‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 16 sur 102 · PP PL PP PTS · texte numérisé non relu

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C'était mal, très mal, ce qu'avait fait la veuve Martin. On trouvait inique que Raclot et sa femme gardassent une fortune dont, en bonne conscience, la moitié :

appartenait aux Bertrand de Paris. ‘

Tout cela se disait tout bas, timidement. À, s tout, les intéressés seuls avaient le ‘:‘'t de se récrier, de -s plaindre.

Depuis longtemps déjà, le père Mathurin n'était plus en odeur de sainteté ; un nouvel accroc fut fait à sa réputation.

Mais cela lui était bien égal, comme tout ce qu'on pouvait penser et dire de lui. Il tenait l'héritage qu'il avait longuement et patiemment convoité; riche, il ik pouvait maintenant se moquer du qu’en- | dira-t-on.

La tante lui laissait deux cent cinquante mille francs. Quel beau rêve réalisé! Avec cela, il allait être le seigneur du pays.

Il en fut le fléau.

Deux ans plus tard, le père Mathurin perdit sa femme.

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Cela ne lui causa pas une grande émotion, car il se portait à merveille et n'avait pas du tout peur de la mort. D'ailleurs, pour se consoler, si tant est qu'il en ait eu besoin, il avait de l'argent, beaucoup d'argent; ses tiroirs, ses coffres en étaient pleins.

Une femme, qu'est-ce que c'est que çà?

L'argent, à la bonne heure! Ah! l'argent, ROBE

Sa fortune augmentait, grossissait sans cesse, et comme il aimait toujours la terre et qu'il mettait son amour-propre et sa vanité à avoir du bien au soleil, il achetait, achetait toujours. Une pièce de terre ou de pré de quelques ares avait été le noyau de plusieurs hectares. Il semblait que le père Mathurin eût mis dans sa tête de posséder à lui seul les territoires d’Aubécourt, de Ligoux et autres lieux.

I ne travaillait plus, n'ayant plus besoin de travailler. L'ancien garçon de ferme avait maintenant des fermiers. Il

avait travaillé pour les autres, les autres travaillaient pour lui.

Tout entier à ses calculs, à des combinaisons au moyen desquelles il décuplait sa richesse, il n'avait guère le temps de penser à sa fille, et il la laissait chez les dames dominicaines. Comme cela, ïil n'avait pas à s'occuper d'elle; et puis, près dt lui, elle l’aurait probablement

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gêné.

Les netitee filles sont généralement si curieuses, elles veulent tout savoir et font trop souvent des questions fort embarrassantes.

Marthe sentait bien que son père l’oubliait un peu trop; mais elle avait de bonnes amies au pensionnat, et les religieuses l’aimaient beaucoup. C'était une compensation.

Elle était une des meilleures élèves de la communauté ; son éducation ne laissait rien à désirer, et elle avait reçu une belle et solide instruction. Elle connaissait l'allemand, l'anglais et l'italien ; elle

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avait appris la musique, le dessin et la peinture. Elle était excellente musicienne, jouait très bien du piano, chantait d’une façon charmante et dessinait dans la perfection.

À seize ans et demi, elle avait témoigné le désir de passer ses examens, et elle avait été reçue institutrice une des premières.

L'avarice était la lèpre horrible qui rongeait le père Mathurin; mais 1l n’était pas seulement avare, il était aussi vaniteux à l’excès, avait une ambition démesurée et un formidable orgueil.

Il trouva que la maison de la veuve Martin, dans laquelle il s'était installé immédiatement après le décès de cette dernière, était devenue trop petite pour lui où qu'elle n’avait pas un aspect assez grändiose,

Le château d’Aubécourt et ses dépendances étant à vendre, il acheta le domaine dans de très bonnes conditions, pour un morceau de pain, comme on dit.

Il s'était dit, quelques années auparavant :

— Je veux avoir un million!

Il avait le million.

On allait l’appeler monsieur Raclot.

Marthe avait ses dix-huit ans accomplis.

Elle sortit enfin de la communauté et ê vint demeurer chez son père. ï *

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ATHURIN RACLOT s'était enrichi aux dépens des autres ; honteu-

sement, abominablement, 1l avait spéculé sur le malheur d'autrui; pour arriver à sa grande

fortune, 1l avait semé la ruine autour de lui; que de gémissements, de larmes et de misères il y avait derrière son million!

Maintenant, on connaissait l’homme, il s'était démasqué lui-même. Ah! on ne le donnait plus, comme autrefois, pour un modèle de sagesse.

C'était un misérable, on le savait. Il

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