoutera quelques gouttes d’ammoniaque. Une partie du carmin est dissoute et traverse le filtre avec tout le liquide. Une autre portion du carmin non dissoute reste déposée sur le filtre et peut être employée à divers usages. Lorsqu’un liquide filtré répand une odeur d’ammoniaque , il est bon de le laisser une demi-jouimée et même une journée entière à l’air, et placé sous une cloche , afin de faire volatiliser tout l’ammoniaque. Si, au bout de quelque temps, on remarque qu’il s’est formé un précipité globuleux de carmin, il suffira d’ajouter une seule goutte d’ammoniaque pour en opérer la solution.
Ce mélange sera versé, par gouttes , dans de l’eau, et l’on obtiendra à volonté une coloration en rouge, tantôt plus faible, tantôt plus intense, selon les circonstances. Dans les recherches sur les parties très-délicates, on ajoute avec succès, à cette matière colorante, une quantité égale de glycérine.
Nous recommandons, dans ce cas, 15 à 30 centigrammes de carmin, dissous dans la quantité d’ammoniaque tout juste nécessaire, et mêlé à 30 grammes d’eau distillée. On additionnera cette solution, préalablement filtrée , de 30 grammes de bonne glycérine et de 8 à 12 grammes d’esprit-de-vin très-fort.
On se sert de cette teinture soit pure, soit en y ajoutant une nouvelle quantité de glycérine.
Un fragment de tissu demeurera plongé plus ou moins longtemps dans la solution , selon que celle-ci aura plus ou moins de puissance colorante. Avec des teintures fortes, quelques minutes suffisent pour colorer, tandis qu’une immersion de plusieurs heures est nécessaire quand on emploie des teintures faibles.