‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 68 sur 102 · AL · texte numérisé non relu

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respect, non pas le mort dans son cercueil, mais sa fille et la religieuse qui l’accompagnaïit.

Déjà un revirement complet s'était fait en faveur de Marthe, et ceux-là mêmes

Ex qui avaient été les plus acharnés contre elle étaient les premiers à vantersa bonté, à exalter son mérite et ses vertus.

Le père Raclot était une canaille, ça, c'était vrai, mais sa fille n'avait rien fait, elle, elle ne rien ; on lui

savait rien de devait des égards , du respect. N'’était-elle pas assez à plaindre d’être la fille de Mathurin Raclot Comme le cercueil arrivait devant la

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porte de l’église, on vit une voiture s'arrêter sur la petite place et descendre de cette voiture Georges de Santenay, d’abord, puis Mathilde et le général.

La veille au soir, étant encore chez M'e Lormeau, ils avaient appris que M. Raclot était mort et que l’enterrement aurait lieu le lendemain.

— Nous irons tous les trois, avait dit aussitôt M. de Santenay à ses enfants; nous devous à M'e Marthe Raclot ce témoignage d’estime et de sympathie.

La sœur Angèle vit les trois personnages se mettre à la suite du cortège.

— Ma chère Marthe, dit-elle tout bas à la jeune fille, vous n'êtes plus ici sans amis ; M. le général de Santenay, son fils et sa fille sont derrière vous.

Marthe tressaillit, et la religieuse s’aperçut qu'elle était devenue toute tremblante.

Après la cérémonie funèbre, M. de Santenay et ses enfants suivirent le cercueil au cimetière, et, quand tout fut

terminé, le vieillard s’approcha de Marthe, l'embrassa et lui dit :

— Courage, mon enfant, courage, et n'oubliez pas que, malgré tout, vous avez toujours en moi un ami.

A son tour, Mathilde embrassa affectueusement son amie.

Sans prononcer une parole, Georges tendit sa main à Marthe.

Quand elles se touchèrent, les deux mains tremblèrent.

Alors le jeune ingénieur laissa échapper cette exclamation :

— Ah! Marthe!

Ce fut tout.

La jeune fille avait baissé la tête pour cacher son trouble et sa rougeur.

Le général, Georges et Mathilde s’éloignèrent aussitôt pour rejoindre leur voiture, qui les attendait à l'auberge.

Alors, un monsieur à figure blême, tout habillé de noir, portant des lunettes à branches d’or, s’avança vers Marthe avec empressement, son chapeau à la main,

Le f 258 Le Million du père Raclot

LU FE | ce qui permettait de voir qu'il était chauve, | quoiqu'il n’eût pas plus de quarante ans.

1 . 44 n F | — Mademoiselle, dit-il d’un ton obsé- Nr à quieux , Je

suis M. Bondois ; c’est moi, mademoiselle, qui avais l’honneur d’être le notaire de ce cher M. Raclot, votre père,

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La jeune fille s'inclina, en disant :

— Bonjour, monsieur.

— Très certainement, mademoiselle, vous allez avoir besoin de mes services ; dès ce moment je me mets entièrement à votre disposition.

— Je vous remercie, monsieur ; aussitôt que cela sera nécessaire, j'aurai recours à vous.

— Mademoiselle me permet-elle de lui adresser une question?

—- Je vous écoute, monsieur.

— J'ai appris que les scellés avaient été apposés au château.

— En effet, monsieur.

— Mais c'était absolument inutile.

— On me l’a fait observer, monsieur ; mais c’est moi qui ai voulu cela pour des raisons que je n'ai pas à faire connaître, quant à présent.

— Oh! alors, mademoiselle, c'est différent.

La jeune fille salua le notaire, reprit le bras de sœur Angèle, et elles sortirent

du cimetière pour se rendre chez la vieille nourrice, où elles allaient déjeuner.

Quand elles arrivèrent, la table était mise avec trois couverts, ainsi que l'avait demandé la jeune fille.

La bonne paysanne ouvrit une porte.

— Ma chère enfant, dit-elle, voilà ta petite chambre et le lit que je t'ai préparé ; ah! tu ne seras pas chez ta vieille nourrice aussi bien qu'au château; mais voilà, tu veux demeurer avec moi... Ma chérie, j'ai fait de mon mieux...

— Sois tranquille, ma bonne nourrice, je serai très bien ici, ne te tourmente pas.

— Oh! s'il ne te faut que de l'affection et du dévouement, répliqua la vieille femme presque gaiement, tu n'auras ni à te plaindre, ni rien à désirer.

Après le déjeuner, Marthe et sœur Angèle, retirées dans la petite chambre, eurent une longue conversation qui se termina par ces mots de la religieuse :

— Ma chère Marthe, vous êtes une sainte.

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A cinq heures, une voiture, envoyée de la ville, vint chercher la sœur Angèle.

Quand les autres religieuses, ses compagnes, la virent revenir seule, elles furent très étonnées, car la supérieure, qui avait été prévenue, ne leur avait pas appris que Marthe allait rester quelque temps à Aubécourt.

— Où est Marthe? Pourquoi ne la ramenez-vous pas ? Est-ce qu'elle est malade ? demandaient les religieuses.

La sœur Angèle répondit :

— Marthe est forcée de rester à Aubécourt pendant deux ou trois mois peutêtre, à cause du magnifique héritage que lui laisse son père, — un million, dit-on, — mais ne vous affligez pas, mes sœurs, Marthe reviendra et ne nous quittera plus.

Le soir, à l'heure de la prière, les institutrices et toutes les élèves étant réunies dans la chapelle du couvent, la mère supérieure apparut au milieu d'elles, et, d’une voix grave et émue, prononça ces paroles :

— Meschèressœursetyous,mesenfants, nous allons prier ce soir pour M'° Marthe Raclot; que de nos cœurs s'élève vers le Seigneur notre prière fervente.

Demandons au Dieu de bonté et de miséricorde qu’il soutienne M'e Marthe dans ses épreuves, qu'il lui donne la force, le courage, et soit avec elle dans l’accomplissement d’un devoir pieux qu’elle s'est imposé.

La supérieures’agenouillasurles dalles, et toutes les têtes s’inclinèrent dans un profond recueillement.

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£ lendemain de son installation chez sa nourrice, Marthe sortit seule à neuf heures du matin.

On savait déjà qu'après l’enterrement de son père ellen’était pas remontée au château, qu’elle avait déjeuné, diné chez sa nourrice, et l’on se demandait :

— Qu'est-ce que cela veut dire ?

Marthe était sortie pour faire une visite à M. Rousselet. Elle entra timidement dans l’étude et demanda si elle pouvait voir le notaire.

Un des clercs alla prévenir M.Rousselet,

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